‹ Manuel des confesseursChapitre 73 sur 74 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

(B. Léorabd, n* 31, II* partie.) — Prêtres de Jésus-Christ, pasteurs et confesseurs, voilà nos devoirs. Notre ministère est très laborieux. Quel malheur, s'il ne devait servir qu'à conduire plus aisément en enfer les âmes de nos paroissiens et de nos pénitents ! Quel malheur ! je le répète, quel grand malheur! Or, s'il en est ainsi, me direz-vous, se livre qui voudra au ministère de la confession. Désormais nous nous occuperons du salut de notre âme, sans nous exposer à tant de périls. Eh quoi ! serait-ce là le fruit que vous retireriez de nos instructions? Cela m'étonne. Serait-il possible d'apprécier si peu l'avantage de coopérer au salut des âmes si chères à Dieu I Quelle œuvre plus grande, plus sainte, plus héroïque, que de secourir une âme et Taider à se sauver ? Divinorum divinissimum est cooperari Deo in saltitem animarum^. Soyez-en sûrs, vous acquerrez plus de mérites dans une matinée passée au confessionnal, que dans une année par d'autres œuvres, quelques bonnes et saintes qu'elles soient. Je vais plus loin, et j'ose dire que, pour entendre une confession, il vaut mieux quelquefois interrompre la méditation, la lecture, l'odice divin et toute autre fonction sainte ; je ne le dirais pas, si je n'avais à vous citer un exemple de la plus grande autorité.

) Dion- araopag.^ de Cethsi, Hier,, e. m.

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Connaissez-vous une action plus sublime et plus sainte que Tauguste sacrifice de la messe, dans lequel on offre au Père éternel le corps et le sang de son divin Fils? Eh bien, écoutez le récit d*un événement rapporté par Baronius, et fixé à Tan 1034. Le souverain ponlife célébrait à Saint-Pierre de Rome, avec une grande pompe, la seconde fête de Pâques. Il était assis sur son trône, après TÉvangile, lorsqu'un pèlerin vint se jeter à ses pieds. Pénétré de componction, il s'écrie en gémissant : Miséricorde ! très saint Père, miséricorde ! je vetix meconfesserei recevoir l'absolution de mes péchés. Qui n'aurait cru que le pape lui répondrait que ce n'était ni le temps ni le lieu d'entendre les pénitents ; qu'il n'eût qu'à se retirer et revenir dans un autre moment ? Il n'en fut pas ainsi. Le souverain pontife interrompit la sainte messe, entendit le pénitent, et ne revint à Toblation de l'auguste victime qu'après l'avoir consolé et absous. Le savant annaliste déclare qu'il rapporte ce fait comme un exemple édifiant, referam ad asdificationem ; et, de peur qu'il ne soit censuré par des scrupuleux et des ignorants, il le renforce de l'approbation de saint Grégoire : Quia seetmdum Gregorium nullum gratius Deo sacrificium offertur, quant ammarum saltÂS, et ipsa conversio peccatorum !

Mais, que dis-je, qu'il faut interrompre la pnère et toute autre occupation sainte pour travailler au salut des âmes? Je dis que nous devrions accepter avec joie d'être privés pendant quelque temps de la vue même de Dieu, pour consoler les pauvres pé« cheurs. Saint Ignace assurait que, pour coopérer au salut d'une âme, il aurait très volontiers différé d'entrer en possession delà gloire éternelle ; et qu'il aurait consenti à vivre avec quelque incertitude de son salut, pourvu qu'en restant sur la terre, il eût ouvert aux autres les portes du ciel. Un de nos religieux avait coutume de dire : Quand je mettrai le pied sur le seuil du paradis^ si un pauvre pécheur me tirait par la robe en me criant d'entendre sa confession, je retirerais bien vite le pied et je n'entrerais pas dans le ciel sans avoir consolé ce misérable pécheur.

Et vous ne serez point touchés ? et vous ne secouerez pas votre tiédeur ? l'Évangile ne vous épouvante-t-il pas par la condamnation de ce serviteur, qui ne fit pas valoir dans le commerce le seul talent qui lui avait été confié ? Et vous qui avez reçu de Notre-Seigneur non pas un, mais trois, quatre et peut-être dix

talents, tous Toalez rester oisif? Que deviendrez-vous au tribunal de Dieu? Mais, mon père, c'est un emploi saint, très saint, il esterai, mais aussi très dangereux ! Eh quoi, trépidas timoré^ nbi non est timorl Laissez de côté votre terreur panique ; prenez courage, mettez toute votre confiance en Dieu, et son secours tout-puissant ne vous manquera jamais au besoin. Mesinstructiens vous ont aplani ces montagnes de difficultés. Soyez prudents dans la conduite des habitudinaires et des occasionnaires ; ce sont les deux écueils contre lesquels les confesseurs viennent le. plus souvent se briser et se perdre. S'il vous arrive des cas plus difficiles de simonie, de contrats de mariage, de collation de bénéfices et autres semblables^ ne décidez qu'après avoir levé tous vos doutes par l'étude et le conseil d'hommes plus éclairés, et soyez certains qu'en suivant fidèlement les règles indiquées jusqu'ici, vous arriverez heureusement au port, sans danger de faire naufrage.

Que si, par malheur, vous êtes de ceux qui no/tm^m/e/%er^ ut beneagant^ et qui, sans se livrera tant de réflexions, ne font autre chose que de lever le bras pour délier tout le monde et se lier eux-mêmes, alors, je vous le dirai sans détour, quittez cet emploi tout divin, qui n'est pas fait pour vous : l'abus d'un ministère si auguste ne servirait qu'à vous charger du poids d'une infinité d'âmes que vous auriez précipitées dans l'enfer. Mais non, j'espère qu'il n'est personne ici de ce caractère; j'espère que tous, animés d'un saint zèle, vous saurez beaucoup mieux faire que je n'ai su dire, et qu'en travaillant avec ardeur à sauver les âmes des autres, vous aurez le bonheur de sauver la vôtre. Que le Seigneur vous l'accorde. Ainsi soit-il!

FIN

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