DE LA CONFESSION GÉNÉBALE
419. (B. Léonard, Traité de la Conf. générale.) — 11 vous sera imporuocc uc quelquefois difficile de faire comprendre la nécessité de cette \^^^T confession générale. En effet, à quoi bon, dira certain pénitent invité par son confesseur à faire une confession générale, à quoi bon inquiéter ma conscience par cette confession générale ? Grâce à Dieu, jamais je n'ai rien caché. J'ai toujours eu soin d'avoir dans chaque confession une véritable douleur et un ferme propos de ne pas retomber. J'ai vécu jusqu'ici dans la bonne foi. Ainsi à quoi bon me jeter dans des inquiétudes par une confession générale? S'il en est réellement ainsi, vous avez des raisons plus que suffisantes de tenir ce langage. Toutefois je vous assure qu'un missionnaire très-expérimenté avait coutume de dire : J'ai entendu dans ma vie la confession générale d'un trèsgrand nombre de personnes, dont quelques-unes me disaient en commençant : Mon père, ce n*est point par nécessité que je fais cette confession générale, c'est par dévotion et par simple
conseil. Mais ensuite ces mêmes pénitents, aidés par le bon père à bien examiner leur conscience et à réfléchir sur toutes les égarements de leur vie passée, disaient en soupirant à la fin de lear confession générale : Ohl malheureux que je suis I combien je me trompais lorsque je disais que je n'avais jamais rien caché à mon coni'esseur, que j^avais toujours eu une véritable contrition et un ferme propos I Non, je ne disais pas la vérité; j'étais perdu, si je fusse mort avant cette confession générale. Ah ! je ne voudrais pas ne Tavoir pas faite pour tout Tor du mande!
Savez-vous ce quia lieu dans une confession générale? La même chose qui arrive au chasseur qui s*en va chasser dans une forêt très-épaisse, mais remplie d'une foule d'animaux. Vous le verrez quelquefois tourner pendant une journée tout entière dans ces bois touffus, sans rencontrer une seule pièce de gibier; à peine s'il peut tirer une ou deux fois. Mais enfin si, ennuyé de ses courses inutiles, il vient à mettre le feu aux quatre coins de la forêt, et qu'aidé par le vent, l'incendie se communique, vous verrez sur-le-champ sortir de toutes parts des sangliers, des loups, des daims et toute espèce d'animaux. Alors, étonné d'un pareil spectacle, vous direz : Voyez, voyez quelle foule de bêles gtlaient dans ce bois. Qui l'aurait jamais cru? maintenant je le vois, pour découvrir le pays, il faut mettre le feu aux quatre coins. La même chose a lieu dans la confession générale. Combien de choses viennent au jour, choses auxquelles le pénitent, surtout qui vit dans la négligence, n'aurait jamais pensé, et qui l'eussent jeté dans de terribles inquiétudes au moment de la mort! Voilà donc ce que produit la confession générale; elle met le feu dans tous les coins de la conscience et la purifie parfaitement.
Vous me dites que vous avez toujours été dans la bonne foi. Mais savez-vous bien ce que cela veut dire, être dans la bonne foi? Être dans la bonne foi, c'est avoir par le passé employé toutes les diligences nécessaires pour se bien confesser, nonseulement en s'accusant avec exactitude de tous ses péchés, mais encore en excitant dans son cœur, autant que la faiblesse humaine le permet, une véritable douleur et un ferme propos de se corriger; de telle sorte qu'après avoir, aidé de la grâce de Dieu, rectifié sa conduite, on vive dans la paix de la conscienee, sans aucun doute sur la validité des confessions précédentes.
Or, TOUS qui avez commencé à rejeter le joug du Seigneur dès votre enfance, qui avez souillé votre jeunesse, qui avez tenu la même conduite dans TAge mûr, et qui peut-être continuez dans votre vieillesse à vivre plus mal qu^sluparavant, sans avoir jamais donné aucun signe d^amendement, pouvez-vous dire que vous n'avez aucune raison de douter de vos dispositions ni de la validité de vos confessions passées ? Peut-on supposer en vous cette bonne foi ? Hais avec un motif si puissant et si légitime de douleur, comment croire que vous aimez votre Ame, si vous ne prenez la résolution de réparer le plus tôt possible, par une bonne confession générale, toutes les confessions plus mal faites les unes que les autres ?
420. — Toutefois, il convient d'avertir que la confession gé- confessioa génènérale est nuisible à quelques-uus, utile à un grand nombre, in- '*^ nuisible. disjfensàhlemeni nécessaire à d'autres. Nuisible à quelques-uns. Telles sont certaines personnes scrupuleuses et d'ailleurs craignant Dieu, qui ont déjà fait plusieurs confessions générales, et qui recommencent toujours à se tourmenter, ainsi que leur confesseur. Les personnes de ce caractère sont peu nombreuses, il est vrai ; mais, s'il s'en présente quelques-unes au confesseur, il faut les recevoir avec charité et tâcher d'adoucir leurs peines, en leur donnant toutes les consolations possibles. Réglez-vous pour cela sur votre plus ou moins de loisir et sur le concours plus ou moins nombreux des pénitents. Faites-leur bien entendre qu'en matière de scrupule la désobéissance au père spirituel n'est pas de la dévotion, mais de l'opiniâtreté ; que, si elles ne soumettent pas leur propre jugement, jamais de la vie elles n'auront la paix.
Ces personnes donnent à entendre qu'elles se guériraient de leur scrupule en refaisant leur confession générale, tandis que c'est là le plus sûr moyen d'augmenter leurs inquiétudes. En effet, la maladie du scrupule est semblable à certaines fluxions dont les yeux sont quelquefois attaqués : plus on se frotte les yeux, plus on augmente la fluxion. De même, plus on remue sa conscience en répétant les confessions générales, plus on augmente les scrupules et les afflictions d'esprit. Ainsi, faites -vous une règle de ne jamais permettre de confession générale à celui qui en a déjà fait, qui s'est corrigé, qui a joui de la paix de l'âme et que rien de particulier
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ne constitae dans la mauvaise foi sur ses confessions passées. Mais c'est une méthode excellente d*exhorter ces pénitents à faire une revue depuis leur dernière confession générale, afin de bien connaître tous les replis de leur conscience. Si, dans ce cas, vous voulez accorder quelque consolation à ces âmes afOigées, vous pouvez leur permettre de dire ce qui leur fait le plus de peine, leur imposant silence sur tout le reste. Gela même doit être laissé à la prudence d'un confesseur éclairé, qui, dans les cas particuliers, saura discerner s'il doit permettre ou non de redire quelque chose de la vie passée. Au reste, le meilleur conseil qu'on puisse donner à tous ces pénitents, c'est de faire souvent des actes de contrition. Par là, bien mieux que par tant d'accusations et d'examens, ils ramèneront le calme dans l'âme. Mettez-leur bien dans l'esprit cette doctrine de saint Thomas, expliquée par saint Antonin, savoir : que, lorsqu'une personne^ animée d'un vrai désir de se réconcilier avec Dieu, a fait ce qu'elle a pupour faire une bonne coq* fession, et employé tous les moyens d'avoir une vraie contrilion et a cru l'avoir, sa confession, en premier lieu, est exempte de faute ; en second lieu il n'y a nulle obligation de la refaire, il suffit de renouveler sa contrition pour en assurer la valeur.
Ainsi, réitérant souvent Tacte de contrition, il leur arrivera de le bien faire quelquerois, et cela suffit, sans qu'il soit besoin de redire des péchés déjà soumis aux clefs de l'Église. Tout cela doit s'entendre des scrupuleux véritables et craignant Dieu qui, dans leurs confessions passées^ ont agi avec bonne foi ; non pas des scrupuleux faux, trompeurs et hypocrites qui allient le libertinage au scrupule, qui judaîsent sur des minuties et qui boivent l'iniquité comme l'eau, se précipitant sans retenue dans les plus graves désordres. De tels scrupuleux ont besoin d'être éclairés et d'être bien convaincus de la nécessité de la crainte de Dieu, d'un véritable changement de vie, et d'une bonne confession générale qui répare tant de confessions mal faites et de nulle valeur.
utile. 421 . — Ensuite, la confession générale est utile à un grand
nombre. On ne peut assez dire tous les avantages que procure une bonne confession générale. Premièrement, avantages pendant la vie ; secondement, avantages beaucoup plus grands i Tarticle de la mort. Pendant la vie, elleest pour un grand nombre
le commencement d'une vie sainte ; car Texpérience apprend qu'après leur confession générale un grand nombre persévèrent pendant longtemps et se corrigent de plusieurs choses. Il en est de celui qui fait une confession générale comme de celui qui revêt un bel habit neuf : pendant longtemps il a un soin particulier à ne pas le souiller. De même Tâme revêtue du vêtement de la grâce de Dieu, par le moyen de la confession générale, prend plus de précautions pour ne pas retomber dans la fange du péché. Qui pourrait dire le nombre de ceux qui, par une bonne confession générale', ont réformé leur vie sur les principes de rÉvangile, et sont parvenus à se corriger de certains vices auxquels ils ne connaissaient presque plus de remèdes I
Aussi le premier conseil qu'on a coutume de donner à ceux qui veulent changer de vie, c'est de se dépouiller du vieil homme et de se revêtir du nouveau, en faisant une bonne confession générale. On tient la même conduite envers ceux qui embrassent l'état religieux on ecclésiastique, ou même qui s'engagent dans les liens du mariage; avec d'autres encore qui, après avoir vécu longtemps dans les embarras des affaires, veulent rentrer dans une vie plus tranquille, s'occuper de leur ftme et se donner entièrement à Dieu ; car il n'y a pas de moyen plus efficace pour ce renouvellement intérieur qu'une bonne confession générale. La raison en est qu'une bonne confession générale inspire plus de douleur des fautes passées et un plus grand désir d'une vie meilleure. Voir d'un seul coup d'œil tous ses péchés ensemble, produit sur l'âme un tout autre effet que de les considérer un à un. Une armée de soldats débandés çà et là n'inspirent aucune frayeur, mais rangés tous ensemble en ordre de bataille, ils jettent au loin l'épouvante. Tel est le motif pour lequel beaucoup de saints firent plusieurs fois dans leur vie des confessions générales.
On lit dans l'histoire du vénérable archevêque de Valence, don Juan de Ribera, dont la sainteté fait l'admiration de toute l'Espagne, qu'il fit six fois sa confession générale; saint Charles Borromée en faisait une tous les ans. Or, ce n'était pas le scrupule qui portait ces saints hommes à faire des confessions générales, comme quelques-uns le prétendent : c'étaient les grands avantages qu'ils en retiraient ; t^ls qu'un plus grand mépris d'eux-mêmes, une contrition beaucoup plus vive de leurs fautes
passées, une détermination plus forte de mener une vie plus parfaite. C^est pour cela qu'entre autres éloges de la confession générale, saint François de Sales dit qjd'elle nous inspire une scJutaire confusion de fiotre vie passée ^ et nous fait admirer les traits de la miséricorde de Dieu, qui nous porte à f aimer désormais avec plus de ferveur.
Il y a plus : Dieu lui-même éprouve une satisfaction parti* culière de la confession générale d'une Ame pénitente. Sainte Marguerite de Corlone désirait que Dieu TappelAt du doux nom de fille, au lieu de celui de pauvre petite qu'il lui avait donné jusque-là. Dieu lui fit entendre que jamais il ne lui donnerait ce doux nom, à moins qu'elle ne fit auparavant, avec toute l'exactitude possible, une confession générale de tous les péchés de sa vie criminelle. La sainte la fit avec beaucoup de larmes. Alors le Seigneur lui dit avec une douceur extrême : Filia meaMargarita, remittuntur tibiomniapeccata /tiâ. Marguerite ma fille, en vertu de la confession générale que tu as faite, jeté pardonne tous tes péchés. 0 précieuse confession générale I qui ne prendra la résolution de la faire avec toute l'exactitude possible, afin de s'enrichir de tant de biens l soite. 422. — En second lieu, la confession générale est utile pour
l'avenir, c'est-à-dire au moment de la mort. Qui ne voudrait à cette dernière heure avoir fait une confession générale avec quelque soin? Oh ! quelle consolation pour un mourant d'avoir guéri toutes ses plaies ! Mais, si on attend à la faire dans cette extrémité, comment se flatter de réussir ? Prévoir ce qui doit arriver, et se précautionner avant qu'il arrive : telle est la perfection de la prudence chrétienne. Notre-Seigneur nous répète dans l'Ëvangile : Vigilate, estote parati ^ Remarquez-le bien ; il ne dit pas d'ouvrir nos yeux lorsque nous serons sur le point de les fermer pour jamais ; il ne nous dit pas de nous préparer à la mort lorsqu'une longue maladie ne nous permettra plus de douter de son approche. Non, non : il dit de veiller et de nous préparer de manière que la mort, quelle que soit son heure, nous trouve préparés d'avance. Telle est la maxime de la véritable prudence. L'homme qui la suit mérite seul le nom de sage.
Dans le royaume d'Aragon, un gentilhomme de la cour vint se jeter aux pieds d'un missionnaire, et lui dit : Mon père, si
1 Ifatt., XXEV, 42.
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VOUS le trouvez boo, je voudrais faire une confession générale. Le Père lui demanda quel motif il avait de faire cette démarche. Ah I mon père, répondit-il en soupirant, ne dois-je pas mourir ? Or» comment, après une vie si coupable, pourraije mourir tranquille sans une confession générale? Si j'attends aux derniers moments, mon épouse, mes enfants, la peur, la violence de la maladie, m'ôteront la présence d'esprit; quelle serait mon imprudence de remettre à la faire au milieu de tant de difflcultés et d'embarras ! Ainsi, trouvez bon, je vous prie, que je ne perde pas une si belle occasion. Tel fut le langage de ce prudent gentilhomme.
Mais, non seulementles personnes sensées, quelquefois même les plus négUgentes, lorsqu'elles se voient en face de la mort, pensent aussitôt à la confession générale. Un bon religieux étant allé visiter les prisonniers^ il en trouva un qui devait être exécuté le lendemain. Aussitôt ce malheureux prie le Père d'écouter sa confession générale. Mais quel motif avez-vous ? lui demanda le religieux. Ah ! mon père, lui répondit-il, c'est demain que je dois passer de ce monde à Tautre. Et si je fais mal ce pas décisif, que deviendrai-je? N'est-il pas juste que je prenne toutes les précautions possibles ? Vous le voyez : il n'y a pas jusqu'aux voleurs et aux assassins qui ne regardent comme un grand bien la confession générale à Theure de la mort.
£t, en effet, Jésus-Christ Notre-Seigneur appelle bienheureux ceux qui meurent bien préparés. Or, à qui peut-on mieux appliquer la parole de l'Évangile qu'à ceux qui meurent après avoir fait une confession générale : Beati servi illi^ quos, cum venerit Dominus, irwenerit vigilantes ^ ? Ils quittent la vie avec tant de consolation, tant de paix et de résignation à la volonté divine, que ces marques évidentes de prédestination font ambitionner de mourir comme eux ! Souffrez donc que je blesse votre cœur en vous enseignant un bon moyen pour achever de vous résoudre : ce soir, en allant dormir, prenez dans votre lit la même position que vous aurez bientôt dans le cercueil; fermez les yeux, étendez les pieds, placez vos mains sur votre poitrine^ et puis demandez-vous : Que voudrai-je avoir fait au moment de me trouver dans cet état?
S'il vous vient à l'esprit que ce serait un bonheur pour vous
* Luc. , xir, 87.
d'avoir fait une confession générale, ne différez pas longtemps. Ne vous laissez pas tromper par le démon. Yoit-il qu^une personne a conçu le salutaire désir de faire une confession générale, aussitôt il lui persuade qu'elle aura toujours le temps. En attendant, il fait nattre des embarras, des obstacles ; tantôt c'est une affaire, tantôt une autre, jusqu'à ce qu'il arrive une maladie mortelle. La tête n'y est plus, le cœur fait défaut, et l'on meurt misérablement. Tenez-vous bien en garde contre cet artifice diabolique. Soyez sûr que nul ne se repentit jamais d'avoir fait à temps sa confession générale, tandis qu'un grand nombre éprouvent du regret de l'avoir, par une déplorable négligence, différée jusqu'à l'article de la mort. Nécessaire. 423. — A d'autrcs enfin la confession générale est absolument nécessaire y c'est-à-dire que leur salut éternel en dépend; mais quels sont-ils? nous en distinguons sept classes :
l"" Ceux qui par honte ou par un autre motif ont malicieusement caché à leur confesseur quelque péché mortel, ou qu'ils croyaient, ou même qu'ils doutaient être mortels,. sans avoir jamais osé le déclarer dans leurs confessions suivantes;
2"* Ceux qui se confessent sans avoir examiné leur conscience, chargée d'ailleurs de péchés mortels, ou même qui apportent à leur examen une négligence notable, s'exposant parla à ne pas faire une confession entière ;
3"" Ceux qui ont à dessein partagé leur confession en disant une partie de leurs péchés mortels à un confesseur, et une partie à un autre, afin de ne pas tout faire connaître au même ; 4'' Ceux qui se confessent sans douleur, sans avoir fait auparavant ni acte de contrition ni acte d'attrition, se confessant par coutume et par cérémonie, comme s*il suffisait de dire tous ses péchés au prêtre, et qui quelquefois s'en voni à la recherche de confesseurs sourds, muets, qui ne savent ouvrir la bouche que pour prononcer les paroles de l'absolution ;
S"" Ceux qui se confessent sans un véritable ferme propos, qui ne s'appliquent jamais à corriger leurs mauvaises habitudes, qui changent exprès de confesseurs, afin de ne pas changer de vie, et qui veulent vivre et mourir dans leurs dispositions criminelles;
6° Ceux qui ont vécu dans une occasion prochaine du péché, qu'ils pouvaient et qu'ils n'ont jamais voulu quitter, et qui,
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nonobstant une attache si vicieuse, ont fréquenté la confession ;
V Ceux qui, étant obligés à restitution, n'ont pas voulu en faire, bien qu'ils en aient eu les moyens, ou qui, ayant de la haine contre leur prochain, n*ont jamais voulu pardonner, et, malgré de si mauvaises dispositions, n'ont pas moins continué pendant plusieurs années à s'approcher du tribunal de la pénitence.
Tous ces pénitents sont dans la nécessité absolue de faire une confession générale de tous les péchés mortels commis depuis le moment où, avec une pleine advertance, ils ont commencé à se confesser si mal. Ils doiyent apporter à leur examen le même soin que si, pendant tout ce temps-là, ils ne se fussent pas confessés ; car toutes leurs confessions ont été sacrilèges. Il ne s'agit pas ici de ceux qui ont fait leur possible pour se bien confesser, et qui, dans leur confession, ont agi de bonne foi; mais de ceux qui, avec connaissance de cause, se sont confessés si mal. Il est certain que pour ces derniers il n'y a pas d'autre moyen de les remettre en grâce avec Dieu qu'une confession générale bien faite.
Citons un exemple de ceux de la première classe : a II y a « dix, vingt ou trente ans que vous cachez un péché en con- « fession, et toutes les fois que vous vous confessez, il vous <( revient à la mémoire, vous connaissez l'obligation où vous <c êtes de l'accuser, et cependant la honte vous ferme la boun che. Je dis que vous êtes obligé de faire une confession gêné- « raie de tous les péchés commis pendant ces dix, vingt ou «c trente années de mauvaise vie. — S'il en est ainsi, mon « Père, je devrais faire la confession générale de toute ma vie, « quoique j'aie soixante ou soixante-dix ans ; car, depuis mon « enfance, j'ai commis quelques péchés dont je me suis ton- « jours souvenu, et que je n'ai jamais confessés. — Mais, poura quoi ne les confessiez-vous pas? — Il me semblait qu'étant « encore enfant, je n'étais pas capable de pécher. — Quel âge « aviez-vous lorsque vous commîtes ces péchés? — J'avais de 4L sept à huit ans, un peu plus ou un peu moins. — Lorsque « vous faisiez ces mauvaises actions, vous cachiez-vous pour <c n'être point vu? — Oui, mon Père. — Craigniez-vous d'en « être puni par vos supérieurs? — Oni, mon Père.
« — En vérité, ce sont là des signes très probables que vous
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c< aviez assez de connaissance pour pécher ; mais de plus n'a- « viez-YOUS aucun doute que ces chqses-là fussent des péchés? « — Je m'en doutais un peu. — Pourquoi, durant tantd'années, « n'avez-vous jamais interrogé un bon confesseur pour éclaircir a vos doutes? — Ah I c'est un peu de honte qui m'a retenu. — « Il n'y a pas d'autre moyen, vous avez besoin de faire unecon- « fession générale de toute votre vie ; douter s'il y a péché, puis « avoir la malice de ne pas vous en éclaircir, ces deux raisons « établissent suffisamment que vous êtes coupable. Je vais plus « loin, quand même vous vous en seriez confessé, que saviez- « vous de la contrition et du ferme propos à cet âge de douze ou (( treize ans, lorsque c'était à foroe de menaces qu'un père, une « mère, un maître vous faisait aller à l'église ? Quelles confes- « sions faisiez- vous alors? Pensez à tout cela, et puis, si vous c< l'osez, refusez de faire une confession générale. »
Viennent maintenant ces confesseurs qui, voyant à leurspieds un pauvre pénitent résolu de faire une bonne confession générale, s'empressent de lui demander : « La honte ne vous a-t-elle rien fait cacher à votre confesseur ? — Non, mon Père, » répond le pénitefit. Là-dessus ils le renvoient en lui disant que la confession générale ne lui est pas nécessaire, comme si le défaut de sincérité était la seule raison qui rendit cette sorte de confession indispensable. Plus mal encore font ces autres confesseurs qui ne veulent même pas entendre nommer la confession générale, qui la blâment, qui la critiquent, qui en détournent le plus grand nombre qu'ils peuvent, la baptisant du nom de casse-tète des confesseurs. 0 ministres de mon Dieu I quoi, vous ne voyez pas quel tort immense vous pouvez faire à ces pauvres âmes que vous repoussez avec tant d'indiscrétion ! Combien ne trouve-t-on pas de pénitents auxquels un confesseur peu instruit, ou ignorant, ou très imprudent^ avait dit<}ue la confession générale n'était pas nécessaire, tandis qu'elle leur était à plusieurs titres d'une indispensable nécessité ! s'ils fussent morts en cet état, ils seraient damnés. Or, si cette âme que vous repoussez indignement vient à se perdre par votre faute, quedeviendrez-vous?
Du moins ne détournez pas de la confession générale deux sortes de gens : ceux qui ne l'ont jamais faite, car tous les maîtres de la vie spirituelle s'accordent à en conseiller l'usage au moins une fois dans la vie, et c'est avec raison. En effet, comme
il est très possible que, par une négligence coupable, on soit tombé dans quelque faute, en se confessant mal, la confession générale répare ce manquement. Bien moins encore faut- il dissuader de la confession générale ceux qui, ayant vécu dans quelque mauvaise habitude, ont continué à se confesser de temps à autre avec peu ou point d'amendement.
Suivant le conseil de saint Charles, vous ne devez pas seulement les recevoir avec charité^ mais encore les exhorter à réparer par une confession générale toutes leurs confessions particulières, attendu qu'elles sont très douteuses, ou invalides, ou sacrilèges. Supposé même qu'elle ne soit pas absolument nécessaire, combien d'avantages ne procure pas la confession générale, ainsi que nous Tavons dit plus haut ?^N'étes-vous pas médecin des âmes ? n'est-ce pas le propre d'un médecin de faire état de tout ce qui peut être utile à son malade ? S'il en est ainsi, il faut donc s'écrier avec Jésus-Christ : Filii hujus sœculipruderUiores ftliis lucis in generatiane sua suni ^.
1 Cette note n'a pas pour but d'empêcher les confesseurs d'ordonner des confessions générales, lorsqu'il y a lieu ; Texpérience apprend tous les jours combien elles sont utiles ; et nous souscrivons pleinement aux motifs allégués à cet égard par le bienheureux Léonard de Port-Maurice au numéro précédent. Tout ce que nous désirons, c'est de tranquiUiser la conscience du confesseur et de le mettre en garde contre un zèle qui, n'étant pas selon la science, pourrait devenir fatal au pénitent. Ainsi nous disons, avec saint Alphonse, que l'on ne doit obliger les pénitents à répéter leurs confessions que lorsqu'on est moralement certain qu'elles ont été nulles. « Sedufo advertendum non esse co^endos pœni tentes ad repetendas confessiones, nisi moraliter certo constet eas fuisse invalidas, ut recte dicunt Croix, Gobât, Holzmann, Mazzotta, £lbel cnm Fillucio et communi (contra Antonium qui, inter rigidos auctores nostri temporis, infimum non habet locum). Ratio quia possessio stat pro valore confessionum praeteritaruni, quamdiu de earum nuUitate non constat, x» (Lib. IV, n. 505.) Le père Seigneri n'est pas moins exprès : « Il faut éviter, dit ce savant et pieux missionnaire, d'être trop curieux à s'enquérir des confessions passées, et de vouloir obliger les pénitents à les répéter de nouveau, si ce n'est dans le cas d'une évidente nécessité, comme si le confesseur avait manqué de juridiction, ou le pénitent de ferme propos et de repentir. Au reste, quand l'erreur n'est pas manifeste, suivez cette règle de droit qui dit que dans le doute la présomption est toiJ^^^^ P^*^ ^^ validité de l'acte. Non bisogna ne anche esstr troppo curioso investigator de/ le confessioni già fatte^ constringendo In persona a ripeterle e a rinnovarfe^ se non in caso di chiara fiecessiià quai snrebbe alior che fosse mancata o nel sacerdote la giurisdizione o nel pénitente il proposito et il pentimento... Nel resto, quando non sia mamfesto Perrorey pigliate da* giuristi una regola, ed è che in dubbio sempre si présume in favor deW atto, perche sia vcUido. {Il confessore inslruito, c. XI, tom. XI, p. 236.)
£t quoad obligationem repetendi confessiones recidivorum^ de quarum valore
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Méthode pour la 424. — Maintenant que jo suppose les confesseurs et les pébieo faire. QÎtents également persuadés de la nécessité et de Futilité de la confession générale, il ne reste plus qu'à indiquer une courte méthode pour mettre la main à Tœuvre ; car, à parler sans détour, quelles montagnes de difficultés le démon ne placera-t-il pas devant les yeux, afin d*empêcber un si grand bien! Aux uns il paraît impossible de débrouiller une conscience dont la confusion et les inextricables embarras font le tourment de leur ème ; d'autres se sentent glacés au seul nom de confession générale. Eh bien, permettez que je mette pour vous la main à Tœuvre, et, avec la grâce de Notre-Seigneur, vous verrez bientôt toutes ces montagnes disparaître. Dans cette affaire, toutes les difficultés se réduisent à deux, faire Texamen et dire le nombre de ses péchés.
Quant à Texamen, celui qui a mené une vie très uniforme a plus de facilité pour bien s'en acquitter; en peu de paroles, il peut faire une confession générale de plusieurs années. Au contraire, celui dont la conduite ne présente pas la même uniformité rencontrera dans la pratique de plus grandes difficultés, par deux raisons : la première, c'est qu'ayant une conscience embrouillée par tant de péchés commis, tant de confessions mal faites, il ne sait ni par où commencer ni comment achever son examen, tant sa tète est remplie de pensées confuses. En effet, il se trouve des personnes qui, après avoir passé plusieurs jours à écrire et à récrire leurs péchés, sont ensuite plus embarrassées qu'auparavant, ne sachant ni ce qu'elles ont écrit ni ce qu'elles ont encore à écrire, parce qu'elles jettent leurs souvenirs sur le pâipier, confusément, sans règle et sans ordre. L'autre
sspe dubitari potest, hanc regulam optime tradit Hubert, t. VI, p. 466, dicens : « Si pœnitens aliquandiu post confessionem dignos pœnitentis fructos fecit, hoc est strenue adversus tentationes, et peccandi occasiones pugnaTerit, confessarius judicabit validam fuisse confessionem. Secus si paulo post confessionem, seu data prima occasione, lapsus fuerit. » Tune enim, ego addo, rêvera moraliter certum est confeBsiones fuisse nullas, nam ille qui in confessione vere dolet proponit amendationem, saltem per altguod tempus a peccato se abstinet, saltem aliquem conatum adhibet ante relapsum ; unde, qai post suas confessiones ut plurimum cito et sine aliqua resistejitia iterum cecidit, certe censendus est nullum, vel nimis tenuem habuisse dolorem, vel propositum. Aliter vero dicendum si per nliquod tempus perseveraverit, yel ante casum aliquam saltem resistentiam praestiterit. (Sanctns Ligorius, lib* VI, n. 585.) {Note du iraducQ
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source de difficultés, c'est qu'à mesure qu'elles retrouvent leurs péchés, elles manquent peut-être de termes propres et convenables pour en exprimer les espèces et les circonstances. Ainsi, tel fera quelquefois quatorze histoires pour accuser quatorze péchés qui pourraient être dits en quatorze mots. Pour éviter ces deux écueils, je vous propose deux expédients.
Le premier, c'est de faire choix d'un confesseur qui joigne la prudence à la bonté ; puis, vous remettant entre ses mains, suppliez-le de vous aider et de vous interroger : vous trouverez qu'avec son secours tout vous deviendra doux et facile. Ayez soin cependant de vous examiner de manière à pouvoir convenablement répondre et vous expliquer sur les choses que luimême vous demandera. L'autre expédient, c'est le dialogue entre le confesseur et le pénitent, dont je vous donnerai bientôt le modèle. Avec votre portrait, que peut-être vous y reconnaîtrez, vous y trouverez la manière pratique de trouver et d'expliquer tous vos péchés. Maintenant, devez-'Vous mettre votre confession par écrit? pouvez-vous, dans cette vue, vous servir de quelque livre qui vous enseigne la manière de bien faire Texamen de conscience ?
Si vous me demandez conseil là- dessus, voici ma réponse. Je ne vous blême pas d'écrire votre confession, pourvu que vous écriviez, en abrégé, marquant seulement les principaux chefs d^accusation. Quant à la qualité et à la quantité, c'est-à-dire h l'espèce et au nombre, retranchez toutes les inutilités, l'histoire des faits et des circonstances accessoires propres à dissiper le cœur et à consumer en pure perte un temps précieux. S'agit-il des livres? il faut user de précaution; car il en est qui, confondant les péchés mortels avec les véniels, et décrivant avec trop de détail ce qui devrait être dit en passant, jettent les pénitents dans la confusion. Il faut, de plus, du jugement pour en faire un usage convenable.
Ainsi, il ne faudrait pas imiter cette petite fille qui était en pension dans un monastère. Elle demanda à son confesseur la permission de faire une confession générale, et de se servir pour cela d'un certain livre. Elle l'obtint. Autant de péchés elle trouva marqués dans son livre, qu'elle qu'en fût d'ailleurs l'énormité, autant elle en écrivit sur le papier ; puis, avec une candeur admirable, elle vint tous les lire à son confesseur^ qui fut saisi
d'horreur à un pareil récit. « Mon enfant, lui dit-il, ayez-vous vraiment commis tous ces péchés ? — Dieu m*en garde, mon Père : je les ai écrits parce que je les ai trouvés dans le livre. > Pour vous, si vous voulez, je vous indiquerai un livre qui ne trompe pas ; c'est le livre de la conscience. Lisez-le, vous y découvrirez fidèlement tous vos péchés, aidé surtout, comme nous Tavons dit, par les interrogations d'un bon confesseur. Ce que je dis s'adresse surtout aux personnes peu éclairées, qui, si elles ne sont interrogées, ne savent pas ouvrir la bouche. Les confesseurs doivent se souvenir que, pour cette raison, les personnes simples sont tenues à moins que les antres, et que leurs confessions générales peuvent s'expédier beaucoop plus vite. Nous ne sommes obligés de les interroger qu'en proportion de leur capacité, pour suppléer à l'exameu qu'elles devraient faire. Cela veut dire que, tant soit peu qu'on les aide, c'en est assez pour satisfaire au devoiret les renvoyer tranquilles. Doute «u sujet *425. — Il ne reste plus qu'à éclaircir un doute au sujet de de l'extinen. Texameu. Doit-on le permettre sur les péchés déshonnétes ; attendu que cette matière est dangereuse, et qu'on peut facilement s'y complaire en s'examinant ou en se confessant? Mais si ce doute était bien fondé, il ne faudrait ni s'examiner sur ces péchés ni s'en confesser dans les confessions ordinaires, attendu que le danger serait égal, et même plus grand, à cause du souvenir plus récent du plaisir défendu. Loin qu'il en soit ainsi, je pense, au contraire, que la plupart des pécheurs enseveUs dans ce bourbier sont dans la nécessité de faire une confession générale. Qui sont, en effet, ceux qui, pour l'ordinaire, cachent des péchés par honte, qui partagent la confession ou qui se confessent sans douleur et sans ferme propos, retombant quelquefois le jour même de la confession? ne sont- ce pas les pécheurs de ce caractère?
Si l'on trouve dans quelque livre l'opinion contraire, elle doit s'entendre de ceux qui, ayant fait autrefois la confession générale, se sont corrigés et vivent chrétiennement dans leur état. Mais, comme il est nécessaire de confesser une fois ces péchés dans les confessions ordinaires, il est très utile, supposé méoie qu'il n'y ait aucune des nécessités ci-dessus, de les confesser une fois dans la confession générale, pour la plus grande sûreté de conscience. Toutefois, le confesseur aura la précautiea
de ne demander, et le pénitent de ne dire que le pur nécessaire, c'est-à-dire le nombre et Tespèce des péchés, sans trop s'étendre et sans entrer dans certaines particularités obscènes qui s'entendent d'elles-mêmes. A l'exemple de ceux qui vont dans les lieux infects et qui tiennent à la main un peu de musc, ils auront soin de tenir prête quelque pieuse considération, qour dissiper les images que font naître de semblables récits, pui, du reste, faits par manière d'accusation, donnent plutôt de l'horreur et de la confusion que des complaisances criminelles.
Un autre conseil, c'est de développer d'abord, dans les confessions générales, cette matière du sixième précepte, et de passer ensuite aux autres commandements. Ainsi, je n'approuve pas la méthode des confesseurs qui, pour bien faire la confession générale, veulent que les pénitents reviennent sur les difiérents âges de la vie, notant séparément les péchés de l'enfance, de l'adolescence, de rage mûr et de la vieillesse. Il est vrai qu'il faut s'examiner sur tous les figes ; mais comme il y a certains péchés qu'on a toujours commis à raison de la mauvaise habitude, en suivant cette méthode, on devrait dire plusieurs fois le même péché, et cela sans aucune nécessité, car la diversité des âges ne change pas l'espèce. D'autres font encore pis : ils assignent différents jours pour faire la confession générale, un pour confesser les péchés commis avant le mariage, un autre pour ceux commis après ; ou bien, si un pénitent a commis vingt péchés de la même espèce, ils les lui font dire un à un, en lui faisant expliquer toutes les circonstances peu ou point importantes. De là vient dans le peuple cette fausse crainte qui fait regarder la confession générale comme une entreprise très difficile.
C'est ainsi que le peu d'habileté du confesseur rend pénible et dur le joug le plus doux et le plus léger, le joug de Jésus-Christ. Mais toutes ces difficultés s'évanouiront à la vue du dialogue ciaprès, où nous donnons au jeune confesseur et au pénitent une méthode facile pour rendre aimable la confession générale. Enfin, je vous exhorte à ne pas vous examiner sur les péchés véniels qu'il est très prudent de confesser exactement dans les confessions ordinaires; mais si vous voulez en faire un examen détaillé pour les accuser dans la confession générale, ce sera pour vous un embarras inutile et peut-être un piège du démon^ qui voudrait par là vous rendre la confession plus ennuyeuse et
AccosatioD du
plus pénible. Comme ils ne sont pas matière nécessaire, il suffit d'en avoir mie contrition universelle et de vous en accuser en général à la fin de la confession. Soyez sûr par ce moyen, comme renseigne saint Thomas ^, qu'ils vous seront tous remis.
426. — La plus grande difficulté de la confession générale, MmbK. c'est Taccusation du nombre des péchés. Yoici une règle très claire qui ôtera tout embarras. Si vous savez le nombre certain de vos péchés, vous devez le dire comme certain. À cela manquent plusieurs pénitents, qui, interrogés par le confesseur combien de fois ils ont commis le même péché, répondent quatre ou cinq fois, tandis qu'ils sont certains de l'avoir commis cinq fois ; ce n'est pas bien se confesser : on doit dire cinq fois, non pas d'une manière dubitative, mais absolue. Si vous ne savez pas le nombre précis, tâchez au moins de dire un nombre probable, et de vous approcher du vrai le plus que vous pourrez. Dites, par exemple : J'ai commis ce péché dix ou douze fois environ; vingt ou vingt-cinq fois environ; parce qu'avec le mot environ on dit suffisamment, et on ne s'expose pas a mentir.
Si Ton ne peut trouver ce nombre probable sans se tromper considérablement, que doit-on faire? On doit expliquer la durée et la fréquence de tel péché. Par exemple : J'avais quinze ans lorsqu'un malheureux camarade, plus méchant que le démon, m'apprit à commettre de telles iniquités, et j'ai continué à les commettre jusqu'à Tâge de trente ans, deux ou trois fois la semaine et par intervalle une fois seulement; d'autres fois je passais une semaine entière sans y tomber. A l'âge de vingt ans j'ai formé une mauvaise liaison, je l'ai eue jusqu'à vingt-cinq; ordinairement je tombais dans le péché une fois par semaine, quelquefois tous les quinze jours, j'ai même passé un mois sans le commettre.
— Mais, mon père, suffit-il dem'accuser de la sorte? Et pourquoi pas? Plût à Dieu que tout le monde s'accusât ainsi ! Oh! Dieu soit loué I la chose ne me paraît plus si difficile. — Ne vous disais-je pas bien que j'aplanirais ces montagnes? Il ne faudra donc plus vous étonner d'entendre dire que quelquefois nous autres missionnaires, dans l'espace d'une demi-heure, et même moins, nous expédions une confession générale, surtout lorsqu'il s'agit des personnes simples. Voilà la marche charita-
iln4, q. Sta, q. 1, art. 1.
MANUEL DBS GONFES^URS. 473
ble que nous suivons : il suffit que la personne sache répondre : Oui, mon père ; non, mon père ; car nous l'interrogeons sur toutesles espèces de péchés, qui, dans les simples, se réduisent à un petit nombre. Parla, connaissant le nombre probable ou la durée et la fréquence, on débrouille facilement toutce chaos de péchés.
J'ajoute même, pour votre consolation, que dans laconfession générale cette distinction numérique des péchés n'exige pas un si grand détail de la part des pénitents que dans la confession ordinaire, à raison, bien souvent, de l'impossibilité morale : car la bonté de Dieu ne demande rien qui soit au-dessus de nos forces, et quand un pauvre pénitent est embarrassé, il n'est pas prudent de lui faire violence pour cela. Si vous demandez à un vieillard, qui toute sa vie a été habitué à des pensées déshonnêtes, combien de fois il a consenti, il ne pourra pas vous répondre ; il dira précisément ce que vous lui demanderez. Lui demandez* vous sil a menti mille fois, il vous répondra mille fois ; si vous dites dix mille fois, il dira dix mille fois, parce qu'il ne sait que vous dire. Dans ce cas, que faut-il faire?
Lorsqu'on ne peut obtenir ni le nombre certain, ni le nombre probable, ni même la fréquence, je disque c'est assez deconnaitre la mauvaise habitude, et de savoir combien d'années elle a duré. Par là, le confesseur comprendra le mieux possible l'état du pénitent, entendant par mauvaise habitude ce qu'on a coutume d'entendre en pareille matière, pourvu que le nombre plus ou moins grand des chutes n'ait pas de conséquence, comme dans le vol : car alors il faudrait apporter plus d'exactitude. Mais dans les autres cas, supposé l'ignorance ou l'embarras du pénitent, il suffit que le confesseur ait une connaissance approchante du nombre. Je dis plus, s'il prévoit qu'en l'interrogeant davantage sur le nombre, il le jettera dans un plus grand embarras, il peut passer outre, conjecturant en luimême un nombre approximatif, sans tenir plus longtemps ce malheureux à la torture, attendu, comme dit saint Thomas, que in confessione non exigitvr ab homine plus quam posait *.
427: — Voilà donc tout ce qui tient à la confession générale précieux av^in. éclairci. Maintenant, qui d'entre nous ne se réveillera pas pour ^^^^^^^^ ^é. exciter dans son cœur la contrition du pénitentÉzéchias, disant à raie.
t In 4, q. 17, q. 3, a. 4.
Dieu avec larmes et soupirs : Recogitabo tibi omnes annos meas inamaritudine animœ mesB^ ? Ah l qu'elle était sincère la contrition d*Ézéchias ! Suivant la remarque de saint Bernard, à peine eut-il prouoncé cet aveu en répandant une grande abondance de larmes, que Dieu, pour montrer combien il est touché d'une semblable contrition, lui prolongea la vie de quinze ans, afin qu'il la passât dans une douleur continuelle de l'avoir offensé. C'est pour cela que presque tous les saints jetteront pour premier fondement de leur sainteté une confession générale de toutes leurs fautes.
Saint Ignace de Loyola, dans son Livre d'or des exercices spirituels, exhorte tous ceux qui veulent se convertir parfaitem^t à Dieu de commencer par faire une confession générale de tous leurs péchés. Saint Vincent de Paul, fondateur de la vénérable Congrégation des missionnaires, ayant entendu une confession générale, suivant qu'il est dit dans sa Yie, prit de là motif de faire ses premières missions, et de fonder ensuite sa sainte Congrégation, dans laquelle on fait une profession expresse d'entendre les confessions générales des personnes les plus ignorantes et dont la conscience est le plus embrouiUée. En effet, on voit ces excellents ouvriers donner leurs soins à tous avec une patience infatigable, et avec un fruit admirable de tant d'âmes qui avouent ingénument que, si elles n'avaient pas fait une confession générale, elles se seraient damnées.
Et qu'on ne croie point que c'est ici une invention moderne. La confession générale était déjà en usage parmi ces saints moines et les Pères du désert, comme nous le prouve un exemple dont saint Jean Climaque dit avoir été le témoin oculaire. Il écrit qu'un grand pécheur se présenta à un monastère pour se faire moine. L'abbé, qui était un homme d'une éminente vertu, voulut le soumettre aune rude épreuve: il l'obUgea à faire la confession de tous les péchés de sa vie. Ce jeune homme, plein de ferveur, ne balança pas, il écrivit incontinent toutes ses fautes, el les lut en présence de toute la communauté. Ce fut avec tant de larmes et de sanglots, que ces bons religieux ne doutèrent plus que sa vocation ne vint de Dieu. Mais ce qui revient à notre sujets c'est qu'à mesure que ce jeune homme lisait ses péchés, un ancien vit un Ange qui les effaçait de la liste qu'il tenait à la main.
1 Isa., xxxYui.
Voyez maintenant si saint Jean Chrysostome n'a pas raison d'appeler la confession générale un second baptême ^, qui purifie notre âme de toutes les fautes passées, et nous fait regagner le temps perdu par le dérèglement de notre vie passée : Redimentes tempus^ quotiiam dies malisunt^ dit saint Paul ^. Mais comment peut-on regagner le temps perdu? Par la confession générale, répond saint Bernard. En effet, que fait alors le pénitent? Il répare le temps passé par un sérieux examen de ses fautes, il affermit le présent par une véritable contrition, et assure l'avenir par un ferme propos : Tempus in tria dividitur, in prmsens^ prœteritum et futurum^ harum nullum perdit qui recte pcsnitentiam agit^. En un mot, celui qui fait une bonne confession générale arrive en quelque sorte à Tétàt heureux de Finnocence baptismale, et son âme devient belle et blanche aux yeux de Dieu. C'est ce que prouve l'exemple rapporté par saint Césaire.
Un jeune étudiant de Paris, extrêmement débauché, touché tout à coup de la parole de Dieu, alla se jeter aux pieds d'un religieux de Tordre de Ctteaux, pour faire sa conression générale. Ses larmes étaient si abondantes, qu'il pouvait à peine proférer une parole. Ce bon Père lui conseilla d écrire tous ses péchés ; ce qu'il fit. Il lui en apporta la liste. En la lisant, le confesseur y trouva des crimes si énormes, et des cas si extraordinaires, que, n'osant rien décider par lui-même, il demanda au pénitent la permission de la communiquer à son abbé, afin d'en recevoir des conseils; il l'obtint facilement. L'abbé, prenant ce papier pour le lire, le trouva tout blanc ; il n'y restait que quelques traits semblables à ceux qu'on tirerait pour effacer des mots. Que voulez-vous que je lise dans ce papier? dit l'abbé : il n'y -a rien d'écrit. Le confesseur, qui venait de le lire, ne revenait pas de son étonnement.
Il appelle le jeune homme pour lui demander si c'était bien là le papier sur lequel il avait écrit sa confession générale. Sans doute, lui répondit-il. Oh ! que vous êtes heureux I lui dit le confesseur. Dieu, par un miracle évident, a effacé de ce papier tous vos péchés, pour vous apprendre qu'il les a effacés de même du livre de sa justice, et la blancheur de ce papier dénote la
• In cap. V, Ep. ad Cor., c. v. — • Eph., v, 16. ' Sentim. de tripl. stat. animœ.
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blancheur de votre Ame, devenue belle et pure aux yeux de Dieu, par la grande contrition que sa miséricorde vous a donnée. Néanmoins, confessez vos péchés tels que vous vous les rappelez, afin d'en recevoir l'absolution sacramentelle. Après Tavoirreçae, le pauvre pénitent se prosterna contre terre, répandit un torrent de larmes, résolut de changer entièrement de vie pour satisfaire au monde qu'il avait scandalisé par Ténormité de ses faafes. 0 sainte confession générale, qui produit de si beaux effets dans notre âme! Elle réhabilite les confessions précédentes, faites sans les dispositions nécessaires ; elle excite l'âme avec plus d'efficacité à la contrition de ses fautes ; elle déracine da cœur tous les vices et toutes les attaches criminelles ; elle détermine la divine miséricorde à nous accorder un pardon général de toutes nos iniquités ; enfin elle console le pauvre pénitent, et, le rendant pur comme au sortir des fonts bapîismaux, le dispose à recevoir de nouvelles grâces et de nouvelles faveurs en cette vie et la gloire éternelle dans l'autre. Que chacun pèse ces précieux avantages de la confession générale, et puis, qu'il néglige de la faire, s'il en a le courage I Que celui qui craint d*y trouver des difficultés dans la pratique, jette un coup d'œil sur le dialogue suivant, et toutes ses craintes s'évanouirqnt.