CHAPITRE VIL
EÉSUMÉ GÉNÉRAL.
atIs aui confe». 437. (S. AxPHONSK, fi** 166-21 1.) — Jo fésume ici toutes nos seura. instructions précédentes, et je marque quelques-unes des piin* cipales choses qui doivent fixer votre attention dans Texercice du saint ministère.
l"" Avant tout, usez de la plus grande charité à l'égard des pécheurs, soit en les recevant, soit en leur inspirant la confiance à la miséricorde de Dieu. Mais aussi que jamais le respect humain ne vous empêche de les avertir avec force et de leur faire connaître le misérable état où ils se trouvent, en leur indiquant les moyens les plus convenables pour rompre les chaînes de leurs mauvaises habitudes ; surtout soyez ferme à leur refuser TabsoluCion quand cela est nécessaire.
2"" Aux ignorants demandez ordinairement s'ils savent les principaux mystères de la foi. Souvenez-vous de ce que nous avons dit là-dessus aux n"* 170 et suivants.
3"" A ces mêmes ignorants, ainsi qu'aux personnes qui négligent les affaires de leur conscience, ne manquez pas de demander les fautes où ces sortes de personnes ont coutume de tomber, si elles ne s'en accusent pas.
4* Soyez réservé en interrogeant sur la pureté^ surtout avec les jeunes personnes et les enfants, afin de ne pas leur apprendre ce qu'ils ignorent. Si, en interrogeant sur cette matière, vous éprouvez des tentations, élevez souvent vôtre cœur à Dieu. Jetez vos yeux sur quelque sainte image, et, avant d'entrer au « confessionnal, ayez toujours soin de purifier vos intentions.
5*" Quant aux pères et mères, ne vous contentez pas de les interroger en général sur l'éducation de leurs enfants, mais demandez-leur en particulier s'ils les corrigent comme ils doivent ; s'ils ont soin de leur faire apprendre le catéchisme, de les empêcher de fréquenter de mauvaises compagnies, et surtout, si ce sont des jeunes filles, d'entretenir des conversations avec des jeunes gens, et à plus forte raison avec des personnes
suspectes, des hommes mariés, des religieux ou des ecclésiastiques.
& Aux pénitents qu'on peut soupçonner d'avoir caché quelque péché par honte, tels que les ignorants, les femmes et les enfants, demandez s'ils n'ont pas d'inquiétude sur la vie pas* sée, en les encourageant à tout dire. Combien cette question a délivré d'âmes du sacrUège I
438. — 7* Quand même il y aurait un grand concours de pé- suite. nitents, ne vous pressez pas plus qu'il ne faut, en sorte que, pour en expédier un plus grand nombre, vous manquiez dans l'intégrité de la confession ou dans le soin que vous devez donner au pénitent pour le disposer convenablement, ou enfin dans les avertissements et les conseils dont il a besoin.
8"* Lorsqu'un pénitent accuse un péché mortel, surtout s'il Ta commis plusieurs fois, ne vous contentez pas de lui demander l'espèce et le nombre, demandez-lui encore si, par le passé, il en a eu l'habitude ; de plus, avec quelle personne il a péché et dans quel lieu, pour savoir s'il y a une habitude à rompre ou une occasion à éloigner. Beaucoup de confesseurs manquent en ce point. De là, la perte d'un grand nombre d'âmes ; car le confesseur qui néglige de faire ces questions ne peut connaître si le pénitent est récidif, par conséquent ne saurait lui donner les moyens convenables pour rompre l'habitude et âter l'occasion. Souvenez-vous des principes établis au n"" 354, où nous avons TU que le pénitent récidif ne peut être absous qu'après Tépreuve de l'amendement, ou bien s'il ne donne quelque marque extraordinaire de sa disposition. Lorsqu'il s'agit d'une occasion prochaine, n'ayez de respect humain pour personne et soyez ferme à refuser l'absolution jusqu'à ce que le pénitent ait éloigné l'occasion, si elle est in esse, comme nous avons dit au n"* 317; si l'occasion est nécessaire, refusez aussi l'absolution jusqu'à ce que de prochaine elle soit rendue éloignée, par l'usage des moyens assignés pour cela. Surtout soyez ferme à refuser l'absolution aux futurs époux qui se fréquentent ^ , et à leurs parents qui le permettent. S^ils vous disent qu'il n'y a point de mal, ne
* U peut arriver qae les fréquentations entre futurs époux soient assez rares, «ssex courtes et environnées d*assez de précautions pour qu*eUes ne deviennent pas une occasion de péché : c'est au confesseur à en juger d'après les circonstances. (Note du Traductfjp\)
5i6 MANUEL DBS GONVESSBURS.
les croyez pas, car cela est moralement impossible, comme Texpérience le prouve.
9^ Ne donnez pas Tabsolutiion à ceux qui veulent recevoir un ordre sacré, et qui sont dans Thabitude de quelque vice, si vous ne voyez auparavant qu'ils ont acquis cette sainteté positive nécessaire au rang auquel ils aspirent. Voyez les n"^ 359 et suivants.
10* Prenez garde à ne détourner personne par respei;t humain de la vocation à l'état religieux. Saint Thomas dit qu'une pareille conduite ne peut être excusée de péché mortel ^. Combien peutêtre de confesseurs ignorants qui ne se font aucun scrupule de détourner des jeunes gens de la vocation à un état plus parfait pour complaire à leurs parents, en leur disant que les enfants sont obligés d'obéir à leurs pères et mères ! Cependant l'enseignement commun des docteurs, fondé sur l'autorité de saint Thomas, est que dans le choix de Tétat de vie chacun est libre et doit obéir à Dieu qui l'appelle, plutôt qu'à ses parents. D'mi autre côté, remarquez que vous ne pouvez absoudre celui ^i, sans vocation, voudrait prendre les ordres sacrés'.
439. — 1 1"" En confessant les prêtres, soyez respectueux, mais ferme à leur faire les corrections nécessaires et à leur refuser Tabsolution s'il en est besoin. Ne manquez pas d'interroger ceux qui sont peu timorés, sur trois choses en particulier : 1* s*ils ont différé de célébrer des messes pendant un mois, si c'était des messes de morts ; et pendant deux mois si c'était pour des vivants, parce qu'on n'excuse pas ce délai de péché mortel '; 2® s'ils ont célébré avec précipitation, parce qu'il y a péché mor> tel à dire la messe dans moins d'un quart d'heure, quand même ce serait une messe votive de la sainte Vierge ou une messe de mort^; en effet, il est impossible, en mettant si peu de temps, de ne pas manquer notablement aux cérémonies, ou du moins à la gravité avec laquelle on doit les faire, on enfin au respect qni est dû à cet auguste sacrifice ; 3'' s'ils ont satisfait à l'obligation de l'office, surtout s'ils sont bénéficiers. Ne manquez pas de leur recommander de se rendre capables de travailler au salut des
i Quodlib. m, art. 14. — * Lib. VI, n. 803. -^ > Ib. n, 217, p. il. Quant aax masses pour les vivants, le père Gury dit : Controvertitor : eerto gnvis videtar dilatio qiue très menses excidit. (De Etwhar,, n. 317.) — * Lib. VI, n. 317, q. n.
MANUEL DBS CONFESSEURS. 517
âmes, suivant le talent que Dieu leur a donné ; de faire la préparation avant la messe et l'action de gr&ces après, ainsi que l'oraison mentale, sans laquelle on est difficilement un bon prêtre.
12* En matière de restitution du bien d'autrui, ordinairement n'absolvez pas le pénitent qui peut restituer, avant qu'il l'ait fait ; car, une fois absous, il le fera difficilement. Remarquez néanmoins qu'un grand nombre cessent d'être obligés à la restitution à cause de la prescription faite de bonne foi ; sur quoi vous devez noter : 1*" que les biens mobiliers, lorsqu'il y a un titre présumé, se prescrivent par trois ans, et les immeubles par dix ans vUer pressentes^ et vingt ans tnter absentes ; 2* qu'il est probable que cette prescription est valide au for de la conscience, même lorsqu'au for extérieur la loi de la prescription n'est pas en usage ; comme dans le royaume de Naples, à cause de la difficulté de prouver la bonne foi. Excepté toutefois les prescriptions qui sont expressément défendues par quelque loi particulière, comme dans le royaume de Naples, où la prescription de l'héritier n'est pas reconnue lorsque le testateur a possédé de mauvaise foi. Yoyez, au reste, ce que nous avons dit touchant les prescriptions^.
13* Si le pénitent a reçu quelque offense pour laquelle son ennemiesttraduit en justice, neTabsolvez pas, pour l'ordinaire, à moins qu'il n'en fasse la remise. Voyez le n* 177.
14* Lorsque vous prévoyez que l'avertissement sera inutile, et que le pénitent est dans la bonne foi, ne le faites pas, surtout lorsqu'il s'agit de la nullité d'un mariage déjà contracté. Il faut accepter l'obligation de dénoncer conf essores sollicitantes in materia turpi^ parce qu'il est un commandement direct qui ordonne au confesseur d'imposer cette obligation à tous ceux qui sont sollicités. Voyez les n- 41, 42 et 229.
15* Faites produire à tous l'acte de contrition, à moins que vous ne présumiez avec certitude que le pénitent l'a fait comme il faut. Ne manquez pas de donner les motifs (ratirilion et de contrition, ainsi que nous les avons exposés au n* 43. Remarquez surtout que, si le pénitent se présente sans (fisposition, vous êtes obligé, autant qu'il est en vous, à le disposer pour l'absolution. Foy^2 le n* 41 .
16* Ne donnez pas l'absolution aux pénitents qui n'accusent
1 Lib m, n. 504 à 517.
que les péchés véniels, mais auxquels ils sont habitués, à nooins qu'ils ne témoignent une véritable contrition et un fenne propos de se corriger, au moins de quelqu'un en particulier, ou bien s'ils ne donnent pas pour matière d'absolution quelque faute plus grave de la vie passée. Voyez le n"" 353. Combien de coofes-^ sions invalides, qui en soi sont de vrais sacrilèges, ont li^ de cette manière parla négligence des confesseurs!
17'' N'imposez que les pénitences dont vous pouvez juger que le pénitent s'acquittera facilement, ainsi que nous l'avons dit au n"" 407 ; mais ayez soin qu'elles soient médicinales, comme la fréquentation des sacrements, les visites à Notre-Seigneur, se recommander à Dieu matin et soir, faire des lectures de piété, s'enrôler dans quelque congrégation, et autres semblables.
IS"* Aux personne^ pieuses qui fréquentent les sacrements recommandez Tusage de l'oraison mentale, et demandez-leuren compte, du moins en les interrogeant si elles Font faite. Par ce peu de soin, il n'est pas de confesseur qui ne puisse sauver bien des âmes. Ne soyez pas difficile pour accorder la communion fréquente, toutes les fois que vous remarquez ou que vous estimez prudemment que le pénitent en retirera du profit.
19^ Aux scrupuleux recommandez surtout Tobéissance; dites-leur bien qu'en désobéissant, ils se mettent en danger de se perdre. Soyez ferme et sévère pour vous faire obéir; soyez résolu et tranchant dans vos paroles, car, si vous parlez avec timidité, vous augmenterez leurs inquiétudes. Donnez-leur des règles générales pour déposer leurs doutes, suivant le besoin de chacun; par exemple, à ceux qui sont toujours en scrupule sur leurs confessions passées, défendez d'accuser aucune de leurs fautes passées, à moins qu'ils ne soient certains que ce sont des péchés mortels, et que certainement ils ne les ont jamais confessés, et soyez ferme pour ne pas les entendre s'ils refusent d'obéir. Si vous cédez une seule fois, le pénitent sera toujours inquiet : il est des confesseurs qui perdent ces âmes-là en les confessant. A celui qui craint que toutes ses actions ne soient autant de péchés, ordonnez de vaincre le scrupule et d'agir librement en tout ce qu'il ne voit pas être évidemment péché.
20"" Quant au choix des opinions, s'agit-il d'éloigner le pénitent du danger de péché formel, suivez rarement les opinions bénignes, autant du moins que vous le permettra la prudence
chrétienne. Une opinion rend-elle plus prochain le danger du péché formel, vous devez toujours conseiller Topinion plus rigide. Yoyez le n*" 320. Je dis conseiller^ parce que, si l'opinion est probable, et que le pénitent veuille la suivre, vous ne pouvez lui refuser Tabsolution à laquelle il a acquis un droit certain par la confession de ses péchés. N"" 228.
SI"" En confessant les femmes, et en traitant avec elles, usez de toute la sévérité que vous permet la prudence. Ainsi, refusez leurs présents, fuyez leur familiarité et tout ce qui peut être cause d'attachement. Combien de confesseurs, pour s'être négligés sur ce point, ont perdu leur âme et celles de leurs pénitentes.
22* Soyez humble, et ne présumez pas de votre science. Ainsi, demandez souvent à Dieu, par les mérites de Jésus-Christ, sur* tout dans les cas douteux, la lumière nécessaire pour les bien décider. Invocavi, et venit in me spiritus sapientiœ^. Concluez de là qu'un confesseur qui ne fait pas l'oraison manquera souvent de prudence et de discrétion. Dans les cas plus embarrassants ou plus graves, ne négligez pas de consulter ceux qui sont plus doctes et plus expérimentés. Soyez surtout fidèle à cet avis lorsqu'il s'agira de diriger une âme plus avancée que Dieu favorise des dons surnaturels, lorsque vous-même n'êtes encore que novice en cette matière. Il en est qui ont à peine une teinture de la science ascétique, et qui rougissent de consulter. Les prêtres vraiment humbles se gardent bien de tenir une pareille conduite. Non-seulement ils consultent même plusieurs personnes quand il le faut, mais ils adressent les âmes de cette trempe à des directeurs plus habiles pour en être conduites, ou du moins pour recevoir leurs conseils. N'entendez pas ces âmes les jours de fête ; réservez ces jours-là pour les personnes plus nécessiteuses, surtout les pauvres artisans.
440. — Pour compléter nos instructions, je vais rappeler ATb a» curés en abrégé quelques-uns des devoirs particuliers des curés à regard de leurs ouailles.
1 "^ Le pasteur est obligé de les instruire des mystères de la foi et des choses nécessaires au salut ; tels sont, par exemple : les quatre principaux mystères, qu'il n'y a qu'un seul Dieu, et que ce Dieu est tout puissant, infiniment sage, créateur et seigneur
t Sap., VII, 6.
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de tontes choses, miséricordieux et souverainement aimable, surtout qu'il récompensera les bons et punira les méchants ; qu'il y a trois personnes en Dieu, égales en tout ; que le Fils, la seconde personne, a pris un corps et une Ame semblables aux nôtres ; qu'il est mort pour nous ; les sacrements nécessaires, le Baptême, rEucharistie, la Pénitence, et les autres quand on doit les recevoir ; les articles du Credo , entre autres la vii^ité de la sainte Vierge ; la session de Jésus-Christ à la droite du Père, c'est-à-dire qu'il jouit dans le ciel d*une gloire égale à celle du Père ; la résurrection des corps au jugement demitf , qui se fera par Jésus-Christ ; Tunité de l'Église romaine, dans laquelle seule se trouve le salut; enfin, l'éternité du paradis et de l'enfer : il y a obligation grave pour tout chrétien de savoir ces articles ; les commandements de Dieu et de relise ; le Pater noster et VAve Maria, ainsi que les actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition.
Comme il y a péché mortel pour le chrétien qui n'apprend pas ces choses quant à la lettre et quant au sens, de même il y a péché mortel pour le pasteur, suivant la doctrine commime des théologiens, m par lui-même, ou par d'autres lorsqu'il est légitimement empêché, comme dit le concile de Trente, il néglige de les enseigner au moins en substance à ses paroissiens, enfants et adultes, qui ne les savent pas. C'est pourquoi, s'il remarque que les parents ou les maîtres n'envoient pas leurs enfants ou leurs domestiques au catéchisme, il est obligé de prendre les mesures convenables avec l'évêque, qui peut, suivant le concile de Trente S forcer les parents même par les censures ecclésiastiques. Les bons curés doivent tenir un registre des enfants pour savoir ceux qui manquent.
Lacroix dit même que, s'il y a des personnes ignorantes 4fà ne peuvent pas venir à l'église, parce qu'elles sont obligées de garder la maison ou des bestiaux, le pasteur doit aller les instruire en pSiriicwheT, cum quantocwnquestto tnccmmodo^mà^^xX l'expression de ce savant auteur*. Nous dirons au moins que, si cela lui était trop difficile, à cause du grand nombre de ces ignorants, il doit du moins les examiner et les instruire an temps du précepte pascal, ou lorsqu'ils viennent demander des certificats pour la confirmation ou le mariage. Il est bon
« Session XXIV, c. rv. — > Lib. m, q. 149; et m, p. 1, n. 767.
MANUEL 1>K& GONFSSSSURS. • 521
aussi que le pasteur s'assure si les maîtres ou les maîtresses sont en état de bien apprendre à leurs enfants le catéchisme et les moyens de vivre dans la crainte de Dieu<
i!" Le curé est obligé d'administrer les sacrements par luimême toutes les fois que les paroissiens le demandent avec justice. S'd a un vicaire, il doit bien examiner sa vie et sa science; autrement, il rendra compte à Dieu de toutes les imprudences qui auront lieu. De plus» il est tenu d'assister lés moribonds» à moins qu'il n'y ait une autre personne capable. Il doit des soins particuliers aux pécheurs moriboods et habitudinaires» parce qu'ils sont dans une grave nécessité de recevoir ses secours. Quant à l'Extrôme-OoctioD, il doit se rappeler ce que dit le Catéchisme romain : GravissimepeccantqmiUud tempus êsgrotos tmgendi observare soient^ cum jam^ omni saliUis spe amissa^ vita et iensibm carere incipiant^. Le curé est encore obligé de s'informer si ses paroissiens ont accompli le devoir pascaP. Qu'il ait soin de ne paj confier les billets de confes* sion à tout clerc indistinctement.
3* II doit empêcher qu'on ne donne l'habit clérical aux jeunes geus et aux enfants, en qui on ne remarque pas de dispositions à l'état ecclésiastique. Il doit donner un grand soin à rinstruction de ses clercs qui déjà portent Thabit clérical ; autrement ces jeunes gens, sans instruction et sans discipline, iront aux ordres per fas et nefas^ et deviendront le scandale des peuples. Je ne parle pas ici du compte terrible qu'auront à rendre à Dieu ces curés qui donnent des certificats aux ordinands dont ils connaissent l'indignité, ou avant de s'être assurés par de soigneuses informations de la bonté de leur conduite.
4* Le curé est obligé de s'enquérir de ceux qui vivent dans le péché, afin de les corriger ; des inimitiés et des scandales qui régnent surtout entre les époux, afin d'y remédier autant qu'il est possible. Voici ce que dit saint Thomas : Qtdhabetspe' eiaUtn curam alterius^ débet eum quœrere ad hoc ^ ut carrigatde peccato '. S'il existe quelque scandale donné par une personne puissante, surtout par un prêtre, et auquel il ne peut remédier, il doit du moins en prévenir Tévêque afin qu'il y pourvoie. Ni la crainte ni le respect humain ne sauraient l'autoriser
ft Part. II, c. VI, n. 9 — > * Barbosa, de Offic. par c. n, n. 7, et Seigneri, PasU Instr., c. xxui. — > 3. 3. jq. 15, a 1.
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à négliger ce devoir. Le bon pasteur est obligé de donner sa vie pour le salut de ses brebis.
S"" Il doit prendre garde de ne pas recevoir les promesses des futurs époux longtemps avant le mariage, parce que tout le temps qui s'écoulera entre les fiançailles et le mariage sera un temps de péché pour les fiancés et leurs parents.
6"* Quand il y a dans la paroisse des désordres graves aoiquels ie pasteur ne peut remédier, il est obligé de faire ce qui dépend de lui pour avoir une mission, s'il ne trouve pas d*autre moyen de faire cesser le mal. Il sera toujours utile d -appeler de temps en temps des confesseurs étrangers pour les personnes que la honte retient, surtout si le prédicateur de carême n'a pas Thabitude de confesser; mais le curé qui refuse la mission donne grandement lieu de soupçonner sa vertu.
7* Le curé ne doit pas seulement déraciner le mal, il àoA encore procurer le bien, à l'exemple de tous les bons pasteurs, qui ne se lassent point d'exhorter à la fréquentation des sacrements, à l'assiduité aux congrégations, à la visite du saint Sacrement et de la Sainte Vierge, aux neuvaines, à suivre Notre-Seigneur quand on le porte aux malades, et par-dessus tout à faire l'oraison mentale, dont nous avons donné la méthode aux n** 300 et suivants.
8" Le curé est obligé de prêcher les dimanches et fêtes pnnci-
pales. Aussi les docteurs disent * que le curé pèche grièvemew ^'\luég\igede prècherpermememcontinuum^autpertresmens^
discontinuas^ excepté cependant les deux mois pendant lesquels le concile de Trente permet aux curés de sortir de leur résidence pour une cause juste et approuvée de l'évêque. H «» remarquer encore que le même concile ordonne aux pasteurs de nourrir leurs ouailles du pain de la parole divine suivant leur capacité, en faisant des sermons simples et clairs, aiîB qu'ils soient entendus ; car la foi se conserve comme elle se répand^ par le moyen de la prédication, fides ex auditu *. Amsi» les peuples ne retireront que peu de fruit des discours qui ^^ sont pas semblables à ceux de Jésus-Christ et des Apdtres, <p prêchèrent non in doctis humanœ sapientise verhis, sedinosun sione spiriius et virtutis, comme dit l'apôtre saint Paul. C'est pour cela que le vénérable Père Maître Avila avait rai-
1 lib. IV, n. 269 et 360. — s Sess. V, c. it, de Reform.
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son d'appeler non pas ministres, mais traîtres de Jésus-Christ, ceux qui prêchent par vanité. Le Père Gaspard Sancio ajoutait que de pareils prédicateurs sont les plus grands persécuteurs de rÉglise. En effet, en prêchant comme ils font, ils occasionnent la perte d'un grand nombre d'âmes, que des sermons faits à Vapostoliqtte auraient sauvées. Les paroles vaines, les périodes sonores, les descriptions inutiles, disait saint François de Sales, sont la perte de la prédication, dont le but unique doit être de * porter au bien la voionté des auditeurs, et non de repattre leur esprit de choses inutiles : et Texpérience prouve que ces paroles fleuries ne convertissent personne, car Dieu ne donne pas le concours de sa grâce à la vanité. Cela soit dit pour tous les prédicateurs qui parlent avec vanité, mais surtout pour les curés, auxquels le concile de Trente ordonne à l'endroit cité plus haut : Archipresbytenquoque^plebaniyetquicumquecuramariimarum obtinent^ per se vel alios idoneos , si légitime impeditifuerint, diebus saltem dominicis et festis solemnibuSy plèbes sibi commissas pro sua et earum capacitate pascant salutaribus ver bis. Faites attention à ce pro earum capacitate, car il en résulte évidemment qu'ils contreviennent aux ordres du concile, les pasteurs qui ne se mettent pas à la portée du peuple qui les écoute.
441. — Il est bon d'indiquer ici quelques-unes des choses ce quiis doivent les plus importantes que le pasteur doit inculquer plus souvent à ï*appcï«p i«
-*, /ji»*» ja 1- !• plus souvent à
son peuple dans ses prédications : 1'' que, pour changer de vie, leur peuple. il ne suffit pas de se proposer de fuir le péché, mais qu'il faut encore éviter l'occasion du péché. En parlant des futurs époux qui fréquentent la maison de leurs futures épouses, il doit dire que ni eux ni leurs parents, qui le savent, ne peuvent être aibsous à moins qu'ils n'ôtent une pareille occasion.
2"^ Qu'il insiste pour empêcher les hommes d'aller au cabaret, leur représentant les nombreux péchés qui s'y commettent ordinairement. Sans parler de l'ivrognerie, c'est le blasphème^ les querelles, les scandales, les obscénités, les discordes dans la maison, la soustraction des aUments à leur famille, etc.
3* Qu'il prêche et s'élève souvent contre l'habitude généralement répandue, surtout dans les campagnes, de tenir des discours déshonnêtes dans les champs, dans les boutiques et les ateliers ; discours plus coupables encore, lorsqu'on les tient devant des enfants, des jeunes filles, et des personnes d'un
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sexe différent. Oh! combien de jeunes gens pervertis par de semblables propos! Qu'il ait soin d^averlir les parents, les maîtres et les chefs d'ateliers, qu'ils soient attentifs à corriger et à châtier leurs enfants ou leurs ouvriers qui se permettent on pareil langage, surtout dans le temps des vendanges.
4*" Qu'il représente avec force Ténormité du sacrilège dont se rendent coupables ceux qui se confessent et qui coamiunient après avoir caché par honte quelque péché mortel ; et afin d'inspirer plus de crainte et d'horreur pour un mal si grand, qu'il ait soin de rapporter souvent quelque exemple terrible de ceux qui ont fait des confessions sacrilèges pour avoir caché. Il peut se servir pour cela du petit livre du Père Yéga, intitulé: Exemples au sujet de la confession^ etc.
S"" Qu'il rappelle souvent la nécessité de la contrition et du ferme propos, même dans les confessions de péchés véniels, disant bien que personne ne doit recevoir l'absolution s'il n'a un vrai repentir au moins de quelqu'un des péchés véniels dont il s'accuse, ou bien s'il ne donne une matière certaine, c'e^t-à-dire quelque péché de la vie passée, dont il a une douleur \ériUkbïfd^ nécessaire pour la validité de la confession. Or, comme les ignorants comprennent peu ce que doit être cette douleur, il dira souvent que tout pénitent, pour se confesser validement, soit qu'il ait la contrition ou l'attrition, doit avoir un tel déplaisir de son péché, qu'il le haïsse et l'abhorre plus que tout autre mal.
6'' Qu'il exhorte à remplacer, dans les transports de colère, les blasphèmes et les imprécations par des paroles bonnes et innocentes ; par exemple : Maudit soit le péché! Maudit soU le diable! ou bien : Sainte Vierge^ aidez-moi! Seigneur! donnezmoi la patience.
T Qu'il inspire de l'horreur pour toute espèce de superstitions ou vaines observances que le peuple emploie pour guérir les maladies, ou pour connaître les voleurs, etc.
8*" Qu'il recommande aux pères et mères de corriger leurs enfants, surtout quand ils sont petits, dès qu'ils blasphèment ou qu'ils volent, etc. ; en outre, d'avoir soin d'observer et de s'informer quelles sont leurs sociétés, et de leur défendre de fréquenter les mauvaises compagnies et les personnes d'un sexe différent ; enfin de ne pas mettre leurs enfants avec eux dans leur lit, lorsqu'ils sont trop jeunes, à cause du danger de les
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étouffer, ou trop grands, par exemple, après six ans, à cause du danger de les scandaliser ; à plus forte raison, de ne pas faire coucher ensemble les petits garçons et les petites filles.
9* Qu'il exhorte continuellement ses paroissiens à chasser leurft tentations, surtout contre la pureté, par Tinvocation des saints noms de Jésus et de Marie. C*est là un grand remède contre les tentations.
i&* Qu'il dise continuellement et avec instance que, si quelqu'un tombe en péché mortel, il fasse sur-le-champ un acte de contrition pour recouvrer la grâce perdue, avec la ferme résolution de se confesser le plus tôt qu'il pourra. Qu'il mette à nu cette tromperie du démon qui persuade aux pécheurs que Dieu pardonne aussi bien deux péchés qu'un ; car il se peut très bien que le Seigneur patiente après un premier péché, et qu'il les frappe ou les abandonne après un second.
11'' Qu'il enseigne les actes que chacun doit faire le matin, en se levant : actes de remerctment, d'ofirande et de prière avec trois Ave Maria, et la ferme résolution d'éviter tout péché et surtout celui où l'on tombe plus souvent, demandant à la sainte Yierge de l'en délivrer : qu'il exhorte toutes les mères à faire pratiquer cela chaque matin à leurs enfants. Qu'il prêche aussi que les parents sont obligés à faire approcher leurs enfants des sacrements, car s'ils ne les fréquentent pas, ils tomberont bientôt dans la disgrâce de Dieu : malheur affreux que les parents doivent prévenir. Qu'il dise encore que les parents se rendent coupables lorsque, sans de justes raisons, ils s'opposent au mariage de leurs enfants, en les forçant à se marier contre leur volonté^ ; qu'il en est de même des enfants qui contractent aiariage contre la juste volonté de leurs parents '.
12"* Puisqu'il est vrai, ainsi que nous l'avons dit, que le pasteur est tenu non-seulement d'empêcher le n^al, mais encore de procurer le bien, qu'il exhorte son peuple à la visite quotidienne du saint Sacrement et de la sainte Vierge ; il peut faire cette visite en commun avec son peuple, le soir, par exemple, en choisissant le moment le plus commode, ainsi que cela se pratique en beaucoup d'endroits ; qu'il ajoute que ceux qui ne peuvent pas venir à l'église fassent la visite dans leur maison. Surtout qu'il recommande aux hommes l'assiduité à leur con-
t Lib. VI, n. 8i9; V. Conveniunt^ ad vi. — « Ib,, c. 849.
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grégatioD, à tous la communion avec la préparation con venable et Faction de grâces, composées des actes de foi, d'amour, d'offrande et de demande, en leur enseignant la manière pratique de les faire.
IS"" Qu'il ait soin d'affectionner son peuple à la dévotion envers la sainte Vierge, en lui rappelant combien sont grandes la puissance et la miséricorde de cette divine Mère, combien elle est disposée à aider ses fidèles serviteurs. Qu'il recommande en conséquence de dire chaque soir le rosaire en commun dans les familles, de jeûner le samedi, et de faire les neuvaines aux fêtes de cette bonne Mère ; et il avertira le peuple du retour de ces neuvaines. Il serait bien que le samedi il fit un petit discours dans lequel il rapporterait quelque trait de bonté ou de puissance de la sainte Vierge, et une fois chaque année une neuvaine solennelle en son honneur avec sermon et exposition du saint Sacrement. Il pourrait se servir pour cela du livre imprimé sous le titre de Gloires de Marie, où il trouvera des matériaux et des exemples. Heureux le pasteur qui entretient ses paroissiens dans la dévotion envers Marie ! avec l'aide de cette tendre Mère, ils vivront saintement, et lui-même aura une puissante avocate au moment de la mort.
Enfin, qu'il ne néglige rien pour faire prendre à son peuple le saint usage de se recommander souvent à Dieu^ en demandant la persévérance pour l'amour de Jésus et de Marie. Il dira souvent que les grâces de Dieu et surtout le don de la persévérance ne s'obtiennent qu'autant qu'on les demande : Petite et aceipietis. Qu'il publie souvent cette grande promesse du Sauveur, que tout ce que nous demanderons à son Père en son nom, son Père nous le donnera : Amen^ dico vobis, si quid petieritis Pairem in nominemeo, dabitvobis ^. Qu'il recommande aussi beaucoup la pratique de l'oraison mentale, et qu'il tâche de la faire chaque jour à l'église avec son peuple ou du moins les jours de fête, enseignant également la manière de la faire à la maison ; c'est pour cela que j'ai indiqué aux n"** 300 et suivants la nécessité de l'oraison mentale et la manière pratique de la faire. AVisde saint **2. — La grâcc ct l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ Frufou xaTier. soit avcc VOUS. La chûrité m'intéresse trop en tout ce qui vous touche, pour vous laisser aller à cette mission d'Ormuz, si
Woan., xia,23.
laborieuse et importante, sans vous faire part de ce que j'estime vous y pouvoir aider.
J'ai donc à vous dire, en premier lieu, que vous tourniez les premiers et les plus efficaces de vos soins sur vous-même, ne faisant état que de la gloire de Dieu et de votre avan<^ement es vertus pour son plus grand service. Étant porté de ces deux intentions, vous serez également heureux et sage au gain des âmes, et vous descendrez volontiers à tous les exercices de l'humilité et piété chrétienne. C'est pourquoi je vous recommande de faire vous-même le catéchisme aux petits enfants des Portugais, au menu peuple, aux serviteurs et servantes, et aux pauvres esclaves. A ces fins, tous les jours, environ le midi, vous prendrez une clochette en main, et ferez un tour de ville avec votre compagnon, les invitant à haute voix de se rendre à l'église, où vous leur ferez réciter à tous ensemble les prières quotidiennes, et quelque article de la doctrine, que vous prononcerez hautement et posément, afin qu'ils les puissent redire avec vous. Quelque occupation que vous ayez, gardez-vous bien de vous priver du mérite de ce saint exercice, ni de déléguer à quelque autre une commission si sainte et honorable : car en instruisant les petits, vous édifierez bien les plus grands, et ces fonctions d'humilité ont reçu de Dieu cet avantage sur les autres, qu'elles gagnent plus d'âmes, non seulement à Dieu, mais à celui-même qui les pratique.
Mais pour suivre quelque ordre es avertissements que je prétends vous donner en cet écrit, et pour commencer votre navigation, durant le voyage vous serez soigneux dans le vaisseau, entre autres choses, de vous enquérir dextrement des mœurs du peuple d'Ormuz, et des vices qui régnent dedans et dehors la ville. Adressez-vous donc à des personnes qui en puissent parler avec connaissance et sans passion, et sachez quels genres de trafics, de contrats et de sociétés y sont en vogue ; quelles corruptions, longueurs, chicanes et faussetés se pratiquent dans le barreau ; quel désordre il y peut avoir en toutes les parties de la république; car si vous n'ignorez pas les maux, vous en trouverez plus aisément les remèdes, et cette connaissance, qui vous rendra plus fervent non-seulement à prier Dieu, mais encore à traiter avec les âmes, et à leur prêcher suivant leurs nécessités, vous servira, je m'assure, autant ou plus que la lecture
des livres, laquelle il ne faut pas néanmoins oublier. Pour moi, j'ai toujours trouvé que cette découverte m'était trèsHitile, et que sans elle je marchais à tâtons es affaires de nos fonctions.
Vous visiterez souvent les malades, mémement ceux de i'fldtel-Dieu : et, les ayant avertis que les sources les plus ordinaires des maux du corps sont ceux de Tâme et les péchés, vous les attirerez doucement à chercher la paix de leurs consciences, afin qu*dtant la cause, ils se délivrent de l'effet. Ainsi, quand vous les aurez confessés à loisir, vous leur ferez part du pain de vie : et puis, les recommandant avec affection à l'hospitalier, vous tâcherez encore, de votre côté, de les pourvoir de leurs né* cessités.
Usez-en de même envers les prisonniers, les exhortant à se mettre en pleine liberté d'esprit par la confession générale ; car vous en trouverez beaucoup, parmi les chaînes et les bassesfosses, qui sont de longue main dans les cadènes de Satan, et plus prisonniers de l'âme que du corps^ la plupart de ceux qui pourrissent là ne s'étant peut-être jamais bien confessés des crimes qui les y détiennent.
Étudiez-vous de gagner les bonnes grâces de messieurs de iiz Miséricorde y à cette fin que vous leur puissiez recommander avec fruit vos prisonniers et vos malades de l'hôpital, et que leur autorité vous serve à brider la passion de ceux qui les traiteraient mal. Mais, outre cet appui, cherchez-leur encore vousmême quelques soulagements d'aumônes, sans entreprendre néanmoins sur la confrérie de la Miséricorde : car vous devrez absolument vous maintenir avec elle; pour cela, quand on vous portera quelque restitution notable, n'y touchez point, mais faites déposer la somme es mains du trésorier de la confrérie. Car, encore que dans la ville vous ne manquerez pas de trouver beaucoup de personnes et de nécessités pressantes où cet argent pourrait être employé fort à propos, si serait-il aisé de vous y laisser tromper, parce qu'il n'y a souvent que trop de gueux qui font trafic d'une pauvreté affectée, et qui ont assez d'arlifiu pour se prévaloir de notre simplicité, au dommage des vrais pauvres; là où ceux de la Miséricorde, étant personnes qui savent leur monde ne s'y laisseront pas piper si facilement. C'est pourquoi vous vous délivrerez de peine et de danger, les chargeant de telles distributions, et, pour la connaissance plus partial-
MANUBL BBS CONFESSEURS. 529
lîère qu'ils ont des nécessités d'an chacuni ils s'en acquitteront sans doute avec plus d'égalité et moins de blâme.
Yous ne sauriez croire qu'après une longue et fflcbeuse expérirace, de combien d'incommodités vous serez quitte, vous remettant de ceci sur la prudence de ces messieurs ; car première* inenty si vous vous engagez à être le pourvoyeur des pauvres, vous serez accablé d'une infinité d'importuns, qui ne vous re* chercberont que pour avoir du pain, au lieu d'user de votre charité pour le bien de leurs âmes ; ce qui n'arrivera pas si l'on sait que vous ne maniez que les affaires de conscience, et ne vous mêlez que d'en procurer le bien spirituel. Secondement, vous ne sauriez empêcher les langues de blasonner vos intentions, et de trouver à redire en toute votre administration, voire ceux-là mêmes qui vous auront mis l'argent en mains seront les premiers à concevoir des soupçons et former des plaintes si vous n'en faites la distribution selon leur pensée, bien qu'ils ne vous l'aient pas découverte. Et puis, que savez-vous s'il ne s'en trouvera point qui diront que vous les avez violentés pour vous déposer telle somme ; et que votre confessionnal, sous prétexte de piété et de restitution, n'est qu'un bureau d'exac^on et d'avarice^ pour divertir à vos usages et commodités tout le butin que vous y faites ? Il vaut bien donc mieux renvoyer tout ce maniement à des personnes^ sur qui l'envie et le soupçon trouveront moins à mordre. Ce n'est pas à dire pourtant que, si une fois ou deux la nécessité et la disposition des choses vous portent à faire autrement, il ne vous soit libre de suivre les mouvements de la charité et les règles de la prudence pour le plus grand bien des âmes et la gloire de Dieu.
Usez aussi beaucoup de conduite et de retenue en tous vos entretiens, fût-ce même avec vos meilleurs amis; compassez tellement toutes vos paroles et actions avec eux, comme si ceux qui' vous sont les plus intimes aujourd'hui devaient demain se rendre vos ennemis et délateurs. Cette précaution, outre qu'elle vous tiendra l'esprit en devoir, lorsque les privautés et caresses des amis débauchent pour ainsi dire la prudence, et dénouent la langue à tout plein de licences et d'indiscrétions irréparables, encore sera-t-elle cause que vos bons amis, qui vous verront toujours dans les termes de la modestie, vous en porteront plus de respect et d'amour ; et quand ils
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auraient quelque dessein de renoncer à votre amitié, ils ne le pourront faire qu'avec honte et sans sujet.
Yoilà donc comme cette maxime de prudence vous réussira toujours à profit et honneur, et n*empéchera pas seulement que lès autres ne vous nuisent, mais fera que vons eu serez beaucoup plus inutile à vous-même ; parce que tant moins vous épancherez votre cœur, tant plus se remplira-t-il de Dieu et de la connaissance de vous-même, sans laquelle le cœur humain n'enfante que des monstres de vices et ne produit que des vanités et des libertinages qui dégoûtent les amis, irritent les ennemis, et leur fournissent matière de nous décrier.
Quant à M. le vicaire général, je ne me contenterai pas que vous lui rendiez du respect et de Tobéissance, si elle n'est remarquable et fort parfaite. Sitôt donc que vous serez au lieu de sa résidence, prosternez-vous à ses pieds, les deux genoui en terre, et baisez-lui très humblement la main, lui demandant, avec sa bénédiction, congé de prêcher et de confesser. Que jamais aucune offense ni refus ne vous mette mal avec lui; mais> au contraire, que ces disgrâces, si Dieu les permet, vous soient de nouveaux sujets de rechercher plus ardemment la faveur de son amitié par toute voie d'humilité et d'honnêteté religieuse, tâchant de lui gagner le cœur, et demandant instamment à Dieu celte grâce pour l'attirer aux exercices sptfituels, et le rendre plus pieux et favorable à vos desseins.
Usez de même à proportion envers tous ceux du clergé, n laissant couler aucune occasion de les servir, afin qu ils ^ mettent entre vos mains pour recevoir la culture des mem méditations, et puiser plus de solide dévotion dans ces sources salutaires. . .
Quant aux gouverneurs, vos services et obéissances doiven même, si faire se peut, prévenir leur commandement en ceq regarde leur autorité, vous montrant si exemplaire en cela q» » partout où Ton verra leur ordonnance, on puisse t|^f '^^^^ séquence infaiUible de votre obéissance et soumission. A*"* de leur serviteur vous deviendrez leur ami, jusqu'à '^ j!^^ voir obliger aux exercices, et, par raccroissementdela de^ tion» les rendre plus utiles au service de Dieu et de '**"^ Que s'il arrive qu'ils tombent en quelque faute scandaleuse>F»^
MANUEL DES CONFESSEURS. 53i
nez dextrement Toccasion de leur en ouvrir le propos pour leur témoigner, premièrement, le grand crève-cœur que vous receves de leur diffamation, puis continuez avec môme respect et ressentiment. Dépeignez-leur tellement tout leur mal dans le récit des divers bruits qui courent d'eux, qu'ils s'y puissent mirer, et reconnaître la laideur de leur vice. Mais quelque douceur et dextérité que vous vous promettiez d'apporter en ces avertissements, encore ne faut-il point les entreprendre sans grande espérance de les voir réussir : car autrement il vaut mieux s'en départir du tout, que d'acheter chèrement un fâcheux repentir, et se peiner beaucoup pour se faire mal vouloir.
Enseigner souvent au neuple la manière de bien prier et d'examiner sa conscience, afin que, quand ils le sauront suffisamment, vous puissiez l'ordonner pour pénitence à ceux qui se confesseront : car j'ai expérimenté qu'ayant commencé, par voie d'obligation durant quelque temps, ils continuent de le faire par dévotion. Il sera bon aussi d'attacher aux portes des églises la même méthode d'oraison et d'examen, afin que chacun la puisse voir et décrire pour son usage.
Pour les prédications, parce que plus d'âmes y ont part qu'aux autres fonctions, il est très expédient d'en faire aussi souvent que vos forces le permettent. La parole de Dieu est le pain de ses enfants, qu'il faut leur rompre de telle grâce, qu'ils y trouvent goût et nourriture. Ainsi, non seulement la diction, mais encore la doctrine, doit être nette, certaine, morale et profitable : laissant les subtilités, les choses douteuses et les pointillés pour l'école. Reprenant le vice en chaire, ne nommez personne, et montrez que deux choses vous y émeuvent : l'ofiense de Dieu souverainement bon, et la compassion des pécheurs,[qui pour rien accueillent sur leurs tètes un mal extrême et éternel. Touchez souvent l'incertitude de cette vie ; la certitude et les surprises de la mort ; même quand elle est soudaine. Au moins en passant, assaisonnez tous vos sermons de quelque trait de la très sainte Passion de Jésus, quand ce ne serait que par manière de colloque, tautôt d'un pécheur avec le Sauveur mourant, tantôt du Seigneur avec ou contre le pécheur; mêlant les attraits de la douceur avec les traits du courroux et de l'aigreur, et toujours ayant pour but la contrition et le changement des cœurs, avec la recommandation des sacrements et pratiques de la sainte
Église, surtout de l'usage de la coufesaioa et de rEacbarislie.
Ne quittez jamais les seraioos pour ouïr les confessions, prostposant le bien commun au particulier. Ne laissez non plus Texercice de la doctrine chrétienne pour d'autres œurres du service de Dieu, parce que celui-ci est un des plus [^ofitables et nécessaires au public, et des plus propres de notre institut.
Employez tout le temps que vous pourrez à la conversiou des infidèles, et à l'amplification du royaume de Jésus-Christ; rendez bon compte à M. de Goa du succès de vos industries et de vos travaux en ce point.
Que votre façon soit agréable, pleine d'allégresse et de sérénité, afin que vous ne soyez pas de ces visages blêmes ([ui épouvantent et chassent le monde, lequel d'ailleurs n'a déjà que trop d'aversion des choses bonnes, si on ne les rend encore douées et fort faciles. Ne vous départez donc jamais de la sainte joie qui appartient aux serviteurs de Dieu, non pas même quand il faudra reprendre le vice de quelque particulier, ; car il feo^ alors y apporter tant de charité et de bonne grâce, 4"^ ^'^^ ^^^ que vous en voulez à la faute et non à la personne.
Donnez tous les jours une parlie de votre loisir et deyos soins à l'accommodement des querelles, procès et inimitiés, afin qu'en partant du lieu de votre mission, vous puissiez dire comme Notre-Seigneur : Je votis laisse la paix. Et d'autan que, pour pacifier les esprits, il faut bien souvent combattre leurs passions par d'autres passions plus violentes, il sert grandement de les prendre par l'intérêt, et leur faire voir qu^a procès leur causera plus de dépenses et de soucis que la cboae ne vaut. Je sais bien que ces pacificateurs et aimables compositeurs d'atlaires ne sont pas au goût des avocats m ces ft^ cureurs ; mais il faut attaquer le mal en sa source, et ^^. grands efforts pour réduire encore telles gens à la vie dév et crainte de Dieu, par le moyen des exercices et de l'usage sacrements; car gagnant ceux-ci, qui sont les fabrica^^ toute la chicane, il sera facile d'étoii^ffer ces guerres ^^^"^ procès, et de délivrer le peuple de ce quatrième fléaadel'' » qui perd plus d'âmes que la peste et la famine. ^
Si vous rencontrez quelquefois de ces pécheurs qui ont » accord avec la mort et l'enfer, et qui ne veulent pas ouïr p de se départir de leurs ordures, de leurs rapines, uaure^ e
initiés^ encore qu'ils aient en horreur et les remèdes et ceux qui leur en parlent, si faut-il s'opinifttrer, avec la grftce de Dieu, de les guérir, et faire pour le moins pour leur salut autant d'efforts que le diable en fait pour leur perle. Vous y emploierez donc tous les secours divins et humains, et ferez comme votre chef-d'œuvre de telles actions, rapportant h cela tous vos soupirs, soucis, dévotions, pénitences et industries. Il me semble que, s *ils ne sont du tout insensés, il faudrait commencer tout doucement par les considérations de Tamour et de la révérence qu'ils doivent à leur Seigneur et Sauveur uni* que Jésus-Christ, leur exposant les douceurs infinies de ce roi de gloire et sa puissance inévitable. Il faut passer de là aux menaces d'une mort désastreuse qui pend déjà sur leurs têtes, et leur proposer les gènes étemelles, qui ne seront distantes de leur mort que d'un moment.
Que si ni l'amour de Dieu ni la frayeur de l'enfer n'entame ces cœurs de roche, encore servira-t-il de les piquer vivement par les peines sensibles que la vengeance du Ciel envoie tôt ou tard à ceux qui la provoquent. Il faut donc leur déployer totts les instruments des colères de Dieu, qui font dès cette vie un enfer anticipé, comme sont les longues et incurables maladies, les pertes inconsolables, les pauvretés, les infamies, le renversement des familles, les morts des parents et des enfants, les prisons, les naufrages, les affronts sanglants, la trahison d'un faux ami, les outrages insupportables d'un ennemi victorieux et cruel, le déshonneur des femmes ou des filles, les frénésies, les rages, et mille autres accidents, qui sont comme am gages de la justice divine pour lui tirer raison des impies qni osent bien la défier; car une vive représentation de ces choses qui tombe sous le sens remue bien souvent ces âmes de chair, qui ne philosophent que suivant les maximes des bêtes, et ne sentent que les maux présents, bien que ceux de l'éternité soient infiniment plus redoutables.
Mais pour sonder la plaie jusqu'au fond, comme cette insen^ sibiUté ne provient que d'une entière oubliance de Dieu et d'un total abandon de leur conscience, il est expédient de rallumer en eux les Muettes de la foi, si elle n'est du tout éteinte, et de leur faire comprendre que l'athéisme est le payement 4e raccoutomance au péché; car il est tout vrai que Dieu livrant
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ces âmes rebelles au plus cruel de tous les bourreaux, qui est le sens réprouvé^ il permet avec raison que la raisou même leur manque aussi bien que la lumière surnaturelle; si bien que, ne s'élevant pas plus que les bétes brutes, et ne croyant que ce qu'ils peuvent toucher ou flairer, ils perdent avec raison la crainte du plus extrême des malheurs, qui est de perdre Dieu, et de se^perdre eux-mêmes pour jamais.
Il y a bien plus ; car, parmi ces gens perdus de conscience, vous en trouvez de si rusés et hypocrites, qu'ils rechercheront même votre amitié par toute voie ; non pas pour parvenir aux bonnes grâces de Dieu par le moyen des vôtres, mais pour vous fermer la bouche aux justes réprimandes que vous leur pourriez faire, et pour acquérir la réputation de gens de bien, aux dépens de votre loisir et familiarité. Mais le remède à ce mal, c'est d'être sur vos gardes pour ne vous laisser surprendre par les charmes et artifices de ces trompeurs. Et s'ils vous invitent quelquefois à dtner, ou vous font des présents^ de les fuir commères filets qu'on tend à votre liberté et à la charge que vous avez de reprendre ceux qui font mal ; non qu'il faille les rebuter du premier coup; mais, acceptant la première semonce qu'ils vous feront d'aller prendre le repas dans leur maison, vous les convierez pareillement à la confession : et quand vous reconnattrez, après beaucoup de prières et d'invitations, que leur volonté n'y est pas^ c'est lors que vous leur dénoncerez que, s'ils ne veulent user autrement de votre service et amitié, il est plus à propos qu'ils s'en départent, et que de votre part vous renonciez entièrement aux amitiés de ceux qui veulent vivre dans l'inimitié de Dieu.
Or, le refus des présents ne s'entend pas des petits, conune des fmits et autres légères gratuités qui n'obligent pas tant quand on les reçoit, comme elles offensent quand on les renvoie. Mais je parle de ces dons de grand prix qui engluent ceux qui les touchent, et vous forcent d'être ingrat ou esclave. Si quelquefois on vous envoyait une grande quantité de vivres, il sera bon de les faire aller décharger aux prisons ou à l'hôpital, afin qu'on sache que les pauvres y ont eu la meilleure part, et qu'à peine vous en êtes-vous réservé quelque chose. Cette œuvre de miséricorde vous laissera Toccasion de pratiquer l'abstinence et la pauvreté ; et cependant, donnant
du soulagement aux autres pauvres, vous baillerez encore bon exemple à tout le monde^ et ne baillerez pas i ceux qui TOUS auront envoyé cette aumône le déplaisir que vous leur feriez sans doute en la refusant et renvoyant à leur maison.
Maintenant, quand vous entreprendrez, la cure de quelque conscience fort ulcérée et qui aura pourri longuement dans ses vices, n'y mettez pas la main que vous n'en connaissiez parfaitement toutes les inclinations, affections et humeurs. C'est pourquoi il faut, premièrement, flairer si cette personne n'est point lors atteinte de quelque mauvaise passion qui les puisse causer, ou du divertissement, ou même de l'honneur des affaires de son salut : car si cette âme est à soi et qu'elle ait autant de calme et de repos intérieur qu'il en faut pour écouter paisiblement et peser sagement une admonition bien faite et bien assise, vous pourrez lors lui dire prudemment tout ce qu'il conviendra.
Mais si elle est agitée ou de colère ou d'amour déréglé, ou de quelque cuisante douleur, il faudra remettre la partie à un autre temps, et, différant la remontrance, ne faire pour lors d'autres approches de ce cœur, que par voie d'insinuation et de quelque doux et aimable entretien. S'il se laisse toucher par ces premiers attraits, vous pourrez l'aborder un peu de plus près, lui représentant combien, parmi les pensées et les plus justes soucis des hommes, l'affaire de l'éternité a d'importance et de mérite incomparablement sur toute autre, et combien pourtant elle trouve dans nos esprits ou d'oubliance, ou de mépris, ou même de contradiction, lui faisant glisser en particulier quelque trait léger qui l'avise tout doucement et qui ne fasse que l'effleurer tant soit peu. Que si cette seconde réussit, il faudra passer outre, et lui donner quelque avertissement un peu plus pressant et sérieux. Enfin, quand vous l'aurez entièrement réduit à votre pouvoir, vous lui proposerez des lois d'un entier amendement, et lui prescrirez non-seulement des remèdes pour le passé, mais encore des préservatifs pour l'avenir.
Quant aux passions de l'âme, la méthode que vous devez tenir pour les apaiser et guérir, c'est de procurer Téloignement de l'objet qui les enflamme, et puis d'amoindrir l'estime trop grande qu'on fait du sujet qui suscite ces troubles et dérèglements dans l'esprit, n'y ayant rien qui adoucisse plus tôt ou les tristesses ou les courroux, que quand on fait voir nettement que
SS6 MANDBL DBS CONFtSSBURS.
la choBe n'est pas si grande en effet qu'elle est en notre appréhension. Si c'est une offense reçue qui allume la colère, 9 faut dire à Toffensé qu'il aurait tort d'imputer à malice ce qui ne part que de mégarde et d'imprudence, que c'est Dieu qui tire raison des offenses qu'il a reçues de lui par celle-ci qu'il lui fait souffrir ; que par aventure il se plaint d'un étranger, lui qni aura fait pis envers ses plus proches parents et ses meillears amis ; que si tous les jours tant de personnes innocentes en* durent courageusement des injures bien plus sensibles, pourquoi refusera-t-ii de satisfaire à la justice de Dieu, qui a tant de griefs contre lui et qui le traite si modérément?
Et parce que les passions ont cela qu'elles tiennent aucunement de la surdité, assoupissant l'àme et dissipant les bonnes pensées, il faut user d'autant d'inculcations et de redites de ces choses que votre prudence et leur patience le pourra permettre. Ce que j'ai dit de la colère se peut aisément appliquer à la guérison des autres passions. Mais vous ferez force sur ce point, que, en- -cove qu*il semble à votre homme que sa passion est légitime, et que l'injure dont il se plaint est aussi véritable que sensible, néanmoins, s'il veut prendre la peine de se voir un peu et de consulter la vérité tout à loisir après avoir revu de plus près toutes les pièces du fait, il trouvera que la plupart des choses qui font tant de bruit dans son imagination n'ont d'autre subsistance que celle qu'il leur donne lui-môme. Ainsi, quand vous l'aurez détrompé peu à peu, peut-être avec un souris et une face joyeuse, vous pourrez dissiper tout le nuage de cette fâcherie^ et puis, selon la condition et Tinclination de la personne, vous lui présenterez amiablement tout ce qu'elle doit faire pour apaiser entièrement ce trouble.
Outre l'appareil qu'il faut opposer aux passions, j'estime snttout la méthode de bien purifier les consciences, même celles des plus insignes pécheurs. Quand vous aurez donc à traitera tels pénitents, surtout si ce sont de gros marchands, des juges, des receveurs, des capitaines ou des gouverneurs, je désire que vous fassiez de certaines choses avant la confession, d'autres durant, et d'autres après icelle.
Devant que de vous asseoir au tribunal où la même personne qui comparait doit être le délateur, le témoin et le criminel, dès lors que vous aurez reconnu que c'est une ftme fort chargé, et
peu versée en ce jugement, vous lui prescrirez de se donner le loisir de deux ou trois jours pour le moins, afin de se ramentevoir tous les chefs de l'accusation qu'elle doit faire, et de parcourir toutes les actions, les temps, les lieux et les affaires de sa vie passée, pour en extraire les péchés et les rédiger par ordre sur un papier, si d'ailleurs sa mémoire ne la sert fort heureusement; ensemble, vous lui remontrerez que la meilleure partie de la préparation ne consiste pas en la seule instruction du procès ni en la souvenance des péchés, mais plus encore en la douleur et confusion intérieure qu'il faut tftcher d'en ressentir, et la demander instamment au Saint-Esprit (qui sait toucher les cœurs quand il lui plaît), afin que la confession ne se fasse pas comme le récit d'une histoire indifférente, mais comme une accusation pleine de ressentiment et d'une juste haine de soi-même.
Il est expédient aussi pour telles personnes, comme sont les financiers et autres officiers de la couronne, ou ceux qui trafiquent des moyens d'autrui, de vous informer à plein comment ils en usent : s'ils payent les parties ; s'ils font des monopoles, des concussions, des interversions et retardements des finances ; s'ils connivent aux faux poids, aux injustices, aux brigandages, aux contrats usuraires et illicites, les interrogeant en particulier de ce qui les peut toucher ; car, autrement, comme les désordres passent en coutumes et en lois, ils n'en font point de scrupule.
Que si, durant la confession, l'amertune et la honte des péchés saisissaient tellement le cœur du pénitent, qu'elle vint à lui lier encore la langue, comme il arrive souvent quand la qualité et la quantité en est énorme, il se faut bien garder de contribuer aucunement àx^ette crainte par signe d'étonnement, par paroles ni par soupirs ; mais plutôt d'un visage plein d'amour et de compassion il faut encourager l'âme dans les tranchées de cet enfantement, et user de tous les charmes de la débonnaireté et des douceurs du Saint-Esprit, pour tirer de son trou le serpent tortueux^ imitant la dextérité des sages-femmes. Il faut donc tantôt relever hautement les grandeurs de la miséricorde de Dieu, laquelle n'a point d'autres bornes, quand elle veut, que sa puissance. D'autres fois, il faut abaisser et amoindrir l'opinion trop grande que l'âme a de ses excès, et rejeter une partie de la faute sur une faiblesse, l'autre sur l'ignorance, l'autre sur
les ruses de Satan et sur les violences des passions, jusqu'à tant que le cœur lui revienne pour se décharger enUèrement, et vomir tout le poison de ses péchés.
Il sert aussi beaucoup de lui faire comprendre que le plus grand de tous les péchés, c'est d'abuser du souverain remède des péchés, en rendant la confession non seulement imparfaite, mais du tout nulle, et non pas inutile seulement, ainsi si nuisible que d'un sacrement il en fait un sacrilège pire que tous les crimes qu'on veut supprimer, parce que c'est changer la médecine en poison. Mais, pour combattre cette honte si pernicieuse et mortelle par tous moyens, un des meilleurs pourrait être d'assurer le pénitent que nous avons maintes fois traité des 6mes bien plus criminelles et perdues. Que si la peur et le déshon* neur lui sont encore un démon sourd et muet, il faut mettre en besogne, pour dernier remède, une sainte hardiesse (quoique rarement et avec grande précaution), qui est d'avouer au pénitent nos propres misères, et, en peu de mots, lui découvrir tout ce qu'il y saurait avoir de plus difficile à confesser dans nos jeunesses passées.
Cet artifice charitable a eu quelquefois de bons succès. Je vous en dirais davantage si je voulais prévenir tout ce que l'expérience vous doit apprendre; mais au moins vous souviendrezvous de tenir toujours l'esprit de votre pénitent au large, tant que vous le verrez chancelant et en peine de se déclarer, tantôt lui magnifiant la charité du Sauveur, qui a voulu mourir les bras et le cœur ouverts, pour le recevoir à toute heure ; tantftt produisant les noms de tant de grandes âmes sur lesquelles, après rinfamie de mille abominations^ la grftce et la sainteté ont surabondé avec excès ; qu'il pourrait bien être de ce nombre, s'il usait maintenant envers Dieu d'autant de confiance et de franchise à découvrir ses péchés, et d'autant de courage à les fuir désormais.
Mais aussi, quand vous aurez tiré de lui toute sa disposition, et que vous aurez entièrement épreint et suppuré la pourriture de ses plaies, remettez-vous alors du côté de sa conscience, et représentez-lui la honte, la multitude et l'actrocité de ses crimes, avec autant de force et d'acrimonie qu'il en sera besoin pour le réduire au terme de la contrition, et de l'entière délestation de sa vie, lui remémorant les coups inévitables de la justice de
Dieu, lequel est tenu à soi-même de se faire raison, si le pécheur ne la lui fait.
Or, comme il est expédient maintes fois de traiter en particulier avec les magistrats, ou les grands négociateurs de certains points de conséquence, dont il faut les éclaircir avant que d'entrer dans le parquet de la confession, tant afin d'aider leur mémoire en déployant les matières générales qni peuvent leur appartenir, comme encore pour tomber d'accord avec eux de beaucoup de maximes et de résolutions de conscience, dont peut-être ils seraient mal informés : aussi est-il bien souvent nécessaire, après la confession, de remettre l'absolution à quelques jours delà, quand le pécheur ne sera pas atteint d'une suffisante douleur et désir d'amendement, ou même qu'ayant déjà maintes fois promis de faire des restitutions, ou de quitter les occasions du péché, il «st toujours en défaut coupable. A telles gens il est très bon, et souvent nécessaire, de leur donner trois ou quatre jours, durant lesquels ils pourront lire et méditer les raisons qu'il y a de verser des larmes sur le sang du Fils de Dieu, pour l'entière expiation de leurs offenses, et outre les divers motifs de contrition, qu'ils rumineront, les obliger dans ce temps-là de se réconcilier avec leurs ennemis, de se défaire de la mauvaise compagnie qu'ils entretiennent dans leur maison, de satisfaire à ceux dont ils détiennent le bien, et de rompre ainsi les autres chaînes desquelles ils ne se sont jamais bien dépris : car, comme il y a bien à dire du promettre au tenir, après qu'ils ont manqué de fidélité aux autres confesseurs, il est forcé de leur faire exécuter devant l'absolution ce dont ils se sont toujours oubliés de s'acquitter, n'y ayant au monde meilleure caution des promesses qu'une exécution anticipée.
Vous trouverez aussi des ftmes, Dieu veuille qu'il y en ait peu I qui douteront des fondements de la foi, ne sachant que croire des choses de l'autre siècle, ni des sacrements, notamment de la très sainte Eucharistie, tant parce qu'ils en auront perdu le goût aussi bien que l'usage, le cositr s* étant flétri par roubliance démanger leur pain ^ qu'à cause de la contagion de divers esprits qu'ils haleinent à Ormuz, comme font les Juifs, les Païens, les Sarrasins, les Arméniens, les Géorgiens, les Abyssins, les athées, ou pour la mauvaise vie des prêtres, laquelle décrédite incroyablement la majesté de ce très auguste mystère. Le moyen donc
de les gagner, c*est de leur tirer doucement de la bouche et du cœur toutes les épiues des difficultés et des doutes quils ont ; etpuis,s'accommodantà leur faiblesse, les enseigner nettement, et résoudre avec clarté leurs objections et ignorances : ne les quittant que vous ne les laissiez en une ferme persuasion que le vrai corps de Notre-Seigneur est réellement sous le crêpe de ces espèces. Mais sitôt que vous aurez fait revivre en eux le germe de la foi, le souverain moyen de la nourrir et affermir, c'est le fréquent et pieux usage du même sacrement.
Il reste encore une dangereuse partie de la conversion sur laquelle la prudence du serviteur de Dieu doit grandement veiller, c'est pour ce qui touche les femmes, auxquelles vous ne parlerez jamais (de quelque condition qu'elles soient) qu'en lieu public, et qui soit ouvert aux yeux de tout le monde, comme est l'église ; car d'aller à leurs maisons, c'est ce qui ne se peut ni conseiller ni permettre, sinon en cas de maladie fort pressante, pour recevoir leurs confessions, et encore faut-il mettre ordre soigneusement que leurs maris soient présents, ou quelqu'un de leurs parents ou voisins. S'il faut, d'aventure, visiter quelque fille ou veuve, vous n'entrerez point chez elle qu'en compagnie de quelques hommes d'honneur et de telle vertu que leur présence vous délivre, non pas de danger seulement, mais môme du sou{>çon des plus médisants. Mais faites surtout que les occasions de de telles visites soient rares et absolument nécessaires ; car c'est une affaire chatouilleuse et glissante, de laquuUe je puis vous assurer qu'on y fait de très grandes pertes pour bien peu de gain.
Et parce que la légèreté de leur esprit et de leur humeur donne ordinairement beaucoup de travail aux confesseurs, Tune des naeilleures précautions qu'on puisse y apporter, c'est de cultiver davantage les âmes des maris qui sont chrétiens, que celles de leurs femmes : caria nature, ayant donné plus de poids et de fermeté à l'esprit de l'homme, il y a bien plus de profit de les instruire, vu même que le bon ordre des familles et la piété des femmes dépend communément de la vertu des hommes; le Sage ayant dit très sagement : Telqu'esi le gouverneur duneviUe tous tels en sont les habitants. Joint que, n'instruisant les feounes que par leurs maris, on étouffe mille suyeta de paroles et de plaintes qui naîtraient infailliblement d'un usage contraire.
S'il y a quelques sujets de divorce entre eux, la première
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chose qu'il faut faire pour l'apaiser, c'est de les disposer par quelques bonnes méditations à se confesser tous deux fort exact ementy même de toute leur vie, et leur diiayer Tabsolution pour quelque temps, afin que, par ce loisir, ils en soient mieux disposés à s'amender et à vivre ensemble en bonne intelligence. Quand les femmes vous assureront qu'elles vivraient avec beaucoup plus de repos et vaqueraient mieux au service de DieUy si elles pouvaient élre quittes de la compagnie de leurs maris, n'en croyez rien ; car, outre que c'est une petite chaleur de dévotion qui s^amortira le lendemain, les maris auraient sujet de s'en offenser.
Ne donnez jamais le tort au mari en présence de sa femme, fût-il le plus coupable du monde; mais, dissimulant tandis qu^elle y est, prenez-le à part et engagez-le à une bonne confession, c'est là que vous lui remontrerez ses obligations à la paix et concorde mutuelle, vous gardant bien pourtant de vous montrer trop partisan de la femme (qui serait une imprudence très dangereuse), ni de vous porter pour -son avocat ou protecteur contre le mari ; mais plutôt, quand il aura lui-même reconnu sa faute, baillez-lui-en l'absolution avec douceur et témoignage de bienveillance (car tous les Indiens ont cela, qu'ils se révoltent contre la force et ne se rendent qu'à l'amitié). Autrement, si vous tancez le mari devant sa femme (comme elles sont naturellement moqueuses et peu discrètes), elle ne cessera de le picoter et lui reprocher la faute que vous aurez reprise en lui, ne craignant point de faillir après vous, tellement que le mari n'en sera que plus dépité et la femme plus insolente. Pour moi, je voudrais en user tout autrement, et, ne faisant aucun semblant de toutes les plaintes qu'ils font de part et d'autre, je représenterais aux femmes le respect qu'elles doivent à leurs maris, et leur proposerais les grandes peines que Dieu prépare à l'immodestie et arrogance de celles qui s'oublient d'un devoir si saint et si légitime; partant, que c'est à elles de digérer et de souffrir patiemment toutes les fâcheries, dont elles ne se plaignent que faute d'une due soumission d'esprit, comme elles ne leur arrivent que par leur propre indiscrétion et désobéissance.
Néanmoins, ne prenez jamais le parti de l'un contre l'autre ; mais, les écoutant avec patience et équité, portez-les à l'accord sans décider le différend, ainsi vous vous délivrerez^e tout
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soupçon et eux de peine. Que si vous n'en pouvez venir à bout, renvoyez le tout à M. le vicaire général, lui en faisant rapport avec tant d'égalité, que vous n'offensiez aucune des parties. Certainement il faut marcher avec beajucoup de prudence pour ne chopper pas en un siècle si raboteux que celui-ci : et il faut prévoir de bien loin les mauvais événements des choses qu'on manie pour n'y pas tomber. Car, comme SclUui^ notre adversaire y ne s' endort pas ^ mais rôde sans cesse cherchant de la proie à dévorer^ c'est une exlrême imprudence de ne se défier point de ses astuces ni de sa rage, et de se contenter d'une bonne intention en ce qu'on fuit, sans aviser aux mauvais parlis qu'il nous dresse, ni aux sinistres accidents du blâme desquels il prétend nous diffamer et discréditer.
Prenez donc soigneusement garde à vous-même, marchant au milieu de tant de filets, et souvenez-vous, en tout et partout, que vous êtes un membre de la Compagnie de Jésus ; car cette pensée, que je désire profondément empreinte dans' votre cœur, assaisonnera toutes vos paroles, desseins et actions d'une sagesse digne de ce corps et du nom qu'il porte. Obligeant tout le monde autant que vous pourrez, gardez-vous bien d'incommoder personne, et puisque le roi de Portugal vous fait un appointement suffisant pour votre entrelien, il vaut mieux que vous racceptiez de Sa Majesté que d'en importuner quelque particulier ; car le refus que vous en feriez ne serait qu'au profil des trésoriers, et vous perdriez une partie de votre liberté de dépendre de la liberté des citoyens.
Puisque je vous ai touché presque toutes les parties de vos devoirs, je finis en vous réitérant la recommandation d'uoe maxime générale, autant importante que notoire, c'est que, comme nous ne pouvons ni ne devons pas tout faire» tous ayex égard, dans le choix des occupations que vous entreprendrez pour la gloire de Dieu, de préférer toujours celles qui regardent le bien commua a celles qui ne tendent qu'à la commodité d'un ou deux particuliers ; car il est tout clair qu'il est des bonnes œuvres comme des essences : plus elles sont universelles, plus elles ont d'excellence et de mérite.
Hais, comme je vous ai recommandé le soin des vivants, je vous prie d'embrasser encore plus étroitement celui des tripassés^ puisque c'est une grande partie du dessein de notre
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Compagnie, qui a pour son but d'aimer les âmes partout où sa charité peut atteindre. Prenez donc tous les soirs votre clochette avec notre frère Raymond, et, recommandant à haute voix par tes rues, quand il sera nuit close, les âmes qui sont en purgatoire, faites redire à un chacun des petits enfants du catéchisme la même recommandation, y ajoutant encore qu'on dise un Pater et un Ave Maria pour ceux qui sont en péché mortel, sans douleur ni sentiment de leur misère. Avec ces choses, et celles que le Saint-Esprit vous fournira, j'espère que voQS verrez autant de fruit de votre mission que je vous en souhaite, priant Notre-Seigneur de vous faire la grâce d'accomplir en tout ses saintes volontés.