‹ Manuel des droits et des devoirs; dictionnaire démocratiqueChapitre 10 sur 11 · SI · texte numérisé non relu

SI

912 BtCTlQfMNilM Bfi«0€SAtI<r(7t.

Le titre de lieuiendnt général, établi pttr b despotisme rofal, au profit dès princes du sang, étftit tlu contresens ridicule :. il est surprenant que la qUa^royauté de Juillet ait conservé ees èxpresfiions gdthi^iîëâ et mensongères.

On appelle brigade la réunion de délit oti iroîd régiments placés sous la conduite d'un chef; deux ou plusieurs de ces troupes (briga) composent une divition; Tensemble des divisions constitue Tarmée. De là ces dignités échelonnées : colonel (chef de régiment), général de brigade, général de division, général en chef*

La monarchie tious a légué en oiitre l'institution des maréchaux de Ffance, illustrée par des sièeles et- de-* Tenue respectable à raison dei noms fameut qui Tont honorée.

Le mâréchalat oftre tiri moyen dé récompenser les - généfatux, et de donner un prétexte à une ambition supréfie; propté à entretenir entre Qiït Téinulation qui nïène à la gloire.

Depuis plusieurs mois, eii écoiitàtit avec'persétértoice les orateurs en plein air qui rallient autour d'eux des groupes de curieux, noyaux des attrioupements, j'ai plus que jafnttis èonipris conlibien il est urgetit de s'occuper de l'éducation du peuple.

J'éhtends ][)at^ là dé toutes les classés de citoyens, do plus humble triânceuvré Jusqu'au ci-devant mârquisi au commerçant, à l'artiste éminent, et même au lifti*

DJCnoUKAOUI MMCBAtlfl». SIS

rateur industriel, qui a beaucoup trop écrit |x>iir aTOÎr pu lire.

La généralité de dm compatriotes cit dëpourroe dea notions du droit, du sentiment des devoirs commiim ; les doctrines sont disetites, et les idéei morales, bises de tous les principes solides, sont absolument fausiëei;

En France, Ton est doué d'une étrange teullé pour s'assirailer une théorie, un problème, et s'en approprier les conséquences; mais on y est livré à une ignorance médiocrement déguisée par un matériel phraséelogique sonore, creux et imposant dans sa banalité.

Rien n'est plus oiseux, plus vain^ moins instructif, que les discussions qui racolent les attroupements ; elles sont sans danger comme sans profit ; c'est on comme-* rage fastidieux. Une opinion hardie y paraitrait sns«t peete; ce mode illégal de réunion ne saurait profiter qu'aux agents provocateurs ou aux coupeurs de bourses;

Le drcMt de réunion implique une responsabilité; ta discussion des idées demande un certain ordre; Fora*^ teur doit pouvoir justifier de la confiance à laquelle il prétend,' et la parole d'un inconnu ri^e souVenl de dissimiler quelque piège.

Ayons dofie Aet clubs èérietix, bleu organisé^,' Urtis dispersons les attroupements^ susceptible^ d'étfe èxploâ-^ tés^ oii ptf les fatttfeurd d'tmarchie, on p»t \èi suppéts d'un pofuvoir sans loyauté, si jamais le pouvoir teûeà" cendait à ces hioyens occultes et perfides.

L'attroupement inquiète les bonnes gend de la cité ; il gène la circulation, entretient- ta faluésCntisè, favorisé les voleurs, éloigne la cofifîance publique, ralentit le mouvement commercial, effraye et disperse les étran-^

gers, justifie les rigueurs du pouvoir, sert de prétexte aux mesures de réaction,, compromet la liberté, irrite les passions, fomente les émeutes et déchaîne la discorde.

Rien ne serait plus criminel, si rien n'était plus bête que les attroupements*

Dans une de .ces réunions composée de trois cents hommes, il y en a d'ordinaire deux cent quatre-vingt seize qui se sont rassemblés sans savoir pourquoi, qui restent là sans projet, sans raison, et parce que leurs voisins font de même. On s'attend au spectacle d'un coup de poing, d'un ivrogne, ou d'une femme battue.

Pendant ce temps-là, au centre du rassemblement, un commissionnaire et un cocher « qui ont déjeuné jusqu'au soir, traitent les affaires de l'État, et enchâssent quelques mots démagogiques dans une riche monture de jurons.

Et chacun de se demander : a Qu'est-ce? que dit-on? savez-vous? etc..»

Deux de ces curieux effarés qui se questionnent, s'accrochent d'aventure par la langue; ils déplorent le bruit; ils blâment les rassemblements; le voisinage les approuve, la sympathie les entoure, on pérore, et voici qu'un nouvel attroupement s'est formé.

Que par hasard quelques agitateurs se glissent dans l'ombre, ils donneront à leur gré une impulsion à cette masse émue et désœuvrée, a Est-il vrai, demanderontils d'un air assuré, qu'il y ait du bruit à la porte Saint- Martin, à la Grève, à la place du Chàtelet?... »

La question circule; une minute plus tard, la nouvelle se confirme, le fait est certifié; puis surviennent

DICTIOMNAIU DÉMOCRATIQCK. 245

les détails ; la curiosité s'allume, un mot d*ordre est lancé; tout s'ébranle. Un troupeau de moutons suit niaisement deux ou trois loups-bergers, et, au bout d'une heure, il y a réellement du bruit à la Grève, à la place du Châtelet, à la porte Saint-Mai*tin.

Puis, les meneurs s'éclipsent en attendant Tissue; les troupes se déploient, quelques badauds bousculés jettent les hauts cris, et si les soldats s'obstinent à disperser une masse inerte et menaçante par le nombre, ils ne frappent que des imbéciles.

Le lendemain, on découvre que ce tumulte était artificiel et fortuit; mais les journaux alarmistes ont trouvé le sujet d'un premier-Paris tout gonflé de déclamations et dMndignation factice.

Le gouvernement, dans l'intérêt des citoyens, ne saurait trop s'opposer aux attroupements. Son devoir lui prescrit d'empêcher que les honnêtes gens ne tombent dans ces guêpiers, ne soient compromis par les sourdes menées des agitateurs. La voie publique doit rester Ubre, et chacun être informé que les rassemblements constituent des délits sujets à réjuression.

Si Ton retranchait des émeutes les curieux et les indifférents, leur matériel serait réduit à une imperceptible et impuissante minorité.

La fréquence des attroupements paralyse le crédit, entretient un malaise général, réduit les ouvriers à la misère, et plonge la société dans un état de fièvre et de langueur.

Ces manifestations illégales ne peuvent être prolon* gées sans avilir le gouvernement qui les tolère. Son habileté consiste à les prévenir, à les dissoudre en

216 mGriOHHAIBB DÉMOOUTIQIJB*

germe» plus encore qu'à les réprimer avec une rigueur, légitime sans dotite^ mais qui offre le danger d'atteindre les ibnoeents pêle-mêle avec les coupables*

il n^est questioh ici ni des Auvergnats, ni des Jurassiens, ni des habitants des Vosges ou des Pyrénées. On • désigna, sous le titre de Montagtiards, à la Convention^ les députés démagogues qui occupaient les degrés les plus élevés de la salle des séances, par opposition aux modérés^ aux Girondins^ qui, prenant place dans Tëtage inférieur, peuplaient la plaine^ quô Ton appelait aùsfei le maraiSé

Comme nous sommes voués à la sotte manie des itnu fations, nous avons aussi coristitué à notre assemblée nationale une montagne^ élevée de huit mètres au-dessus du niveau de la rue de Bourgogne. Elle a déjà aeeôuehé de deux ou trois souris. Puis Ton a permis à des soldats chargés du maintien de Tordre et du repos public^ de se qualifier de riiontagnaMs.

Et comme^ en dépit des paradoxes historiques imagî-* nés dans le but de rehausser du piquant de la nouveauté des sujets rebattus, le titre de montagnard est resté, dans les préjugés populaires, le synonyme d'anarebiste^ de sans-culotte et de buveur de satig, la i'ésurrection d'un terme aussi gracieux déplaît à bon droit aut vrais républicains, qui se refusent à opter entre les réaetionnaii^es djndstiquest et les réactionnaires terroriste^/

Gei pastiohds sentent la puérilité, inais les èufanlè

DIOnOIftAISB iMtaieCiATiQOf . M

terribles de la jeune montagne sont peu redoutables : à mesure qu'ils se font hommes, iW Mnoocant à tenir remploi de comparses dans un mélodrame dont la vogue est épuisée.

«XH&OAIftTSIl BS 1848.

En i814, Torra vu reparaître des marquis de Tancien réginie avec des queues et des ailes de pigeon poudrées à frimas. Ce parti suranné s'étayait sqr une question de coifiFure.

La terreur, à Taurore de notre restauration républicaine, fi?t une question de gilets. Quant aux doctrines assortissantes au costume, elles n'intimidèrent que leurs adeptes, qui n'osaient les professer au grand jour, tant il est désagréable de faire rire quand on aurait voulu faire peur.

Il faut être de son t^mps : notre époque est demeu^ rée pacifique et spirituelle. Gare au ridicule 1 il a remplacé Téchafaud.

Nous avons eu quelques clubs terroristes qui faisaient une concurrence fructueuse aux théâtres de vaudevilles. Lei^r suppression a frappé de mort une industrie vraiment agréable, et Ta réduite au feuilleton politique^ exploité 30US des titres très-rouges afin d'être plus voyants.

De nos jours, Barbe-Bleue est armé d'unç plume, et Croquemitaine s'est fait marchand de phrases.

348 DlCTIONKAIftB DEMOCRATIQUE.

VMM TH Aïif HATIOM , OOVGXIITBATIOW.

On est sujet à confondre ces deux mots. La centralisation, c'est la réunion des pouvoirs de TÉtat au centre, au chef-lieu de Tempire. La concentration du pouvoir, c^est la réunion des attributions diverses de Tautorité entre les mains d'un petit nombre de fonctionnaires.

On concentre en groupant, on centralise en localisant.

L'écueil de la concentration c'est le despotisme, l'avantage de la centralisation est l'unité politique.

Mais la centralisation tend à agglomérer sur un seul point une population trop nombreuse, difficile à nourrir, par conséquent remuante, et susceptible d'exercer une pression directe sur le gouvernement.

Tel est son principal danger : on le neutraliserait en éloignant des capitales les grandes exploitations industrielles qui produisent un entassement d'ouvriers, dont la multitude fait renchérir les loyers, les subsistances, et nécessite une augmentation de salaires; surcharge qui retombe sur les consommateurs.

Napoléon tenait à éloigner de Paris les manufactures, dans l'intérêt de la sécurité publique et de la santé des ouvriers, qui, livrés la plupart du temps à des labeurs pénibles, dans des ateliers dont l'atmosphère est viciée, ont besoin, quand ils en sortent, de trouver un air pur, des aliments sains et des logements mieux aérés, plus spacieux qu'ils n'en ont communément à Paris.

L'agglomération des populations ouvrières dans ?es grandes villes est une cause permanente de corruption morale et de dégradation physique.

DICTIOKNAIIB DtMOCBÀTlQUK. S49

La centralisation n^est pas étrangère à de tels résultats.

On lui reproche aussi de trop restreindre Tinitiative des départements, dépeuplés, au profit de la capitale, de la plupart des esprits distingués et des hommes d'élite qu'ils produisent.

11 est aisé de conserver ou de restituer aux provinces Tactivité, Timportance destinées à les tenir à la hauteur du mouvement intellectuel et social, en créant aux chefs-lieux des écoles spéciales desservies par des professeurs éminents, et tel est le but qu'avaient poursuivi, sous la première république, les organisateurs des écoles centrales, dont le principe était bon, mais dont le programme d'études doit être renouvelé. On pourrait &ussi donner plus d'indépendance aux administrations municipales, et soustraire quelques-unes de leurs attributions à la concentration opérée par le conseil d'État.

Bref, sans nier les inconvénients d'une centralisation trop étroitement absolue, on ne saurait méconnaître les bienfaits du principe. La Constituante, en divisant la France en départements, a fondé la centralisation, et, par là, préservé du morcellement, de la guerre civile et de l'invasion, le territoire de notre patrie. Cette mesure a sauvé l'indépendance française et assuré l'unité dans les mœurs et dans la législation.

La centralisation a rendu la France homogène, indissoluble; elle a simplifié le gouvernement, facilité les transactions, retrempé le patriotisme, rallié toutes les provinces à un intérêt commun, et assis sur des bases immuables la puissance de ce vaste empire.

tM ftlCnORKAItl nhlOGftAf iQOf.

Si nos compatriotes, quand ils aspirent aux dignité, revêtaient, comme leurs aïeux les Romains, Thabit dont la couleur a servi à dénommer les solliciteurs de places, la France entière serait enfarinée de blanc, au lieu d'être en frac noir.

Contradiction bizarre! chez nous on dénjgre à plaisir les fonctionnaires, et chacun à Teuvi court des candie datures*

Il est des mortels biçp connus dan$ le$ bureaux, qui, depuis longuet» années, n'ont pas d'autre profession que celle de candidatii. Ils aspirent par habitude à une foule de places; ils s'alimentent d'espoir, en plaçant des requêtes sur toutes les loteries d'antichambre.

Candidats à la dépqtation, candidats administratifs, candidats aux grades de la milice nationale, candidats ^us-préfets, candidats académiques,.. Parfois, un même individu suffit à tant de brigues. 11 rivalise 8,vec ces servantes qui ^e proposent pour tout faire,

Au moment des commotjons politiques, cette fièvre e^t sujette à recrudescence,

Dans ces derniers temps, les aspirants à TAssemblée nationale ont donné à la France une assez burlesque comédie.

Que d^apostasies, que d'impostures, que de bassesse» quelle parodie des sentiments nobles et du désintéressement ! Que de sacrifices à la patrie ils ont fait fumer sur Tautel domestique de Tégoïsme et de la cupidité I

MCnomiAIll HttMIATIQIIB. Ml

II y H là, pour le peuple» dei leçoiii utiles et de profitables sujets de mëditaiion^

Appelé à Teierclce le plus étendu des droits électifs« il doit comprendre de qiiellë itnpdrtance il est pour lui d'étudier les hommes et d'approfondir les choses.

De là Tutilité d'appliquer le dogme de la fraternité, en se groupant peur s'éclairer mutuellement. La dé-» faiocratie doit favoriser la vie en eommun, multiplier les réunions pacifiques et resserrer les liens de \Aioctabilitéé

Il sera bon que les citoyens choisissent entre eux des esprits sincères et pénétrants, intestis de la mission de scruter les faits et gestA de ces candidats, si habiles à flatter les passions et à revêtir le cdstumfe à la mode du jour.

Que de gens incapables ou discrédités ont réussi à surprendre des suffrages ou à extorquer des emploie^ avec des masqties d'emprunt qui cachaient leurs traits véritables, inconnus de tout le monde I

J'ai TU figurer au bas de professions de foi affichées sur les murs, les noms souillés et justement flétris d'hommes asses impudents pour spéculer sur leur dés^ honUeur, et se faire un titre de leurs démêlés avec \é justice criminelle, présentés eomme des persécutions politiques.

C'est en pareille conjoncture, que les clubs électo^ raux justifient de leur utilité et sont appelés à faire ressortir la salutaire influence du principe d'association.

Que l'on vote avec connaissance de cause : le suffrage universel sera la plus infaiUible garantie de l'ordrô et le plus sûr moyen d'arriVar à choisir le plus eapable et lé |)ltt8 digne.

^2 DICTIONirAlU OÉHOCKATIQUI.

Quand un emploi devient vacant^ les requêtes affluent par centaines, et, avec la meilleure volonté du monde, un ministre est conduit fréquemment à se décider pour le candidat le plus hypocrite et le plus acharné.

Le principe de Télection allégerait, dans beaucoup de cas, la responsabilité ministérielle ; il viderait les anti* chambres, donnerait lieu à des choix inattaquables et mettrait lin aux préjugés auxquels les fonctionnaires sont en butte.

Parmi les emplois susceptibles d'être déférés à Télection, se classent en première ll^ne ceux qui concernent les arts, les lettres, les sciences même. — J'en excepte le professorat, et surtout les chefs de bureau ou de division, et les autres commis des ministères, des actes desquels le ministre est responsable, et qui ne le serait plus s'il ne pouvait répondre des fonctionnaires qu'il est appelé à diriger.

Bref, il est essentiel que le public et les distributeurs des emplois soient à même de juger des titres des prétendants à la confiance de leurs concitoyens^ afin que les méprises soient plus rares, le succès des impi^tures impossible, et que la certitude de se voir dévoilé et honni mette un terme à la scandaleuse effronterie des candidats.

vouToxa MXÉocmr.

Un maître de poste expliquait le mécanisme du gou* vernement au curé de son village :

tt Sauf votre respect, lui disait-il, rien ne ressemble

MCnOlOrAflB IDteOCftAtlQIII. S0

plus à la diligence des messageries nationales : dans la rotonde, à rintérieur, sur la banquette, le peuple qui babille, qui dort, qui rit et se laisse mener, pourvu qu'on suive la bonne voie et que les cbevaux aient le jarret solide.

a Dans le coupe, ce "sont des voyageurs de cboiz, les gros bonnets. Ils ont les yeux sur Tattelage, sur le conducteur, et si un trait se brise, si une rêne échappe, ils sont là pour l'avertir, ou le réveiller quand il sommeille.

« Le coupé de la voilure de TÉtat, c'est la place de nos représentants; Tattelage, c'est le minbtère; et le pouvoir exécutif, c^est le cocher.

a Maintenant, suivez mon raisonnement, monsieur le curé. Avant que d'être maître de poste, j'étais cour* rier de la malle, et voilà pourquoi je n'ai jamais pu être royaliste.

a N*est-Ji pas évident que la voiture est faite pour les voyageurs, et que les voyageurs ne sont pas les servi* leurs du cocher?

a Un roi, c'est un cocher qui prend les voyageurs et les conduit où il lui plait : les voyageurs sont à son ser« vice, tandis qu'il devrait être au leur.

«De toute nécessité, le patron, le bourgeois, le maître, c'est celui qui paye : ce sont les voyageurs qui entretiennent le cocher.

a On bâtit une constitution, on assemble des lois, on ficelle une bâche pour préserver le bagage, c'est«à-dire les biens des citoyens : voilà le char de l'État confec* tlonné. Les voyageurs s'y groupent; il ne s'agit plus que de le faire marcbei*.

Wé BiOnOBHAIU BAMOCftèTIOinN

c .^ Prêtions, disent «ils un bon cocher; œil vif, poignet ferme, Caractère actif, esprit vigilant. Qu'il choisisse de bons chevaux, d'un tirage égal, leur passe un mors et les tienne avec de bonnes guides neuves, et fouette cocher !

« Les voiià qui galopent. Regardez un peu^ monsieur le cure, comme Téquipage va bien ! Monsieur le cocher chante à tue -tète et fait claquer son arme, les chevaux brûlent le pavé, les voyageurs sont contents. Admires, et saluez aussi, car ce qui passe là sous vos yeux, c^est la République.

a Ce n'est pas tout. Les hommes, les chevaux mêmes ne sont pas toujours raisonnables ; le plus sage est toujours celui qu! a le plus grand intérêt à Tètre : celui-là ne perd pas de vue son but.

a Celui des voyageurs est d'aller bon train et d'arriver au port sans encombre. Or, voici qu'un cheval s'abat, qu'un autre est vicieux, que celui-ci boite et que cet autre veut ruer ; le cocher, qui se sent responsable, laissera ces bêtes-là sous la remise, ou bien il se hâtera de les remplacer.

a Mais, autre affairé : c'est le cocher qui se grise, ou qui s'endort, ou qui veut galoper à la descente, au risque de verser.

a Eh bien I les voyageurs, eh arrivant au relais, mettront leur cocher à pied et en retiendront un autre.

c( Pour cela^ il ne faut pas que la fonction du pouvoir exécutif soit perpétuelle et inamovible ; et même, <x»naifi la routef sera très-lojigue, il est bon de pouvoir, d'étape en étape, se munir d'uu oeodu^teur et de clie-

wwnmmkum DtnoouTiQiiB. Ml

T«ux frtié i ear le plus solide perchercà^ eoimne le plut

fringant postillon, se fatiguent à la fin. \

« Quelquefois le pouToir eiéftutif ht se réduit pas à un simple eocber i ainsi, dani là ntalle^poste, voUs avei monsieur le courrier^

« Vous plairait-il qhe nous dissiens uii mot du prësi* dent de la République?...

c Ah 1 monsieur, c*eàt le courrier de la malle, ni plus b1 moins. Il obéit aux Toyagèurs, il les sert» et il gou» verne- toute la voiture.

(X Au-dessus de lui, il y a les règlements, acceptés de tous les voyageurs. Il fera tant de lieilei à Theure, el traversera chaque ville dans un délai marqué.

c Voilà la loi; son autorité, pour Texécuter, est su« prême : elle a jiour sanction Tintérét général. C'est eit vertu de ce contrat qu'il s'opposerait, au besoin, aut incartades de ses compagnons de route, tout maîtres qu'ils sont^ et que s'il leur prenait fantaisie de dévier ou de s^attarder, il les laisserait eu plan.

€ Eu tout le reste, monsieur le coiirrier est le pre*^ mier serviteur de ses compagnons; il leur ouvré et leur ferme la portière; il leur nomme les châteaut en ruine, les fleuves que l'on traverse; il les aide à descendre comme à monter ; il met de la paillé sous leura pieds, dans la saison rigoureuses Serviteur et chef à la fois4 tel est le président d€f cette i'épubliquè à qilatre roues.

« Si donc vous avez bien saisi l'apologUè, VOUS coili'pretiéresB, monsieur le curé, comtiietit je conçois le pouvoir eàéCQtif. La voiture est faite potir le^ vo^ageuftf, et le éourrier, ou le cocher^ s'il n'y u ps^ dô courrier^

Î86 WCTlOMNAlftB DÉMOCRÂTIQUB.

a pour mission de les servir : il est le mandataire dn public.

« Comme la plupart de nos représentants, charges d'élire le courrier de TÉtat, sont venus en poste à Paris, je pense qu'ils auront fait des réflexions du genre des miennes, et qu'ils sauront se garder d'assimiler le pouvoir exécutif à la royauté.

a A vrai dire, la méprise est facile quand on a pour s'égarer une aveugle routine de plus de mille ans de monarchie.

a Certainement le pouvoir exécutif est une autorité ; mais il ne doit pas devenir une souveraineté, puisque c'est le peuple qui est le souverain légitime. Nous avons renversé une monarchie entourée d'institutions républicaines; si l'on y substituait une république entourée d'institutions monarchiques, on se bornerait à déplacer des mots sans toucher aux principes.

tt Je sais bien ce que vous allez me répondre, mon* sieur le curé ; vous dînez tous les dimanches avec de vieux royalistes. Mais on n'a pas conduit des chevaux pendant vingt ans sans s'instruire. Oh! j'en ai vu , de la légitimité, dans les voitures...

a Vous rappelez-vous le père Basile Nicot?

a 11 était propriétaire de sa voiture ; ses chevaux étaient à lui, et il avait organisé un petit service de Limoges à Tulle. C'est lui qui conduisait sa voiture. Maître de ses haridelles et de son berlingot, il se crut le roi des voyageurs.

« I^ voilà donc trottant à sa guise, avançant ou retardant le départ à son gré, s'arrêtant en chemin à tous les cabarets, et gouvernant à tort et à travers, siùvant

MCTlOraiAlAt.DtMGaAnQUI. SS7

soo caprice. Si Ton m permettait de réclamer, Nicot se redressait en disant : — J^agis selon mon bon plaisir; ne suis-je pas chez moi?

0 II y eut des voyageurs mutins qui objectèrent : — C'est nous qui sommes chez nous, puisque nous te payons et te faisons vivre. Mais Nicot les traitait de canailles.

a Bref, il se rendit insupportable. L'administration centrale lui fit une concurrence, et il se vit abandonné.

a C'était le droit des voyageurs, pas vrai, monsieur le curé?

a Cependant Basile Nicot était bien légitimement et par privilège d'ancienneté, voiturier de Tulle à Limoges. Aussi jeta-t-il les hauts cris.

« Mais en pure perte : car, après tout, le public avait bien aussi le droit de ne pas le prendre pour cocher et de cesser de payer pour monter dans sa caiTiole.

«Or, comment ïinit-il, ce roi légitime de la messagerie de Limoges ?

c Quand il eut perdu ses sujets ; son bureau, ses chO" vaux, son écurie, sa remise devinrent autant de causes de ruine ; tout cela cessa d'être à lui, parce qu'il devait I)ien davantage. Il fit banqueroute, laissant là tout son matériel, et se sauva en Belgique, oit l'on dit qu'il s'est mis contrebandier.

«Oh! monsieur le curé, la carriole au père Nicot m'en a appris long sur la légalité des rois légitimes. Décidément, le véritable roi, c'est celui qui paye, et tous ceux qui reçoivent un salaire de ce roi-là sont ses délégués et restent à sa disposition.

« Sans adieu, monsieur le curé ; je vous quitte : j'en-

têilds le fouet de la grande messagerie qui Vient changer de ministère, i^

. monàiÊLûaîsmt, mùm MAeÉsÉM.

De ced motfi médiocrement usités, le second fut fabriqué en 1791, par les détracteurs de la monarchie cons« litutionnellë, pour en désigner les partisans. , Le premier j monarc&iêtei n'est pas devenu trèsH^ommun, parce qn'il n'était susceptible de qualifier qu^une opinion pieu répandue. En effet, Tadbérent à une royauté représentative n'est pas téetlemeht monarchiste, o'est-à'dire partisan du gouvernement d'un seul.

Ce terme n'est pas ancien, parce que son introduc* tion suppose l'existence d'une opinion radicalement contraire au principe monarchique, et le parti républicain a pris naissance fort tard dans notre pays.

Le substantif monarchiste a été créé par l'abbé Raynal.

Le nivellement, c'est^àHlii'e YégalisiJ^ion dés fortunes et le partage des terres^ fût Uiie des utopies qui se firent jour en Angleterre du temps de Grdmvrell.

tles expressions ont passé la Maucbe durant les frreznières années de la révolution française» Niveleur est terabé 6n désuëiiide, ce qui fait hdnneiÉr au bon sens national. Niveler est restée avec un sens moins radical, comme un synonyme plus ou moins àugdienUitîf da verbe égaUaer^ I

mCTIOUKinit DtlOCtlTiQIlB.

Respectons les grands , et , au lieu de les abaisser, élevons les petits à leur taille : le résultat est le mèrne; c'est Tégalité.

Elle paraîtra d'autant plus juste, que, profitable i tous, elle fie dépouillera personne.

Aujourd'hui que tous les citoyens sont investis de TeDsen^ble de leurs droits , les grands rentrent sous la mesure comoiune; tel est le fruit de la démocratie. Désormais Ton pourra, sans métaphore, redira après Bossuet : a Dieu seul est grand, mes frères I a

nmo&jLBxuvA.

Règle générale : dans tout pays civilisé, le souverain est inviolable : chez nous, c'est le peuple même qui est en possession de la souveraineté.

Son inviolabilité est indéniable ; il est donc important de fixer le sens du mot.

L'Académie définit Tinviolabilité : « Qualité de ce qui est inviolable. »

Et, suivant elle, inviolMe signifie : « Qu'on ne doit jamais violer. »

Il a fallu deux siècles d'études philosophiques, et quarante génies rassemblés , pouf élaborer de si fortes définitions.

Suivant Boiste, Vimnolabiltiéy c'est le ^privilège qui garantit de la mise en jugement. »

L'inviolabilité n'est pi une quaUti ni un friuUége :

f60 BtCTIOimAlRE BÉMOCIlÀtIQtJl!.

comme les lois sont pour tous, il n'existe pas de lois particulières à quelques-uns, et, par conséquent, point de privilèges.

L'jnviolabilitë est un droit ; un droit n'est pas une qualité.

L'inviolabilité est une des conséquences du droit de ne pas être livré à Farbitraîre , à la violence. Par conséquent, loin d'être le privilège qui garantit de la mise en jugement, Tinviolabilité implique le droit d'être jugé.

Violable, si ce terme existait, signifierait, soumis à la violence ; inviolable signifie : « Garanti contre la violence. L'inviolabilité est le droit d'être hors des atteintes de la force brutale. )»

a Le premier droit de la souveraineté , a dit Paffendorff, est d'être sacrée et inviolable. »

De là l'inviolabilité de l'Assemblée nationale, qui représente la souveraineté du peuple.

C'est donc avec raison qu'un pubKciste fameux a écrit : «L'un des plus grands crimes politiques est la violation de la représentation nationale; nul prétexte ne l'excuse, et nulle gloire ne l'expie, d

Pourquoi faut-il que, de nos jours, quelques hommes égarés et ignorants aient, en commettant ce crime, at* tenté les premiers à leur droit le plus précieux, à Tinviolabilité du peuple!

L'inviolabilité, conséquence des lois, est incompatible avec leur violation : le peuple est inviolable en la personne de ses mandataires ; mais, hors du cercle de ses attributions politiques, le citoyen Représentant, considéré comme homme, reste' sujet de la loi.

Dans un cas de suspicion, de prévention non justiliée.

DICTIOmiAnB DtVOCKATIQCB* Ml

il ne peul èlre décrété d'accusation sans le consentement du peuple dont il représente l'inviolable souyeraineté : de là la nécessité de consulter la représentation nationale pour légitimer la poursuite.

Mais, dans Phypothëse d'un délit criminel constaté par le flagrant délit, rinviolabilité de la loi confère k la justice une autorité suprême, immédiate; s'il en était autrement, rinviolabilité deviendrait un privilège indi* viduel et un moyen d'impunité.

Tel est le spectacle qui nous a été donné naguère lors de Tarrestation du duc de Prasiin, où les magistrats ont prouvé qu'ils se méprenaient sur le sens et l'étendue du principe de l'inviolabilité.

En logique pure, quand un Représentant est inculpé d'un délit qui implique une infraction à ses devoirs politiques, l'assemblée dont il fait partie doit statuer sur l'opportunité de la répression judiciaire, sans quoi la souveraineté populaire serait à la merci du pouvoir exécutif.

Mais, dans l'hypothèse d'un délit criminel, de nature à inculper l'individu, sans toucher au personnage politique, l'initiative du parquet devrait s'exercer sans réserve ni condition restrictive.

Toutefois, comme, dans le cas où l'accusation serait fausse, la souveraineté nationale se serait trouvée for^ mellement violée dans un de ses Représentants ; comme, dans certaines circonstances, la prévention risquerait de devenir un moyen d'oppression entre les mains du pou« voir, les législateurs, de deux maux choisissant le moindre, ont réduit l'action immédiate et sans con** trôle de la justice, aux cas de flagrant délit«

tn MCf lonuni DiaociutiQUB.

Sans cette équitable distinction, le principe de Tin** yiolabilitë cesserait d'être fondé sur le droit commun, et consacrerait un privilège au profitd'une certaine classe d'individus.

L'inviolabilité émane du peuple, et constitue un droit f u'il possède, puisqu'il est apte à le transmettre.

La violation du domicile, l'agression armée, la détention arbitraire, la création des tribunaux d'exceplion , le déni de justice, l'abus de la force, la dictature militaire, les restrictions à la liberté de penser, la perception d'un impôt non consenti, toutes ces fautes des gouver^ nements passés portent atteinte à Tinviolabilité du peuple.

Un peuple jouit réellement de rinviplabilitë quand sa représentation est souveraine, quand chacun, du plus humble au plus élevé des citoyens, peut invoquer et ne peot décliner l'impartiale autorité de ses juges naturels.

BccnFVMir (ftoifl d').

Ce ne sont pas des lois, mais de simples ordonnances, d'ordinaire illégales et imposées par la force. Les lois d'exception sont tyranniques et incompatibles avec la démocratie, dont elles proclament la déchéance.

DZSOaAOX, 1>ATSU&8.

Les rois disgracient; les gouvernements démocra* tiques révoquent , destituent , punissent : ils ne disgracient pas. Le principe d'une grâce accordée ou d*une

disgrâce infligée, c'est le caprice d'un maître, renda l'arbitre des destinée* 4% ses euberéonnés et les traitant selon qu'il lui plaît.

Dieu seul a des grâces k répandre : le préjugé qui a si longtemps fait regarder lei grands du tnonde comma des êtres d*une essence Supérieure au reste de l'huma^ nité, a donné lieu à ceë mots : Grâce ^ disgracier, fa-» ▼eurs, favoris, retranchés à cette heure du dictionnaire du langage pratique.

]^aon:cMolr, ièélotmctxwelb.

Les protections sont les grâces des petits seigneurs. Ces mots supposent des volontés individuelles substituées à dos droits , et Tinégalité des diverses classes.

Sous un régime d'égalité fraternelle, on s'enlr'aide, les plus forts assistent les faibles ; ces derniers ont le droit d^être assistés ; mais entre frères , dans une famille sociale, il h'existe point de protecteurs ni de protégés.

OGT&6

Louis XYIII nous octroya une Charte de liberté. Ce verbe implique la négation du droit des nations ^ et établit que la liberté est une concession bénévole, une faveur royale. 11 est retombé dans le glossaire monarchique.

f64 mCTlOKKAJRK DàHOOUTIQUB.

BOH PIJU8I&,

Expression dont Torigine est curieu9e. Dans les premiers siècles de la monarchie, les rois rendaient la justice assistés de leurs grands officiers qui avaient voix consultative et enregistraient les arrêts du suzerain.

Le tribunal où se j9/aûfat6n^ les causes se nommait un plaid , en bas latin , placitvm.

L^arrêt avait donc pour sanction le flcdd royal , le jugement souverain ; et comme les actes se rédigeaient en latin , on les motivait pai* cette formule : a Quia taie est nostrum placitum, d parce que tel est notre plaid ^ parce que telle est la décision de notre tribunal.

Plus tard, la servilité et la flatterie, équivoquant sur le moi placitum , s'avisèrent d'en rapporter Torigine au verbe placere, placeo, plaire, je plais, dont est issu le substantif plaisir. Quand on se mit à rédiger les actes en français, la formule taie est nostrum placitum, se traduisit donc par « tel est notre plaisir. » Enfin , la bassesse , enchérissant encore sur cet ingénieux contresens , ajouta une épithète propre à solenniser davantage la suprématie théocratique des rois. Voilà Torigine de ce considérant dérisoire de la justice des souverains : — parce que tel est notre bon plaisir.

A la vérité, les chartes des monarques et des grands vassaux contenaient quelquefois cet adjectif: — no$^ trum bonum placitum. Mais bonum signifiait alors valable, authentique, régulier, ïioire plaid légat, notre plaid solennel , ou quelque chose d'approchant.

La plupart des sophismes sur lesquels est fondée la

nCTIOMMAlRB PtHOCRATIQUI. f85

fiction de la légitimité du pouvoir despotique n'ont pu une origine plus solide ni plus respectable. •

La terminaison de ce mot est une anomalie dans noCra langue. En 179i et 1792, nos pères disaient Finstitution du Juré; le Juré d*accusalion , /« /tir^' militaire.

Ce n*est pas dans le but de distinguer les commissions ainsi dénommées, des personnes appelées à les composer, que Ton a imaginé dé modifier la désinence du moi juréf^ et d'écrire Jury dans Tun des deux cas: celte habitude est venue de l'anglomanie. Au-delà du détroit, on intitule /ury ce que nous appelions le Juré,

La modification n*a d'abord atteint que la prononciation : on a écrit y wn jusqu'en 1795; puis l'ortographe anglaise a peu à peu prévalu , et nous écri« y ons Jury.

Dans son principe, l'institution du jury est essentiel* lement populaire; sous le dernier régime, elle participait de l'état mixte et mal défini d'une société bal-* lotée entre la démocratie et la monarchie, et où le règne de la loi n'excluait pas la prépondérance du privilège.

Être jugé par ses pairs , tel est le principe que le jury consacre. Le jury, sous la royauté de Juillet, était ex* clusivement choisi parmi les propriétaires payant au moins deux cents francs d'impôt , auxquels on adjoignait les fonctionnaires gratuits nommés par le roi, les notaires, les officiers en retraite jouissant d'une pension de i,SOQ francs au moins, les docteurs en droit, en

Mi 'Ùlttlé^AttE DÉMdCllAtlQtJiri

inëdêdilè, et les memlrreft ieê sociétéi» sataâtcft recôn-^ nues par le rdî;

Ainsi, pour être réellement jugé par ses pairs, il fallait être colonel, docteur, académicien, notaire ou gros proprié lai re. -

Un capitaine d'infanterie en retraite, dont la pension «et inférieure à 1,200 fraftcs, était déjà d'.une trop basse condition pour être jugé pdr ses égsluï,

La plupart des marchands de yin qui entretiennent rivragnerie et la fainéantise au coin de chaque rue, avaient le droit d'être juges; un jurisconsulte habile, un économiste éminent, un poète comme Béranger, étaient exclus, comme indignes ou incapables , de la mission de juger et d'élire.

Ce monopole de la boutique et du capital n'était pas moins odieux que ridicule.

Le jury était donc une fiction , comme le droit électif; car l'accusé n'était presque jamais en rapport d'égalité avec son juge : pour un épicier criminel, que de prolétaires malheureux , ûi coupables par ignorance , ou par nécessité !

Ce n'était point assez : les préfets étaient chargés du tirage des listeâ éJèctofâles ; sertiles et passifs agents de TadministratioA, ils choi hissai et) t encore les privilégiés du poût^oir parmi les {)ritilégtés de la constitution po« litique.

H est khé de coùcevoir,' que, soumis à une telle pression , le jufy était devenu ,' en matière de criminalité politique, un détestable trihtinal ; car le préfet avait à sa disposition les moyens de Tor^aniser suivant l^s besoins de h cms^.

Lé nombre des jari^s d'iinè caut d'assises était réduit à douze, chiffre borné qui, en laissant trop de plate à la responsabilité individuelle, livre chacun d'eux à la merci de la corruption ou des menaces du pouvoir; comme aussi à rinfluehizé àeè Intérêts ou des passions particulières.

Enfln , comme si une pareille organisation était trop libérale encore , le gouvernement a réduit à la rhajorité simple Texpression légale et prépondérante de la décision du jur;f ; de sorte qu'eri cas de partage, la vie ou \é mort de l'accusé est à la merci d'un seul homme.

Toutes les précautions ont donc été prises pour rendre l'acquittement difficile, et faire d'une institution vraiment démocratique une arme aux mains du pouvoir.

£n dépit de ces précautions, la royauté s'est vue contrainte à ériger une foule de délits politiques en crimes d'État y soumis à la juridiction exceptionnelle de la cour des pairs, entièrement à la discrétion du gouvernement.

Sous rinfloence des principes républicains , la loi du jury doit être revisée et ressortir du suffrage universel : le nonibre des jurés sera augnaenté^ et la majorité absolue deviendra la sanction indispensable d'un arrè( qui doit être foddé sur l'évideDce*

Mais, pour q(ue le jury soit aple à juger sainement, il est e^eiitiel que chaque citoyen appelé à an faire partie f»ossède. des notions sérieuMs des droits et im devoirs communs , par conséquent , que l'éducation po* Htique pénètre dans toutes les classes.

L'éducation civique , tel est le devoir primordial et fa garantie première d'un État démocratique ; il faut tou-

268 BIGTIONNÀIRB DÉMOCIATIQUB.

jours en Tenir 1&, et c'est par là que tout doit com-

CAvvzo:

mencer.

Jusqu'ici, les titulaires de certaines fonctions publiques, sur lesquels pèse une responsabilité pécuniaire, c'est-à-dire qui se trouvent détenteurs des deniers de rËtat, ont été assujettis à fournir un capital destiné à servir de gage.au gouvernement. La probité est, de la sorte, placée sous la sauvegarde de Tintérèt. Triste garantie !

Ainsi, Thonnèteté du fonctionnaire est fondée sur une probabilité qui s'amoindrit à mesure que la confiance dont il est Tobjet augmente, et plus les sommes dont il est rendu dépositaire excèdent le chiffre du cautionnement, plus la société court de risques.

Cette organisation établit en principe l'immoralité publique, et a pour base ce dégradant théorème ; plus on est pauvre, plus on est fripon.

La première conséquence de la loi sur les cautionnements est d'attribuer aux seuls gens riches le privilège de toute une catégorie de places lucratives.

Un receveur des contributions, c'est un capitaliste admis à tirer quarante à cinquante pour cent de sou argent. Institution contraire à la morale, contraire à l'égalité.

Ce privilège en a fait naître un autre, celui de la vénalité des charges.

Durant certaines crises, et notamment en {8i6, l'État

DICTIOKNAIIZ D£jiOCIATIQUS. M0

épuisé ayant, pour accroître les ressources du trésor, augmenté les cautionnements, il dut dédommager les prêteurs forcés, en leur conférant la faculté de traiter de leur charge, et de désigner leurs successeurs. On sait de quels abus cette condescendance a été la source.

IJ est une autre espèce de cautionnement, si fort ab* surde, que nos neveux» je me plais à Tespérer, croiront difficilement qu'il ait été perçu : c^est le cautiotmetnent desjcfumaux.

Parmi les droits dévolus aux citoyens d*un Etat libre» la liberté de la pensée occupe assurément le premier rang. Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, dutcuQ exerce sa souveraineté en parlant à sa guise, chacun est investi du droit d'énoncer les maximes les plus étranges, les paradoxes les plus indigestes, les théories les plus controversables ; et tant que Ton ne fait pas appel à la révolte, tant qu^on ne se jette pas dans la ca* lomnie ou la diffamation, attentats à la liberté de la société ou des individus, Ton est à Tabri de toute perse* cution.

Tel était Tétat des choses, même sous l'ancienne monarchie, où Ton ne se gênait guère pour penser à voix haute et claire.

Mais si l'on avait fantaisie d'écrire ce que chacun était libfe de dire, on devait, pour y être autorisé, verser des sommes considérables entre les mains du'j^ouvernement.

Le capital était seul admis au privilège de la littéra* ture politique ; il fallait payer fort cher la permission de disserter périodiquement sur les intérêts communs.

f/0 mCtKHVllÀlAB t>fillOCAAtI«DB.

< Cette restriction îiA pé.ê mëdiocreiiient contribué à feonstliuer !â tyrantiie de l'argent, et à citnenter la puissance dé là {éoAûUié finânciène, qni a'entravé et finale** ment feapé l'ancien goutrernement.

Ainsi, dans un État où Ton débite librerheht et Sans garantie toute espèce de marchandises , la pensée huinaitie, ce qui existe au hionde de p\iii indépendant, était non-seuletnent assimilée à un négoce, mais exceptionnellement frustrée des conditions de là liberté kotn* itierciale.

L'État disait au penseur : — Tu ne vivras pal du pro* dtiit de ton intelligence si tu n'es pas riche; et^ &i tu es riche, tu n'en vivras qu'à la condition de me livrer Ja moyen de te ruiner, si ton industrie m'offusque.

En effet, le cautionnement des journaux a été institué dans la prévision des amendes auxquelles ils sont sudceptibles d'être condamnés.

Rien ne surpasse l'injustice d'une telle mesure, si ce n'est sa maladresse.

£n effet, le cautionnement a pour but d'affaiblir la prépondéi'fi^nce de la presse, en en réduisant l'exploitation à un petit nombre d'organes.

La raison, d'accord avec l'expérience, enseigne que moins les journaux sont nombreux, plus leur influence est puissante.

Supposez qu'il fallût fournir un cautionnement d'un million pour avoir le droit de publier une feuille quotidienne? Qu'arriverait-il î

Tous les ennemis du gouvernement coalisés réuniraient leurs ressources, et cette immense combinaison

IHCTlOSlfÀnB DtKOCftATfQOB* t7i

d'intérêts finirait, en se cotisant, par mettre au jour un organe unique de toutes les nuances d'opposition, de tous les esprits mécontents.

Quiconque en France n'est pas dévoué au gouverne-» ment, quiconque se pla!t à le critiquer, à en coqtréler les actes, s'abonnerait à ce journal, qui balancerait en bien peu de temps la prépondérance du pouvoir cons^ titué.

A. répoque oh U Constiiuiionnel exerçait le monopole de Topposition, il rallia contre la royauté de i8ift et contre le clergé tous les dissidents épars; il jetait le mot d'ordre à tous les partis, et il disposa le okamp de bataille 3ur lequel la Restauration a été vaincue.

Les cautionnements et Timpôt du timbre ont laissé le gouvernement de Juillet aux prises avec la presse périodique, et Ton se garda bien de l'éclairer sur une fausse situation dont profitaient les spéculateurs publicistes de tous les partis. En effet, les défenseurs officiels du pouvoir lui vendaient leur concours très-cher; les opposants, de leur côté, payaient avec satisfaction des impôts qui les mettaient à l'abri d'une concurrence illimitée.

S'élevait-il, sous l'impulsion égoïste et intéressée d^une coterie parlementaire, un nouveau journal : pour* le combattre, le ministère était réduit à en stipendiep un autre. La lutte demeurait régularisée par un petit nombre de chefs, à la s^ite desqt^eU se groupaie»! de% foules immenses.

Le maintien du cautionnement substitue le monopole des intérêts à la liberté des opinions ; il groupe les eni

tn PfCTIOKHAIU BftMOCRÀTIQOB.

nemis du pouvoir, au lieu de les diviser. C'est grâce au timbre et aux cautionnements que la rëvolution de 4830 et celle de 1848 ont pu être accomplies par et pour deux coteries de journalistes.

Aujourd'hui, grâce à la destruction momentanée de ces barrières, il existe des journaux rédigés uniquement par des écrivains, en dehors des coteries politiques et des prétendants ministériels.

Le timbre et le cautionnement nous avaient imposé des journaux exploités par des coteries parlementaires dont les chefs étaient des députés assez riches pour payer leur gloire.

Le capital conférait ainsi un double privilège : d^abord il donnait la députation, puis il mettait quelques représentants en état d'acquérir une importance personnelle, en leur fournissant une seconde tribune, un double moyen d'action sur l'opinion publique.

Incapables, pour la plupart, non de diriger une polémique, mais de la rendre attachante, vive et par conséquent redoutable, ces coryphées des partis enrôlaient des écrivains de profession, toujours prêts à se mettre au service d'autrui, parce que, trop pauvres i)Our fonder un journal en leur nom, ils n'auraient pu d'ailleurs en tirer un profit personnel, car ils n'étaient pas éligibles«

Un tel pouvoir laissé aux mains des Représentants est fort dangereux pour le gouvernement, qui se crée ainsi des ennemis dans son propre sein, des ad« versaires inviolables, à la fois chefs de partis et aptes à profiter des mouvements qu'ils font naître.

DICTKNINAIU DiMOaUTIQUS. 273

En lace de la liberté absolue de la ]Mresse, on aennblable pcwiToir expire (1).

J>égàgjés des entraves du capital et du cens âectMal, les gens de lettres, an lieu d'entrer an service des re-» présentants , travailleraient pour leur propre compte, et cesjdemierSy réduits à leur seul talent , trouveraient dans les écrivains libres une victorieuse concurrence.

Les députés se trouveraient replacés dans des condi* tions mutuelles d'égalité parfaite , et leur importance serait subordonnée à leur talent réel^ au crédit dont ils jouissent a la chambre*

Le ccmtre-poids de la liberté de la presse , c'est la banalité de la presse. Moins la publication d'un journal sera coûteuse , plus les journaux seront nombreux, et le bon sens indique que plus on accroît le nombre

(4) Ce pouvoir, ûo Ta ressascité depuis que ces lignes ont été écrites. Ne faut-il pas que tous les débitants de journaux poiaseot arriver à leur tour? Parmi les Représentants candides qui ont mis de la sorte «m» frem à la liancê de la pru$9 , il n'en est pas un qui n'ait avoué que la loi sur les cautionnements est détestable ; en ajoutant : — - Nous la voterons, ^aire% qu'il faut bien quelque ehœej et que nous n'avons su trouver rien autre....

Ou reste, chacun sentait si bien l'insuffisance et l'inanité de ce décret , que tout en grevant la pensée d'un gage de 34,000 fr., somme trop faible pour atteindre le but proposé , et assez forte pour justifier une opposition légitime, les auteurs mêmes du projet ont demandé qtt*il n'eût force de loi que pendanl une année I.,, YoilÀ des convictions h courte échéance.

C'est d'un pouvoir de circonstance qu'aurait dû émaner une mesure de circonstance, qur, par son caractère transitoire, reste sujette à discussion , et d'autant plus qu'aucun principe n*a été invoqué.

P.W. -^41 aoAt 484S.

^4 DienONNàlRB DtooORATIQUB.

des débitants d'une certaine marchandisey plus la clientèle de chacun d'eux est diminuée.

Qu'au milieu d'une foule émue s'élève un drapeau < chacun le suit ; s*il survient un second drapeaa il partage la cohorte ; cent drapeaux agités en divers sens ne recrutent que des groupes inofFensifs.

II n*est que deux moyens de désarmer la presse subversive : la destruction radicale ou la liberté absolue. La blesser à coups d'épingle, c'est doubler ses forces et exciter sa fiireur ; la monopoliser par des cautionne^ ments et des impôts, c'est l'organiser pour la lutte et lui créer des armées.

Aussi les grands journaux ont-ib déjdoré la suppression du timbre, et appelé hypocritement le rétablisse* ment des cautionnements , mesures fiscales contre lesquelles la littérature a constamment protesté.

L'intérêt du gouvernement est si bien d'accord ici avec celui des ouvriers de la littératore politique» que la restauration du cautionnement est vn acte moins inique encore que maladroit.

La presse totalement bâillonnée a produit la révolution de 89, et plus récemment la révolution italienne; la presse énti*avée et tenue en laisse a détruit la royauté de 1815 et celle de 1830: la presse. libre Mnserve la monarchie anglaise s en allégeant les chaînes de la presse, le roi des Belges a préservé sa couronne.

Si les journaux ne coûtaient rien et pouvaient circuler gratuitement comme la parole » leur autorité serait aussi vaine que celle des causeurs disséminés dans les cafés et dans les salons.

Qaaiid les journaux iont rares, un spéculateuri eu achetant les deux ou trois organes influents de Topinion » peut faire la loi au pays. C'est ce qui est arriva lorsque l'État a voulu prendre la direction des chemina de fer. Les capitalistes, en danger de perdre Toc* casion d'une spéculation productive, ont subventionné la presse opposante , ^garé l'opinion et obtenu le rejet de la lYiesure projetée : or elle était excellente*

Le tinibre , la ceosme , les cautionnements ne profitent» en définitive , qu'aux adversaires du gouverne* ment; ces obstacles accroissent la pression du capital ^ et réduisent à l'état de fiction la liberté de la pensée.

Le cautionnement permet à des capitalistes spéculant sur les amendes , de bénéficier sur le scandale « en faiaant entrer la répression pécuniaire en ligne de compte ; eu un mot^ de vendre & leurs «ibonnés des dém lits qui coûtent cher, mais rapporteront davantage. L'amende ainsi exploitée n'est plus une pénalité , mais une oonvention ; c'est le tarif de l'injure. Gonvient-il k un gouvernement de décréter qu'on peut l'insulter en l'indemnisant?

L'ancienne loi du cautionnement était , suivant l'ezH pression de Royer-Collard, danj le ploH de tordre mo^ narchiçue.

tt Un journal I disait en 1819 ce dialecticien subtil, » un journal est une influence politique qui appelle » une garantie ; et la garantie politique, selon les prîn- » cipes de la charte, ne se trouve que dans une certaine }* situation sociale déterminée par- la propriété ou par » son équivalent s voilà le principe du cautionnement, i»

376 mcnONNAmB DéMOGRATIQUB.

En d'autres termes : — Texercice du droit politique n'étant attribué qu'aux propriétaires les plus imposés, c'est-à-dire les plus riches ^ le privilège de participer à la vie. publique par l'exploitation d'un journal assimilé à une tribune, devait être paiement garanti par la propriété.

Raisonnement fort juste sous la monarchie, et d'une application non moins immédiate aujourd'hui.

A qui sont maintenant dévolus les droits politiques? A tous les citoyens sans exceptio*kis et sans conditions de fortune. Pour être en harmonie avec le principe du suffrage universel , la faculté d'écrii*e , comme celle de penser ou de discourir, doit appartenir gratuitement à tout le ntonde. Ou Royer-CoUard se trompait en 1819, ou la loi du cautionnement n'est plus qu'une inconséquence et une anomalie.

En vain a-t-on objecté que les anciens cautionnements constituaient un capital de dix millions , d'un remboursement dilBcile en ce moment. Un État pourrait-il décemment se placer dans l'odieux dilemme de la confiscation des libertés publiques ou d'une banqueroute?

N'avait- on pas d'ailleurs le droit de prendre des termes suffisamment longs, pour rembourser des créanciers d'autant moins privilégiés que leur existence n'est point à la merci de ce capital.'

La suppression du cautionnement n'a fait périr aucun journal ; sa réintégration en détruira un à deux cents , qui faisaient , hier encore , vivre plusieurs milliers d'ouvriers et réalisaient l'unique ressource des

DKTIOlflUIBB DiMOeAATIQUB. ST7

ateliers typographiques. Cette considération n*esl pas sans valeur aujourd'hui.

Pour s'en tenir aux arguments si efficaces que bi politique présente , il s'agit ici de renforcer ou d'énerver les partis ; de reconstituer la féodalité financière, ou de lui opposer la pacifique indépendance de la pensée.

Si y dans l'état actuel des choses , les journaui paraissent trop redoutables encore , alors , loin d'en réduire le nombre , ce qui ne diminuera pas le chiffre des lecteurs, mais les ralliera en masse à une même feuille devenue toute-puissante, alors, dis*je, abaisses les droits de poste, facilitez la fabrication du papier, livrez la typographie à la libre concurrence, et réduisez le taux des patentes des imprimeurs.

Les journaux vaudront toujours le prix qu'ils coûtent, ni plus, ni moins. S'ils arrivent, par la multiplicité , à cesser de passionner la foule , l'intérêt qu'ils inspirent suivra la réduction de leur prix , et plus il y aura de journaux , moins chacun d'eux groupera iVabonnés.

Dès lors le talent étayé sur la raison restera Tunique moyen de succès, et les feuilles publiques, au lieu de fomenter la discorde , deviendront des guides salutaires ; elles serviront comme les encyclopédies à répandre partout la lumière.

La suppression des cautionnements doit substituer la responsabilité personnelle à la dérisoire fiction des gérants responsables, ilotes de la publicité. Elle fera renti*er les écrivains ds^ns les conditions normales de la pénalité.

178 MCnONMAraB DéVOClATIQITa.

Dans un pays où la confiscation est interdite y il est inique de punir un délit par une atteinte à la pro* priété, et telle est la conséquence de ces amendes exorbitantes prélevées sur le capital. N'avonsnaous pas contre les excitateurs de révolte , contre les difiPamateurs, les calomniateurs, les provocateurs, les séditieux de tout genre, des peines afBictives? Proscrivez les écrits anonymes, rendez la responsabilité personnelle : le public cessera d'être pris pour dupe ; les publicistes se respecteront, et vous n'aurez plus ni tribunaux d'exception , ni pénalité d'exception : la parole écrite sera, ce qu'elle est en effet, la parole; et vous n'en serez plus réduits , pour punir un écrivain coupable, à bâtonner son valet ou à dépouiller son bailleur de fonds.

OOHM&XPTXOH.

Appeler indistinctement par la voie du sort tous les bommes de vingt ans à remplir les cadres de l'armée , c'est faire une juste application des principes de la dé* mocratie.

Mais , pour qu'il en soit jainsi , il est essentiel qu'en dehors des cas d'exemption consacrés par la loi , aucun piivil^e ne puisse être admis.

Le gouvernement monarchique avait laissé au riche la faculté de payer des remplaçants. On assurait alors que , sans cette tolérance , la société risquerait de manquer d'avocats et de médecins. Plut au ciel !

Le remplacement donne , en général , d'assez mé* chants soldats : en retirant des rangs de l'armée tous

les fils de fiimille qui ont reça de l'ëducaliott et pourraient exercer une influence inorak salutaire» lo rona* pkcemeat maintient dans un état d'atonie intellectueUe nos soldats, hors des rangs desquels ou est obligé dft chercher des officiers, ce qui supprime l'émulalion.

Il en résulte que les écoles spéciales conRirent A qui peut payer, le monopole des grades.

Aujourd'hui que le service de la garda Mtioaale «si obligatoire pour tous , il est essentiel que les citoyens de toutes les classes reçoivent aux années les éléments de l'éducation militaire. Ilest JMte, il, est conforme au principe de l'égalité que l'impôt du sang soit acquitté par tous les en&nts de la famille f rançaîse«

C'est donc avec satisfaction que &<ms avons hl A l'ar» ticle 109 du projet de constitution t « Tout Fi«nçaiS| sauf les exceptions fixées par la loi, doit en personne le service miUtaire et celui de la garde nationale^ Là remplacement est interdit. »

La conscription, qui a déjà éteint les derniers vesUp* ges du fédéralisme provincial , en confiMsdattt sous le même drapeau les habitants de tous les départemeutSi deviendra ainai l'une des meilleurfes instîtutiQna de la démocratie.

Elle fournit un excellent moyen de propager dans toutes Us classes l'éducation civique , moyen dont hi monarchie n*a certes pas abusé t comnie autrefois l'on préposait dans les régiments des aumôniers ài'instruc-r tien religieuse, il sera bon de créer des professeurs militaires avec le rang d'officiers instructeurs , pour rér pandre les bienfaits de l'éducaticm primaire»

MO MCnorOfAHIK DillOGftATIQITB.

Une Goniëqueoce de rinterdiction du remphcement sera sans doute d^abrëger la dorée du service effectif et de multiplier les congés pendant le temps de la disponibilité, afin que le plus grand nombre possible de citoy«ks puisse acquérir l'habitude de la discipline et s'initier à la pratique du métier de soldat.

L'organisation militaire est, à cet égard, plus démocratique en Prusse qu'elle ne Test en France.

Notre intention n'est pas de retracer ici l'origine de la noblesse y ni d'aiguiser quelques vieux paradoxes pour les émousser contre un tombeau.

L*inistitution de la noblesse a présidé aux destinées de la France. Elle a été féconde en actions héroïques, en exemples sublimes ; elle a contribué à l'épuration des mœurs, aux progrès de l'esprit, au mouvement intellectuel ; enfin la noblesse a arrosé de son sang les lauriers de la patrie.

Si la république , en supprimant les titres , eût décrété l'anéantissement d'une caste, l'avènement du régime de l'égalité sociale aurait été prématuré. Mais il n'en est rien, et le décret formulé par la démocratie est venu à son heure constater un fait. — La noMesse, quand il l'a frappée, n'existait plus.

Une aristocratie dépouillée de ses privilèges n'est plus qu'une vanité. En abolir le nom , c'est déclarer que la société se refuse à proclamer dans s<m sein

DKffMMncftm 0iiie(sàiii|ini. Ml

Texisteiice d'une cksfe déchue, c*est prétenrer d'un avilissement progressif une iasdtntioii qui rappdk de grands soayenirs.

Le principe de la ncMesse était la conquête ; depuis longtemps la race des conquérants du sol gaulois s'est confondue dans celle des vaincus t la perpétuité de la caste nobiliaire était fondée sur l'illustridion et la gloire; le peuple entier est parrenu à s'ennoblir et à rivaliser de mérite et d'éclat avec les fils de ses an* ciens maîtres, demeurés sans prestige.

Sauf quatre à cinq maisons dont l'origine se perd dans*la nuit des âges, la noblesse de race est à peu près éteinte, et la plupart de nos gentilshommes sont des bourgeois anoblis.

Les plus andens remontent à un ou deux siècles et ont pris leurs quartiers dans les antichambres des rois.

Enfin , pendant le dernier siècle et les premiers lustres de celui-^i , quantité de plébéiens, à la Csiveur des troubles et de la confusion inséparables d'une révolution sociale, se sont adjugé, grâce à l'obscurité qui pro« tégeait leur brigue, des titres qui ne leur appartenaient point Ils ont ainsi créé un simulacre de noblesse dé« pourvue de notoriété, et dont les prétentions n'ont abouti qu'au ridicule.

La république s'est bornée à mettre fin à cette fiction d'inégalité symbolisée par un mot, et qui ne re-^ présentait aucun droit acquis.

Et même, il faut le dire, cette proscription a comblé de joie les rares héritiers des grands noms historiques,

2tt ncrmiifâiii DiHtcumoim.

en les déiiamssaiit d'un partage humiliant avee las Mascarille de raristocratie burlesque.

Ce n est pas d'aujourd'hui que date Timpatience des vrais geniikhommes contre les vilains safonnës. — Nous autres..., nous autres (jentilshonmies»... affectait de* répéter sans cesse un de ces hobereaux en pariant an prince de Coudé. «^ Nous autres,... redisait obstinément le prince , nous autres..,. -« Si oui , monaei* gneur, nous autres, que trouvez-yous là de singulier? — C'est votre pluriel que je trouve singulier.

IiODgtemps auparavant, Molière s'égayait à propos de rimpértinence des bourgeois^entilsfaommea, ait grand plaisir de la noblesse de son temps.

La démocratie a imposé un terme à ces abus, sans dépouiller les noms historiques du lustre inoffeusif qui les recommande à la niémoire des hommes. Il estéfi* dent qu'avec ou sans titre , M. de Montmorency reste M. de Montmorency, tandis que réduits à leur illustration, M. de La Dandinière, M. de la Jeannotière re* deviennent Jeannot et Dandin.

Se faire honneur de devoir le jour à des aïeux qui se rendirent célèbres par leurs services et leurs vertus, c'est un sentiment inné qui prend sa source dans la fismille, entretient la moralité et engendre l'émula* tion.

Les droits devenant égaux pour tous, il n'est point mal que les citoyens se croient investis d'une somme de devoirs plus étendue que leurs frères. Mais ce qui est contraire à l'égalité, c'est la prétention de quelquesuns à un rang auquel ils n'ont pas droit, et à 'obliger

DfGfffomrAna démocbatiqob. tS3

envers eux leurs égaax placés dans une condition d^io» fériorîté.

N'ouUions pas qne Tancienne aristocratie foindaît sa légalité sur l'adage : Noblesse oblige, et qu'elle acceptait ainsi des devoirs proportionnés à ses privilèges.

Du jour où , de l'assentiment de tous , chacun a pu prétendre » sous la garantie du mérite , aux premières charges de l'État, la noblesse est devenue penonndle, la natk» tout entière a été anoblie, et par conséquent, le c<Hrps privilégié qu'dle atait constîttté jadis a cessé d'exister.

La noMesse de promotion, inventée par l'Empereur, était on mm-sens ; un maréchal de France n'était point duc , puisque la dignité qui lui conférait 'ce titre su* ranné n'était point héréditaire t ce titre de duc , il le devait au maréchalat ; pour que son fik fût duc à son tour, il aurait fallu qu'il fut aussi maréchal.

Que représentaient primitivement les titres distino% tifs de la hiérarchie féodale T Des charges héréditaires exercées par des officiers près de leurs suserains. Les grands vassaux eux-mêmes avaient leurs comtes, leurs marquis, leurs barons, leurs chanceliers, leurs écuyers^ leurs vicomtes, leurs chevaliers^

Presque toute la noblesse provinciale doit ses titres à cette origine.

Du moment qu'elle ne relève plus de la royauté, la noblesse titrée n'a plus d'objet ; elle ne saurait lui survivre.

Qu'était-ce que les comtes? Les compagnons du monarque. Il n'y a plus de monarque.

Sous la monarchie même , depuis que le chrf dé

S84 DICnOKNAiRB DÉHOCBATIOUK.

rÉut était assimilé à un fonctionnaire , toutes ces distinctions étaient devenues purement IionorîBques et ne ccMiféraient plus aucun droit, aucune fonction*

Les ducs ne conduisaient plus les armées ; les frontières étaient gardées par des douaniers et non par des marquis; les aides^de-camp avaient remplacé les comtes, qui avaient, en guise de vicomtes, de jeunes capi* taines d'état-major sous leurs ordres; et les barons, sans apanage, étaient logés dans des h6tels garnis on cbex des bourgeois propriétaires, bien phis barons qu'eux.

Toutes ces qualifications essentiellement monarchiques foisonnaient autour du trône comme le gui sur le tronc d'un chêne séculaire.

Elles ne pouvaient subsister en l'ab$ence de la royauté ni se perpétuer après elle.

La logique justifie l'abolition des titres. Evidemment ^ le gouvernement démocratique ne pouvait en conférer de nouveaux, et nul ne doit être pourvu d'un avantage auquel la masse des citoyens n'est pas en droit de prétendre. Les qualifications nobiliaires étaient une protestation contre le principe de l'égalité ; elles consacraient une fiction : la démocratie a, comme toute doctrine philosophique, la vérité pour base.

Gomme la noblesse n'était plus reconnue, désormais tous les intrigants pouvaient, sans la justifier, s en affubler comme d'un déguisement et l'exploiter en manière d'industrie. Mieux valait la supprimer que de la laisser s'éteindre dans la boue.

A la vérité , TEiat aurait trouvé plus grand profit à

BICnOlQfAIftB 1IÉH6GBATIQIIS. 2S5

spéculer sur la Tanité eo iinposanl à un taux exorbitant les ûires , ies armoiries p les couronnes. Ce parti eut contraint la gentilhommerie du jour à opter entre l'or* gueil et l'ayarice ; mais en raréfiant, rn tamisant la noblesse y il en éternisait le principe. En conférant aux grandes fortunes le monopole des titres, il accroissait rimportance de la richesse et il préparait, au profit du capital et de la grande propriété , la restauration des privilèges de caste.

La féodalité financière n'a déjà que tn^ de puis«> sance, sans qu'on la CsTorise en taisant du n» des Juifs le piemter baron chrétien.

Kien de plus aristocratique que l'origine de cette institution qui se perd dans les ténèbres de l'antiquité féodale.

Au moyen âge, les douze pairs du royaume étaient ies seigneurs héréditaires et suzerains des principaux fiefs; il y avait des pairs laïques et des pairs ecclésiastiques , tous grands vassaux des rois, et investis , dans leurs domaines , du droit de rendre la justice en leur propre nom.

Le roi était au-dessus d'eux ; ils lui rendaient homniage et étaient réciproquement entre eux dans luie situation d'égalité parfaite : de là ce nom de pairs ^ pas es.

Chacun d'eux n'était justiciable que de ses collègues. Lorsque le roi Jean d'Angleterre, vassal du m de

.5186 McnoNNâm nhêoeBànom.

France pour le duché de Normandie, fit maaaacrer ses neveux, il fut cité à com]Nindlre devant lea pairs du royaume et condamné , par omtumace , a la oonfiacation de ton apanage.

C'est sur l'esprit de cette institution mal défiuaie que fut plus tard réglée Torganisation des Juchés^ptaria héréditaires, qui ouvraient k certaines fanûlles l'entrée du parlement et du conseil des roia*

La pairie suppose donc, non-senkroent rinégalité des castes, mais encore Texislence d'une classe privilégiée, au milieu des privilégiés de la ncAIesse*

C'est cette double et raonstrueose inéfpdilé que la Restauration reconstitua en 1814.

Dépouillée après 1830 de son hérédité féodale, Ja chambre des pairs subaista comme une protestation permanente contre le principe électif de la souveraineté nationale»

Il ne saurait exister logiquement deux aaaemUées législatives t sons l'ancien régime il n'y eut jamais deox parlements, ni deux sortes d'Etats généraux.

Cette anomalie fut créée par la constitution de Tan III et contribua à la chute de la République.

La pairie de juillet fut formée des débris de celle de 1815 , composée des vieux sénateurs de l'Empire, recrutés eux-^mémes parmi les membres les {dus dociles du conseil des Anciens qui avait partagé l'autorité législative avec le conseil des Cinq-Cents»

Les institutions vicieuses font les pouvoirs mépriiables. Observons que les Anciens vendirent la Reputdique au despotisme, que le sénat fut la plus hanteu*

lemeotteiTiledeflasseniblëes, que la pairie héréditaire qui en, est issue fat bassement réactionDaire, et que la pairie ëlectiye de 1830» asile des derniers renëfgats de tous les régimes , encourut tous les genres de décon« sidëratioià et perdit toute initiative politique*

Tour à tour assemblée politique et cour prévAtale, sorte de chauTe-souris administrative, elle participait à la fois de Tantmité législative et du pouvoir exécutifi situation anormale et presque monstrueuse.

La compoâtion de cette chambre donnait un speo** tacle étrange et scandaleux d'immoralité politique. Son préàdent , qui avait trahi deux fois l'Empii-e et la Restauration , siégeait au milieu des juges , des défenseurs et des compagnons du maréchal Ney ; les terro» ristes de 03 y coudoyaient ceux de 1816, et les proscrits de la Restauration y donnaient la main k ceux qui avaient élevé pour eux des échafauds et creusé des cachots.

Jamais l'athéisme politique et la bassesse individuelle n'ont si bien parodié la charité chrétienne.

la prodigieuse élasticité du mot indique que les hommes ne possèdent que des notions assez confuses de la chose.

Tribonien définit la justice t « volonté ferme et persévérante d'accorder à chacun ce qui lui est dû. »

L'Académie française : « vertu morale qui fait que l'on rend à chacun ce qui lui appartient »

288 DICTIONNAIBB DinOCftATIQUB,

GoUamith est Tauteur de cette défiuition. Suivant Hobbes, k justice , c^t l'observation des lois. Il suppose apparemment que toutes les lois sont justes. Diderot ajoute à ces termes : — « des lois divines et humaines ; celles-ci sont cq>^ndant en contradiction fréquente avec celles-là. Suivant La Bruyère, la justice est a la confwmilc à une souveraine raison; » d'après Montesquieu , c'est « un rapport de convenance entre deux choses : » voilà qui est bien obscur. Saint-Lam< bert trouve que c'est « une disposition à se conduire envers les autres comme nous voudrions qu'ils le fissent envers nous. » On risquerait d'en conclure que cette maxime assez large : « Passe-moi la rhubarbe, je te passerai le séné^ » est fondée sur la justice.

Yauvenargues est plus net, en définissant la justice : « équité pratique* >» Pratique de l'équité serait -fias fort ; mais il resterait à définir l'équité.

tt La justice est la bienfaisance des rob, » disait l'abbé Maury. C'est un fort joU madrigal qui implique l'infaillibilité des rois et les égale à Dieu.

Suivant le point de vue où l'on se place, la justice signifie le bon droit, la raison, la récompense, le châtiment, le sentiment inné de la vérité; ce mot désigne * aussi la magistrature considérée dans son ensemble, et même la maréchaussée et les agents de la police : -^ on a mis la justice aux trousses des coupables.

Quand un peuple est privé de la faculté d'exercer ses droits, le moi justice décrient une parodie et une imposture : il consacre la légalité de la volonté individuelle tyrannisant par la force.

Une ^fàreiUejusiicê se signale par l'arbitraire et Top* pression.

Comme notre langue s'est formée sous le régime de l'absolutisme et du bon plaisir, l'action de rendre à chacun ce qui lui est dâ n'a été symbolisée par aucun mot : le verbe justicier^ qui devrait signifier rendre la jasdce , n'a d'autre sens que celui de châtier et de supplicier. — • Faire justice est encore une locution qui retrace notre ancienne servitude : on nejait pas la justice, on la rend, on l'applique ; la loi réprime ou punit, elle ne/aii justice de personne.

Jadis, quand un monarque était grand planteur de gibets, on le surnommait indifféremment /«/Wlùrûr ou le cruel.

Ces ternies démontrent que les principes de la justice ont été longtemps méconnus et fioles. L'histoire des mots contient l'histoire des mœurs.

Un sopbbme investi d'une force de loi sanctionnait cette transgression des drmts de l'humanité : sous la monarchie, le droit public était étayé sur ce principe : *^ Toute justice émane du roi.

Conséquence normale du dogme de la légitimité : le souyerain ne peut faillir, car il est l'élu et le représentant de Dieu.

En proclamant la souveraineté du peuple, la Révo* lution lui restitua le droit de justice consacré par l'élection. Nous disons aujourd'hui : — Toute justice émane du peuple.

Quand on en sera venu à dire t ^ Toute justice émane de la raison et de la vérité «l'on aura rendu «\

290 DICTIONNAIRE DÉMOGRATIQITK.

Dieu , source de toute vérité et de toute raison, tout ce qui lui appartient ; la formule légale cessera de eonsaci*er l'athéisme, et la justice, solidement assise sur son piédestal philosophique , ne sera plus à la merci des passions et des intérêts privés.

En 1814, la charte octroyée i*estitua au souverain l'autocratie judiciaire , par l'article vivant : « Toute justice émane du roi ; elle s'administi'e en son nom par des juges qu'iY nomme et qu'il institue, u

Ici, les fautes de français sont peu de chose à c6té des solécismes contre le bon sens.

Que la royauté fat inconséquente de transgresser une si bonne charte, et que le peuple fut sage, en 18S0, de s'armer pour la maintenir et la sceller de son sang!

Donc, sous Louis-Philippe, toute justice émanait du roi, émané lui-même de la volonté populaire. Que les progrès des sociétés sont lents ! Il a fallu venir jusqu'en 1848 pour effacer les derniers vestiges du régime féodal.

umvB&sx^ra .

Au dernier siècle de l'ancien régime, TUniversîté était une institution moins puissante que bien des gens ne le supposent, plus libérale qu'on ne le croit^ et qui s'associait avec une réserve prudente au mouvement des idées et des doctrines littéraires > sans y mettre obstacle.

Cette ancienne et vénérable corporation , fille aînée

MCnOHltAllB DiUOClATIQim. t94

des roiS) profondément dévouée à la monarchie dont elle émanait, se montrait , dans son enseignement , la digne héritière du clergé à qui elle avait arraché le privilège de l'instruction. Toutefois, TUniversIté s'é« tait peu à peu faite innocemment philosophe, et elle acceptait avec grâce la portion évangélique des théo* ries libérales, celle qui n'atteint pas au principe des erreurs dynastiques. Ce libéralisme universitaire res* semblait fort â la charité chrétienne ; il n'en était pas pbs neuf, et la bonne Université ne s*en accommodait que mieux.

Instruite par l'exemple dn clergé, qui avait perdu son ascendant politique pour avoir voulu l'accrottre outre mesure, TUniversité, depuis que les souverains étaient devenus abaolas, avait soigneusement banni de ses leçons tout élément de discassioo politique, tout germe d'opposition. Ses coryphées, ses maîtres se contentaient de célébrer sous chaque roi, en latin, en grec, en français, en vers et en prose , dans les livres, dans les discout^s, dans les préfaces, les dédicaces, les exordes et les péroraisons oratoires, de célébrer, dis-je, lé plus grand roi de H univers^ de le comparer au soleil, à toutes les planètes et aux plus bienfaisantes divinités del'Olyrape.

Yoilà donc une excellente institution monarchique.

Si excellente que, sous peine de cesser d'être la Ré«* volution, la Révolution française dut la supprimer et y substituer un régime d'éducation propre à inculquer à la jeunesse la théorie des droits ainsi que des devoirs politiques et sociaux. Il fallait former des citoyens, les

392 MGTIONNAIBB DillOGBATiQITI.

diriger vers les sciences et les arts d'une atilité pratique, enfin les élever à Tintelligent amour de la liberté, afin qu'ils fussent à même de la défendre et de la conserver.

Les écoles centrales , trop oubliées ; furent un pi'emier essai de ce plan d'éducation ; des programmes nombreux furent tracés, des améliorations poursuivies avec sollicitude ; et il est permis de supposer que si la Révolution n'eut pas été confisquée, la France se ti-ouverait dès longtemps pourvue d'un système d'éducation nationale.

Survint Napoléon, à qui il ne convenait pas mieux qu'à Louis XIY de laisser un champ libre à la pensée. Il avait besoin , pour consolider sa domination , qu'on lui élevât des sujets au lieu de lui opposer des citoyens. On connaît sa répulsion contre ces libres penseurs, 'dévoués à l'enseignement libéral, et qu'il traitait si amèrement de bavards et d'idéologues»

Il songea don^c à substituer à un élément de progressive indépendance, un principe d'immobilité, d'inertie, et associant le dogme religieux avec la rhétorique clas* sique, il ressuscita TUniversité.

Cette combinaison , qui a supprimé l'éducation po^ litique , avait pour conséquence de placer le pays dans l'alternative du despotisme ou de l'anarchiç. Aussi la Restauration conserva-t-elle avec un pieux scrupule l'œuvra de Napoléon , étayée sur l'enthousiaste interprétation de ce dogme concis : Reconnaître Dieu et adorer l'Empereur.

La débonnaire Université passa du dithyrambe im«

McnoNiuiu nÉMOdumomi. M3

pénal au fétichisme royaliste avec la plus intrépide servilité.

Lorsqu'à son tour Louis-Philippe devint ie phi grand roi de ^univers , l'Université ressentit quelque inquiétude de l'ascendant que prenaient les idées démocratiques f sous l'impulsion des kttres contemporaines.

ESUe ne se méprit pas sur la situation, car Louis» Philippe lui parut toujours trop peu de chose pour qu'elle daignât le flatter; elle se replaça donc sous Tégide de Voltaire, et à l'aide d'une lutte factice contre le clergé, qui eut la candeur de battre en brèche le plus ferme rempart élevé contre Ja propagation des idées libérales et de l'indépendance littéraire, l'Université s'entoura d'un certain prestige anti-ultranuMitain, qui eût fait sa gloii*e du temps de Pascal et d'Arnaud.

Grâce à cette situation favorable, la corporation étendit scm pouvoir, resserra ses forces , concentra son monopole, et se substituant à la littérature contemporaine, absorba le privilège exclusif des ouvrages d'é« ducation, des encouragements, des récompenses littéraires , ainsi que des emplois précédeniment dévolus aux gens de lettres désormais annihilés.

Plus envahissante, plus souveraine, plus absolue qu'elle^ne le fut januiis sous l'ancien régime, l'Université règne dans les académies, professç dans les grands journaux ci-devant officiels, monopolise dans le commerce des livres, épuise les crédits consacrés aux pensions littéraires, dévore les traitements bureaucratiques du ministère dont elle ressort, et étend Tempire

291 0tcrfO!f!tidftB biiKMniktiQiA.

de son privilège jusqu'à radminislntioii des biUiiw tbèques publiques.

Que Ton ne se méprenne pas sur notre bat et sur l*inteniîon qui nous anime. Destinée à être transCiN^mée par la démocratie , l'Université doit être conservée ! rÉtat , investi d'une autorité morale et d'une initiative politique, est en droit de diriger l'éducation, de présider à l'instruction , et dé préposer une corporation savante à l'unité de l'enseignement.

Rien de plus déraisonnable , à mon gré, que cette utopie de la liberté d'enseignement , gui prétend conférer aux premiers venus ta faculté d'ouvrir des écoles pour y enseigner c» qu'il leur plait.

" Ainsi livrée à la merci des partis et de doctrines plus ou moins saineS| plus ou moins moralea, l'éducation laisserait la famille sans garanties et contiendrait un gerfne de division et d'anarchie. Point de cette liberté qui ressemble à la licence, et qui prépar^ait, par le désordre et les dissidences d'opinions , la perte des libertés publiques.

L'État doit à tous les citoyens appelés à des droits, à des devoirs communs , une certaine éducation, commune , appropriée à l'esprit de nos institutions. Tant qu*il n'aura pas pourvu à cette nécessité, la société, qui ne saurait impunément rester sans direction morale , continuera de flotter à la merci des révolutions.

De l'opportunité de modifier en outre l'instruction secondaire, résulte, à notre avis, une double utilité de régénérer et de consolider le corps universitaire*

Mais il serait temps , et c'est par là qu'il font eon»*

UCnoiOfAlftS DinOCiATfQI». Wk

mencer, de mettre un terme à Toppresûoii vraiment despotique qu'il exerce tur les lettres contemporaioes^ ostracisme des plus funestes aox progrès de l'esprit public.

Il est du devoir de la littérature de concourir à Tcett» ▼re de l'Université, de lui fournir des matériaux, et c'est ainsi que les choses se passaient jadis; mais, d^ois aucun cas, la littérature ne saurait être personnifiée et monoj^lisée par l'Université seule.

C'est à propos d'un si funeste abus que nous nous proposons de dire quelques mots.

Qu'était-ce que TUniversité sous le dernier règne? Une douane prohibitive de toute littérature contem* poraîne* La direction générale de cette doiiane se nommait le ministère de l'instruction publique.

Grâce à la rigueur d'un monopole qui se resserre chaque jour^ l'Université, non contente de présider à l'enseignement , s'est approprié la production exclusive des ouvrages de littérature didactique.

Peu de professeurs justifient de la vocation, de l'invention, de la féccmdité indispensables à la carrière des lettres. Confier au corps enseignant le privilège exclusif des ouvrages classiques, c'est agir de même que si l'on chargeait les professeurs en droit, des tra* vaux législatifs, ou les experts en peinture de reroplft* cer les peintres.

Gomme cette 'prérogative de la compagnie universi^* taire feumit matière à une spéculation productive^ ceux qui en ont le bénéfice l'exploitent avec ardeur; et tandis que nos écrivains sont soigneusement éloi*

296 DICTIOXNAIRB DÉliOCIlATiQUE.

gnés des écoles, les répétiteurs, les maîtres, les licenciés de l'Université, et jusqu'aux directeurs de pensions qualifiés de marchands de soupe^ se font des reTenus scandaleux en imposant Tadôption des pitoyables compilations qu'ik publient.

De là une cause de dégoût pour l'élève, et de £sdblesse pour les études en général.

Depuis quelques années, la philologie française a apporté de nouveaux matériaux, des connaissances' nouvelles et des méthodes plus parfaites à l'enseignement de notre langue : qui sera chargé de rédiger des grammaires et des traités linguistiques? Les philologues?

Non pas. Ce seront des professeurs de latin, et même d'anciens libraires affiliés au docte corps. Telle était, si je ne me trompe, la situation de M. Ghapsal*

Alors, dira*t-on , ces messieurs vont mettre à profit les progrès de la philologie, appliquer les méthodes et abréger les travaux des maîtres contemporains.

Point du tout ; ces derniers justement indignés crieraient -^ au voleur, et la loi ne laisse pas écorcher les vivants.

Nos fabricants brevetés sont donc contraints de faire des grammaires nouyelles avec Restant , Wailly, Duvivier et le père Buffier.

Une pareille besogne peut rapporter trente mille li« vres de rente à un mortel qui ne sait pas écrira et qui ne sait pas la grammaire. -— Pemandez plutôt aux héritiers du sieur Noël qui , sans dépenser une idée , a dévoré la substance de deux cents littérateurs...

D1CTIO.N5AIU DÊXOaUTIOUK. 297

Notre époque a vu briller ooe pléiade d'historiens admirables ; des doctrines ties-fortes, écayées de Félude des monuments inédits et des documents épars dans les cartulaires et les ardûres^ ont régénéré Tétude de l'histoire nationale.

De là l'opportunité, de créer, à l'usage des écoles, de nouveaux précis historiques. Sans doute le conseil des études , s'adressant à quelqu'un de nos grands historiens, lut aura dit : — Yous avez consumé vos veilles et cousacré votre génie à doter b patrie d'un très-beau hvre : yeuillex nous donner un abrégé, que vous êtes seul capaUe de rendre neuf et attachant*

Eh bien, non : cet écrivain, on le laisse de côté, comme non avenu, s'il ne tient pas à l'Université ; et il se rencontre un compilateur illettré qui, ne pouvant s'approprier les travaux contemporains, découpe un vieux volume de Mézerai ou d'Anquetil , et fait adop* ter, ou au besoin adopte lui-même , cet insipide et mécanique abrégé.

L'ouvrage est imposé à tous les lycées , les écoliers le déchirent annuellement , et le monopole réalise, au profit d'un âne chargé de palmes, une rente supérieure au capital que les vrais historiens ont tiré de leurs labeurs.

Préposé au maintien de cet ostracisme odieux du talent et de l'art , le ministère de l'instruction publique a été jusqu'ici l'instrument de la ruine des gens de lettres et l'ennemi régulier du mouvement intellectuel.

Un conseil est spécialement chargé de désigner les

298 DIGTIONNAlltB DÉMOCilATIQUB.

ouvrages admis à participer à la répartition des fonds prétendus littéraires; cet aréopage est exclusiTcment composé de membres de TUniversité, qui veillent soigneusement sur la contrebande des idées.

Mais, objectera-t-on, pourquoi les littérateurs ne subissent-ils pas les conditions d'examen et de concours qui livrent l'accès de la corporation universitaire?

Parce que renseignement est une profesnon à laquelle on peut se destiner dès le jeune âge et de parti délibéré, tandis que le talent littéraire, le génie de l'écrivais sont des vocations longtemps incertaines qui se révèlent à la longue, ou se manifestent fortuitement* Nul ne peut affirmer, à l'âge on l'on est sur les bancs dès écoles , qu'il deviendra grand historien, grand philologue, philosophe profond on critique éminent.

Voilà pourquoi la haute littérature ne sauvait con« stituer une profession , et c'est la iréduire à ce terme que de livrer le monopole d'un certain genre d'ouvrages à une corporation. Les corporations n'ont pas de génie ; le génie est individuel , il se révèle par ses couvres , qui seules ont droit à être rémunérées.

Un des caractères du talent supérieur, c'est l'indépendance. Ce mobile éloigne des bancs des écoles spéciales nombre d'écrivains qui, d^ailleurs, risqueraient d'y perdre leur accent et leur originalité*

Ajoutons que les écoles spéciales > excellentes pour discipliner le goût et insUuire des professeurs, ne sont nullement propres à créer des artistes et des producteurs. Elles substituent à la libre et puissante impulsion de la natare les errements d'une doctrine eom-

mune, m>us le joug de laqueUe dotTent se conilier

toutes les imaginations, tous les esprits, nivela et taillés sar un patron nnifonne. Llnstruction uuÎTersitaire enseigne ce qu'il est bon d'éviter ; elle ne saurait indiquer ce qu'il faut faire « parce que chacun est appelé par son naturel à faire une chose différente de celle qui convient à son voisin.

Cette éducation spéciale , apf^quée aux arts libé^ raux , élève les faibles jusqu'à la faculté d'imiter avec adresse, l^alement contraire à l'ineptie des esprits dé<biles, et à l'élan des génies audacieux , elle rapproche ces extrêmes et les unit dans une hannonieuse et estimable médiocrité.

le ne saurais trop le redire ; il n'y a pas de recettes poar devenir un grand artiste , et cette vocation ne peut être insufflée , comme se transmet , par l'appren* tissage , la pratique d'un métier.

Bans la répartition des munificences de l'Etat, que doit obtenir le talent littéraire? Tout.

Quels furent jusqu'ici ses droits reconnus? Ua ont été nuls. Qae reçoit-il légitimement? Rien,

L'administration de la guerre possède des ibnds con* sacrés aux ouvrages relatifs à l'art militaire ; la manne en a pour d'autres écrits spéciaux ; l'intérieur en a pour la sculpture , pour la peinture , pour l'iconographie, et même pour les livres illustrés de gravures : la littérature d'invention , d'imagination ou d'érudition est seule déshéritée.

Il y a plus : un ministère spécial , celui de l'instruc* tion publique, organe exclusif de l'Université, est

300 mçnovnJMM démockatmiub.

prépoié au noaintien de rostracisme dont les belleslettres sont l'objet.

Telle est la eonsëquence de Tesprit de corps admis k devenir tyrannique, sous le règne de Louis-Pbilippe qui bonora d'une constante aversion le mouvement littéraire et l'indépendance de la pensée.

De là cette perplexité funeste , qui a contraint noti^ littérature à se démoraliser pour vivre ^ et à cbercber des tréteaux, bannie qu'elle était de toutes les branches de l'éducation publique.

Un tel état va-t-il cesser? Il suffirait , pour y mettre fin y que les lettres utiles ne fussent plus à la merci de l'Université. Laissons à ce corps éminent les fonctions du professorat et de la direction des études ; mais que la mission de juger les ouvrages de littérature et de les désigner aux faveurs du gouvernement soit soustraite à l'influence d'une coterie intéressée à procéder par exclusion.

La modicité du fonds littéraire a été jusqu'ici dérisoire : avec les sommes dont on rétribuait un musicien écrivant une messe ou une cantate de cii'constance, un peintre étendant des couletu's sur un. plafond ou le long d'une frise , on aurait servi le génie de dix écrivains et fait naître une foule d'ouvrages utiles à l'éducation des citoyens , à leurs plas nobles plaisirs , à la gloire de l'art , aux progrès du goût, de l'instruction publique et de la morale.

Sans cette inepte et sourde proscription , que de gens de lettres , réduits à opter entre la popularité vulgaire et l'estime publique , entre la sjpéculation et la dignité

BKTHHCTIAttB ȃHOCftATHH?B. 101

littéraire , flenûent grands k cette heure au lieu de n'être que fameux! Us euaaeut aapiré à la gloire ; ils sont réduits à escompter la Togne.

Si la littérature est un art utile et honorable , qu'il soit honoré et mis à profit; décrétez U liberté du premier des arts libéraux en l'arrachant à la tyrannie uni- Tersitaire , tyranqie si bien cimentée au profit de la médiocrité , qu'elle atteint les membres mêmes de la corporation y s'ils s'élèvent par leurs conceptions au* dessus du vulgaire.

Si un compilateur fabrique un insignifiant abrégé ^ son livre est formellement imposé aux études. Qu'il s'agisse d'un ouvrage un peu plus littéraire et d'un genre plus relevé , l'œuvre sera seulement indiquée sur la liste de celles qu'il est permis de donner aux élèves. Enfin , que la production présentée fasse du professeur un littérateur éminent et rende son nom glorieux , l'Dniversité rejettera le littérateur.

Cependant, en dehors des rudiments et àeg précis didactiques , il faut des livres de littérature i l'Université accepte ceux que le temps a consacrés et dont les auteurs ont été canonisés après leur mort On réimprime <lonc à profusion^ en faveur de la jeunesse, des OEuiTês choisies de nos anciens écrivains : Corneille , Racine , Boileau, Bossuet, Marmontel, Fénelon, La Fon« ^iûe,etc...

II en résulte que la portion des fonds consacrés à vencouragement des lettres, qui échappe à la rapacité ^niyerritaire, tombe dans la poche des libraires, en-

^02 DlGnÔ!f!rATRB DÉMOGHATIQVB.

çliant^s àe publier, sans rien payer aux auteurs, des livres dont le dëbit est assuré d'avance.

C'est ainsi que, dans la haute littérature proprement dite, il n'y a que les inôrts qui gagnent de quoi vivre.

Grâce à cette intelligente organisation , la librait-ie privilégiée des morts affame la librairie des vivants ; et tandis que les chi(ronniei*s des cimetières de la littérature s'engraissent aux dépens de l'art contemporain, les gens de letti^es , s'ils s'abstenaient de la ressource des petits métiers , courraient le risque de mourir de faim.

Ne serait-il pas juste que les contemporains fussent dégagés de cette redoutable concurrence de la littérature ancienne , qui les place dans une ruineuse condition d'inégalité , et qu'ils héritassent de leurs aïeux, dont la succession se trouve entièrement dévolue à la librairie !

On réussirait à concilier les intérêts de tous, en frappant la reproduction des ouvrages tombés dans le domaine public , d'un droit d'auteur , dont le produit grossirait la caisse destinée aux encouragements et aux commandes littéraires.

Si les libraires qui ont réalisé de grandes fortunes, en réimprimant gratuitement par douzaines, des éditions de Boileau , de Racine , de Voltaire , de Fénelon , avaient été astreints à verser dans le fonds social de la littérature, la moitié, le tiers même des sommes qu'un éditeur de nouveautés est contraint d'allouer à un au^ ievLV vivant , la Mbrairie classique serait foit rkbe en-

OfOnOMNAiBB AÉMOCiATlQI»* M9

core, les écrmias contemporains aéraient plus à leur aise y et le goavernement posséderait d'inépuisables ressources pour récompenser ou secourir le talent et riufortuoe.

Il n'est pas juste qu'un éditeur classique ait la fa« culte de disposer gratuitement des œuvres de Corneille^ de La Fontaine et de les vendre pour son compte à Tingt ou trente mille exeinplaii-es, tandis que sou voisin est obligé de payer chèrement le droit d'imprimer ou de réimpi*imer à petit nombre le livre d'un contemporain.

Cet abus n'a pas médiocrement coutribué à là ruine de nos auteurs et de leurs éditeurs»

Stipulez un droit proportionnel au chiffre de tirage des reproductions d'anciens livres : les grands écrivains se râmprimeront toujours , mais ils cesseront de faire» par Texcès du bon marché, une aussi cruelle concurrence à la littérature vivante.

he revenu perçu de la sorte au profit des lettres devra, èspft, soustrait à la répartition exclusive de l'Université. Cette corporation ne saurait être l'ai^bitre de| destinées d^ la littérature française» parce qu'elle ne b représente pas» parce qu'elle lui est naturellement hostile, parce que cet abus d'une juridiction exercée sous l'inAucnce des intérêts , fait dégénérer l'esprit de corps en un sentiment d'^o'ûte coterie.

Suivant qne le gouvernement jugera à propos de considérer la littérature comme art ou comme élément de l'éducation » il devra organiser pour elle une direction » soit' au ministère de l'intérieur, soit à celui de

3d4 MCnONNAIlB BiMOClATKII».

Vinstruction publique. Peut-être métne un double bu* reau serait-il opportun.

Au point où la question a été laissée jusqu'id , il ne s'agit encore que de constater Texistence de la littérature française , officiellement , par des institutions administratives qui lui soient particulières et profitables.

Loin de concourir à ce but , rUniyersité , fort en arrière de nos institutions , même sous le dernier règne y l'Université met encore à cette heure obstacle à l'existence des gens de lettres et à la marche de la pensée : elle soumet par l'éducation la jeunesse française aux doctrines des siècles passés. Elle a fondé son empire sur la nc^tton de l'art contemporain , et elle tient ses écoles en arrière d'un demisiècle sur le mouvement général des idées.

Rendre aux lettres actives , libres et militantes leur faculté d'initiative, c'est leur imposer des devoirs nouveaux et les rappeler à la dignité d'une haute mission.

La grandeur de la République est intéressée à la régénération et à l'affranchissement des producteurs intellectuels.

Il lui appartient d'abattre le monopole et d'appeler à l'égalité des droits, les gens de lettres qui ont préparé la conquête de la liberté. Nous ne voulons rien pour eux; non , qu'une corporation ne succède pmnt à une coterie ; mais nous demandons tout pour la littérature française, l'une des plus anciennes et la plus populaire des gloires de la patrie.

MCnONlUltl DÉMOfliflQIW. M5

L'UniTersité a des débitants privilégiés » oommis à l'exploitation de son monopole littéraire; les libraires classiques , tant l'union commerciale est bien constituée, réalisent des fortunes, tandis que leurs confrères de la librairie de notweauiéf partageant le destin de leurs ouvriers littéraires, se ruinent sans que les auteurs en vaillent mieux.

De plus, un écrivain étranger à la corporation, et assez favorisé des astres pour séduire un libraire associé aux bénéfices universitaires , n'y participera pas.

— Monsieur, dira-t-il à son éditeur, mon livre vous a paru utile aux études, conforme aux saines doctrines,, et vous l'avez publié. Votre influence le protégera sans doute et le fera admettre aux bienfaits du gouvernement?

— Monsieur, répondra le libraire , votre livre me parait excellent ; mais, comme vous ne faites point partie de l'Université, le conseil des études ne l'imposera point aux écoles. Tout ce que mon crédit vous vau« dnût, c'est une souscription bénévole de cinquante à deux cents exemplaires. Mais j'ai là une Grammaire d'un professeur , un Dictionnaire classique , un nout^eau Kacine , un nouveau Fénelon pour lesquels on souscrira à trente mille, à vingt ii^iille, I dix mille. Trouvez bon que je ménage mon influence, et la réserve pottt* des affaires si importantes. Votre livre , *ponr le

306 DionoiiicAna démocbathh».

débit duquel je n'ai compté que sur le public bénévole, a été tiré à mille eiemplaires, plus le 13/12 et les mains de passe t si nous en vendons huit cents, les frais seront couverts et vous aurez encore un petit profit.

Ce raisonnement est sans réplique, et même tous rrstez l'obligé d'un éditeur classique qui a offert à votre talent l'appui de son nom et de sa clientèle. Si vous eussiez imprimé à vos frais , vous auriez vendu , terme moyen , soixante exemplaires , et votre oeuvre fût demeurée trop inconnue pour acquérir la chance d'être pillée après votre mort.

Observez que je n'implique pas dans la cause les auteurs jouissant du bénéfice d'un très -grand nom, illustré souvent par des travaux extra-littéraires et purement politiques, ni les ouvrages dont le succès est fondé sur un intérêt de circonstance , ou sur l'éventualité d'une passion en effervescence.

Mais quoi ! même avec l'appui d'un éditeur en renom, vous n'oseriez rêver qu'un débit d'un millier d'exemplaires?...

Il est vrai ; mais cette disgrâce a d'autres causes d'une nature toute particulière.

VB0DAUTB

Elle est exercée par deux puissances : l'une , 0xira; l'autre, /mii-littéraire. Le privilège universitaire a orffanisé la première ; l'ai^gent aérigé la seconde» en con-

DICTIONIIABI DàMOCftATIQCB. 9^

férant aux indiutriels du journalisme le monopole exclusif de la publicité salariée.

De U ces deux suierainetés contre lesquelles s'épuisent les efForCs des libraires et des auteurs.

Investie du droit de désigner à la faveur, à l'estime publique les ouvrages destinés à se rattacher par quelque spécialité à Tune des branches de rinstruc» tion, et cette catégorie est fort nombreuse, l*Uni-> versité guide le choix des consommateurs. Elle ne préconise guère, nous l'avons dit, que les œuvres émanées de son propre sein , et non contente de la publication officielle de ses arrêts, elle les répand encore dans un journal spécial, rédigé sous sa direction, et chargé de faire valoir les OBUvres admises , au détriment des autres que parfois l'on se contente de passer sous silence.

Obtenir une mention dans cette boutique privilégiée est une rare faveur ; s'y faire rendre pleine justice^ c'est un phénomène.

Par cela même que le corps enseignant , dont les arrêts ont une valeur officielle , est investi de la mission d'éclaurer le public et de le diriger dans ses acquisitions , il possède implicitement la faculté de déprécier par le silence , par la critique ou par le refus d'admis^ sion , les ouvrages qull exclut de ses sympathies.

Cette fonction de juge-arbitre et partie ( l'Université fait et débite des livres) , exercée sans le libre consen*^ tement de ceux qu'elle atteint $ se réduit à ce feût s -^ le droit conféré À des marchands de discréditer la mar*

30ft UKTIONNAIRB DiliOGlATlQUS*

chaodise de Icars confrères. Abas contraire à toutes les habitudes de la jurisprudence commerciale.

La seconde des puissances féodales qui oppriment la littérature , c'est le journalisme , qui a concentré entre les mains des spéculateurs l'agence de la publicité frappée d'un impôt formidable , prélevé par le capital sur le talent. Quatre gros directeurs de journaux achalandés réunis ont un pouvoir despotique supérieur à celui du gouvernement» le pouvoir de supprimer le débit d'un ouvrage.

Devenue spéculation commerciale, l'annonce, vendue à des courtiers, assimile les œuvres des gens de lettres à des marchandises ; les auteurs dont la plume alimente les feuilles publiques sont privés du droit d'y faire connaître leurs écrits.

Un livre sans annonces reste inconnu du public. Pour vendre un millier d'exemplaires d'un livre utile au pays y il faut payer environ pour six cents francs d'annonces à un industriel. C'est la moitié du bénéfice de l'auteur et du libraire. La progression du prix de la publicité croit avec le chiffre du tirage , parce que , pour arriver à débiter deux à trois mille volumes , il est nécessaire de recourir à une publicité triple et quadruple de celle qui suffit pour le premier mille.

La vente de trente mille exemplaires exige , en terme moyen , dix mille francs de frais d'annonces.

Depuis que les choses sont établies de la sorte, le public sait que Tannonce et la réclame salariées ne donnent aucune appréciation sincère. Or, avant que d'acheter un ouvrage, on a besoin d'être fixé sur ^a valeur.

PlcnomUMB BÉHOCaAIIQCB. 309

Telle était aatidob ratOité^ la critique : PaBBonce a tué la critique.

En effet , quand on directenr de journal confie a nn ëcrÎTain la tâche d'apprécier on Uvie, il adrient de deux choses l'une :

Ou le jugement de Faristarque est ^vorahle, et alors le courtier d'annonces se plaint d'une coocnncnce préjudiciable à son commerce ;

Ou bien le critique est sérère , et dans ce cas Tédileur qui a payé pour être loué au moyen des annonces et des réclames , s'indigne que Ton discrédite une mar<chandise qu'il a fait accréditer à si haut prix , et il menace , en cas de récidive , de supprimer au courtier les annonces de sa maison.

Par ce double motif , ledit courtier stipule , en con* tractant^ la suppression de la critique , ou bien il en réduit la puissance et en soumet l'esprit à ses intéiêts de commerçant.

Dans de pareilles conjonctures , le libraire n'ose imprimer l'ouvrage des écnyains jeunes et peu en renom, quelque génie qu'il découvre en eux» parce qu'il est privé des moyens de iaire connaître leur mérite au public.

S'il se hasarde à imprimer, il tire à petit nombre, de peur de se voir exposé à risquer en frais d'annonces des sommes considérables ; car l'annonce est peu productive , parce qu'elle est aussi peu significative que la réclame est méprisable.

La plupart des livres se vendent ù raison de la bizavlerie du titre ou de l^v célébrité de l'auteur; le mobile

340 MGflONKAIM DÉHOaRÂTIQUI.

de la wenie eit dene sait un pr jja((4 , ioit k eap»ie« ou la curiosité. D*où il suit que l'homine haaafdeax qui cède à la ftmtairie d'adieter ttc UBe aicaytian fiarmi la feulé.

De là, pour un libraire, la nécessité da tirages à petit AombM, qui , eoâtaqt aussi char da conni^sitioB que les livres reproduits à treata mille, vapporlant proportionnellement un bien RM^adre bénëfiee.

Telia est la double, injuste et pesante féodalité qui enchaîna la littératape , épuisa la eammerea daa U^res, et réduit las auteurs k la stérila et éphémèra improvisation du feuilletoR des }a«imaui.

flomme , en ce momaat , la pcdi^ue tend à «nvahir les feuilles publiques et à en bannir les écrite da fcntaisie , les livres redeviand^nt l^uniqua rassouroe du eorps littéraire t le maintien ou le changement de ces conditions contient une question de via eu de mort pour la littérature nationale*

Est -il besoin d^ajouter que cette situation, funeste pour les lettres, funeste pour le public qu'elle prive de toute initiation aux travaux intellectuels, neutralise les bienfaits de la liberté d^écrire et de répandre la pensée ?

Faut -il appuyer la légitimité d'une protestation contre un état de choses si contraire aux prlneipes de la démocratie?

Parmi les diverses classes de travailleurs , il n'en est pas une dont les droits soient aussi complètement méconnus et qui soit asservie d'une manière aussi inique & la double pression du monopole et de l'argent.

La littérature cependant est mieux qu'un métier,

c'est un objet d'iitilitë publique i c'est un det élimenXê (la progrès social st de la gloire d'un État,

L'arracher aux griffes de la spéculation , la relever de sa décadence , la rendra à l'éclat de ses destinées » la moraliser par la liberté | la populariser» la tirer de cette affreuse altet^nalive de la misère ott de la servi» tude^ la constitiler l'orgdne de ropioién» aii lieu de k laisser I comme un instrbinent d'intrigue et de spéeu" lation I sous le joug des esploiteurs » substituer à la pratique inesquine d'un stérile âiétier la culture d'un art indépendant et noble « telle doit itre l'œuvre du gouvernement de la République*

Nous avons signalé le mal| noul en avons retracé lel pnucipes et les effeu. Que l'on cesse de transiger avec les errements routiniers des ibstitutions moUarohi» quest l'application êimple et loyale des doctrines de la saine libei1;é fournit ici des remèdes assurés» et ces remèdes rendront la ti6 à k littérature françaisSé

Le communisme est le téjsttltât d'une intei'pi'élatioii faussé et exagérée du pfiildpê de l'association i Fondées sut ranéantisseriiént des droits individuels et sur là confiscation de la liberté, les théories des communistes impliquent le bouleversement de Toidre social t c'est pourquoi leurs adêpteë se voient réduits à exploiter Vanarchie.

Ces doctrines dht i*âllié i'écemment l^s démagogues,

349 DICnONNAIBB DÉlfOCRATIQITE/

les terroristes , en un mot , les ennemis acharnes de la démocratie. En acceptant la solidarité des excès de la république rouge, en faisant appel à la révolte, au pillage , les chefs du communisme ont prouvé qu'ils ne sont pas réellement des socialistes : le socialisme véritable est pacifique et organisateur ; il ne s'arme jamais du poignard ni de la torche. En simulant une alliance intime avec la démocratie qu'ils détestent, les communistes l'ont rendue suspecte aux esprits timorés , et sont par là devenus les plus puissants auxiUaires de tous les partis dynastiques. Il est certain que , si l'établissement de la République impliquait la destruction de la propriété , de la famille et de toute hiérarchie , c'est-à-dire le triomphe insensé du communisme, la monarchie serait une planche de salut et une nécessité.

La solidarité du communisme est d'autant plus dangereuse pour les démocrates avancés^ qu'elle les met en contradiction avec les idées libérales , et justifie les menées des réactions monarchiques qui, affectant de confondre la République avec le communisme, s'attachent à perdre la République pour sauver la liberté. L'ignorance et la crainte groupent beaucoup d'honnêtes gens autour d'un pareil sophisme.

Nous sommes forcés de reconnaître en cette occasion que la peur est mauvaise conseillère. Enumérez les chefs des sectes communistes , vous démêlerez cinq à six pauvres diables gonflés d'envie, gorgés d'ambition, qui ne s'accordent pas entre eux et se comprennent difficilement eux-mêmes.

Esl-il nécessaire de remonter très-haut pour saisir h

Mcnoicuiu viaotMkTÈQ/L'z. 313

leur ori^ne les idées qui ont serri de base au comiuiinisme ? Qaelqaes-ans de kors adeptes en éuyeni ks théories sur les jécSeg des apQirtSy comme si des règlements établis pow on petit groupe d*hommes iaveslis d'une mission particulière, pouvaient r^ir une société de plus de trente millions de citoyens placés dans des conditions toutes différentes.

Plusieurs critiques» épris de mysticisme historique, s'en vont chercher le communisme ches les anabaptistes y et même à la suite de Jean Huss et de Jéi-ome de Prague, disciples de Wîdef et chefs d'une secte qui ensanglanta la Bohême au quinzième siècle.

Je ne sais trop jusqu'à quel point les communistes actuels se sont préoccupés des doctrines de Jean Ziska, de Procope le Rasé et des Thaborites ; jusqu'à quel point il leur conyiendrait de se rattacher à l'illumi* nisme farouche de Thomas Munzer et aux souvenirs de cette lutte acharnée qui signala la lutte anti-sociale et anti-religieuse des Paysans.

Ces analogies dont la l'echerche abstraite fournit des points de vue bizarres et des ampli6cations originales aux historiens y sont purement fortuites , et il me paraîtrait aussi judicieux de faire remonter Torigine de la révolution française aux querelles sociales de Rome ou de la Phrygie , que de la rattacher aux Hussites , aux Lollards » aux Yaudois ou aux instigateurs de la Jacquerie.

Nos communistes, je le crois, ne se sont pas mis en si grands frais d'érudition : le germe de leurs théories très-élastiques ^ très-diverses , mais fondées sur la

au DtCtlONNAtAE béttOCSHA'nQtJfi.

doctrine dit nivellement, a été planté par Jean-Jacques RbuâseàU, développé par la Aévolation et ëiigé 6n système par Babeuf et ses adhérents^ dont le pro« gfâmtne a été singuliferement modifié depuis Tatétiement de Saint-Simon et de FouHer.

M La communauté (le communisme), écrit M. Êliâs Regnault, c'est l'égalité de fait; l'âéSdciatioti , c'est l'égalité de droit ; la communauté, c'est lé nivellement ; l'association, c'est là hiérarchie. Dans la côhimtiii&Uté, les intelligences sont courbées SoUs le joug uniforme d'une loi aveugle ; dans l'Association , les intelligences sont récompensées par lès encouragements d'une loi clairvoyante : la comUfiûttauté déprime tout le ttionde sans distinctioh de mérite ; l'assoeiatloU grandit chacun selon ses tieuvi-es. Enfin, la côhitnuuauté, c'est l'iihhiô'bilité, la stérilité, la décrépitude ^ui s'éndoH dans les traditions du passé.... Quel serait le but de la communauté , telle qu'on est obligé de rehtëndt'e, si l'on veut faire preuve de logique ? Nfe seràit^e pas de constituer utl seul intérêt (Collectif et d^ailéatitir tous les intérêts particuliers , de créer une pensée gcliéi*ale et d'étouffer la pensée 'individuelle?.;. Elle réduirait chacun à n'être qu'un zéro.

» Détruire la propriété en elle-même , fàit'e disparaître de la société l'idée de propriété, Voilà te qite nous déclarons impossible, à moins quW ne fasse dis-» paraître en même temps Vidée de Tindividualité humaine.

» Or, on aiira bilàU faite , il y atira toujours dàîis la société humaine deux choseé s la société et l'individu.

OiUtlU.^Altft llÉSOtftATIQtt. 915

L'inditidti ne saurait tirre sans k wOcîM * tdâii anm la société tie saurait se conceTmf sans adinettfv l*iiidl* vidu.... Nous ne touIods pas ptamtner si lé progrès social Cdhsiste à sairri&er llndÎTidu à la sbciëté , ou b sociiié à rinâitidn. Cettfe questiou, souyent débattue, n'a pas de sens : ces dent éléittents étant aussi néreé* sâires Tuil que rautre, il ne faut en sacrifier aaeuu, et le progrès social consiste simplenient à donner nli dé-* Tfeloppement simultané k la sodété et â TindiTldu ; car ce qui blesse TindiTidu blesse k société , ce qui saiisbit la sodété doit satiskire llnditîdu. 1V>nl AêA^ geraent qui ne renferme pas ces deux conditions, Seta, p^t cela setlly une révolte contre k loi du t>iragtès. »

Ajoutons que le but de k démocratie doit être de faire |iarticiper âUk bienkits de Torganisatioii sociale un grand nombre d'inditidus que k société àtu:ientaé laissait déshérités» et que, loin de travailler ft k destruction de l'individualité, k démoctatie prétend en. légitimer les droits en appeknt chacun à lès etercei* eil pleine Jouissatice.

Ces droits , le communisme les nie , les combat et les supprime. Il ti'est donc, eu réalité, qu*Une pilotestation contre les Idées démocratiques ; il est FadVer^ saire implacable de k liberté.

Eu effet k définition de cette théorie subversive, telle qu*elle résulte des ligues précédeutes, fessetilbli^^ à s'y méprendre, à la peinture du despotisme. Si nous ajoutons qu^en abolissant dans la famille le dtblt d'Hérédité, idée qui résulte de k négation dd Bit>ii de ))osséder, le communisme proclame rabblition de \d

346 DICTIONNAIBE DÉMOCRATIQUE.

famille eUe->niéine , I'od verra qu'il réaliserait un despotisme autocratique, et constituerait le servage le plus absolu, le plus avilissant.

L'homme serait assimilé à l'esclave qui ne transmet ni ne possède, et dont les enfants sont meubles appartenants au maître. Ici le maître serait l'Etat, et TÉtat serait sans doute administré par les chefs du communisme.

Dans la situation actuelle et normale des choses, la société est fondée sur la propriété , conséquence de la famille, qui prend elle-même son origine dans la nature.

DûU>n, un jour, afin de suivre le communisme dans ses déductions logiques , remplacer le mariage par la promiscuité, la famille, bs^se de la propriété, tendrait à se reconstituer^ encore sous l'impulsion des sentiments naturels ; Mut que le comrauuisme n'aura pas, pour le bonheur des humains, trouvé le moyen d'en perpétuer la race par un procédé mécanique, il ne triomphera pas de l'absurde mais très-vieux préjugé de la paternité.

Pour moi, j'ose conjecturer que, si quelque dieu jaloux, réalisant la fable de Pygmaliou au profit d'une si belle science , lui livrait le secret d'une sorte de mégalanthropogénésie, la mécanique en question n'aurait qu'une vogue éphémère, et que bientôt l'on reviendrait à l'ancienne méthode.

Laissons ces folies, et cherchons à définir nettement le communisme dont les théories sont fondées sur cette maxime : u La propriété est un vol. »

DicnoiofAmi DiiiocftATiorB. 347

Ce théorème pUce la société dans ce dilemme : déclarer qu'une pareille propositiim est une criminelle imposture , ou bien retirer des bagnes messieurs les forçats pour y entasser à leur place tous les propriétaires de France.

On a lieu de compter, sans trop de présomption , sur l'assentiment des galériens à l'établissement du communisme, auquel ils ont contribué de tous leurs efforts corroborés des exemples les plus efficaces ; il ne reste donc plus qu'à convertir les propriétaires.

A considérer philosophiquement les choses, la question se réduit à juger si la propriété repose sur un principe légitime.

Qu'est-ce que la propriété? Le droit de jouir exclusivement des choses et d'en disposer.

Quelle est la justification de ce droit? La nécesâté. Il a de tout temps paru impossible de l'anéantir sans a£Eimer l'espèce humaine. La propriété est«elle légale? Sans nul doute, puisqu'eUe est la base de la législation de tous les peuples du monde, qui l'ont consacrée dans tous les siècles. Les lois fixent et limitent l'étendue du droit de propriété qui fait vivre les individus et subvient à l'existence des sociétés. La propriété , consacrée par les lois, est donc aussi Intime que les sociétés mêmes*

Souvent acquise au prix de longues économies et de dures privations, la propriété est le fruit du travail, et la juste indemnité en vue de laquelle des familles laborieuses , des pères dévoués ont renoncé à leur part de luxe, de distractions et de plaisirs, au profit de leurs enfants.

34 s DicTi0H^AtiB téâeaUikmtSË.

La propriété fournit aux besoins de ceuit ifùï jlOMèdéut et de ceux ({ui ne possèdent pAs« 8a misêiim e»t de nourrir tout le monde.

De là, pour les goareitieinentS> la nécessite d'exèfeei' deux actions en sens opposé sur les deux faculté§ illbë*> rentes au droit de propriété 5 Itt faêklfcé de jouit et la faculté d'etnpéclier de jouir.

L'organisation sociale doit s'àttàcîhei' à i-eâtreindrë les conséquences de cette â^tmèté pi'érogfttivë, él s'éf» forcer d'étendre le bénéfice de là prettrièi'e en i'endânt le droit qu'elle consacre, antessibld soûl êéftaitiëê conditions communes, à l'ensemble déS citoyens.

Plus la propriété chemine dans cette iroie de pitlgrès, plus elle se légitime i la Révolution l'a poUr jatnais sanctionnée en la soumettant au i'égime de Tégalité, en ^arrachant au privilège et en en faisant , â l'aide de rittïpôt, le mobile de la fôKuhe publique.

L'exertitè du droit de propHété a potii* basé la famille, pour Consécration lès lois, pour limites et pour sanction le contrat sociàL t'ar conséquent, la propriété est bien un droit et non une Usurpation.

Détruire violemment la propriété, c*eât attenter aiit droits de ceux qui possèdent comnié dé ceux qui', tié possédant pas, vivent déS produits de là propriété.

Telle est la portée des idées communistes, longtemps discutées comme un paradoxe gernlé dans le terrain des théories d'association.

Maii , depuis que l'on à vU , lots dé la sanglante jacquerie du mois de juin, fomentée par des anarchistes, stipendiée par les ennemis de la République et

MCnoniAIftB DÉHQCBAfIQUB- 349

de 1^ Francs, aoatApue fax des foiçats et des gens peiv dos, depuis, die^je, que l'oa a vu, durant celle guerre anti^sociale, les ooryphées de l'opinion coniuiunisle en^ couirager le meurlre, Ugitimer la spoliation et sanctienaer le brigandage , on a bien ëlë forcé d'isoler le communisme de l'esprit d'association t aujourd'hui l'on sait à quoi ^en tenir.

Le ecmimunisme, c'est la guerre contre la propriété, la guerre contre les droits légitimes de la famille sociale.

•^ Le eoflsmunisme, e'est le vol.

Pmnt de lâche transaelion i ou la propriélé est un larein , ou la guerre internée et encouragée contre la propriété constitue le vol compliqué d'assassinat.

Tant que le communisme , se bornant à de yagiies et eontradieteires déclamations , s'est cantonné dans le domaine de la discussion publique , la méprise a été possible t elle ne l'est plus. Nous ayons vu ces prétendus socialistes , timides et amis de l'ordre sous ia monarchie, démocrates avancés à l'aurore de la République, se retourner tout à coup pleins de haine contre la liberté, dès qu'ils se sont sentis appuyés par une cohue d'ana chistes et de mécontents.

Leurs alliances politiques nous éclairent sur la sincérité de leurs convictions et sur leur amour de l'humanité.

Les nuances diverses du communisme sont nombreuses et insaisissables. L'abolition du numéraire , la création d'un papier d'échange, la desiruccion des banques et des grandes industries particulières , monopd-

310 DIGTlomAIBB DBMOGBATIQUE.

Usées par l'État ; la confiscation graduelle de la propriété, la dispersion de la famille, l'égalité absolue des conditions, le nivellement forcé des fortunes, telles sont , en somme , les théories principales que Ton peut extraire ou déduire des utopies des principaux communistes. Ils sont peu d'accord entre eux dans la discussion, et chacun d'eux rejette sur un concurrent les doctrines embarrassantes et les erreurs manifestes. Au fond, le résultat de ces idées serait l'alité absolue devant la misère et dans l'abrutissement.

La plupart d'entr'eux, déclinant peu à peu une qualification justement odieuse, s'abritent sous le titre plus vague de socialistes ; mais l'opinion saura faire justice d'un socialisme qui a pour but la destruction de la société.

Leur antipathie contre les carrières brillantes, contre les sommités intellectuelles, contre les arts, les lettres les sciences s'est manifestée souvent et avec des formes très-âpres. Il y a bien là quelque brin de jalousie accrue du juste sentiment d'une impuissance insurmontable. Il est plus aisé d'être un redoutable et audacieux communiste , que de peindre un arbre ou d'écrire une belle strophe, et bien moins difficile de s'illustrer par un cynisme d'une surprenante laideur, que par un vrai, que par un beau talent.

£n somme , toute tliéorie sociale vraiment digne de cette qualification doit appeler la liberté et apporter de nouvelles garanties à l'ordre , au lieu de pactiser avec l'anarchie et de chercher un appui dans la violence. Une saine doctrine tend ù améliorer le sort d^ ceux qui

OIcnONNAIBB DiMOCRATIQUB. 324

sou£freiit et ne se borne pas à déplacer la souffrance en substituant à des nialheui*eux de plus malheureux encore. Dépouiller le plus grand nombre au profit de quelques-uns , c'est déplacer des intérêts y ce n'est point servir l'humanité.

Soit que nous jugions les communistes d'après la logique de leurs idées , d'après les difficultés pratiques de leurs méthodes, d'après la probité de leur conduite ou la sincérité de leur foi, ils apparaissent également inconséquents, également creux, et dépourvus de prudence et de charité. Us se sont faits les ennemis du progrès, les adversaires de la paix publique, les complicos des séditions et des hérésies politiques.

Leur programme, qui réduit la destinée humaine à une question de subsistances, de ration alimentaire et anéantit tout le reste sous .la pression .d'une égalité bestiale, procède forcément de Tathéisme et y retourne. La conununauté, considérée dans ses conséquences, est la plus dégradante expression du matérialisme.

Assurément il est au fond du principe de l'association des idées saines , pratiques , et dont l'avénemeut attendait l'inauguration de la démocratie 1 compromises un instant et étouffées par les excès et la démence furieuse du conununisme, ces idées doivent en être religieusement séparées.

Entre les deux éléments, le triage est facile : fondée sur le dogme religieux de la fraternité, l'association est un des ressorts cle la démocratie et n'est jamais incompatible avec la liberté.

Le communisme ne peut coexisier avec la liber tr.

3^2 DICnOiriIAIBB J>ÉlfûCBiTIQ|lS.

L'aMOciation ég/àliêe les droits dfi tous en élevant les petits à la hauteur des grands ; elle Céeonde et développe , comme le soleil qgi fait monter, qui fait fructifier et qui dore tous les épis d'un ebamp.

Le communisme nivelle , comme la hum nivelle rherbe des prairies en fleur.

L^assoeiatîon est profitable à la société et à l'ind^ vidu ; le communisme annihile l'être l^umain et transforme la sofsiëté en' un t|*oupeau livré à Teiploitatien de quelques bergers plus eu moins loups.

L'amour de Phumaaitil a fait éelore rassociatien , l'envie a enfante le commimtsme. L'association dit s — Donnons du bonheur à tout le monde* Le communisme t — Décrétons l'égalité 4e Uinfort^ne et ètons tout prétexte à l'émulation qui fait naîtra des supérioritës morales et matérielles auxquelles on porte envie.

L'association unit , réforme , enrichit , améliore ; le communisme détruit et amoncelle des ruines t son 4erniermot est une négation.

Ses premiers actes ont épuisé le crédit publie, démoralisé la classe ouvrière et compromis la liberté.

Ce sont les impostures du communisme qui cmt affamé les prolétaires et perpétré l'affreux attentat qui a inondé de sang les rues de Parîs au mois de juin 1848.

Un jour viendra , et puisse-t-il être proche , eà Ton s'étonnera que du centre même des lumières et du foyer de la civilisation du diîc-neuvième siècle, Il ait pu surgir des doctrines qui ont mis un instant cette civilisation en ^éritj qui ont menacé la France d'un retour sou-

DRTieilllâlUI DÉaOCBATWTB. 3t3

dain à là barbarioi et prëconîsé le pillagei le despolisme et la servitude*

On ne coinpretidra plus alors que qilelques réTeiirs obscurs, sans considération, soient parfeniis» dënaës de doctrines ^ de nisoti ^ quelquefois tnéiue de talent , à coi-réitipre rdpinion publique , à tncnacel' la société française et rindépendance du monde.

Gotitfe des séductions si puissantes sur les passions matttaises litréed à la brutalité de leurs instincts , il n'existe, nous fie saurions le redire trop soutent, d^àtitre préservatif qu'une solide éducation morale et politique. ^

C'est peu que de constituer k démocratie, si Ton ne pourthasae pas le matérialisme incompatible avec elle, i\ Ton ne crée pas des générations aptes à discerner les dH>its et ft pratiquer les devoirs qui se rattachent à l'éxerciee de la liberté.

Ces deux termes servent à désigner les propagateurs du s^slènié de Chslrlés Fourier. L'oéUvre de cei homme étrarige est très-complexe } elle embrasse tout un monde et justifierait ail trioins àiitâtit qu'un des ouvrages de HUmboldt lé titi*e de Cosmos.

Servi par tin esprit tritique des pluS fins , par Une iniagiuatidt) itnmetiSé, une pénétration rare et une pro*» foîide connaissance de Tâmé humaine^ ce maître, en qui là nàttite â'étdit plU à répàtidre à profusion la su-^

324 DICTIONNAIRE DéMOCRATIQUB.

blime extravagance du génie et l'imperturbable vigueur de la logique et du bon sens , participe à la fois de l'utopiste et de l'organisateur, du philosophe , de récoDomiste et du poëte.

En recherchant les lois qui président à l'harmonie du globe, il débuta par mettre les théories des savants hors de cause ; puis ayant fait , à la manière de Descartes , table rase des systèmes antérieurs, il réédifia sur d'autres bases tout ce qu'avaient construit les siècles passés.

Lorsque par aventure Fourier tombe d'accord avec la science , il l'entraîne après lui el la pousse jusqu'à des conséquences extrêmes devant lesquelles on avait reculé. Rien ne le trouble, rien ne l'arrête ; il ne laisse jamais l'idée en chemin , il la poursuit obstiné jusqu'à la limite du possible , et il distingue le terme de sa course comme si son œil perçant avait mesuré l'infini.

Fourier est le seul mortel que n'ait jamais atteint un seul préjugé. Il est le principe et la fin de son œuvre : son système universel embrassant tout, de l'ensemble au détail , vous révélera les mystérieuses affinités des astreS) des planètes, et viendra, des cimes des nuages, soumettre à son harmonieuse attraction la fleur perdue dans rherbe ou la fourmi perdue sous la fleur.

Charles Fourier, c'est le génie de l'association. Sa grande loi d'harmonie , dont il pose les principes et à laquelle il rallie la création tout entière , est une association mystique des divers éléments, soit inertes , soit organiques. Il associe les astres aux destinées terrestres ; il associe les passions, les couleurs, les sons , les animaux , les plantes , et déduit ces inventions prodi-

DIcnONNAIU DÉMOCBATIQUK. 325

gieuses avec une pi*édsiou algébrique et un ordre surprenants.

C'est le délire d'une poétique et forte imagination qai s'enivre aux mathématiques.

Quand on entrevoit le monde dans le télescope de Fourier, il apparaît oi|;anisé et comme vivant de plusieurs vies ; tout se ment, tout pense, tout agit, tout fourmille et tout cliante.

Mais les principes de ce mouvement général sont si bien arrêtés , l'âme des choses, si l'on peut ainsi dire, fonctionne d'elle-même d'une manière si involontaire et si logique, que l'idée de l'initiative divine se perd et s'éparpille à travers les êtres ; le pouvoir céleste semble réparti dans une sorte de république universelle accomplissant de concert ses phases , ses destinées , et Vunité de Dieu se désagrège , s'étale en un spécieux et séduisant panthéisme.

Entrevu par des esprits bornés, isolé du génie qui le coordonne et le poétise, le panthéisme conduit au matérialisme ; l'école de Fourier empiéta plus d'une fois sur la limite fatale : le sentiment religieux lui manquant , elle crut pouvoir se passer d'une doctrine mof^e , et cette lacune est l'une des causes qui ont con- <iuit plus d'un phalanstérien à tomber, de l'association, ^ns le sombre abîme du communisme.

Rien n*eût été plus antipathique au plan , et disons plus, au cœur de Fourier. Ce cœur, l'amour de l'huluanité V échauffa sans cesse ; ce sentiment respire dans les écrits de Fourier. Ses inventions prodigieuses constituent son génie ; sa bonté , son ardent désir de ren-

326 DlCtlôHtVAiiiÈ iyéftochAtiotJÈ.

dre heureilse k faittiille humaine Font est grandeur et consacrent son caractère.

Au surplus, il ne nous appartient pas, il n'appartient à personne peut-être, de Juger â tette heure et d'apprécier Sainement ce grand homtne, génie le plus formidable et le plus mystérieux r sa pensée échappait souvent datts les arcàne^ de la formé ; son rôle, sa mission l'assimilent à beaucoup d'égards au prophète ; la postérité seule eu sauta le derUlei* mot. Sou langage est néologique , obscur, la trame de son stylé embarrassée ; se6 idées, comme celles de tous les génies de ce genre, sont entremêlées de conceptions étranges et de Jolies prodigieuse^ ; mais leâ antilions, les antitigft-es ne me t)araissent pas plus singuliers que la bête apocalyptique que nous attfendôus. D'âilleuH FoUrler contient moins d'extlavàganteà assuréinent que lé diVin Platon, et l'auteur de la République n*a jamais paSsé pOur uh fou.

A la fiîi du dërhiei' sièfclë , Fouriér prédisait l'Empiré; ëU tSOSj 11 ânhohçait la Restdlii-atiou , dont il pronostiquait et expliquait déjà la chute, et dëâ lors il développait la futui-e Situdtion fihàntière de notre pays, les maux suscités p^lr l'excès dfe la concurrence , lé règne dévorafat de riridustriàllsrtie, qu'il avdl bâj)tisé trente ans d'avance dû nom de féodalité Ihdustrielle. C'est alofS qu'il égalait là Science eh assignant dans les champs du ciel des places iharqilées à des astres inconnus dbnt il précisait Ibs ré vol litrons ; se boîiiafat â réi)bildi'e auk astronomes î -^ VbUs les décotivrirez une UUit btt l'dutrè. Et Sa pi'édictîon S'est justifiée.

Dlctloî^Afftf fiéiocilAtloùt. 317

FotiHéi* échappe aUx proportidhft ot^loâiréê de Tiutelljgetibe ; sOn dëtnon lui faisait des Tiêites ittiprémeft| puis l'abandonnait t wtï oeiitre est Uhe longue rision. II ne m'est Jamais arrivé, en contehi}>lant ce tieillard placide, qui semblait récemment creillé d'Un soUgei ei prêt à se replonger dans le réveil d'un Autte monde^ de me demander ce qu'en pensait le commun des hommes \ k critiqué à cet ^gard né iioUs fl i-iétt appris : il il'aatait pu être (i^tiéifë que pat Utt gënie comparable au sien.

On sait qu'au retout dé la campagne d*Ég jpte} (tappé àe la lecture d'une page reuconttée par hakàrd, Napoléon en fit therther l'auteur \ inaië il lui ëthappa tant il était obscur.

C'est là le seul personnage illUstte qU'àit un intitttnt Aapjîé le génie de Pouriet.

Tëi*« l'an 1826, Courier coinf^tait deux lectëUk*s, deux adeptes hu fond de sa pit)Tince : utt soUf d^muet et une femme; tous deux actifs, tous deux intelligente, éUS" ceptibleà de s'dierer à l'enlhbUèiâsme et de le communiquer.

Dans rintlmité dé ces amis dé FoUHer vivait un jeune homme d'uii est^i'lt vif et spohtâné^ d'un cai*actère impi^esàîoniiable et lëflécifi , doué d'une force de volonté qui préludait ))at là fbugue ^t âaVàit se tem*' pérer ensuite pour se rendie durable ; dû testé , sceptique par in^tiiict, gai rdllléUr de crainte de paraître trop raisonnable, ce qu'il était au fond, et unissaut une sehsibîlilé candide & une phifonde subtilité de jilgClhenl.

328 DICTIONNAIBE DÉMOCRATIOITE.

Droit et souple, capricieux et positif , ardent et raisonneur, entraînant et familier, se livrant à l'aventure, sans apprêt comme sans prétention, dominant à son insu ou se pliant par caprice, et le tout assaisonné d'entrain et d'apparente légèreté , ce genre de naturel est d'ordinaire fort sympathique et exerce un attrait général.

Imbu des théories de Fourier, dans le cercle étroit de ses amis , notre jeune compagnon en avait répandu le parfum dans l'atmosphère de l'École polytechnique, d'où les vents plus ou moins orageux de la politique ne l'ont pas encore pourchassé. Il laissa là, patmi quelques compagnons épars dont il était aimé, des germes longtemps inertes et qu'il devait six à sept ans plus tard i*e venir mettre en culture.

Ce jeune homme frappé par le génie de Fourier, distrait par les dévoila de la vie militaire, propagateur presque involontaire, et indécis encore sur sa mission, c'est Victor Considérant.

Durant les années qui précédèrent ou suivirent de près la révolution de juillet, il fit , parmi les plus jeunes de ses compagnons , des prosélytes qui le poussèrent en avant. Il prit alors la plume, et c'est peu de temps après qu'il vint grouper à Paris , à la rédaction du Phalanstère^ puis de la Phalange^ les éléments épars de la future école.

Ses premiers disciples le devinrent d'entraînement et par amitié ; d'autres, plus tard, le suivirent par conviction , puis d'autres par ambition de se signaler et d'exploiter le terrain de l'idée commune. Fourier était

DICTIONNAIBS DÉMOGRATIQUR. 329

eucore là. Il avait créé un monde; Considérant lui faisait un nom ; et maigre la différence des ans, l'élève et le maître apparurent ensemble à riiorizon des idées.

Dans les années qui suivirent la mort de Fourier, des dissidences se manifestèrent ; les hommes du pre^ mier mouvement renoncèrent pour la plupart; les exploiteurs se mirent à travailler pour leur compte ; les ambitieux de renommée devinrent jaloux du chef et firent église à part.

Les premiers sont restés attachés de cœur i Considé* rant » les seconds s'ouvrirent des carrières lua*atives ; parmi les ambitieux , les uns se firent économistes ; ceux qu'aigrissait l'envie et que dominait l'ardeur impuissante de lais*ser Considérant derrière eux , finirent par se plonger dans le communisme.

Il y avait là des esprits iiicomplets, des avocats sans veuves, sans orphelins, des littérateurs échoués, des caractères indociles, des intelligences bornées et indisciplinables, et même des gens sans talent , ignorants avec audace , paresseux à faire peur et se faisant apôtres par indolence.

C'est pourquoi l'école phalanstérienne a plus d'une fois compromis la doctrine de Fourier. Mais du temps de la première Phalange tout allait assez bien : la théorie était exposée et Considérant veillait à l'orthodoxie.

Le pwoi de l'entreprise était l'idée d'association si minutieusement étudiée dans ses conséquences par Charles Fourier; le journal vulgarisait les pensées du maître et en signalait les applications partielles les plus immédiatement praticables.

3â0 DiËftoltfvAllli tÈâàtkkmvE.

A cette ét^dquè , la foi dé VétoU était pi'èscliie tro]^ robuftte ; le Système hû {lâraisÉait tidttiogèDe et âccep^ table dans soft enseitible ; elle y trojM comme nous croyons à FÉVangilé ; et pour vouloif faire |)ênétrer d'un seul eoup la conceptiôti de Fourier dans la conviction publique, elle entrarait àà mai'che et se brisait contre tin mur d'airain.

On sait que Tceùvre de Fourier était tnoïni , dans l'origine , un projet qu'une prophétie. Suivant lui , le monde devait tendre à l'harmoiiie en parcourant les phases diverses de l'associatioh destinée ft mettre un terme aux maux de là civilisation et à cdmmehcer la renaissance de nott'e planète. A la Vérité , le maitre ajoutait que la Société , eti coiiCentrant ses effortÉ sur l'application de la théorie, pouvait abréger le long es«i pAte d'années qui noUs dépare ëticore des âgeA d'harmonie.

Dans Cette cohditioii suprême^ les hommesj associés et groupés par tribus ou phalanges, habiteront, au lieu de villes , d'immenses chAteaux , désignés sous le titre de phalanstères; Fourier en avait élaboré le plan.

C'est là qUe fonctionneront les séries , là que Seront définitivehient i-ésolus les problèmes des attractions proportionnelles aux destinées , du travail attrayant , dé l'heureUx et hiérarchique accord de la famille et de la sbdëté, du i}onheui' pour tous, par tous, et du bonheur poUr chacun ëh particulier. C'est là que toutes les passions doivent, innocemment développées, et classées suivant leur gammé naturelle , concourir à la paix immuable et à la félicité du itibhde;

piqpfQXKiUW MMCaATIQCS. 3il

Enâioii4iattfi9, coiiti^iiciis, impttiepto, <i j« k crois bien, les fouriéristes tentèrent de sauter à piedHoials sur 1^9 #iMltio|U ûitermédiaiies, ti la rêverie iéduisano 44 i^i^lapstëre fol nûse A l'ordM da îour*

L'imppssible ^laîgiui beaucoup de monde et les sonscripfeurs furent sourd*.

Du reste les disciples ne le ininmt en lutte pi avec lea liH« eûeiiJee» ni avee roi^gantsatiiNi politique , ni avec 1^ leligîiiBf eaistantet» Ils n'aveieni aneane reim^ pour proférer on régime on on calte^ à un aatee culte, à un autre régime.

l/bfimm» faarmoniié était destiné à agir de lui-«éme c49mwM un des venagn d'une reste machine, à graviter .C9|iime let seldtite$ de Jupiter. A quoi eil servi une reUginny à VM>i une marale» et à^ud péril en opposer les lois?

I^'écueil était U; entre cette coniéquenoe latente d'une vaite théorie et le domaine du matérialisme, la démarcation était malaisément sairissahle ; nombve de pbalanstériens la franchirent ; et quand les semences du saint-simonisme éparpillées dans l'air s'en vinrent mêler leur ivraie i la moisson de Fourier^ le communisme s'y développa comme une plante liybride.

Les fruits de cet accouplement furent lents à se produire. Afirèê la mort de Fourier, ses élèves^ sentant le besoin de modifier, ou si Ton veut d'interpréter plus librement, en revendiquant une plus grande part d^ioiti»tive> protestèrent cootie le titre de/ounérùtts et y «ubstitiièrent officiellement celui de phakuuiéneMs i c'était maintenir Tidée en atténuant b supiénuitie

332 DICTIONNAIRE DÉMOCRATIQVEr

personnelle et en dégageant la responsabilité de l'inventeur.

Longtemps étrangers à la discussion politique» les phalanstériens sentiment l'utilité, et peut-être prirent le gouty l'ambition si l'on Veut, de participer aux affaires de la société^ et comme Fourier avait préconisé le principe de l'égalité des droits , de l'élection et de l'association sous les garanties de l'ordre hiérarchique, ses élèves se rangèrent sous la bannière des philosophes radicaux mais pratiques, et ils créèrent la Démocratie pacifique.

Jusque-là, le chef de l'école avait exclusivement servi la doctrine. A partir de ce moment, il commença à s'en servir et à en faire un moyen d'influence. C'était un flambeau dans sa main , ce n'était pas encore une arme.

Travailleur infatigable, esprit pratique. Considérant, assisté de ses collaboraleurs , émit beaucoup d'idées excellentes, élucida nombre de questions, ctgagiia l'estime de tous les partis, parce qu'il resta supérieur aux passions de chacun d'eux.

Ce journal a fait faire un grand pas aux questions - d'économie poUtique et d'organisation des intérêts associés.

D'un auti*e côté, ses attaques contre le système de la libre concurrence, contre la tpannie du capital et tous les éléments groupés de la fausse association, ont fort avancé l'heure fatale du dernier régime : toute la cohue des novateurs socialistes se précipita par cette brèche ouverte, au delà de laquelle s'offraient deax

»icno!aiAUB DBMocaATiQcm. 333

chemins : celai da commnnisnie, celai de la pocîfiqoe et progressive démocratie.

Mais, eotre les deux sentiers frayés, il n'y avait ni haie, ni fossé ; Yen poavait cheminer de Ton à Taatre on marcher entre les deox.

Que dire de plus ! Il me semble que je les perds de vue dans la confusion du défilé...

Depuis l'avènement de la Répabliqae , l'ancien organe quotidien da phalanstère a trouvé des convictions démocratiques énergiques et soudaines. Dès les pre* miers jours, il y fut parlé d'une époque orageuse dont il ne nous avait rien appris. Est-ce la crainte de rester en arrière qui fait que l'on court parfob après ceux qai vont trop vite? Il £ant craindre aussi d'arriver trop loin.

Ces dangers sont vains pour qui sait où il va.

Quoi qu'il en soit, Fourier n'est ni politique, ni communiste ; mais n'a-t-on jamais vu des oiseaux parasites couver dans le nid d'autrui? Les écrits du chef éminent de l'association ressemblent à ce rameau de ia science, que l'Écriture appelle l'arbre du bien et du mal Le génie qui les a conçus savait démêler et séparer les deux principes. Par malheur, le génie n'est pas toujours commenté par le génie ; les passions vont y puiser, et Varbre fournit des flèches aussi bien que des ombrages.

Tel est le danger que présente la conception de Fourier. Exploitée par les partis, envenimée par la politique, remaniée par le paradoxe, sophistiquée par l'intérêt, exagérée dans ses conséquences et déguisée dans

lU PIÇTfONlfAïaS DJMOCRATiaue.

u» déductions, cette œuvre immeuie peut fournir i des usages très-divers.

P'^iileurs pe n'est pM iian« rUiiuer de faillir ^t de se mépt^ndre, qu^ Vqu agit$ w tom seu9 «t qm l'on pè^e le destin des sociétés , sans autre guide qu6 l'iutérét matériiily et eu Tabseuce de taut contre-poids de morale et de religion.

Isolément pQutidérées comme but d'amdlior^tion sociale» le# doi:trine4 de Fourier sont féeoudfle f t salutaires,

Exploitées eoipme moyen de prépondéraueff persoa^ nelle et d'actioo politique, elles sont dangereuses, parce que leur vaste latitude permet d^ les falsifier au profit des nécessités de circonstance.

Ce chemin étoile de fleurs côtoie un abinoB , ou risque d'y tomber qua»4 on se penche pour les cueillir.

Qii'entend*on par humanitaire ? Ce term^ nouveau attend une première défiiiition. Il n'est pas indispensable d'être humain pour être humanitaire. Il suflit, pour revendiquer ce titr^ i d af^cher la prétention de fégleri la plume i la main , le sort de rbumanité.

La philosophie des soupes économiques et des bouillons de gélatine est l'une des premières créations des écoles humanitaires. Auparavfml l'homme vivait de ftain ; les humanitaires l'ont beurré 4^ ehiffres et de cakuls tsi4a*<Msraats.

tin lioitibre dlrtiiiimes <tutt dcMMé, camkken bmÊrû (le mArmitéa pour les neorrirt — ^ Goaibien cseat Mur» mites peuvent-elles alimenter de hipèdcs ?

Lé problème dit consommamir et de la «laniiite étant i^ésolu I cdsi-d s'est pf^Mmcë :— -GomMen, pow nourHr un nombre d*lioaiiitics filé « bot-^l de mites , à la condition de ne rien mettre dedans?

L*on a d^couTert, après ditctt rmii| i|ae le i des marmites est presque Insignifiant pour k sointioa du théorème.

Tels furent ks premiers traTitta des fondateurs de cette branche titile dé réoMiomie. L'Académie des sciences morales et politiqoes en a tiré beavcoup de gloire.

Paisse l'eau ebire des cieox tomber abondante et filtrée sur les tombes des Rnmfort et des Gérandn I

Une antre qnestimi posée est ceUe«i t -^ Est^il indispensable dé posséder k nécessaire pour être gratifié desttperfla?

Résolue négatitement, cette difficulté fournit un moyen efflcftcé de satisfaire aiut désirs de lliamanité^ En effet, le superflu peut sé faire attendre ; ce ^i kisse duloifti^ pour approfondir, pour élaborer rappUcation du système;

Une autre théorie consiste à partager les mortels en deut catégories séparées : une moitié sera chargée de faire là cuisine ^ et l'autre dé la ttiàDgef< I>e la lorte , chacutt participe au féstiu» L'éssentlmént dé U seconde moitié est acquis à cet arrangement

On a ttb^ié nn procédé plus ëiiiipk ènc^iré i -— lié-

336 DICTIONHAniS DiMOeRATIOVB.

duire le menu de son voisin et s'inviter ^ diner chez lui. Mais les gloutons craignent, en dépit d'Hippocr^te, d'avoir faim au dessert.

Bref, on appelle humanitaires les gens qui échafaudent des théories plus ou moins ingénieuses sur l'organisation matérielle de l'humanité, abstraction faite des idées politiques , en prenant le inonde pour patrie , l'alimentation pour base et pour fin dernière des sociétés. Les statistiques leur servent d' Évangile; les hommes entre leurs mains deviennent tous semblables entre eux, et l'œil de la Providence, passée à l'état de maîtrequeux , n'a d'autre mission que de surveiller l'ordon* nance d'une vaste salle à manger.

L'humanitaire est grave et recueilli comme un apôtre; son style est un peu diffus , parfois mystique; il est insaisissable comme l'immensité : économiste sans doctrine, philosophe sans descendre à la métaphysique, il ne tient pas plus compte des événementSj que du caractère des religions et des conséquences de l'organisation politique. Il fait table rase et se borne à ai*mer d'une cuiller, l'homme créé suivant lui, pour préparer son repas, le manger et mourir.

Des gens de toute sorte se sont ralliés aux vagues et changeantes rêveries des humanitaires ; parmi lesquels beaucoup d'artistes : des peintres , des musiciens surtout. Les tms et les autres , trouvant au-dessous de leur génie la charmante mission d'intéresser, d'émouvoir et de plaire , se sont un beau jour trouvés investis de l'auguste fonction de distribuer à l'humanité , par petites rations égales, la nourriture spirituelle.— Ce monsieur^

DICnONNAIlE DÉMOGRATIQUK. 337

qui chante une romance, travaille à réducation des masses; ce peintre, qui voit en gris, est un prophète; ce violon traduit, avec un boyau tordu, les pensées d'au romancier humanitaire. Ce pianiste à longs poils, qui affronte la chromatique avec une mine austère, nourrit l'humanité de sensations civilisantes : il affranchit les peuples par l'oreille, et leur insinue des adagios comme on administre un remède.

Que de fous, bon Dieu! quelle bigarrure d'idées, et que de gens aujourd'hui plus faciles à esquisser qu'à définir!

On parait convaincu , depuis longtemps , que toutes les difficultés de notre situation politique se réduisent à la solution d'un problème financier.

Une telle superstition vaut bien celle dont les lu*mières de la philosophie out fait si bonne justice. — ^ Tout pour l'argent , tout par l'argent , voilà la brève doctpne du dernier r^ne; et comme les religions groupent des superstitieux autour d'elles, le culte des écus a engendré la superstition fioancière.

]?fous sommes donc à la recherche d'un système financier, c'est-à-dire du secret de la pierre philoso* phale.

Il est certain qu'il existe des systèmes financiers. Nous avons vu le système de Law qui aboutit à k banqueroute; vers le même temps, le notaire Blount orga*^ nisait systématiquement le vol en Angleterre ; puis ap-

338 Di(rHo!vfvAiRÈ DéMOCtiAtiOVK^

parut le système de Tabbë Tétray ^ui ruihil toiit le monde à inoitîé $ edfin ^ le système déë Aésiguftt^ qui ruinft eha£Un tbut ft fait.

Eli dehors de ces diverses méthodèë , 11 é^t douteux, nous l'espérons, qiie le génie des spéculatlOiié ihtelite un nouveau système.

il n'y kpAÈ, ft proprëhienl tiarlel*, dé syétettië flhati* cier, c'est-à-dire de procédé propre â ci*éëi*, â itttjih)visef des ressources.

D'abord, définissons le mot àtfinaûct, iftié certains philologues tirent du substantif y?n : « fin^ argent Jîtty » dit Boisle ; son étymologie n'a pas le sens commun.

Finance procède du tifeiilc iëfbe/iner; aviser, trouver moyen de.... Finance signifie : moyen , ressource, àfngémfU j terme Aatiçais ^ car Féuelou d'eb eét servi. Uft àttàneieir est dont un hotumë âtisé , c'ëët lé petsonnage à ressources. L'on aurait bon betoiti qu'il justifiât bette ëéfijlition» C'en le fonetidiibàire chargé de percevoir les ressources pécUiiiâtrei de TÉtàt et de lés répartii< dans les rouages âdttiiniètraiifs,

Utt fitiatlcier &att àbU tnélier oU il l'ignore \ liiàiâ le géUie ti^a que faire là-dedàns : â iuôinS qUê l'on né qualifie de génie \â haute sagacité du cultivateur ^ui y pour avoir du blé ^ attetid que les épis soient tnùrs atHtti de les tdUper, et ne s*avise pas d'abattre lès tiidiê* sons eu herbe dans l'espoir d'en tirer du grain.

Prélever le teV«iiu de l'Étsit sur le rètfehu set ei liquida des citoyens , sans tarir la soutce de l'impôt ; l'art du financier n'est pas autre chose. 11 engraisse la poule aux cBuft d'or et ne la tue jamais.

otcfloMitiiË BÉMOOuVlQtJB. 339

Prétetidré, àu gré de sa fantaisie, iiti|>rovi$ei* Un impôt i c*ëst ))féttdH! tes chbses au rebobrs. tl faut d'abord évâhiér le feteiltl net et effectif des diverses classes de la société , en discerner les snutces les p\ai abondantes, et piiisei' dâns le trop-plein des fontaines les moins in* terttiittetites.

Ofi Aé créé pas îin impôt, bn le (lerçoit quand les contribuables en possèdent l'ëlëinent : l'impôt est Une forcé ré!(uUante du crédit, de la nature, du développe^ meut , du Sticcès de^ industries particuliiîrftS ; IMrnpôt est aubordbhné à la foi'tuné publit|ue. S'il éÛ est aut^emeilt , le Jitèlêvemërtt déci*étë ékt un Vâirt bhîffrt ; éar ilrt impôt tiôn ^ëit^ti oduon percôf^ilble n'est pas un impôt.

La hardiesse dë§ combinaisons financières estliinltée par cet adage î Nul Uë donne ce qu'il û'à pds.

Ainéi, Id ^^cUritë , la Cohflaface publique, le fcrédit sont la base de Tirnpôt, et la condition nécessaire de sa rentrée daiià les coffres de TÉtat. Lé melUeUi* financier est donc celui qui a le bonheur d'itispltei* le plus de cohfiaiicé. Lé gëiiie de la finance en personne , ^'il était suspect â la ihaèse dés citoyens, serait le plus pitoyable des finadciers ; plus il ferait d'appels à la bour.<e des contribuable^ , plus lis en serreraient les cohdons , plus Târgënt deviendrait Hre, et plus les affairés Se Téraient stagiifltiteè et aiUoinâriës.

La pfeàfcHptlbtt d'Un impôt ihipùté sur des tëvenUS d'iiné rëntl^éë dèUteuâe oU dventUrée simplifié là situdtion des contribuables, en leur donnant la certitude que pëirsonné ne les payera. L'État n'aura d'edi que ce (ju'iliiofat Wçu.

340 DICTIONNAIBE DéMOCBATIQUS.

Un financier discrëdhé qui reste en place est un sujet inappréciable ; TÉtat paye sa conservation au prix d'un passif dont la surenchère se poursuit chaque jour. Au moyen âge , quand l'équilibre entre le numéraire et le crédit venait à se rompre » quand les subsides ne rentraient plus ^ Ton pendait de temps à autre quelques financiers. Ce procédé , d'une simplicité élémentaire, était plus habile que moral.

Aujourd'hui, si le gouvernement pendait le moindre juif, le gouvernement périrait ; il se trouverait qu'il aurait tué la poule aux œufs d'or. Le malheur est , au dire de quelque»-uns , que cette poule se nourrit en mangeant ses œufs, ce qui fait une situation assez embarrassante à nos ministres des finances.

De là cette maxime d'un économiste profond de l'ancien régime : Les financiers soutiennent l'État comme la corde soutient le pendu.

A la vérité, les cix>quants, les fermiers-généraux ont disparu comme les procureurs.

££fbrçons-nous d'oublier les avoués ; l'analogie nous mènerait à des similitudes peu consolantes.

Mais comme T habileté d'une administration consiste non à bouleverser, mais k tirer parti d'une situation fûte , en l'acceptant pour ce qu'elle est, les mesures financières doivent être compatibles avec l'organisation de la société. Les partis révolutionnaires , en matière de finance , sont la négation de tout principe financier. Leur effet immédiat est la défiance , la spoliation , la ruine; et fussent-ils justifiés par la logique, comme l'Etat ne vit pas de syllogismes ni d'ai^^iments, il serait

DICnONKAIBB AÉIIOClATIQinB. 3i4

peu expédient d'offrir â une nation la perspective d'une grande abondance dans un avenir lointain, en lui disant : Tous avez faim , nous allons semer du blé ; et de la consoler de mourir d'inanition en lui promettant que la postérité fera huit repas par jour et mettra la nappe sur notre tombeau.

En de telles conjonctures , chacun se met isolément à grignoter son capital pour tromper la faim et prolon« ger son agonie.

Gomme il faut, pour nourrir la société, deux ou trois fois plus de richesses que n'en réalisent le numéraire ou ses représentations effectives , il est indispensable que le crédit masque la différence et triple les ressources de la fortune publique.

Or, nous l'ayons dit , la base du crédit c'est le mouvement , la confiance et la sécurité. Et le crédit , on ne le décrète pas ; seulement on l'entretient et ou l'em* pèche d'expirer.

Tout Tart des combinaisons financières est là.

Décréter le crédit , c'est semer l'épouvante ; parce que c'est reconnaître qu'il n'existe pas. La plupart des gouvernements révolutionnaires ont commis plus ou moins cette erreur et l'ont payée de leur chute.

Certes il est bien facile, dans un moment de crise , en balançant le passif et l'actif matériel d'un gouverne* ment tombé , sans tenir compte du crédit qui triplait ses i*essources , de démontrer arithmctiquenient qu'il marchait à la banqueroute.

Mais , en réalité ^ à qui revient la responsabilité du

342 DlCnOIfKAtilfl DÊHOCftATIQtm.

mal? Ati3^ hommes, Hyàt iféwttnentMf qvkï ont ten« versé Ife crédit.

Sous le dernier règne le cirédil oiiftUît) maii il ftlkit diminuant , tandis que les déf^enses de l'État s'aeerdi»gaient de jour eti jour. Telle fut la fautd des hommes qui gouvernaient alors. Elle a amené leur eliuts et eon^' tHbué A précipiter des événementa qui ont suspendti , qui ont fait évanouir le crédit»

Et la crise s*est prolongée , parce qu'au lieu de aoutenir le crédit ifialàde et de le raffermir en inspirant la confiance > on a donné cours à des théories qui semblaient engager le fonds même dont procède le revenu public» Chacun cependant sait bien que moins un capital est garanti, plus la rente qu'on en retire est faible. Le cours de cette rente donne la mesure du crédit I l'abaisse ou l'élève.

La première des mesures financières doit consister à garantir la propriété et, qui plus est , à rassurer les capitalistes alarmés et inquiets sur l'avenir de leurs rentes ou de leurs exploitations.

Durant les premières années de la Restauration , les affaires étaient paralysées, le crédit 4 néant, les traas-» actions difiiciles, et les immeubles dépréciés par une menace incessamment suspendue sur là tété des {propriétaires des biens nationaux. Les prétentions des émigrés , quelques paroles itnpructentes du roi avaient caiisé toute cette détresse.

t)ans ces conjonctures , l'espt-it de réaction arracha un milliard à la France pour lé dontier à la noblesse.

Médecine bien anièré , mesure criminelle au point

de vue politique. Qu'arrivar»t-il , pourtant ? Que b propriété consolidée, devenue plus que légitime, et nii^e désorpiaie à Tabri de toute atteiute , reprit uue valeur cootidéraUe i que le crédit le raffermit peu i peu s que le cours des rentes s'éleva rapidement , et que 9 df^ popiUéo d'mi milliard , la fortune publique trouva dans cette eenaéeratiQB uauraire une compeuaatioo pli^s que anfieantfi » «ne aoiivce d'aocroisaemeut et de pr^lpérité.

V» priupipe de ces avautages ioeapéféa , ed f ut la BO&fi^oa qui doubla la puissance du erédit.

Je pvévQis sans trouble les savantea objeptimie dis diversm écoles socialistes | mais op ne réagit pas sur le passé 9 oa ne geuverae pas les nécessités présentes avAc des tli4ories. C'est ici qu'il &ut subir les situations étfp blies ot se soumettre aux faits constitués. La laine portée des doctrines socialistes ne saurait concerner que Pa^eniv.

l^e» attaques k la propriété ^ les déclamations agrèssives contre les capitalistes n'ont rien rappoi'té jusqu'ici ; elles pnt mis nos finances k sec et le crédit aux abois. Quand les chefs des uiopies communistes auront valu à la France la moitié des raillions qu'ils lui coûtent aujourd'hui y nous serons moins exclusif k leur éga^d.

Assuvément, et nous ne songeons point à le nier, le demies gouvernement a livré , dans un intérêt égoïste e| malentendu, un champ trop vaste aux spéculations des agioteurs , à la tyrannie de l'argent et aux combi<^ liaisons de la léodalilé banquière.

Quel est le retnède? Reprendre ce qu'on a laissé prendre? dépouiller? déplacer? Non , vous ne pouvez, sans ruiner TÉtat , appauvrir tout à coup ceux qui ont légalement bénéficié. Tout serait perdu pour chacun et pour tous.

Consacrez, cons<didez les droits acquis, puisqu'après tout ils sont pi*oductifs encore pour la société. La réintégration violente de l'État ne lui rendrait pas le tiers de ce qu'ils valent.

Laissez donc les chemins de fer aux compagnies » les grandes industries établies aux spéculateurs qui les exercent , et le jour où vous aurez décrété l'inyiolabilité de leurs droits et le respect absolu de la propriété sous toutes ses fonnes, le jour où vous aurez prouvé que vott*e intention est formelle et appuyée par une force invincible, le système financier sera trouvé, car le crédit revivra.

Le problème alors sera réduit aux mesures d'économie , à la probité administrative , à des détails de gestion plus faciles à simplifier et à mettre au-dessus de toute défiance , dans un État démocratique , que sous un autre régime.

Seulement , que les leçons du passé ne soient point perdues. Sortez de rornière où l'on avait embourbé le crédit public. Emparez -vous à l'avenir des industries lucratives qui sont libres encore ; ne livrez plus aux banques particulières les grandes entreprises dont le monopole doit vous être profitable ; absorbez tout ce qui est à prendre et ne reprenez rien. La tâche actuelle est de réorganiser, de réformer , non de briser ou de dissoudre.

DlCTl<»(lfAIRk DÉMOGftATlQCE. 345

Une seule situation s'oppose formellement à l'existence du crédit public , c'est lorsque les opérations ban» quières de l'État ne sont pas appuyées sur de suffisantes garanties. La France est loin d'en être à cette eztré* mité : le numéraire est très-abondant; la propriété est bien assise parce qu'elle est étayée sur des titres so« lides, et que la possession des diverses portions du ter* ritoire , déterminée par une loi commune , ne donne lieu à aucune de ces contestations qui placèrent autrefois sous un séquestre moral une fraction notable de la propriété foncière. Le sol , mieux cultivé qu'il ne l'é* tait jadis , rend plus qu'il n'a jamais rapporté ; enfin les industries diverses sont desservies par un matériel tout organisé, si complet, si considérable, qu'elles sont à même de fonctionner sans retard, comme sans grands frais d'installation; valeur mobiliaire à ajouter à la valeur des propriétés industrielles.

La crise présente est donc artificielle et l'éclipsé du crédit momentanée. Le jour où cette vérité sera généralement reconnue , le retour de la confiance et de la sécurité sera proche.

Comme la direction politique de l'Etat exerce une influence immédiate et décisive sur ces éléments du crédit dont l'afiaiblissement constitue la cause de notre malaise , il en résulte que la question financière est la principale de toutes aujourd'hui , et celle où toutes les autres doivent aboutir.

Par conséquent , le financier cherché , c'est tout ce qui gouverne ; c'est l'Assemblée nationale , c'est le pou- . voir exécutif, c'est le ministère aussi, bien que» depuis

34â DicnoMiuaK ^AnoQAAnQi».

l'Avénemoat de la démocratie, le» poitokmiim aà&xi perdu de kur ampleur et de leur éclat.

Soua «B gouvernencBt fort , puiaBant et respectable, ks minîstm de» fittancês ont toujours beaDCoup de ta-| lent. SuHy , JVkhelîeii , Turgot , le bon saint Eloi luimême, pareitraient des ânes et des dikpidateim sous un gouTemeraent débik al vacillant.

Que ke cbeis de k République donnent, par kur ienMé e^ leur m^nam , une hatfft impulsie» an crédit, un mooi;<eBaieBt énergique k k eh-caktion des capitaui, la Mg^tuvt de k Frsittre aura im coiu« aus élevé qne cetk des panteuliers, et les emprunts se cfrarmront Men ^te. I

Lorsque k cvédit , triplant k valeur coiunmte An nn-l mémire, amène les citoyens à recimttidtre qu'une |Hèee de eent sôufl est- susceptible de réaliser l'intérêt de quinze francs , il devient fort aisé de trouver un financier qui réussisse à prékver une modeste rente sur une rejMpéientation moBêtsife qui laisse encore quatorze pour cent de bénéfice k celm qui la fait valoir.

Fermez à triple serrure le temple de lanus; il sera trop petit pour contenir ks rtchesses de k Framce , et l^lat pourra puiser à pleines mains dans ce trésor inépuisable.

Attachement excessif, aveugle et passionné à une cdityiction, à une croyance. Le baron d'Holbach a défini k fanatisme : *— une rage sainte ; Marmontel : — • la frénésie du xèk.

MOtmraumi DiaoauTiQink 147

Cette expresskm est dovenue très^hKiqiie t tandis qae ks philosophe» encydopëdistés s'attadiaient kév^ créditer, sous les titres de sapersciticms et de fana» tismej les idéet rel^ieuses que Ton hésitait encore à at« taqner sans détours 9 de leur cM , les esprits qui réa^ gissaient contre ces tendances, cOfnfondant le fanatisme avec la passion, soutenaient que, sans le fanatisme, rhonme ne fait rien de grand.

Il est certain cpie l'abus seul de la passion entraîne aux excès du ianattsme, qui «uppose ht sincérité des conTictions et qui ne conduit à la haine, k la cruanté, que sous l'impulsion d'un détoUement exdusif et d'mi zèle irréfléchi.

Oe terme est devenu «ne arme à Puasge de t^us les partis t pour le barbier de village qui se croit un esprit fort, le voisin qui fréquente les églises est un flmaiique. Ce dernier trouvera que le premier est un profane : tous deux ont littéralement raison , car les deux mots procèdent de/aniim^ temple»

Au substantif /i8na/ijm# s'attache l'idée d'une foi très-ardente, mais peu éclairée, c'est-à-dire supersti^ tieuse, ou qui prétend se tenir dans des régions qui excèdent les bornes de la raison. C'est pourquoi les légitimistes quand même nous ont paru être des fanatiques : ils ne tiennent aucun compte de l'opinion ni du mouvement des esprits. Aux yeux des partis dynas« tiques , les répubKcains étaient nogiière les fanatiques de la liberté. Sous la République, le fanatiî^me constsite à fomenter le triôuiplio de l.i licence par des moyens lyranniques»

348 DfCnONNiUU DiMOCRATIQVE.

La philosophie à set fanatiques comme la religion : leur programme est dans ce paralogisme : •— Périsse k sociëtë plutôt qu'un principe.

Dans tous les temps on a vu la mort cheminer à cAté du fanatisme. Absoudre des hérétiques et les brûler ensuite pour purifier et sauver leurs âmes , c'était user d'une charité par trop excessive. De même, en politique, réchafaud est un moyen de conviction peu concluant.

Saint Dominique et Robespierre peuvent être absous par la sincérité de leur foi, mais la raison comme l'humanité réprouveront toujours l'aveuglement de leur fanatisme.

Le fanatisme est l'ennemi de la religion, l'ennemi de la liberté que la religion consacre ; il supprime le libre arbitre et tyrannise les opinions.

On ne saurait , toutefois , disconvenir qu'un zèle exalté jusqu'au fanatisme ne soit propre à créer, au service d'une cause , des serviteurs héroïcpies. Agir en risquant sa vie et sans raisonner, sous le bénéfice d'une idée adoptée sans réserve et embrassée avec passion, c'est être un fanatique ou un héros, et souvent l'an et l'autre à la fois. Ici le fanatisme , c'est la volonté passionnée d'obéir : la pensée qui domine est un glaive, le fisinatisme sert de bras.

Jamais cause juste et populaire n'eut besoin du fanatisme. Assassiner des rois sous une monarchie, des citoyens sons une république, ce sont des crimes également abominables et pernicieux pour la liberté.

Il faut observer que tes amplificateurs et les souf-

fleurs de périodes donnent parfou au mot qui nous occupe des acceptions forcées^ moins justes que pitt<H resques. Qui n*a yu célébrer, sous le nom de fanatisme guerrier, rhérolque ardeur qui précipita en 1793 la jeunesse française, sur nos frontières envahies ! Aimer la patrie, défendre l'indépendance nationale, repousser Tétranger du territoire, ce n'est point agir en vertu d*nne aveugle passion ; c'est se montrer courageux et sensé. Ces méprises prouvent que l'on doit se méfier du fanatisme de la phrase.

Les cruautés exercées pir un paiti ne proviennent pas toujours du famatisme; un intérêt froilement calculé en est fréquemment le mobile : ceux-là seuk se font fanatiques qui se chargent de les exécuter : il est à remarquer qu*ils n'en profitent jamais.

Livrer l'essor au fanatisme, c'est creuser son propre tombeau ; car le fanatisme est une maladie mentale, et ceux qu'a une lois atteints ce genre de folie n'en guérissent pas : les terroristes et les thermidoriens ont employé les mêmes exécuteurs. Ce sont les septembriseurs qui ont entonné le chant de mort de Danton, et qui, plus tard^ ont décimé la Montagne.

Quand un gouvernement se laisse entraîner à des rigueurs inutiles, il côtoie le fanatisme de très-près. La justification du châtiment est la nécessité; la société s'y résout quand l'exemple doit donner une leçon salutaire, ou lorsqu'elle est forcée de mettre hors d'état de nuire, des hommes qui la tiennent en péril.

Si la sévérité est dépourvue de cette raison d'être, elle devient aveugle et passionnée comme la ven-

9M mcYtôdliÀtMi i>Aio«utKKnt.

geance t Uaveuglemént et la pftsftidu caractérisent le fonâtîsme.

Gomme le fanatisme est haYdsablé et v^iolent ^ il a soulevé de profondes indignations, et tliaque ]pani maltraité le stigmatise À son point de vue. Il est difficile d'en parler arec ftagesse.

CNsst done un écuell fc ét'iter que dé pa^leir «n fana* tique dn fanatisme d^autrut.

PASsioirs voftMn^xmB.

Il n'est rien de plus spontané» de plus involontaire, de moins réfléchi que les passions» rien de plus opposé aux èiterses aecepttôns dont le mot politique est susceptible.

La hàtmé a enfoui dans nos Amei le germe des pas-sîanÈ qui s^ développent fortuitement.

La potiti^ttè e&t un art ibndé éur Tétude, sur Teicpé* rlencé. Détftéhé des passions, ThoUime qui juge froide^ ment soumet tôs opinion! et sa conduite aux règles de la politique e|Ui le rend circonspeet, réservé, prudent, adroit , souple , rusé tnéme et parfois hypocrite t il n'est politique qu'à la condition dé n'être plus passionné. Ces déUx termes sVjccluent , et leur accouple^ ment illogique ne peut servir qu'A déguiser k fétïié.

Un homme ^e passionne pour une cause, par^e qu*il est capable d'entratnemént , parce qu'il possède un «œur aisément inflammiible ! sa passion rst renthousiasme ; elle n'est point politique , parce qu'elle n^est pas calculée.

DtCTfOmiAIU DÉMOGftATlQITS. 351

I>eax partis rivaux sont en présence ; vous en adoptez uA qui vous séduit ; vous tous associez à sa fortune; les péripéties vous émeuvent, l'ardeur de Tactton vous emporte : vous pratiquez sur une grand^ échelle la passion du joueur. Cette partie est la seule où Fou puisse jeter sa vie sur le tapis et satisfaite à une soif immense d'émotions*

Tous aspirez à eonquérir le pouvmr à tout prix sur ceux qui l'exercent. Est-^se du bénéfice , est-ce de l'houiieur qu'il procure que vous êtes jaloux?

Dans le piremier cad, vou^ passion est la cupidité ; dans l'autre, c'est l'orgueil.

Mais peut^tre voUs croyant le plus digne et le plus hardi, n'étes^vous pousèé k vous lancer dans les orages de la politique , que par un invincible besoin de donner carrière à des fbftes surabondantes qui sollicitent un emploi, et veulent impérieusement s'eiercer» Votre passion est l'ambition^

L'on a vu des gens s'acharner à la défaite d'un gouvernement dont ils détestaient les principes ei consécutivement les organes» Gés répulsions ticcrues de Jour en jour les portaient à engager le tombât au risque même de leui* existence. LeUr passion ^ c'était la hainip.

D'auiyes se sont attachés jusqu'à la mort aux lirions d'une cause disputée , et leur sympathie , ni^e d'une communion d'idées , s'est élevée jusqu'à la pas ion : le dévouement, l'amitié sont des passions natBrelles. Elles durent jusqu'à l'heure où l'expérience politique l<«s éteint.

3ftt 01CTI0N5A1BB oéMOCRATIQUB.

Quand les hommes sur le retour rappellent le souvenir des attentats » des erreurs dont ils furent les témoins ou les complices , ils rejettent la faute sur les passions politiques , terme honnête pour couvrir ce qui ne le fut pas.

Mais, si Ton n*avait pas imaginé cette pudique imposture, comment aurait-on qualiâé ces hommes chargés d'opprobre qui s'éternisent au pouvoir sous tous les régimes, et que Ton vénère comme de vieux amants perclus à courir les nobles aventures , grâce à cet euphémique aveu i — Ils ont traversé les orages des passions politiques?...

Ces gens à passions ont trahi tant de maîtresses, que Ton a fini par les tenir pour suspects , et les défiances inspirées par leur mobilité passée ont beaucoup contribué à*la chute du dernier gouvernement. Le scepticisme, la corruption ont formulé cette brève justification fondée sur les passions politiques : on sauve ainsi le décorum ; mais le peuple, qui se refuse à comprendre la subtilité des grammaires officielles, n'a pas admis la fiction des passions politiques.

Craignons ces termes vagues et sonores qui polissent une langue, comme la meule polit l'acier, en l'usant. Les idiomes trop raffinés caractérisent les sociétés perverties I en faisant du talent de K parole l'art de déguiser la pensée*

Aux yeux du moraliste comme du philosophe il n'y a pas de passions politiques : les passions diverses qui se sont agitées sur le terrain des affiiires publiques ont constamment été si im(k>litiques, qu'elles ont mis la

DfcnmmAiiB oÉHocBAnotn. 353

société en péril, et finalement perdu ceux qui s^j sont abandonnés.

Otons à la sombre manie du fSuiatisme le prestige de la passion, élément des actions les plus belles comme des plus coupables ; restituons à chaque passion naturelle la responsabilité de ses œuvres, et que la vérité du langage réduise tout le monde à Taltemative du silence ou de la sincérité.

Quand un homme est parvenu , Ton ne sait comment, à se donner une importance, à exercer un ascendant disproportionnés avec la médiocrité de son mérite ou de sa position connue. Ton dit qu'il est infitient^ qu'il a de Y influence. Les mots intrigant^ iniriffue semient trop crus.

Comme bien des gens se résolvent par intérêt à certaines platitudes, à la condition de garder les dehors de la dignité et de laisser l'amour-propre en repos, ils avouent les services dus à Vinflttence d'un personnage, mais ils reculeraient devant l'idée exprimée par le mot protec^ tton. Le protecteur avait déjà remplacé le bienfaiteur ; la faveur était devenue un service: maintenant on n'est même plus l'obligé de la générosité d'autrui ; l'on a des influences à sa disposition.

Voilà donc une expression commode pour tout le monde, et fort propre à déguiser le côté graveleux des menues industries d'antichambre.

Il est rare que les mots fassent défaut aux idées ou

aux faits s sous le dernier règne les inflaenees gouvernaient despotiquement toutes les branches de TadinU nîstration : faveurs, emplois, pensions, adjudications, commandes, rémunérations, tout était à la merci des influences, •

L'homme à influences est le courtier marron des feveurs du pouvoir, assimilées à une marchandise. Une telle profession suppose trois genres de coquins, le V^deur, l'entremetteur, et le consommateur.

Ce dernier est le plus innocent , car le plus souvent il ignore que l'on a vendu ce qu'il n'a pas payé.

L'abus des influences implique la corruptioh et la régularise ; il a discrédité l'ancienne chambre des députés qui avait fini par constituer le règne t>tcuUe des influences personnelles , par désorganisèlr les administrations et pat placer les ministres et les repnisentants dans des conditions de dépendance mutuelle.

Dis son avènement, la République à pris, contre le retour des influence^, deS mesures insuffisantes encore, mais qui procèdent d'une bonne intention. 11 n^exîste contre ce principe dissolvant d'autres garanties que le patriotisme et la mbralité. Ces réformes de la conscience une fois réalisées , l'intervention des représentants du pays dans la répartition des emplois peut devenir salutaire. Ils connaissent les candidats nés dans les départements dont ils sont les mandataires, et peuvent éclairer le choix dë^ niinisti-es exposés à nommer des fonctionnaii*es qni leur sont inconnus.

L'intervention du repfésêntant en Ihveur des candidats absents, dignes d'être écoutés et hors il'état"^t? sou-

tMÛr cwMnénifs kur préleatîw, ««nrirût au^^i à naitraliser l'influeBo tsop immédiate 4e9 GoacùrreinU qui léttdent au centre du gouTernement» et à, empecd^er que TadministfatioD provinciale qa deyÎAt rol>jet de Vexrclnasre aphiitaiioiideaPurim»3« (ks^traliaatiçn ii^gite, qui jEnrait affiuer dant k ei]âlale lova lea i^UÎgauta^ tous lea sc^Uieitenia de la Répubbque françaiae^

Pour que l'État aoît éq«iUiU«n«fit admiiftUtïé» il faut que les abKut&n'aiiint jamaiaton» «l qu« WUA k» droits étant lepscsentis, il n'y ait paa d'absents pMQti les cttoyeas dispersas sur le tcrriloire de la patrie

Vimportan^ est de eoimnenoer par anéantir Vii^ floeÂc» dsf influence^ et par rogner les grifiEes i l'in-* térêt individuel. La suppressiefi du œns électpial» Vafi* cmisseneiit du pembredcs députée étaient les tmes indiepensables de cette réforme; il ue reste 4 effiwer que de TieilkskabimdeSy et l'^ii doit y parveiui: maÛDH tenant que le sort d'un ministre ne.samait plus dé^ pendre do la concession d'un bureau de tabac

A l*aurore de la rérolutiou françaiso qui ftt éelore là plupart de ces expressions, le met réactiwutMÔre était purement adjectif: <-« force réaçtiosmaire^ «^ mesmne^ puissance réactionnaijre.... Lès gens désignés iM]jour*% d'hui par les démagogues^ sous le titre deréopaoïvMirsjt^ s'appelaieat alors des i^émei^ursi Le terme fut français ; itavittHi*

356 DiCnONNAlHB DÉMOCEàTlQUE.

On définissait alors les réacteurs : « Agents de réaction politique par la vengeauce et l'assassinat. »

Les émeutiers de juin 1848 qualifient les citoyens qui ont défendu la liberté, de réactionnaires.. ••

Quand les fastes de l'histoire d'une nation sont trèsremplis, elle tourne volontierSi comme les vieillards, ses pensées dans la région des souvenirs, et les idiomes reproduisent ces préoccupations de l'esprit. Cette tendance est caractérisée chez nous par plusieurs vocables d'une synonymie plus ou moins rapprochée. Nous avons créé rétrograde — - qui marche à reculons ; réac* iionnaire et rétroactif. Ce dernier mot signifie : — qui agit sur le passé. Il ne s'appUqde pas aux personnes, mais aux idées et aux institutions.

Nos pères avaient ajouté à ces néologismes rétraagir^ rétroaction; réirogressifj invention de l'abbé de Saint- Pierre, et rétrogradUte^ pour désigner les partisans des théories rétrogrades.

Ces formules de protestation contre les gens de résistance sont des indices de la rapidité du mouvement des opinions , et de l'ardeur des hommes épris d'innovations.

Quelques principes que l'on professe, on est toujours plus ou mmns soumis à l'influence du passé, quand on s'occupe de l'avenir de la société. Les leçons de Thi»* toire ne sont perdues que pour ceux qui ignorent l'histoire, et les ânes seuls sont d^agés de toute préoccupation réti*ograde.

La manie des théories improvisées dans le vide et appliquées sans contrôle est l'écueil et Texagérstion des

ncnoscuaam BÉMMaAnors. 3S7

idées de progrès Laûasons donc am aiotf kor ' simple, sans pennettie aux pawioes d'en forcer k i Une loi ne doit jamais étie récroacÛTe; an bommc rétrograde oa rttrop^isie fidt preuTe d*an esprit borné et d'an esprit serrile; mais lliomiiie qui ne tient nnl compte du passé et qui brise le jcNig des tiaditioiis nVtt qu'un étourdi.

Quant au rêadatr qm nourrit des projets réaction* naires , c'est, en général , un personnage de nunnraise volonté et de mauTaise foi. Mais k privilège d'employer en guise d'arme ce mot accnsateur, ne saunit être dévolu à un parti.

Aux yeux des énergumènes de la démocratie, si amoureux de la liberté, qu'ils aspirent à s'emparer du pouvoir pour r^ner par la tyrannie de l'échaCiud, ks amis de l'ordre et des moyens de conciliation sont des réactionnaires, ainsi que ceux qui se souviennent, un peu trop pept-étre, des institutions du dernier régime, et dont l'éducation républicaine n*a pas eu k temps de s^accomplir.

A ridée de réaction ces rigoristes opposent celle du progrès , — de la inarche en avant. Rien de plus logique , s'ils n'étaient eux-mêmes ckquemnrés dans les traditions de l'an II, et s'ik ne rétrogradaient à pas d'é» crevisse jusqu'à quatre-vingt-treize.

Rebrousser chemin jusqu'à l'année dernière, c'est à notre sens se replonger bien moins loin dans k passé, que de remonter jusqu'à l'autre siècle ; et k compli» cité avec les errements de la Terreur, qui implique uu parti pris de récrilninations et de vengeances,

eft( ^yklemment bien plus r^actioBiiwe que la défiance des derniers partisan;^ du s][Stème représentatif.

Reconnaissons donc que ces termes de rétrogrades, de réactîonnaii'ed , sont; une selle & tous chevaux ^ que Qittl «e paiTTient à faire entière abstraction du passé, en se préoccupant de la destinée future de la société; et constatons, ai l'esprit de parti s'ob&tine à maintenir lUK déaÎQuition irritante, que ceux-là sont les plus vi6leoiU dea réactionnaires, qui s'obstiuènt 4 jeter k plus mp^demment çett^ accvsatio^ 9. leurs adTersair es*

litxe.âésÂotéxessé.» c'^ consentir axec connaissance 4» cauae auk sacrifice de soi» prqpre ii^térêti c'^t a'^fia* «er.au profit de la chose publiqu!Q,,sa«^ ^ucunç resti^ictim peiMo wqU^

Gomme le vulgaire n^attache au mot intérêt qaTune iMà fQg% matérielle» 'A ^ i:éaultQ que Ton acquiert sans trc4p^ de pm^ w» recoin, d? désintéressement au fiKU d'uA sacrifiée péçiwiaiKe {ait 4 pre|K>s et av^c bruiu Cette gé{iéKoaiji4 esi pai:fQi3 ^m bwM ^jiésuiation.

Etre déstiftlécessé^ c'est ixNOAoler «oiibeioûiL m» asnbiti«Bi> 9om «rglwil, en un mot ti^ea ka pasai^vis dont là sa^tfiaction noua parmi préférable «wi; j(»iisaftnces dftkfiactunft.

L'intrisM ae.reiét parSoifal det apt«te<M«s dtt désiA-:

léressement. Quand on eut décidé qne les représentants du peuple recevraient une indemnité quotidienne de 25 francs, nous avons vu des candidats briguer l'honneur du mandat législatif en offrant de renoncer à rindemnité.

Ce désintéressement se réduit à un marché dont^ voici les termes : — Faites-moi député, je vous donnerai 25 francs par jour.

De telles transactions détruisent l'égalité au profit de la richesse ; elles jettent de la défaveur sur un concurrent pauvre qui ne peut consacrer gratuitement son temps à la patrie; elles séduisent et corrompent 1*0pinion publique. Ces prétendus désintéressés étaient tout bonnement de très-mauvais citoyens.

Parlez-moi du désintéressement de ce ministre enivré du xx)uvoîr, qui dédaignant d'enrîcblr sa famille, sortirait pauvre de Tadministration ; mais qui voulant y rester à tout prix, prodigue les deniers de PÉtat à la corruption , afin d'opposer à son impopularité croissante une majorité parlementaire salariée. Son désintéressement ruineux assure le succès de son égoïste ambition.

X*** a des prétentions modestes; il sait tout ce qu'il vaut et ne s'en fait point valoir davantage. Retiré dans l'héritage de ses pères, il y vit sans faste et sans parcimonie. Sa philosophie douce à lui-même n'a rien d'importun pour autrui. Embellir son asile, distribuer des eaux vives à travers Témail d'un parc, aplanir des sentieri», greffer des arbres, défricher les terrains rebelles, \els sont les paisibles amusements de son repos.

360 DICTIONNAIRE DÉMOCRATIQVB.

Mais X..., apprécie d'autant mieux les grâces du loisir, que son printemps a connu des orages dont il prétend exempter son automne. Son génie a sauvé l'État, son habileté a entassé l'or dans les coffres de la République, le désordre expirait à son approche; son nom qu'il cache sous des massifs de verdure avec la coquetterie des sages , est demeuré dans tous les souvenirs, et les échos du forum ne l'ont pas oublié..

Que le peuple soit menacé , que les passions ennemies fomentent la discorde et lancent les affaires pu- 1 bliques sur le penchant d'un abîme , soudain la foule des citoyens désignera son sauveur, et le nom de X... sera invoqué comme celui d'un demi-dieu.

Déjà le tumulte de ces acclamations a franchi les campagnes, et porté jusqu*à l'oreille de X.... un avantgout du triomphe qui va l'atteindre. Tain espoir : X.... reste sourd aux prières; sa gloire l'obsède, sa faiblesse l'épouvante ; les honneurs ne le touchent plus; les trésors qu'on lui ouvre n'ont pas de prise sur son âme : il aspire au repos et demeure invinciblement retranché sous le majestueux rempart de son humilité.

Lui seul, cependant, pouvait sauver la République; on le sait , chacun se retire attristé , déplorant l'excès d'un désintéressement que cent voix admirent et célèbrent à l'envi.

X.... estime son repos plus qu'il n'affectionne sa patrie ; il n'aime que sa précieuse personne, et il n'a pas eu la fermeté de se désintéresser d'un égoïsme affreux.

Cette maladie est si rare en notre siècle, qu'il a fallu,

MCnONlfAIRB DéMOaUTIQCB. 364

pour la caractériser avec vraisemblance, emprunter la forme et le style d'un écrivain de l'ancienne roche.

Toutefois, la conclusion morale de ces exemples divers appartient à tous les temps : c'est que le vrai désintéressement consiste à immoler à son devoir tous les autres sentiments , et à l'accomplir sans faiblesse comme sans excès.

Ce fonctionnaire qui a brigué un emploi très-lucratif et qui consent à se défaire d'une moindre chai|[e afin de s'assurer la conservation de la plus productive, risque de paraître désintéressé lorsqu'il n'est quliabile« Cet autre qui recherche des fonctions honorifiques et refuse tout salaire, est avide d'importance ; à moins qu'il ne prête pour un temps donné ses heures à l'État et qu'il ne donne le grain des semailles à la condi* tion de moissonner plus tard.

Exploiter à long terme le loyer de la reconnaissance, ce n'est pas être désintéressé.

Parlerons*nous du désintéressement qui recule devant des honneurs dangereux, du désintéressement qui s'éclipse au second rang pour briller au premier ; du désintéressement qui se fait entrevoir sans cesse et va se cacher partout où il est exposé à souffrir une cruelle et douce violence ! Les poissons qui passèrent impunément sous le bec aigu du héron de La Fontaine durent trouver l'oiseau fort désintéressé.

Méfions-nous de tout désintéressement qui s'affiche et recourt à la publicité. La publicité est toujours un moyen, un appât, et ce n'est pas en vain que l'on teud des amorces. La plupart de ces hommes désintéres-

362 MCTIONIfÀIRE DéMOGRATIQUB.

ses se résignent à l'abstinence à bon escient ; ils atlendent et convoitent un poisson i la mesure de leur appétit.

BXPI011IATXB.

On définit communément la diplomatie : — Science des intérêts de puissance à puissance , ou des rapports des nations entre elles.

La diplomatie n'est pas une science , parce qu'elle li*est pas fondée sur des principes certains et invariables. Soutenir à Tétranger les intérêts de sa patrie, protéger au dehors ses compatriotes , faire prévaloir la politique de TÉtat qu'on représente, et servit d'intermédiaire aux relations réciproques de deux peuples, ce n'est pas être u,n savant : ce rôle çst celui d'un thargé d'affaires; la diplomatie est une fonction.

-» Si l'on vous ment bien, disait Louis Xt à ses ani«> baâsadcuis, mentez mieux. Ce prince qui a fondé la diplomatie moderne, lui a tracé son programme en trois mots.

La mission du diplomate participe de celle de l'avoué. C*est à peu près à te titré qu*il intervient dans les procès qui s'élèvent entre deux puissances; son rôle consiste souvent k enibrôullier les affaires, et quand il est assez hatfile pour exploiter Tune et l'autre partie, en leur persuadant qu'il les sert toutes les deux, son industrie prospère, son Aom est célébré comme celui d'un très-grand diplomate.

Tel est l'écueil dé la vieille école dé diplomatie mo-

McnomtÀtmB néiiociuiioim. i6&

narchîqae. Il fiiut trop de Tcrtû pour exercer inces» samtnent le métier <le tromper au profit d^autrûi, san^ finir par tromper & son propre bénéfice.

Le peuple , qui est rarement ambassadeur et acadé* micien tout ensemble^ qualifie de âlptomntie la ruse et la duplicité.

Au surplus , il est uo moyeu excellent de se reftdre compte de la signification morale d'un mot et ee genre, et de résumer l'opinion publique au sujet de certaines institutions et de plusieurs emplois. Ce procédé con-* siste à observer les épitfaètes les plus communément accolées aux termes qui désignent ces fonctions ou ces institutions.

On fait réloge d*un diplomate en le qualifiant d'expérimenté, d'babile, de fin; mais je ne me souviens pas d'avoir rencontré dans l*histoii^ ces expressions ï un diplomate sans détours, — un loyal dtplom&te.

Ici ta probité consiste à ne jouer que ses adversaii*es i c'est dire que Jusqu*à ce jour la diplomatie n'ft pas reposé sur des principes vrais et sincères.

£n peut-il être autrement? Nous le pensons, parce que nous considérons la ligne dioite comtne le chemin le plus court, et la vérité comiiie l'élément de tout tien.

Figaro ayant traCé une description assez fOrte de là diplomatie, son maître lui objecta qu'il avait dépeint l*»ntrigue, et I^garo n'eut pas la vue assez perçante PO"r dfstinguer des différences essentielles éntfe ces *eux objets d'analyse.

Acceptée comme moyen d*àdtî6n , l'IhtHjfUé aboutit

361 MCTIONlffAIRE DÉMOCRATIQUE.

à entretenir, par la méfiance, un antagonisme perpétuel : elle est incompatible avec la fraternité des peuples, et SQus cette influence, le plus sage parait être toujours le moins conciliant , parce que consentir ou céder c'est risquer d'être dupe.

Si la diplomatie fut une science , cette science occulte est incompatible avec la religion politique de la démocratie. Du moment que les Etats cessent d'être assimilés à des immeubles , sujets, suivant l'ambition de leurs propriétaires, a des litiges de servitudes ou de mitoyennetés , le diplomate doit devenir autre cliose qu'un intendant ou un avoué préposé à des intérêts de chicane.

L'ancienne diplomatie agissait en dorant la pilule, elle masquait les projets d'un ministère pour un temps plus ou moins long, elle embrouillait les questions pour en ajourner la solution ; elle divisait pour régner, elle fomentait la discorde ; elle éloignait la guerre par la menace de la guerre ; elle déplaçait les querelles au lieu de les éteindre.

Ces palliatifs n'avaient qu'un eiïet momentané; ils conduisaient à d'autres subterfuges, et quand l'arsenal des petites ressources était épuisé , quand la défiance mutuelle était à son comble, quand les discords envenimés étaient devenus insolubles , il en résultait des conflits épouvantables.

Considérez l'abîme où la diplomatie du congrès de Vienne a plongé le dix-neuvième siècle !

D'où pracède cette confusion ? De ce que les droits des peuples ont été méconnus et fraudés: de ce que

Dicno!i!fAni vêmoaunom* M5

leurs sentiments ont été froissés; de ce que l'Europe a été assimilée à un échiquier entre les mains de quel* ques joueurs subtils.

Ces déplorables routines ont été plus d*une fois stigmatisées : elles ont donné lieu à cette railleuse observation : « L'encre des diplomates s'effiice aisément si l'on met dessus de la poudre à canon. »*

Je ne sais quel philosophe a écrit : « Une des sciences les plus incertaines est la diplomatie, qui ne peut opérer que sur trois inconnues : Tavenir, le destin et la mort. »

^t cette prétendue science opérait sur la justice, sur la sincérité , sur le vœu général des peuples , sur les tendances instinctives révélées par les mœurs, sur le fraternel intérêt des diverses portions de la grande famille sociale , elle cesserait d*étre la diplomatie , pour consittoer la plus loyale, la plus sainte, la plus utile et la plus pacifique de toutes les missions.

Que faut'il encore pour en arriver là? — Que la politique des peuples bien entendue et devenue prépondérante succède à la politique des rois. Dépourvus d'intérêt à se faire conquérants, les peuples entre eux n'auront plus à défendre les droits de leurs nationalités.

Une monnaie est une marchandise dont la valeur est l^alement fixée , et que chacun a le droit d'échanger contre toutes les autres marchindises.

366 DICTfOltNAX&ï DlftHOatLÀTIQtnt.

Gomme les monnaies ont été inventées dans le hnt de faciliter toute transaction, et de servir de base à l'évaluation de tous les objets susceptibles d'échange oa de salaire, il est essentiel que leur valeur réelle ne soit pas sujette à de fréquentes variations , et que la matière dont elles sont faites puisse représenter, sous un petit volume, un prix à peu près identique à celui d'un fragment de cette même matière, d'un poids égal au poids de l'unité monétaire.

Le cuivre^ l'alliage connu sous le nom de bibon, l'argent, l'or, le platine offrent ce double avantagé. De ces métaux divers , les deux derniers étant les plus précieux , sont susceptibles de fournir une gtande valeur sous un très -petit volume; mais l*argent est préférable encore comme unité monétaire , parce que son prix est moins variable que celui de l'or et des autres métaux.

Le platine est employé par les Russes , qui sont à même de se le procurer plus aisément que la plupai*t des autres peuples. L^adoption de ce métal dans les Etats occidentaux aurait l'inconvénient de raréfier le numéraire et de rendre le change difficile et onéreux.

Quant à l'or, base de l'unité monétaire en Angleterre , il présente chez nous des inconvénients corrélatifs à ses avantages. Gomme il réalise, sous un vo* lume égal, vingt fois l'unité représentée par le franc, il facilite les déplacements et la circulation des grosses sommes ; mais il fournit, dans un moment de crise, un moyen aisé d'opérer l'émigration du numéraire , ou sa

mCTlQNKAl&B DKMOGUTIQUS. W7

disparition , et ^ pajr suite , d'éferer k taux de l'aq^ent  proportion de la rareté de l'or.

La rupture de l'équilibre normal entre ces deux signes représenlaliliB exagère la valeur de l'or, qui «e négocie à un taux usuraire : et comme, dans ces conjonctures, le crédit, c'est-à-dire la monnaie de papier subit une baisse proportionnée , la représentation e£- £ecthre de la fortune publique, l'argent ne su$t pins aux. besoin^,: il en, résulte uofi détresse générale*

Plus la différence augmente entre le prix de l'or et la valeur de l'argent , plus le crédit diminMO* parce ^e ^ quand l'or se| cache» la monnaie) de papier perd de 9^ i^anties.

De ces observations il résulte que, pour être soustraite à ces divers inconvénients^ et aux dépréciations ccmuaae aux encl^érissenusnts éventuels , la u^onnaiQ devrait çonsdhrer toujours un ycdume proportionnel au poids dç' sfQo, m^téet au titre commercial que cette qu^Alité pdét^dUque poss^.

J^ monnaie d'^r étfiij&H deiHc titres : celai de Vqry celui de l'^i^nt» ^t e;n qu4qua sorte deux uiû* tés monétaires, dont l'une, sous un même volume

c;t Ji^ sçid ^ne , n« représente. qu#: le vingtième de

l'autre*

11 a^ait pl^s avantageux qu'aucune mailière plus

préciçuse que cdle dont Tunlté m^^nétaire est faite ne

9^,vlt k fri^peit des moimaips^

G^es nouSt ^tte matiore est Vaiigenl, méHal d'un

prix «uffisaet pour rendre k nuesuiraixe portatif > peu

eM0iiibrant,«MÛ3 aasos lointd déjà, aases^ vofaminena»

368 0IGTIONNA1RB DésiOCftATIQUE.

assez divisé , pour qu'il soit difficile de l'accaparer» de le séquestrer et de le faire disparaître tout à coup.

Le but de la monnaie est de faciliter Ips échanges. L'argent s'échange de toute nécessité , l'or se conserve et s'amasse d'autant plus , que chacun , dans les moments de trouble, cherche à l'accaparer pour l'assis mtler à un capital improductif. Avec l'argent monnayé , l'on achèterait des diamants , de l'or même , et la monnaie circulerait ; avec la monnaie d'or, on retire de la circulation le tiers , le quart ou le cinquième du numéraire.

A la suite , et sous la garantie des monnaies effectives émises par l'Etat , le crédit donne cours à des monnaies de papier, investies d'une valeur fictive, mais hypothéquée sur celle des sommes d'or ou d'argent ainsi représentées , ou sur des immeubles ou des marchandises fournies en nantissement et évaluées d'après la somme de numéraire qu'elles compensent.

Plus le papier d'échange inspire de con6ance, plus les transactions sont faciles : l'abondance du papier-monnaie et sa libre circulation constituent le crédit et en donnent la mesure.

Ainsi 9 plus le crédit public s'accrok , plus l'usage de la monnaie diminue. En Prusse , ou le métal est rare, le papier s'échange pour les moindres sommes. Les lettres de change j les billets de banque , les billets à ordre constituent chez notis des monnaies qui se discréditent quand le crédit se restreint ; et comme , en France , l€ numéraire est très-abondant, l'élément du crédit est très-ptiisaant y mais d'autant plus facile à épuiser |

DICTIONNAIRB DBMOCRATlQUB. 369

parce qu'il suffit, pour y parvenir, de confisquer le numéraîre, ou de Texporler, opération que la concentration monéiaire de Tor met , par malheur, à la discrétion des crapitalistes et des rentiers.

Ainsi y l'argent , monnaie plus encombrante et d'mie circulation plus onéreuse , nécessite davantage l'emploi du papier et préserve la source du crédit , tout en le rendant indispensable.

On se méprendrait fort , si l'on prétendait conclure de ces observations à l'opportunité de la suppression des monnaies d'or. Le vol n'est jamais une bonne opération financière, et ce serait un triste moyen de relever le crédit que de répandre la panique au sein d'un Etat. La suppression de l'or monnayé livrerait soudainement à l'étranger tout l'or de la France.

Les mesures sages et salutaires ne sont jamais rétro* actives; elles ne règlent que l'avenir- La République, à cet égard , conciliera son intérêt avec l'équité , en se montrant désormais extrêmement sobre à l'égard de la fabrication des pièces d'or. Si le numéraire fait défaut , l'argent est là ; mais il serait dangereux , je le crois, dans ces temps d'inquiétude qui peuvent se prolonger, de préparer des monnaies d'or pour faciliter les émigrations , les exportations et les thésaurisations des gens craintifs ou mal-intentionnés. L'or s'amoncellerait et resterait immobile , ou bien il s'évanouirait à la moindre menace ; l'argent circulera toujours.

La valeur représentative des monnaies est maintenue et garantie par leur valeur intrinsèque ; c'est ainsi que Taisent oionnayé est en réalité une marchandise. Il

370 mcnosnouui démogritiqus.

n'en a pas été toujours ainsi. Du treizième au dix! huitième siècle , les rois ont fréquemment abusé d^ d^oit d'altérer les monnaies. Quand cette mesure est n<^ toire , elle fait à Vinstant hausser le prix, de toutes Ifl denrées , dans une proportion inverse de la déprécia* tion subie par T unité monétaire. La valeur réelle d^ métal-marchandise demeure la même y et le titre lég;^ de la monnaie reste , pour toute transaction à venir, i rétat de fiction.

Si ^ de nos jours , l'on décrétait : — * Le franc ne p^ aéra plus qu'un demi-franc , k^ ol^ets qui s'étaient ant térieurement échangés contre un demi-franc se vei^ draient deux demi-francs.

L'effet dci la mesure ne porteicait qixe sur les contrat^ et les obligations anjtérienrs au décret , ^ réaliserait comixie Ta observé M. Gourcelles-SeneuiL^ une ban* quçroute généralie des débiteurs envers les créanciers , réduits h 50 pour cent de dividende- Ajoutons que l'Éi tat ferait une bien médioci^e affaire ; car il perdrait touj autant sur la perception de Vimp6t et sur toi;ites se^ recettes : dommage^ sans compensation dans un payj bien administré , qui doit compter plus de débiteurs que de créancicx's*

Le gouvernement se verrait réduit à doubler k chiffre de Tiinpôt , c'est-àrdire à confesser luinBèinfi «2^ fraude et à régulariser un genre de vd impudemment commis*

lia Franoe a vu jadis de ces indignitéa; n^s comme, pour karen^e fructueuses^ il était nécessaire de trom* pec sw la iKMtuce de la spéculation, les rojsquiy comme

Philippe -le-Bcl, ont affronté le titre de fints-moi»najeurs , dégnisaîent la fraude , en imposaient par Tapparence, et bénéficiaient sur cette tromperie jtuqa'i ce qu'elle fût reconnue.

I>e nos jours , Villusion ne durerait pas TÎngt-qmtre heures , le crédit serait à l'instant suspendu. Depuis que Von a reconnu qu*il est lié à la fixité, à rimnnia» bilité des signes monétaires , TÉtat , dans on cas d'urgence y préfère recourir à un emprunt et mettre du papier en circulation.

Cependant , il faut FaTouer, l'abus , la multiplicité excessive des emprunts , qui surfait le prix de l'argent, est j à certains égards , assimilable par ses conséquences à l'altération des monnaies ; il finit par déprécier la monnaie de papier; car, pour qu'elle circule et s'é* change , l'administration financière est obligée de présenter aux prêteurs l'attrait d'une baisse sur le pair, de laquelle l'emprunteur subit la différence.

D'où il suit que si l'emprunt est couvert , la rente est sujette à ressentir le contre-coup de cette opération. Ainsi , quelquefois , les emprunts forcés ne réalisent qu'une ressource de circonstance , qu'un palliatif obtenu à la condition d'une saignée pratiquée sur le crédit public.

Depuis les funestes essais de Law, depuis la déconfiture des assignats , à la dépréciation desquels la contrefaçon anglaise a laidement contribué, le papiermonnaie inspire en France une défiance difficile à surmonter. Ce qui contribue à l'entretenir, c'est qu'on s'avise en général de lui donner cours trop tard , quand

371 DICnONNÀIRB DiMOCaATIQUB.

les crédits sont resserrés , au lieu de profiter ayec prévoyance , pour ces sortes d'émissions , des besoins du crédit en pleine vigueur.

On n'aurait plus alors à redouler que les abus du crédit , bien moindres en leurs conséquences que ne le sont les suites du discrédit,

La fixité, la stabilité de la valeur des monnaies sout d'immenses avantages ; nous les devons à la Convention qui a rendu pour l'avenir les altérations à peu près impossibles. Cette détermination loyale du poids et du titre des monnaies a constitué chez nous les bases du crédit et régularisé les transactions.

Auparavant, si la valeur de l'argent augmentait, c'était au préjudice des débiteurs; diminuait-elle, les créanciers pâtissaient de la réduction des dettes : la conséquence , dans le premier cas , était l'usure ; et dans le second , la banqueroute.

Comme l'on en est réduit , dans notre siècle , où tout a été dit et où l'on prétend dire beaucoup encore , à fonder, pour paraître nouveau , des systèmes sur l'anéantissement de tout ce qui existe, et sur la création de tout ce qui ne peut exister , l'usage de la monnaie est proscrit en théorie par quelques communistes.

Ils proposent de remplacer le métal par des bons d'échange imputés sur toutes sortes de marchandises , de denrées : ces bons serviraient aux transactions à distance ; l'Etat en serait le répartiteur, et ils seraient garantis parla production. Il y a, au fond de cette idée , fort difficile à saisir dans le détail de ses moyens d'application , un principe radical do nivellement et un actif

DICTIO.XNAUB DRXOCBATIQeS. 373

élément de barbarie ; car elle conduit à la destruction de la plupart des industries d'intelligence ou de luxe.

Ce serait un autre genre de monnaie substitué au nôtre, et de monnaie d'un cours indécis, Tariable, d'une émission illimitée , d*nne circulation compliquée et d'une diversité infinie. Il est pit>bable que les abus d'une semblable fiction conduiraient une société à revenir à la création d'une monnaie d'un emploi général^ et dont la valeur fût garantie par sa nature même* Telle est précisément notre monnaie actuelle.

Les systèmes de ce genre proviennent de la même source que les attaques à la propriété dont ils sont la conséquence.

Tout le monde n'étant pas propriétaire, il parait plus simple à bien des rêveurs de décider que nul ne le sera, que de travailler bonuétement à le devenir. De même , comme chacun n'est pas capitaliste , il est des gens plus disposés à supprimer l'élément du capital , qu'à s'efforcer de le gagner par des moyens légitimes.

Ces doctrines antisociales rêvées par l'impuissance , la paresse ou l'envie, recrutent leurs partisans à la faveur des mauvaises passions , et ne sont , en résumé , que la logique de l'anarchie. Si la nation s'avisait de jeter le numéraire par les fenêtres , ceux qui applauili* taient le |dus ne seraient pas les derniers à le ramasser. '

37i DICTIpNNAIllB DlftHOCRATIQUB.

Le chancelier Morus 8*étant avisé de tracer lé J>lan d'un gouvernement imaginaire, réglé de manière à réaliser la félicité générale , plaça le siège de cet empire au pays d'Utopie, mot tiré de toiriç, Ueu^ précédé de la négation 06, c'est-à^re dans une contrée, danâ un lieu qui n'existe pas.

Gomme le livre du chancelier de Henri VIII rejïosaît sur la chimère du bonheur parfait , on a, depuis lors, qualifié d'utopie tout projet , tout plan d'amélioration paraissant impraticable ; et comme , depuis un demisiècle, les constructeurs de systèmes se sont multipliés, on les a désignés sous le nom d'utopistes. Napoléon les traitait d'idéologues.

L'expérience doit nous rendre sobres de l'emploi de ces termes : les idéologues ont fini par avoir faisbn du dédain oppressif de l'Empire, et , plus d'une fois , Tutopie de la veille est devenue la réalité pratique du lendemain.

Que de gens ont disseité , avec tontes les apparences de la raison, sur l'utopie de la République, sur l'u* topie du suffrage universel, sut* l'utopie dé Tégalité des droits !

Dès qu'une doctrine a roussi à piévaloir et à subir le contrôle de la pratique, elle reste discutable et chacun est maître d'en signaler les défauts et les avantages ; mais elle cesse d'être du domaine des utopies.

Les systèmes, tmmnwâ îk î«ps atootica^&s. çxi n*ont pas poar bat rvî^st et fanncl TsKu^r la are. nir beoi-enx 4 b aodélé ksonÛK ar nat r*^\>Beit pas, dansTentim i ipiiMiiM ém nsc . d» xi:7«h.

Bien ii*e$t plus uMKCct qv'vse wêr.vtlU 'ar.-zp* s c'est le rêve de la félkîl^ uztctvIV Mais In is.sp. naUoDS, à force de slsenner i la i^Aorhe da bii^, finissent qnelqiielbb ]w rppai>!ie d« d>>aY et bie^faî^ santés Inmières sur les coocepck» des e«p<7ts pobtlls. Les utopies ont préparé gracMi aosibre d'âin-Toratiocs incontestables. Le génie risque «mrcsx de piiscr pour utopiste y jiisqD*aQ jour tardif oà Texpériesce Tient le Confirmer.

La propriété est antérieure k tonte Irgislatk», puisque ce sont les abos des droits qnVlk confère qui ont rendu nécessaires les lois qui en règlent Tnsage Plus on se rapproche de Torigine des temps et de la nais* sance des cirilisations antiques , plus les prirîléges du propriétaire apparaissent étendus. L*un des plus aiw cîens livres connus, le lirre de Job, nous montre ce patriarche maître absolu de domaines immenses, n\;n;int sur SA famille et sur une troupe nombreuse d^escla^-es.

Le principe de la propiiété est Tappropriation et le travail des terres inoccupées ; la source de toute hu^ rarchie sociale est la famille, qui a fait naîti^ ThoiYdite, aussi ancienne que la famille, parce que la natui'e en est la base.

376 DIGTIOIINAIBB DÉMOCIIATIQUE.

Quand les hommes se furent multipliés, ils se disputèrent la possession du sol, et la guerre devint un moyen d'acquérir la propriété. A la suite des combats survinrent des -traités qui légalisaient les conquêtes, qui en constataient , en limitaient la régulière possession : car les hommes ont senti de bonne heure le besoin , même pour sanctionner la loi du plus fort , de s'appuyer sur un droit supérieur à la force.

Ces guerres d'occupation ne sont plus qu'un souvenir ; la race d^'s vainqueurs et celle des vaincus se sont dès longtemps confondues à travers le vieux monde, et la propriété ne procède plus aujourd'hui, comme à l'aurore des sociétés, que de la famille et de l'hérédité. Elle se transmet par donations , par héritage ou par échange ; modes d'aliénation qui sont la conséquence du droit de disposer de ses biens, inhérent à quiconque est pleinement investi de la propriété.

Aux époques primitives de la propriété, la puissance du maître ou chef de famille s'étendait à tout ce qui vivait sur ses domaines ; il disposait de ses femmes, de ses enfants, comme de ses troupeaux.

Plus tard, durant l'ère des invasions, les vaincus sui* virent la fortune des terres conquises ; Ton acquérait la pit>prîété des hommes en même temps que celle du sol. Telle est l'origine de l'esclavage, parfaitement admis par la Bible , et dont le christianisme est venu relever l'espèce humaine.

Les premiers rois, tels que ceux de la Bible et de ï' Odyssée y furent de grands propriétaires : ils aiguillonnaient eux-mêmes leurs bœufs attelés à la charrue • et

mctionnaub DteooungcB. 377

commandaient à leurs esdaves qui fiiiiaient partie de la iamille.

On a contesté que la propriété constituée de la sorte

ait été réiément fondamental de toutes les organisa*

tions sociales ; ce que, du moins, Ton peut affirmer,

c*est qu'elle a servi de principe à toutes les civilisations,

et que les sociétés très-perfectionnées dont est issue la

nôtre , sont celles-là mêmes qui ont le plus formelle*

ment proclamé les droits et l'exercice de la propriété.

L'un et l'autre furent restreints et gênés par les lois

de Moïse ; aussi le peuple hébreu resta le dernier de

tous : les arts ne purent y éclore; il manqua de ou»»

raie, de fixité dans sa croyance, d'unité politique et fut

aisément livré à la servitude. Nous observons, en outre,

que les tribus arabes, parmi lesquelles les notions de

la propHété ont toujours été imparfaites et confuses,

n'ont pas formé de civilisations.

Placée au centre de la Grèce où florisiaient la poésie, la sculpture, le théâtre, larchitecture, la philosophie et une foule de beaux-arts qui ont servi de modèles à la pensée moderne , la république de Sparte , disciplinée par des lois qui ne furent pas sans analogie avec le communisme, a contiasté avec ses voisines par la rus* ticité des mœurs, par la rigueur des institutions, par l'âpre rudesse de ses habitants. On y érigeait le culte de la souffrance, on y prescrivait les privations, et l'on peut affirmer que les l^islateurs de ce pays se méprirent sur le but réel des sociétés, créées pour rendre heureux ceux qu'elles rassemblent.

Sparte n'a pas lai-sé de monuments, ni de poètes, ni

378 DIGnOlfNAfRE DÉII6CRATI0TO.

de grands écrivains ; ses philosophes mêmes , foinnéâ dans les écoles de l'Attique , étaient réduits à de sombres protestations contre les doctrines de leurs maîtres,

Parmi les diverses industries, Lacédémone n'hono* rait que l'adresse; elle n'encourageait que les exercices du corps; elle tolérait le vol, pourvu qu'il fût habilement pratiqué. La destinée d'un tel Etat se borne à conquérir la vie animale.

Athènes, au contraire, Corinthe, Syracuse > Agrigente font depuis deux mille ans l'admiration du monde.

Mais le peuple qui a le plus respecté la propriété, qu'il a réglée par des lois, bases de nos institutions modernes, c'est le peuple romain. Il était parvenu, en portant en tous lieux sa législation essentiellement fondée sur le culte religieux de la propriété , à répandre la civilisation dans presque toute l'Europe, à travers l'Asie et le long des côtes de l'Afrique.

C'est la propriété bien établie qui préside à l'établissement des villes, qui attire dans ces centres de population ceux mêmes qui ne possèdent pas, et les fait vivre des fruits dont elle attribue à d'autres la répartition.

Sans la propriété , point de grandes villes ; sans les villes, plus de civilisation.

Aussi, partout où ce droit a été longuement méconnu, les cités se sont écroulées, et les sociétés, retom« bées à l'état sauvage, se sont dispersées.

Le sentiment de la propriété, tant qu'il subsiste dans un pays, donne à une nation la force de se survivre et

OKXIONNAUUK DiUOCftATlQUK. 379

4e renaître politiqueiuent. Les cités romaines sont encore debout; ia civilisation de l'antique Italie refleurit à travers l'Euri^ ; Rome a conservé sa grandeur et son prestige , Athènes est redevenue la capitale d'un jeime empire; tandis que les pas errants du voyageur cherchent en vain dans les déserts la trace de Garthage «t de Iiacédémone.

Cependant les mœurs se transforment, les hommes se naultiplient» les idées cheminent et les principes se pUeat aux ex^ences des sociétés.

Ceux que. Borne nous a légués n'ont point péri, et BOUS vivons; mais ik o»t varié dans leur application* Elle a réglé pour nous le droit de la propriété, qu'elle avait défini dans ses Codes: Jus uteruii et obuUndiy le droit d'user et d'abuser.

En introduisant dans nos nMeors le dogme de la fraternité et de l'égiriité humaines, le christianisme a confirmé le droit véritable, et déraciné le principe d'opprcission impliqué dans le privilège : la pro|»iété confère chez nous la faculté d'iœr, mais non celle d'o^iaer, dans toole l'étendue du mot.

La propriété est le droit exclusif de disposer des choses.

D'ordinaire , ce droit est joint à celui de posséder et de }auir ; mais , dans f^usieurs cas , la possession n'est pas atti'ibuée à la proffriété, sans que toutefois le droit de'celle*ci soitméeonnu. L'usufruitier possède un bien^ il en jouit , et j sous la réserve d'un privilège temporiù* rement déplacé, le propriétaire est habile à disposer de sa nue proprtcléi

390 0ICTIO.NNA1RE OÉMOGBATIQUE.

Nos doctrines religieuses et sociales ont cessé d'ad* mettre que rhonime soit assimilé à une propriété : il a fallu dix-huit siècles pour mettre à cet égard la pratique en harmonie avec la théorie : l'esclavage, dont nos lois avaient fort allégé les chaînes , finit à peine dans nos colonies.

Lia propriété immobilière, maintenue dans son priacipe inviolable et sacré , demeure la condition fondamentale de l'existence de la société moderne'; mais nos institutions, en proclamant l'égalité des droits, ont enlevé à la propriété le privilège qui la monopolisait au profit d'une caste. Chacun est habile à acquérir comme à aliéner, ce qui a divisé considérablement, depuis la révolution, le territoire français, et multiplié le nombre des propriétaires.

Cette division extrême constitue la force du gouvernement démocratique, qui, lui-même, est l'inévitable conséquence du morcellement de la propriété.

Ainsi rien n'est plus légitime que ce droit, antérieur à toutes les organisations politiques, fondé sur le sentiment de la famille , consacré par les contrats les plus antiques, sanctionné par l'usage et l'assentiment de tous les siècles, étayé sur la nécessité et légitimé par nos lois qui en ont précisé la nature et tracé les limites.

Mobile du crédit public, la propriété nourrit la nation tout entière , préside à ses progrès, suit la marche des moeurs , des institutions , alimente l'État et maintient l'équilibre entre la société et l'individu à qui elle assure sa liberté.

Absorbée par un petit nombre de privilégiés , elle

DIGnONNAIBB DiMOOKATIQUB. 381

laisserait dëshéritëe et appauvrie la masse des citoyens : mont>polisée par l'Etat, elle sobsiituerait à Fémolation , à l'indépendance , la plus abrutissante des tyrannies. Divisée entre tous et par égales parts, elle ne pro* filerait plus à personne , et mettrait chacun aux prises avec la faim.

C'est en yain que , sous le prétexte d'une logique fausse qui ne ti^it aucun compte des faits ni de la nature humaine , certains rêveurs ont préteudu ergoter sur la légitimité d'tm droit à la fois naturel et nécessaire ; leurs idées , confondues parmi les théories inapplica-» blés, ont paru fondées sur des bases fragiles, et ont été réduites à s'étayer sur des sophismes.

Tel est cet argument de Pascal, à l'aide duquel on a essayé d'assimiler la propriété à l'usurpation : « Ce chien est à moi, disoient ces pauvres enfants.. .. C'est là ma place au soleil.... Yoità le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre. »

Illusions d'un génie puissant aux prises avec les divagations d'un malade affaibli. Assurément l'usurpation n'a pas eu pour origine la fantaisie de quelques enfants, ni l'appropriation d'un chien. Si, d'ailleurs, ce chien n'appartenait à personne , l'usurpation, en cette circonstance , n'aurait anticipé que sur la société canine, qui, jusqu'à ce jour, n'a pas réclamé. La phrase sentimentale de Pascal n'a aucun sens.

Plusieurs, considérant la propriété comme une con>« yention sociale, la classent parmi les créations de la loi civile , attribuant ainsi à la législation le pouvoir de modifier et inéme dé détruire la propriété. Il leur est,

disenwilsy impowible de conoefoir l'idée d'im droit an* teneur à la société» e(c*

Ce raiflonttement , qui confisque au profit de la sociélé, c'es^à-dire de son gouyeraement, de l'Ét^ si l'on veut, toute la propriété du sol, n'eat paa nouveau; c'est la doctrine du despotisme monarchiquie eaté sur kféodâlité.

C'est avec de tels paradoxes que l'abus dea théoôes Kbàrales reteume à k aenritude*

Qu'est-ce qu'une hi cwik , si ce n'est cdk qw règle radminiatratiett dea dtéa, €mimmm?

L'étaUissemcnt des I<hs cÎTiles suppose dimc l'existence préalable des yiUes ou cités, c'es^À-dbe ém réuniens d^bonunes établis les uns près dea aatiea dans Wor doaaakie respectif, et placés dans la cooditiott de as nuire ou de s'aider mutudlement.

Be'la nécessité de restreindre la première de ces facultés et de développer la seconde , ont résulté parmi les habitants groupés sur un même point, les lois citUes^ inventées pour soumettre am; principes iki droit un jEait préexistant, le fait de la propriété.

Déduire la propriété d'une convention {U'éalaUe, la faire descendre des lois cmleê^ ce serait admettre que les hmnains ont organisé l'administration dea viUes avant de créer de» viUes, et qu'ils se sont avisés de ré« gler dans le vide et préventivement l'usage des biens qu'ils ne possédaient pas encore.

C'est au contraire , c'est de toute évidence , en vertu du fait accepté de la possession , de la propriété , que Içababiuots de la terre ont aefttl la nécessité de eonsli-

DMRmmiAiiB bteDoumom. Ml

ttter, snituit lean mceors, lear nomlir», retendue iê leurs poêsesnoi» et la nature de leurs besmns, les élé^ ments des dÎTerses lëgislations civiles.

Ces Uâ$ forent la consëqaence da bit de k pvo» priété ; leur eonfërer le pouvoir de la confisquer, de la détruire, c'est poser en principe que l'effet peut sob» sister sans la cause, et que le droit est susceptible d'avcHr pour base la nation même et l'anéantisse» ment du droit.

En effet , la propriété est le fondement du droit de tous et de chacun en particulier ; et comme la société est formée du concours des droits individuels , en sup« primantie droit de chaque individu vous anéantiries la société, parce que des hommes qui ne possèdent personnellement aucun droit , seraient inaptes à com-biner des droits privés en un seul corps de droit public* Dès que personne n'a plus rien à légaliser en commun, la législation est sans prétexte comme sans utilité*

L'expérience a constamment confirmé la justesse de ces pensées, et montré que la fortune. des sociétés dépaid étroitement de la bonne répartition de la pro« priété et de l'efiicacité des lois qui la garantissent.

Dès qu'elle est usnrpée par une classe, au détriment du plus grand nombre, l'État est déchiré par des que* relies intestines. Que la propriété légitime soit menai* cée, sa valeur dépréciée déprécie toutes les autres valears> et la classe des artisans, de ceux qui vivent de la surabondance des fruits de la propriété, est à l'instant livrée aux angoisses de la faim. Que le droit des propriétaires soit violé par la force, la société se dissout et

884 DlCnONlUIBB AÉHOCftATIQUB.

Findépendânce d*un peuple est compromise : que la propriété soit jetée à la merci de la conquête et du pillage» c'est-à-dire qu'elle cesse d'être , la nation désorganisée, arrachée à la protection des lois, retourne à la barbarie. C'est au milieu de ces angoisses que s'est écroulé l'empire romain.

C'est moins encore au profit de ceux qui possèdent la propriété, que de ceux qui n'en sont pas pourvus» que les lois dont elle est l'objet ont été tracées. Plus une société devient nombreuse, plus elle contient de gens destinés, sans être propriétaires, à vivre aux dépens de la propriété. Elle défraie à peu près toutes les catégories d'artisans et tout ce que l'on nomme les professions libérales, les arts libéraux.

Plus le droit 4)ublic offre, à cet égard, de garanties, mieux la vie de cette classe nombreuse est assurée. Plus la propriété présente de gages et de sécurité, plus son prix augmente : plus elle est riche, plus elle est à même de répartir d'aisance et de bien-être sur ceux qu'elle alimente. 11 serait aisé de démontrer qu'elle est l'âme du commerce et de l'industrie , qui s'associent à sa fortune et en subissent les fluctuations.

De là la nécessité, à mesure que les sociétés se peuplent davantage, de proportionner le nombre des propriétaires à celui des habitants du sol , c'est-à-dire de faciliter la multiplication des premiers en favorisant la division du sol et en conférant à chacun la faculté de parvenir à posséder.

C'est pour ce motif que les sociétés, au fur et à mesure de leurs accroissements, doivent tendre et tendent

DiCnOlflCAIlB DÉMOCBATiQIIK. 385

inéiâtablemeDt à consolider, à cimenter le droit à* user de la terre, ce qui est la hase de la propriété, et à restreindre la iaculté d*abuser, qui établit et consacre le privilège, en conduisant au monopole.

Il y a là un équilibre difiScile à trouver, parce que le monopole excessif, comme la division absolue, conduisent paiement à la ruine générale et à la famine,

. Telle est donc la réalité des situations extrêmes : -^ Le monopole de la propriété opprime et appauvrit la niasse des citoyens: — sa confiscation absolue par l'État les déshérite de tout droit, pour les transformer en un peuple d'artisans réduits à préparer et à conquérir la vie animale : — La répartition ^ale et complète de la propriété, entre tous les habitants du sol, isolerait les hommes condamnés à se suffire seuls, sur une langue de terre stérile. Chacun aurait reçu la concession d'un tombeau, sur le vaste cimetière de la société.

Cependant, s'il vous prend fantaisie de régler la so* ciété au moyen d'un syllogisme à ùalordoj et de trancher le nœud avec un argument , cherchez un point d'appui métaphysique , et poussez mathématiquement votre thèse. Vous arriverez infailliblement à l'un de ces deux résultats : la division égale, et entre tous, de la propriété ; ou bien , le monopole exclusif et absolu par l'État.

Et la logique vous servira comme une hache bien affilée : elle vous prouvera qu'il est absurde de laisser à un homme ce que son voisin n'a pas ; que Pierre, égal à Jacques, ne doit posséder ni plus ni moins que Jac-

3S6 DtCnOICfAniH DéMOCBATIQITB.

ques ; qti'un chêne et un roseau étant deux plantes, doivent être égaux entre eux, consommer la même quantité de terre, et sans doute aussi fournir la même quantité de bois et d'ombrage.

La logique vous démontrera qu'il est monstruetuc de succéder à ses ancêtres ; car elle ne consulte pas la nature, avec laquelle elle n'a aucune filiation commune. Ne tenant compte que des individus , la logique ne conçoit pas pourquoi un hêtre n'hériterait pas de la teri'e où Ton a mis des choux, et réciproquement. Peu importent ici les destinées des forêts et des jardins » ces sociétés végétales si odieusement organisées par l'homme ou par la nature.

Elle vous prouvera tout autre chose, si vous en êtes eurieux, cette logique intelligente; vous n'avez qu'à poser à votre caprice les termes du théorème. N'est-il pas vrai, par exemple, que la société doit avoir le pas sur l'individu qui n'est qu'un atome, qu'un chiffre? De là cette conséquence logique : Tout pour la société.

Or, quand tout est d'un côté, il ne reste rien à donner ailleurs. C'est le lot de l'individu.

La société est formée de l'ensemble des individus. Que la société possède donc à elle seule l'ensemble des choses; si elle jette la pâture à l'individu, ce dei*nier sera très-satisfait. -^ £h, mon Dieu ! n'est-ce pas ainsi que vivent les vers à soie? La société plantera des mûriers ; l'homme en rongera les feuilles et filera sa bobine.

lies chenilles n'ont jamais réclamé, donc elles sont content«>s ; ergo la chenille humaine possédera le bonheur parfait.

mcnONNAM fiiMOCBATIQUB. S87

Que proayent ces folies? Qae le sort des mortels ne saurait être confié à la conclusion d*un syllogisme ; que la logique est uii jeu de l'espht ; que les lois sociales sont fondées sur des faits, et que ceux-ci ne sont pas le produit de la dialectique des écoles ; que le raisonnement se joue volontiers de la raison, et que la mission de rfaomme ici-bas est de se bien connaître, d'accepter ses propres imperfections, d'en tenir compte, de se conformer à ses instincts, de tirer parti de ses défauts, de se plier aux conditions de sa nature, et de s'acceptor comme il est, au lieu de prétendre à se créer tel qu'il ne saurait être. L'homme doit donc abdiquer l'excès d'un orgueil qui le conduit à l'envie , au mépris des vérités naturelles, à la démence de la pensée ; égaremenu dont procèdent le mensonge , la discoïde , l'ineptie, et qui finissent par assimiler l'être intelligent à la brute, pour le plonger dans le chaos»

CMUnCTAUl (VXUJi). ^

Conséquence et agent de la centralisation, la capitale d'un empire est d'autant plus florissante que Tunité administrative et politique est mieux constituée. Une capitale joue réellement alors le rôle de la té le, par rappm't à des membres, qui sont les diverses por-^ tions du territoire. Ils répartissent des forces à te chef dont ils reçoivent l'impulsion et le mouvement.

D'ordinaire le caractère , le génie , les habitudes d'une nation se dépeignent dans la physionomie de sa

388 dictionnaihb DiMOcaATiQUB.

eapUale. Sanctuaire d*un empire tout spirituel, Rome est artiste et religieuse ; Madrid, monacale naguère, et sans industrie comme l'Espagne, est sans physionomie maintenant que la péninsule flotte indécise à la merci des essais de constitutions. L'Allemagne est sans unité ; les sciences, les aits sont concentrés vers le Nord, le peuple de l'empire est encore exclus de l'initiative po«litique : Vienne n'est qu'une ville de diveitissements.

Foyer d'une administration militaire puissante, Berlin est une ville essentiellement politique. Au milieu de la Belgique industrielle et quasi-française, Bruxelles poursuit l'imitation des allures parisiennes : c'est Paris en miniature. Par des raisons différentes , mais sous le bénéfice de corrélations analogues, Amsterdam est un comptoir, Munich un atelier de peinture et d'archéologie, Saint-Pétersbourg un grand palais peuplé de courtisans. Les pays qui n'ont pas de caractère propre, ni d'action politique , prétendent en vain animer des capitales ; Garlsruhe n'est que la statue d'une ville, et le véj^itable chef-lieu du grand-duché, Bade, est une hôtellerie.

Antique et vaste cité d'un peuple livré à l'industrie , d'un peuple qui règne sur les mers et dont le sceptre est un caducée, Londres est une immense usine devant laquelle un commerce cosmopolite amarre incessamment ses navires. Kien ne retrace l'image delà guerre dans Londres, type achevé d'une capitale industrielle. La politiqtie y campe une fois l'an, mais n'y réside pas.

Paris est la ville qui réalise le plus complètement

DicnomiAiu i^HociuinQUB. 389

l'idée que Ton OMiçoit d'une capitale, parce que la France est le pays où la centralisatioa a reçu sa plus entière application. Chef-lieu d'un pays essentiellement guerrier, Paris a un aspect trè»4niliiaire ; c'est la plus grande place forte du continent.

Le principal élément de la fortune publique en France, c'est l'exploitation du sol. Un peuple agricul« teur attache un grand prix à la propriété^ et ne s'éloigne guère de l'objet de ses plus chers intérêts: le Français est peu voyi^^r, peu vagabond de sa nature ; le Parisien est casanier, il échange volontiers son capital contre des immeubles qu*il administre lui-même ; aussi la propriété, objet d'un mouvement considérable à Paris y y est-elle la base du crédit public. Paris règle le taux de la propriété ]X)m* toute la France.

De ce fait l'on déduit sur-le-champ cette conséquence : Paris ne peut sans danger pour le pays devenir une capitale industrielle. Nous développerons cette proposition plus loin.

Enfin, symbole animé d'un Etat 'où les arts, les sciences, les professions libérales de tout genre sont en honneur, d'un État livré aux raffineiMents du goût, aux délicatesses de la civilisation , Paris est le centre unique du mouvement intellectuel: il règne par la pensée comme par les lois, il est l'arbitre du goût, le foyer des lumières, l'œil qui voit et qui juge, le cerveau qui conçoit, l'oreille où tout arrive, la bouche qui fait retentir toutes les idées nouvelles : il est bien réellement la tête dé la société française. Une centralisation si merveilleuse a pour écueil et

390^ mcnoimAmB ^teoc1UTI0tTB.

poar agent de destruction son excès même ; elle conduit A la concentration, qui absorbe, isole et ne rend plus rien, bien qu'elle reçoive toujours.

La centralisation est, pour un pays , un trësor on- >ert ; la concentration est un gouffre.

Les gouyernements de l'ancien régime ont eu de bien bonne heure le sentiment des périls auxquels risque d'être en butte un pouvoir centralisé dans une grande capitale. Cest sous l'impression de la révolte des Maillotins, de la tyrannie p(6{]lalaire exercée sur le Dauphin, fils du roi Jean , ainsi que de la longue anarchie fomentée dans Paris par les querelles des Bourguignons et des Armagnacs , désordres qui finirent par livrer aux Anglais les clefs du royaume, c'est, édifié par ces souvenirs , que Louis XI évita d'asseoir le siège de l'autorité executive à Paris. Il se plaignait formellement des accroissements excessifs de cette cité, assez forte pour balancer la prépondérance royale , et il se retranchait aux rives de la Loire. ' Cette ligne de conduite fut imitée par les Valois , jusqu'au règne de Henri IV qui, contraint de s'appuyer sur l'élément populaire et d'opposer l'unité à la fédération aristocratique de la noblesse provinciale , symbolisée par le protestantisme , résida au Louvre , et donha à Paris une suprême importance. Il y fut néanmoins immolé par un fanatisme intolérant et aveugle, qui sacrifia en sa pei'sonne l'adversaire politique le plus efficace du calviniste.

Richelieu continua l'œuvre de ce grantï homme et cimenta l'unité française, en opposant Paris à l'influence

mcnomàOB PillOGBATIQOB* S9I

féodale de la noblesse. Mais, dès qu'il eal les jeux ferméa» les partis comprimés se reley èreot à la faveur d'une minorité» source de division et de faiHesse ; ik exploi* tèrenf la bourgeoisie parisienne , ils organisèrent le Fronde, et la royauté livrée à la merci de Tinsur* reciioA» en subit les outrages, les menaces et la tio* knce.

Cos leçons du jeune âge ne furent point perdues pour Louis XIY; elles eurent pour résultat la création de Versailles. Plus d'un siècle après, quand Paris devenu ràraenal des idées d'émancipation eut mis la royauté ea échec , il ne put l'abattre qu'à la condition de s'en emparer et de l'emprisonner dans son enceinte. Les ÎQiimées d'octobre décidèrent du sort de la mQnarchie« A dater de cette époque commence la concentration politique eaereée par la capitale, qui, non ccmtente de goaT«nner, a prétendu régner sans contre-poids sur In France, où elle tend à se constituer en royauté absolue an milieu de la République»

Entraîné par les séductions déclamatoires d'une superbe période , M. de Gormenin , chantant les louangea de Paris, dans une énumération plantureuse et sonore, s'écriait, sous le dernier règne : « Paris écrase de son souffle tout ce qui lui résiste, il fait et défait les rois) il commence les révolutions, et il les finit.» • o

Ces observations sent d'une incontestable justesse ; seulement il est fâcheux que P^îs fasse des rois pour les défaire, et qu'ayant défait ceux qu'il avait eu la fantaisie de faire, il puisse & son gré en refaire de nou*^ veaux. « Ueensmcnee Imriytoixktiomr^iUki/lnùf 9^

392 DICTIONNAIRE DinOGRATIQUE.

ajoute M. de Cormenin , la première partie de la pro«> position n'est que trop vraie; quant à la seconde... Paris a commencé une révolution il y a soixante ans bientôt , et depuis lors , loin de la finir, il en entre^ tient les germes, il en rëchaufFe les éléments, il en prolonge la péripétie , il en suspend les conséquences en faisant des rois, puis il les exagère en abattant ces monarchies à bail : sa mobilité, impérieuse, passionnée, le rend peu propre à combiner le dénoûmeot du drame des révolutions.

Investi de cette initiative souveraine, isolé de l'opinion française , Paris deviendra semblable à un despote fantasque. Ne l'avons-nous pas vu immoler ses favoris et faire justice de tous ses flatteurs ! Louis XYI, la Montagne républicaine, Napoléon , Louis-Philippe furent les idoles et les victimes de ce Paris qui les fit et les défit de sa seule autorité, mais qui semble, moins que jamais, disposé à en finir avec les révolutions.

L'autocratie de Paris c'est le régime, permanent de l'émeute.

De même qu'une capitale reproduit le caractère, la physionomie d'un État, de même elle doit en repré* senter les opinions et les mœurs. Nos opinions ne sont point portées au changement perpétuel, aux boulever* sements sans fin; nos mœurs, guidées par nos véritables intérêts , nous rendent peu favorables au développement démesuré de rindustrialisme* L'abus des exploitations industrielles ruine la France au profit de Paris, où il entasse tine population nécessiteuse et remuante* Chei nous le gouvemèmentiitfsauiàit deve-

MCnONNAIO DiMOCRATIQUB. 39)

nir un c<nitre«inattre , el la capitale de la France , qui n'est pas un pays de protestants ni de banquiers , ne peut être assimilée à une ville anglaise, sans être mise en dissidence avec l'esprit national.

Napoléon comprenait fort bien ces yëritës lorsqu'il s'attachait à éloigner de sa capitale les grandes exploitations manufacturières f multipliées par le dernier gouvernement qui a préparé sa chute et rendu la France ingouvernable.

Dans un empire aussi intimement centralisé, et où l'industrialisme n'est qu'une tendance passagère et factice, un gouvernement réglé pour et par une coalition d'ouvriers est un non-sens et une absurdité.

La prolongation de cette situaticm anormale séparerait les intérêts de Paris de ceux des provinces» engendrerait le fédéralisme et aboutirait à poser l'affreux dilemme de la ruine de Paris ou de la perte de l'Etat.

Il s'agit de sauver l'un et l'autre , car la force et le salut dé la France sont liés à la centralisation ; la séparation de la tête d'avec le tronc ferait péiir le corps et la tête. Ces idées sont évidentes jusqu'à la naïveté.

Paria, tel que la dernière monarchie Ta organisé dans un but égoïste et maladroit, avec ses besoins de luxe, sa prépondérance commerciale et ses industries d'apparat, Paris devenu atelier et bazai* de frivolités coâteuses, Paris est tombé dans la condition des capitales essentiellement monarchiques. L'émigration de la cour, sous l'ancien régime, l'avait livré aux instincts de l'indépendance et du libéralisme : l'empire et la royauté de jiûUet oui soumis ses besoins à la monarchie , . sans

394 ucTioiouiMi DAwKaAnam,

agir sur ses opinions ^ et le pouvw s'est etfcMxé d'accroître cette discordance.

Il ne faut pas s'y méprendre i la République tuera le Paris de la monarchie. Blessé par die et morcellement, ce ténia du luxe sec<nie, désespéré, se» trosxçons endoloris t il le faut tirer hors de l'organe qu'il <léchire; il faut rendre à TéquililMPe de ksaiiié la capitale de la France.

Régulateur d'un empire qui prosphro à l'abri dei lois par l'unité^ par ragrieultuim, par k oMnaserce, par l'industrie du sol^ par le seaûmenûl de la pmpriété, par ks sciences, par kt beau-arta et ks tiavaiix intellectuels ; d'un État qui tira sa puissance de la frarce de ses armes et du respect des droits de toas^Paiiaest une Tille intelligailet militaire » artiste. Rciidcaee da gouvcmementi die doit dcTenir k s^our de k psux: aymbde de k France ^ foyer de k crftBsatioii» etk doit élre ce qu'était Rome a^aat le temps oik ka Césars l'ont perdue. Beoerair le tribut «t réaliser rentre^ pèt de toutes les industries nationales, édairer de ses lamik«s et vivifier par ses idées toutes les portions du territoire» telk est sa mission proridenticUe.

La tâche du gouyemenient ou même des gouTeme^ ments qu'il' pkira désormais à Paris d'établir , doit donc consister à désmduHrialUêr Paris, incapabk de nourrir à k fob k consommation et k production. Sa destinée, jusqne-k, eàt de briser toua ks poavoiffs qu'il aura élevés»

Que c^e vtHe magnifique casse d^étre le foyer des kycbares de k dvïisation^ qui k

wsnomàSÊX dAmocratiovs. 895

iatent du dettin qae les barbares du dehors ont jadis fait peser sur Rome.

Si l'argent et Tindastrie continuent de régner à Paris, Paris restera tuteiuUneux, affainë, et, comme il l*a déjà fait deux fois , il rappellera à son aide l'or des TOonarekies et le luxe des cours ; las enfin de contracter des baux & courte échéance , il croira peut-être les garantir en invoquant la perpétuité d'un principe.

Nous ne saurions le redire assez , et il n'est pas rhcnrc de déguiser les vérités les plus solennelles : — Si, consolidant l'élément des factions parisiennes , la .République éternise les tempêtes, la légitimité dynastique sera un port.

Le paupérisme, c^est l'état de la classe indigente, considéré théoriquement, dans son ensemble. Difficile à définir, ce terme jeune encore a subi une foule d'interprétations, au milieu desquelles le sens véritable reste indécis. Pour survenir avec opportunité, un mot doit être indispensable. Quand on dit : le paupérisme est une des plaies d'un pays , il est aisé de reconnaître qu'on aurait usé tout aussi bien des substantifs misère, pauvreté. Ici, paupérisme signifie donc la pauvreté collective et désigne la classe des nécessiteux.

Néanmoins, bien que le mot paupérisme semMe comporter un sens plus général , toutefois la nuance n'est pas nettement tranchée, et, tout en essayant de définir, nous nous sentons heurté à l'ëcupil des définitions.

396 DICnONNAIBB DÉMOCBATIQUS.

Il paraît assez naturel que des économistes plus ou moins diffus , plus ou moins creux dans la profondeur de leurs systèmesise soient^ dans la crainte de pr^nter leurs doctrines sous le titre de Pawreié, propre à fournir, dans une équivoque, un résumé critique assez brutal , se soient , dis- je , avisés de forger le mot pau^ pérîsme^ pour dénommer la théorie de la pauvreté.

Quoi qu'il en soit, nous n'aurons pas à nous inquiéter du paupérisme de ces métaphysiciens; l'utilité pratique de leurs doctrines est suffisamment justifiée, le paupérisme fait très-bien vivre ceux qui en parlent.

Lorsque je considère la nature et la portée de la plupart de ces travaux dont le but officiel est l'extinction de l'indigence, il me souvient de mon ami le louvetier qui protégeai t^les louves afin de conserver la philanthropique institution de la louveterie.

En effet les louve tiers de la faim sont bien moins occupés des institutions propres à prévenir le paupérisme, que des pauvres tout faits, tout préparés à être alignés dans les nourrissants calculs de la statis-* tique. Ce sont ceux-ci qu'ils distribuent sur le vaste échiquier de leur imagination \ leur effort se borne à les empêcher de mourir d'épuisement sous la maiu de l'opérateur ; leurs doctrines se réduisent à diverses façons d'organiser la répartition quotidienne de Taumône. Le problème serait-il donc de conserver des sujets, pour sauver la louveterie?

[l n'est aucun de ces messieurs qui n'ait cent fois imprimé cette proposition : — Le paupérisme est la plaie de l'Angletei re.

DICnONNAIHB DÉMOGBATIQUB. 397

Quand la misère est le partage de presque tout ce qui constitue le corps social, quand quelques individus privilégiés absorbent toute la sève d'un État, la plaie, si je ne me trompe, c'est l'exutoire qui ronge et non le corps débilité de la nation. De toute évidence il faut cherclier la plaie de l'Angleterre dans la cause du pau* périsrae , non dans le paupérisme même. La maladie de la Grande-Bretagne, c'est une aristocratie dévorante qui monopolise la propriété et absorbe le capital.

Lie paupérisme n'est la plaie d'aucun Etat; mais l'oi^nisation de toutes les sociétés contient certains vices qui engendrent la misère.

. li'extinction complète de la pauvreté nécessiterait des institutions d'une perfection absolue; il n'est pas donné à l'homme d'en établir de semblables. Le seul but que des législateurs puissent se proposer raisonnablement, c'est de satisfaire aux intérêts du plus grand nombre, et d'opérer une diminution progressive sur le cbiifre des nécessiteux.

La principale source du paupérisme en France, c'est l'abus de l'industrie, développée outre mesure aux dépens des travaux agricoles. La terre nourrit toujours ceux qui la travaillent ; elle est un fonds qui reste entre leurs mains. L'industrie, exploitée au profit du capital , est sujette à des revirements de diverse nature , qui laissent , du jour au lendemain , des légions d'ouvriers sans pain.

Durant ces sortes de crises le maitre est assez riche pour attendre; la vie du manœuvre n'est nullement garantie. Dans certaines manufactures établies en rase

398 mCTIONNAIBE OéMOClUTIQUB.

campagne, telles que, par exemple^ les usines d'exploitation de la fonte de fer, l'ouvrier est logé ; au pied de sa chaumière il cultive un petit jardin qui Taide â vivre : de soite que, si le prix des fers vient à baisser au point de commander la réduction des salaires, ou la fériation de la forge, l'artisan conserve un asile avec la moitié de sa nourriture ; avantages qui Tont auparavant mis à même d'économiser assez d'ai^ent pour se procurer l'autre moitié.

Telles sont les bonnes et saines industries, celles qui, tirant de la nature même du sol leui*s chances de bénéfices, permettent à leurs exploitants de concéder à l'ouvrier un modeste usufruit.

De pareils avantages sont refusés à la fauBse indus^ trie qui spécule sur la concurrence, qui économise for* cément sur tout le miatériel de^ dépenses, qui entasse dans les villes une pppulation famélique, et affame trois cents hommes pour gorger d'or un spéculateur sans entrailles.

Toute industrie qui coûte à l'État la sécurité , aux artisans le bien-être , la moralité, ht santé et le bonheur, revient à un trop haut prix à la sociétf^.

Le système de la libre concuiTence a créé beaucoup d'indigents : quand une compagnie fait travailler avfc l'intention de livrer à perte, dans le but honnête de ruiner ses rivaux , elle a bien soin de payer le moins possible, afin de ménager ses ressources. Les employés de cette compagnie pAtissent ; ceux des entreprises ri« vales subissent la baisse d'abord, puis la ruine. Enfin,

McnOimAmB DiMOCRATtOOK. 89f

quand le différend est vidé , il est rare que Tobjet de l'exploitation remonte à son premier taox.

Lorsqu'une industrie utile de sa nature fait aug* menter le paupérisme, c'est un signe infaillible qu'elle est placée sur un terrain qui ne lui convient pas, et qu'il la faut remettre dans des conditions normales de gestion ou de localité.

Cet écueil est celui de la plupart des fortçi exploitations industrielles situées dans les grands centres de population. Autant que faire se peut, les manufactures devraient être établies aux lieux mêmes d'où elles tirent la matière première que leurs travaux mettent en œuvre. Les villes, en général, ne produisent rien , hormis des consommateurs.

Ce ne sont point les salles d'asi|e , ni les dépAts de mendicité, ni les sociétés philanthropiques qui réussi* ront à réddire le paupérisme. Le nourrir, ce n'est pas le diminuer ; bien an contraire , ce genre de palliatif enfante de nouveaux indigents. Que, dans une année de disette , la charité publique se saigne à blanc pour faire vivre ceux qui n'ont rien ; un parti pris général d'économie servira forcément ensuite à compenser ces impôts volontaires; chacun réduira ses dépenses et bornera son luxe ; le commerce perdant ses chalands, n'écoulant plus les produits de l'industrie , suspendra les commandes , et les ateliers contraints de diminuer le nombre de leurs ouvriers en mettront la moitié dans la rue.

Depuis cinquante ans le paupérisme a diminué de proportion dans les campagnes et même dans les vil-

400 DICTIOIVNAIHB DÉMOCBATIQUE.

les. Cest dans les conirées manafacturières qu'il est le plus abondamment répandu. L'une des villes où Ton manie le plus d'or et de richesse , Lyon, est la cité qui contient le plus de malheureux. Paris voit la misère s'accroître avec l'industrialisme ; sa famélique et remuante population faubourienne, accrue par la stupide imprévoyance du gouvernement de juillet, tient le crédit public en échec, et rend la France ingouvernable. ' La question du paupérisme est liée à la répartition, à la distribution proportionnelle et intelligente des diverses industries à travers le territoire français. Tout reste à faire à cet égard.

Les princ^aux moyens d'atteindre le paupérisme, sont : l'éducation morale ; car, parmi les indigents, il en est qui l'efusent de travailler, ou qui gaspillent les fruits du travail ; la répression des excès du système de libre concurrence, qui organise, contre les consommateurs, la sophistication et la fraude ; contre la classe des producteurs, la banqueroute et la ruine ; et contre l'ouvrier, l'indigence.

On diminuera en outre le nombre des pauvres par la suffisante élévation, par la fixité des salaires , et en rendant plus stable la position de l'ouvrier que les industries emploient au jour le jour. Mais ce genre de réforme est inapplicable sous le régime de la concurrence acharnée.

Les coalitions de capitaux , ou plutôt de riches capitalistes, dans le but de monopoliser les exploitations, ce que Fourier nomme la féodalité industrielle, sont encore une cause de paupérisme. Il est évident que si

DICnONNAIRB DÉMOC&AnQUE. 404

quatre hommes mettent en commun deux millions dans l'espoir d'en gagner dix, ils n'y réussiront qu'à la condition de dévorer l'existence de soixante personnes. Savoir se borner à une honnête aisance est une vertu morale dont l'éducation doit enseigner la pratique.

Ne serait- il pas convenable aussi de rendre les apprentissages gratuits? Leur prix, souvent onéreux, en éloigne nombre de pauvres diables, qui demeurent sans ressources faute de savoir un état. Ce sont les ouvriers inhabiles qui recrutent le paupérisme.

Pour ce qui est des gens infirmes, incapables de gagner leur yie, des asiles leur seront ouverts; ils ne coûteraient pas à l'État la moitié de ce que l'on dépense pour entretenir les indigents propres au travail.

Une simple observation prouve que la société possède les moyens de diminuer le paupérisme. On a remarqué que plus une localité est riche, plus elle contient de nécessiteux.

Parmi les causes directes du paupérisme , signalons l'accroissement rapide de la population. Les colonisations agricoles offrent un moyen d'utiliser ces forces surabondantes et de maintenir l'équilibre entre les ressources du territoire et le nombre de ses habitants.

L'épuisement du crédit public est l'un des agents les plus funestes du paupérisme. Aussi , sous les gouvernements faibles et combattus, cet élément dissolvant se renforce-t-il d'une cohue d'indigents volontaires, plus alléchés de pillage et d'anarchie que de travail. La pression qu'ils exercent sur la société exagère encore et prolonge le discrédit , cause universelle

402 TOCTtOfmAIRS DÉMOC&ATIQtnS.

de misère et de famine. H arrive alors que le paup^ risme est l'œuvre des indigents, qui pratiquent, sur une gi*ande échelle, un genre de vol dont ils ne profiteront pas.

Il paraît alors impossible de sortir de ce cercle vicieux, autour duquel les utopistes, les louvetiers du paupérisme se mettent à faire le nianége , à califourchon sur la phrase^ avec beaucoup d'agrément.

Dans de telles conjonctures, qu'un gouvernement montre de l'unité , de la force , et qu'il soit bien appuyé, ce phénomène antisocial disparaît soudain ; le crédit comprimé circule tout à coup avec une activité brûlante, et entraîne après lui, pour un temps, les misères de ce paupérisme qui semblait pénétrer par d^inextricables racines jusqu'aux entrailles de la société.

8ZÉOII (^TAT BB).

Mettre une ville en état de siège , c'est l'assiéger. Déclarer qu'une ville est en état de siège , c'est constater un fait. *

Les conséquences d'une pareille situation, qui justifie, dans l'intérêt de la défense , des mesures exceptionnelles, ont été, à diverses reprises, stipulées par les lois. D'après l'article 10 de la loi du 8 juillet 1791 :

« Dans les places de guerre et postes militaires, lorsque ces places et postes seront en état de siège, toute l'autorité dont les officiers civils sont revêtus par la Constitution pour le maintien de Tordre et de la po-

DicnoiQuiBs fiÉHOdunocB. 40a

lice intërieure pasaara au commandant militaire, qui l'exercera exclusivement sous sa responsabilité personnelle» »

Un décret impérial du 24 décembre 1811 décide que l'état de si^e est déterminé par arrêté du pouvoir exécutif y ou par l'inTestiasement, ou par une attaqua de viv« force, ou par une sédition intérieure.

Telles sont, d'après le même décret, les conséquen* ces de Tétat de siège :

« Dana les places en état de si^, raulorité dont lea magistrats étaient revêtus, pour le maintien da Tordre et de la police, passe tout entière au commasH dant d'armes , qui l'exerce ou leur en délègue teUe partie qu'il juge convenable.

n Le gouverneur ou commandant exerce cette autorité ou la fait exercer en son nom et soua sa sorveillance , dans les limites que le décret détermine ; et si la place est bloquée, dans le rayon de l'investiasemfcnt.

» Pour tous les délits dont le gouverneur ou com* mandant n'a pas jugé à propos de laisser la connais* sance aux tribunaux ordinaires, les fonctions d'oi&cier de police judiciaire sont remplies par un prévôt militaire choisi, autant que possible , parmi les of&ciers de gendarmerie; et les tribunaux ordinaires sont rem« placés par les tribunaux militaires.

. » Dans l'état de siège le gouverneur ou commandant militaire détermine le service des tit)upes , de la garde nationale et celui de toutes les autorités civiles ou mi-, litaires, sans autre règle que m» înatructiona secrètes^

les mouvements de l'ennemi et les trayaux de Tassiégeant. i

L'état de siège doit avoir la nécessité pour justification. Quand il est décrété par l'Assemblée nationale , sous l'impression d'un danger reconnu, il constitue une situation parfaitement légale , et qui n'est point incompatible avec le principe de la liberté dont l'exercice se trouve alors, d'un accord commun , momentanément suspendu.

Durant les journées de juin , le pouvoir législatif a déclaré l'état de siège en conservant son initiative politique. La force executive était confiée à un seul mandataire, à un commandant d'armes qui rendait compte à l'Assemblée constituée en permanence.

En de telles conjonctures J'état de siège renforce Tuntté d'action du pouvoir militaire, sans que le principe de la liberté momentanément suspendue soit violé.

Il n'en est pas de même sous un régime monarchique, quand le souverain établit de lui-même l'état de siège pour des motifs dont il est l'arbitré, et à son profit. En pareil cas , moins le gouvernement est libéral de sa nature, plus l'état de siège doit inspirer de défiance; il devient une pente à la tyrannie. De là^ sans doute ^ la répulsion attachée au titre seul d'état de siège.

Au mois de juin 1848 , l'état de siège a protégé les citoyens, rassuré les esprits, permis à la société de réagir avec promptitude et ènei-gie contre ses ennemis, et préparé la victoire de la liberté.

MCnONNAIRB DéMOCRAIIQUB. i<N^

C'est une erreur de croire que la conséquence de l'état de siège est d'anéantir la puissance des lois. L'action des tribunaux subsiste en tout ou en partie, suiyant une opportunité dont le chef militaire est rendu l'arbitre; il peut même improriser, dans les bornes de la légalité, des juridictions militaires ; mais, en tout état de cause, ces tribunaux statuent et jugent en appliquant les lois du pays qui servent de base à leurs arrêts.

Cependant l'esprit de routine et d'imitation qui nous conduit en France à substituer, sous l'empire de réminiscences historiques, des analogies et des figures à la réalité, assimile obstinément le commandement d'une ville assiégée à la diclaùire^ et le fonctionnaire investi de l'autorité, à un dictateur*

Nous savons médiocrement l'histoire romaine, mais nous la connaissons mieux encore, que nous n'avons approfondi nos propres instituticms.

Elles n'ont jamais consacré rien qui ressemble à la dictature; néanmoins le terme, grâce au grain d'érudition qui l'assaisonne, a fait fortune , et , non contents de parler de dictateurs imaginaires , nous avons , enchérissant sur le vocabulaire des Romains , créé dkta^ torîal et jusqu^à {fictatorialepienl , afin de posséder au nioiins q[tÉi^re expressions qui ne représentent rien, pour mieux caractériser ce qui n'existe pas.

Notre législation ne comporte pas la dictature : espérons que nous ne verrons jamais de dictateur, et souhaitons, dans les circonstancesdifiiciles^ de rencontrer des chefs militaires aussi solides défenseurs de la

406 DicTrunmAiBB déxograxious.

liberté ^ aussi modérés et aussi intègres que le généial à qui TAssemblee nationale a confié naguère l'épée de la République. Nous pensons, toutefois , qu'il s'est, dans une occasion unique, inépris sur la nature et l'étendue de son pouvoir, lorsqu'il a décrété la suppression absolue et indéfinie de divers ioumatix, dont il avait le di*oit, dans l'intérêt delà défense de la place, de réprimer les excès, en faisant arrêter, et en décrétant d'accusation individuellement, les rédacteurs préve^ nus d'un délit ou d'un attentat à la sûreté publique.

Dans l'état actuel de la législatioa« ua journal est une propriété, et il est moins que jamais opportun, quand la propriété est attaquée par des passions anti*^ sociales , de donna: l'exemple de la viulation de la propriété.

C^ em[NéteiBent indique que la déclaration d'état désire, lors même qu'elle est forcée ^établit une situation dangereuse pour la liberté. Les véràable» en^ nemis de la bberté , dans cette occasion, ont été les hommes dont le crime , en motivant une répression si énergique, a eu pour conséquence une regretlalde méprise.

Dans un état liljre, l'insurrection, toujours coupable, oODstitue un crime de lèsenjation» Quand elle nécessite la déclaration d^état de siège, le droit et le devoir de la société est d'(^posér la force à la violence, afin d'a^ br^er la bitte et de sauver le principe de la bberté au ptix d'un sacrifice temporaire*

L'insuftsance de la démocratie, en présence des pa»> sitoas armées et tyrannîques^ prouve que ee régime i

ncnoici&iii i^BocmASiQicB- ^

pacifique et maternel, a pour condhkm dVnstence le sentiment tmÎTenel des derom communs, la pratique des vertus morales et des sentiments de la fraternité. Ainsi rëtat de siège, conséquence de leur transgression , démontre que la démocratie est incompatible avec la violence et l'illégalité.

Ainsi que nous l'avons exposé aillenrs, Vùuurrection c'est la résistance armée des nationalités contre la ligue des rois. A la fin du dernier siècle, nntnrrection polonaise donna le jour à ce mot ; il qualifia plus tard la lutte républicaine de 1793 , contre la coalition monarchique qui envahit nos frontières.

Un des inconvénients des mots nouveaux , c'est leur définition incertaine qui les prédestine à remplacer les termes en usage et à d^;uiser les idées.

A la révolte s'attache une pensée d'illégalité : depuis quelques années l'on conjure cette défaveur en prodiguant le mot insurrection. Les rebelles sont devenus des insurgés^ et comme, à l'aide d'une méprise volontaire, la révolte, sous le titre d'insurrection, a été proclamée, à la condition de réussir, le plus saint des devoirs, la profesmon è^insurgé a reçu ime sorte de consécration.

Cependant ce genre d'insurrection qui procède par la guerre civile contre un pouvoir légitime , se réduit , qu'il triomphe on non , à la révolte , et la révolte n'est jamais un devoir.

408 DIGTIONRAnUB DÉMOCBATfQUB.

Cette maxime» à l'heure et dans les cii*con8tanees où. elle fut posée, n'était qu'une vaine et pompeuse flatterie.

La révolte a pu être justifiée par la nécessité. Sous un pouvoir monopolisé entre les maius d'une certaine classe, à l'exclusion du reste des citoyens frustrés de tout droit politique , ces derniers sont réduits à protester par la force contre un abus de la force. Ils se révolteront pour la défense de leurs intérêts , et, sans être le plus saint des devoirs, le mobile qui les dirige sera suffisamment justifié.

Un tel prétexte n'existe pas avec un r^ime purement démocratique , fondé sur le suffrage luiiversel et l'égalité politique.

Aujourd'hui l'émeutier, le révolté , Y insurgé^ ces noms se succèdent à mesure que la déconsidération les atteint tour à tour , n'ont aucun privilège à détruire , aucun privilège à revendiquer.

La révolte, l'insurrection si l'on veut, ne saurait s'armer que pour la spoliation ou le brigandage. Dépouiller la nation d'une partie de ses droits au profit d'un parti dynastique, ou dépouiller une partie des citoyens des biens qu'ils possèdent, tels sont les deux seuls buts que puisse se proposer la violence et la sédition.

Ils sont l'un et l'autre coupables ; car il n'appaitient pas à une minorité factieuse de changer la forme du gouvernement ni de confisquer la liberté publique.

Un des avantages de la démocratie bien entendue, qui est l'idéal d'un gouvernement, ce qui la rend si

DIGTIONXAIAB D^OCIATIQCB. 409

difficile à réaliser, c'est que U révolte ii*a pas d*excuse; elle devient un attentat contre la société tout entière et n'est colorée par aucune idée politique.

Dès lors le but réel est le toI , qui , exercé sur de vastes proportions, prend le nom de pillage; le moyen employé est antisocial , c*est l'assassinat.

Tel est le rôle de l'insurgé depuis l'établissement de la République française ; soldat d'une bande qui n'ose avouer aucun capitaine, horde criminelle sans drapeau, sans principe » qui ose tuer, mais qui n'ose proclamer ses desseins.

Par habitude, par lâcheté, par intérêt, les espritsroutiniers, les peureux ou les intrigants s'efforcent d'atténuer l'odieux de ces entreprises ; mais , comme au fond aucun droit n'est en discussion et que la liberté politique est acquise à tous également , la lutte est contre le règne des lois, contre la propriété base de l'ordre social ; et l'attaque à la propriété d'autruîy c'est précisément la définition du vol. Mandrin, Cartouche et leurs émules donnent la notion la plus exacte d'insuigés dépourvus d'un but politique.

Telle était la déplorable situation des émeutiers de juin 1848, réduits à arborer sur les barricades des étendards sans légendes, des drapeaux muets, ou à prendre pour prétexte la république démocratique et sociale, c'est-à-dire la forme de gouvernement proclamée en février et que leurs efforts tendaient à étouffer dans le sang des citoyens. Jamais la démocratie n'a été plus franchement réalisée que chez nous. Quant au mot social f il ne constitue ici qu'une épithète oiseuse; car

410 DICTTONITAIIUB D^OGRÀTIQnE.

toute organisation politique est sociale^ c'est-à-dire propre à la société , à moins qu'elle ne soit antisociale y en d'autres termes, anarchique ou tyrannique.

Sous un gouvernement démocratique l'insurrectiorL est toujours un crime, et le plus impardonnable de tous. Gomme un tel acte, dans un Etat réglé sur Télection et le suffrage universel, ne peut se targuer d'aucun droit à conquérir, d'aucun privilège à abattre, il n'a rien de commun, je le répète, avec les délits politiques.

Aussi, contre de pareils ennemis, l'État est-il armé d'une force répressive immense. L'unanimité de la nation , l'inexpugnable légalité d'un pouvoir délégué par le vœu de la souveraineté populaire ciment£nt la puis« sance de la démocratie. Elle nous parait chancelante encore; quel est cependant le pouvoir monarchique qui aurait impunément osé tenir plusieurs mois sous le régime de l'État de siège une capitale comme Paris, et déporter par milliers les complices et les instigateors d'une sédition !

Un pareil gouvernement est doué d'une vigueur formidable, parce que chacun a contribué à le fonder. Paris a été maintenu artificiellement en état de siège, parce que tel était le vœu de la France. Quant aux insurgés, ils n'ont pu s'assimiler à un pnrti ; la société les a punis comme des criminels vulgaires et non comme des vaincus.

Ces idées auraient l'évidence d'un axiome , si la faiblesse, si la duplicité de ceux qui se resservent dès la veille, dans l'espoir d'utiliser tous les lendemains, n'at-

mcnomrAiiB DivociÂTTQDi. m

cënuaîent, avec de nnagenz paradoxes, des Tentés propres à accabler des coupables assex redoutés pour e»> zompter des flatteries sur rérentualité d'une victoire*

La lâcheté des ambitieux est le premier fruit du scepticisme en matière politique.

La couardise, qui engendre bon nombre de terroristes y a inspiré la plupart de ces orateurs qui chan» taient naguère, d'ane voix chevrotante, le courage sublime et les vertus guerrières des insurgés de juin.

A quoi bon forger un barbarisme pour dénommer un genre de peine justifié par la nécessité et qui n'est nullement. barbare? Autrefois, les condamnés politiques étaient mis à mort; on les emprisonne encore: mais quand , sans être criminels au premier chef, ils sont néanmoins dangereux pour la sécurité publique , on les éloigne du sol de la patrie.

Le bannissement , la déportation remontent à Tanliquité. Ce mode de répression fut appliqué par le Directoire, qui en abusa. De là sans doute l'impopularité du mot déportation.

A la suite des journées de juin, le gouvernement remit en vigueur la déportation ; mais, comme on ne chà« liait qu'avec une demi -fermeté, comme on tenait à ménager certaines susceptibilités, l'on eut l.i faiblesse fie fabriquer le mot transportafion. Dépoitation n'était pas assez galant.

i^% DICTIOIVNAIEB DÉMOCRATIQUE.

Lorsque Tod n'osera plus transporter^ il est probable qu'on transvasera; puis, que la peine en question s'appellera voyage d'agrément»

Déporter y c'est porter hors du territoire; transporter^ c'est porter d'un lieu dans un autre lieu désigné. Ce verbe suppose que le point de départ et le iemie sont également connus. Jamais il ne fut employé d'une manière plus impropre qu'en cette occasion. A l'heure ou j'écris (22 septembre }, l'on ne sait encore où l'on transportera ceux qu'on a déportés.

On déporte les personnes, on se transporte d'un endroit à un autre; mais on ne transporte que les choses. Le cocher de la diligence transporte les bagages , il ne transporte ni Pierre ni Jacques; il les emmène , il les conduit.

Le mot transportation date de 1794. Une loi de l'an II , qui ne fut jamais appliquée , condamnait à la transportation tout mendiant pris en état de récidive pour la troisième fois. Le décret et le mot furent si vile oubliés qu'il n'en est pas question dans le Toca« bulaire de la Révolution.

Si donc nos insurgés sont sensibles à la petite flatterie exprimée par un mot qui les assimile à des denrées ou à des mendiants, il faudra qu'ils tiennent compte de son aimable intention à un gouvernement qui exploite avec autant de civilité que M. Loyal.

Le mot transportation restera comme un monument curieux de l'irrésolution du pouvoir, de notre £aiblesse et de notre peu de franchise.

DiCnOICfAIIB DÉHOCmATIQCE. il3

La plupart des qaerelles poliiiques se sool terminées, après de longues péripéties, par le triomphe des agresseurs ; les droits contestés finissent par prévaloir.

Les guerres sociales , an contraire , ont laissé la tîctoirç à. la société. Leur insuccès prouve que la société pi'ofite à plus de gens qu'elle n'en opprime. Ces résultats sont la justification des principes sur lesquels elle est fondée.

Une guerre sociale, c'est la lutte d'une certaine classe contre l'encemble de la société ; c'est tout ce qu'il y a de plus antisocial.

Lorsque ces sortes de protestations armées ont un point d'appui dans la politique , elles préparent et accomplissent des révolutions. H y a soixante ans, le tiers état en a enfanté une contre la caste privilégiée de la noblesse. Entravée, suspendue par le retour de la monarchie , qui a divisé la société en deux cat^ories : les citoyens pourvus de l'exercice des droits politiques et ceux qui en étaient exclus , cette révolution a reçu son accomplissement définitif en 1848.

A cette hrure, le peuple français est homogène ; il n'existe plus de classe privilégiée , ni de classe opprimée. Tout citoyen jouit de l'ensemble des droits politiques , et la guerre civile ne peut désormais s'exercer que contre la société tout entière, contre le droit commun et dans le but de détruire la liberté.

La guerre sociale, dénuée d'un prétexte politique.

i44 Dtcnoifians DiifocRÂTiQtn!.

se réduit à Tusurpation du pouvoir ou à l'attaque de la propriété.

Et comme, dans une société morale et régulière , les Toleurs de grand chemin sont nécessairement en minorité , de là provient que les guerres exclusirement sociales ont trè»-peu de chances de succès. L*iti^alîté politi<iue les motive seule et leur recrute des partisans : sous un régime égalitaire, elles s^assimilent au brigandage.

oomuàGB voutnQUB.

Il est des gens qui font subir aux sentiments, am idées générales, des dissections, des décompositions fort subtiles. On sait combien ils ont multiplié et sabdiTÎse les passions ; ils ont de même distribué le courage es des courages fort diversifiés. J!fous avons le courage moral, le courage militaire, le courage parlementaire I le courage civil, le courage passif, le courage politique, etc..

A chacun de cçs courages nous préférons tout simplement le courage.

L'admission de tant de variétés suppose celle d'an courage impolitique , d'un courage incivil , d*nn conrage anti-parlementaire, anti-militaire, etc.. et nous ne comprenons pas bien que les applications diverses d'une même vertu constituent , au gré des circonstances , une foule de vertus d'occasion.

Le danger de ces expressions peu précises, c'est qu'on les prodigue à tort et à travers. Quel abus n'a-t-on ps

DJCriOMNMBK DÉMOCIUTIQUB. 445

ait depuis un an du courage politique, qualité qui >ullale par ces temps d'orage où la foudre ne gronde {ue de loin ! Mieux un homme apprécie son époque f nieux il comprend l'esprit dominant du pays i plus il ui est aisé de déployer ce genre de valeur qui ne coûte l'autre peine que de se cacher quelques heures dans ua nstaot difficile. Encore ces occasions sont-elles devenues bien rares»

U faut le reconnaître, jamais la discussion n'a été noins périlleuse que depuis dix-huit ans ; jamais il n'a ^té plus facile de braver comme M. Prudliomme, type 3urlesque et verheux du courage politique , la hache révolutionnaire et la vindicte dea tyrans.

11 eat temps enfin que les publicistes et les représentants renoncent à cette marotte du courage politique 9 leveau si banal qu'il a perdu de son prest^ même pour ies lecteurs loint^ns des provinces reculées. Aujourd'hui que chacun écrit et parle confusément ^ sans siutre désir que de se signaler, ce courage politique qui consiste dans le paradoxe, dans la singularité ou la violence du discours, remplit les rues. Je sais de courageux journalistes qui déménagent la veille de chaque émeute ; précaution exagérée; leur valeur n'exposerait à aucun péril leur pusillanimité.

Tel reçoit des éloges à propos de quelque vérité har* die» qui se sait paifaitement à l'abri : on prodigue ce genre de louange au premier venu ; elle est descendue jusqu'à nous à propos de certains passages de ce livre ^ écrit avec la plus profonde sécurité , et dont les idées ^ quelles qu'elles soient, n'offrent à l'auteur d^autres

ennemis à redouter que les gens de goût et les esprits sensës. Or il avoue humblement qu'il serait trop heureux de les désarmer, et qu'il est contre eux sans audace comme sans courage.

Ali ! qu'il y a peu de mérite à dire sa pensée sans flatter personne, à se rire des excès des partis, quand on n'attend rien d'eux ! Il y a longtemps que la tête de Fcraud a disparu du cabinet de Gurtîus. Les glorieux du courage politique sont devenus si nombreux qu'il faudrait une armée de bourreaux pour les immoler : chaque parti compte autant de ces héros là que de soldats; ils sont tout prêts, de part et d'antre, à se pardonner leur gloire mutuelle.

On a du courage ou l'on n'en a pas : dans la première hypothèse, ce genre de mérite est d'une application générale; celui qu'on déploie dans une grande cité n'est pas plus cml que celui»des gendarmes ruraux n'est ehamp^ire. C'est du courage et voilà tout»

Il en est de même du courage politique , très-impolitique le plus souvent, quand il est réel, c'est-à-dire quand il se jette à la travewe de l'engouement des majorités.

En toute autre circonstance , quand un champion combat à prose affilée contre un parti qu'il croit mal défendu et pour une cause jugée la plus forte, il sait qu'il risque peu -pour gagner beaucoup ; et c'est dans son jardin qu'il va cueillir sans obstacle le laurier populaire dont ilcouronnie son front, afin que son miroir lui réfléchisse l'image admirée d'un homme courageux.

DIGTfONNAlHB DÀMOCRATIQVB. 447

vuwLorré poutiqub. — soBPnomn.

Si nous tenions à retracer les annales de la trahison dans noire pays, noire tâche consisterait à résumer rhistoire de France.

Au moyen âge , les grands vassaux de la couronne vendaient de temps en temps quelque poriion du territoire aux Anglais: sons Charles YI , les oncles du roi leur livrèrent la patrie et placèrent un roi d'Angleterre sur le trône. Louis XI , encore dauphin , arma contre son père. Devenu roi il eut à punir le comte d*Eu et le duc de Nemours , qui livraient les secrets de sa p(H litique à l'ennemi. Plus tard, For de Gharle»<<}uint lui assura des créatures parmi les conseillers de François P'.

Chose étrange! l'intérêt populaire s'attache aux trat* très de bonne mine : le connétable de Bourbon est compté parmi les personnages illustres ; le juste sup* plice du duc de Nemours a déshonoré Louis XI ; lapo* pularité de Henrî lY a triomphé avec peine de l'intérêt qu'inspira Biron, le plus fourbe et le plus criminel des homiities. Cinq*Mars , qui vendait aux Espagnols nos places fortes et appelait leurs armées, inspire une tendre sollicitude; les romans ont chanté la touchante élégie de ce traître , et flétri comme un bourreau Richelieu, qui consuma sa vie à défendre l'indépendance nationale contre des infâmes soutenus par le frère même du roi.

Turenne se vendit à l'Espagne; nous vénérons sa

il% DIGTIONMAIBB DàHOCftATIQUB.

mémoire. Gondé dirigea contre la patrie des légions étrangères ; nous i'appelons le grand Gondé. L'bistoire a été aussi indulgente que le Régent à l'égard des coin- (iliceé de la coti»pit«tioii de Cellamare» Eti ce letnpslà tioire premier ministre^ Dubois^ le fondateuir de k politique de la maison d'Orléans, ëult ëtipendié par ie cablitet de Londrei \ aussi paa8a^t*>il pour un homme de beaucoup d'esprit.

Sous la République^ nt>â premiers gétiéniux ^ Dumourîes, Pichegni ^ Moreau, pactisaient aree rétran*^ ger ou avec la maison de Bourbon ; dtt temps du Di^* rectoire , M. Piu stigmatisait du haot dé la tHbuue deux des chefs mémtos du pbuvoir «kéÊUtif , de la vé^ nalité desquels son pays avait p»>Bt^^

Plus tard Napoléon^ qui avait trahi la liberlé, fut trahi par ceux qu'il avait comblés d'honneurs, par Ber« iiadt)tte qu'il avait fait roi| par JoAchim Muruc qu'il avait fait son beau-f rèi^e, et paà* t^uit de généraux et àt chefs militaires^ qui livrèrent l'indépendante natiODate à la Restauration imposée par l'étranger^ à la ReBtaurs«> tton qu'ils trahiit^nt Taïukée suivante et à qUi^iruis moll après ) ils renditienk des seriUents si souvettt parjurés*

La plupart sont niorts.combié*i d'hotmeurs et de res«pectsi quelques-uns ont vécU asses longtemps pour rapporter à la Rt'pablique renaissante un deritlt»* sei"* ment qu elle n'a pas cherché.

C'est de tout temps que cites nous la trahison fut amnistiée^ honoi^^ récompense^* Parmi les peuph*8 modernes^ il n'en est aucun qui présente une suite û continue de défections et de parjures» Ou citerait dif-

DICTIONNAIIIfi DÀMOGIIÀTIODB. 449

kilcunaitt en Allemagne, en Angleterre , pays où l« eoiiinent de l'honneur national a taul de vigueur, un k eei exemples dont notre paya fourmille i chei noua, e patriotisme est une vertu mal affermie, Tintérét l'em* )orl4 longtemps sur la probité politique ; enfin l'on l'a pas la religion de la patrie.

Cependant ce vice odieux n'infeote pas le cœur de la :laase luoyenne, de la classe laborieuse du peuple. C'ost la maladie des fouotionnaires élevés, des hauts ijgnitaivQ» politiques, et Von a vu que, plus leur am** Ution est satisfaite, moins leur loyauté est ferfne.

Dana un Ktat monarchique , la trahison des principaux mandataires du pouvoir est susceptible de eauser de grands malheurs, mais il est rare qu'elle consomme k pQrt«/df» l'Etat, parce que le prince veille & la àé^ feose dç sa couronne, qu'il n'a jamais intérêt k pactiser avec l'eni^emi eofnmuRf et ne peut être soupçonné d'un cri«|ie aUSsi mi^Udmt*

Jl en est autrement dans une République, ou Pau» torité» repartie sur plusieurs têtes, ne garantit h pep*^ sonne la perpétuité du pouvoir, ni la brillante fortune qui en serait la oonléquence. Pour les chefs d'un tel gouvernement, l'intérêt privé demeure distinct de rin«> térêt national» f t si leur n^^ralité, si leur foi religieuse ne les rend supérieurs à toute séduction , la société court de grands risques antre leurs moins.

C« qu'il y a de plus funeste dans un pays dont les citoyens sont devenus ombrageux par l'expérience de trop nombreux mécomptes, c'est que les oiganea du gouvernement y sont mis en suspicion coitiinuelle;

420 DICnONNAlM DÉMOCHATIOrS.

méfiance qui les déconsidère , qui gène leur liberté d'action» leur retire le concours spontané de ropinion, et entretient dans les ressorts du pouvoir une faiblesse incurable.

L'on a bien sensiblement ressenti les effets de ce malaise à la suite des événements de février. Trois mois ne s'étaient pas écoulés, que l'avidité des ambitions particulières, spéculant sur la chose publique, avait déjà séparé des dissidences hostiles , et créé des influences individuelles conspirant la perte du gouvernenient pour hériter du pouvoir.

Chacun de ces partis factices parvint bientôt à paralyser les premiers administrateurs de la République, en les accusant de pactiser soit avec l'anarchie , soit avec des terroristes, soit avec les dynasties tombées.

Ce cri de trahison qui trouve, hélas ! tant d'échos en France , tant ils ont accoutumé de le répandre , ce cri fatal qui consomma le désastre de Waterloo, le soir de cette journée dont l'aurore avait vu l'un de nos généraux passer à l'ennemi à la face du ciel et de l'armée; ce mot impie de trahison, qui retentit de siècle en siècle dans nos annales , a , depuis 1^ retour de la République, servi de commentaire à toutes les fautes, de prétexte à toutes les disgrâces, d'arme à toutes les nuances d'anarchie.

Ces vagues soupçons de perfidie, de duplicité, d'alliances impures et d'occultes connivences , ont énervé le gouvernement provisoire , dispersé ses forces , gêné son initiative et brisé son unité; car ses membres se suspectaient entre eux. De là sa caducité précoce, delà

DICnONNÀfRE DÉMOCBÀTIQUE. 121

l'extinction du crédit public, la rareté des capitaux , la ruine des industries et Tagonie prolongée du pays.

Tant que les esprits resteront préoccupés de ces idées de trahison que l'on croit respirer dans l'air, la démocratie sera vacillante et la confiance demeurera glacée. £t comment mettre fin à cette maladie morale , dans un pays qui a vu durant un si grand nombre d'années, des traîtres avérés préposés à la direction de l'Etat, traîner sous le poids des honneurs une existence à la fois pompeuse et flétrie !

N'avons-nous pas vu un diplomate qui ne surpassait le niveau de la médiocrité que par les proportions formidables de sa duplicité, de sa vénalité reconnue, représenter à Londres, jusqu'au terme de sa carrière, la France dont il avait, en 1814, livré les frontières au prix de l'or du cabinet anglais !

Quel fut pour lui le résultat de cette longue vie tramée de trahisons? Une immense renommée d'esprit et d'adresse.

Tel est à cet égard notre préjugé, que nous colorons la duplicité réussie, des titres d'habileté, d'expérience et de pénétration. Avoir de l'esprit, telle est la manie de notre vain amour-propre; et la subtilité, la ruse, l'imposture adroitement couverte exercent sur nous un absurde prestige.

Certes nous n'aurions pas le courage de signaler cette

humiliante maladie morale de la France , si nous ne

démêlions un moyen de la guérir, en l'attaquant à son

priDcipe que nous pensons pouvoir signaler.

Dans les autres Etats ^ l'homme se subordonne à la

422 OICTIONNAIRi OÉNOCiUTIQITB.

choM publique : U putrlotisine se taie aux croyances religieiU6S| ^t quand ua perionnaga n'est pas dévoué de cœur à une cau«e, il s'abstient de la servir; maia il ne s'en constitue pas le défenseur pour la perdre.

(l'élément nutiérialiste t que suppose cette taadance des esprits les plus cultivés à la trahison , prooèdo de notre éducation pliilosopbique.

On l'a répété i satiété et avec une certaine suffisance; la France est la patrie du scepticisme i douter, dîeoiis*nous, c'est être sage ; douter, c'est âtre éclairé } doubler» c'est l'élever au^iessus des préjugés et dea erreurs vulgaires.

Donc nous sommes infatués du scepticisme qui déi« fie notre raison» et sur les bancs mêmes des écoles, nous sommes initruits k vecbercber, comme nos titres de noblesse, la généalogie du scepticisme jusque dans les Acres satires de Jean de Meung et dans la ratiopa- Usme subtil d'Abélard, Les trois siècles qui ont pré«> cédé le nôtre, inaugurés par le scepticisme de Montais gne, de Pierre Charron» ont donné un corps avec une âme k cette philosophie du doute; puis le ràgne de Louis Xy et de Voltaire a nn« le sceau à cette œuvre de décadence religieuse et de désorganisation morale. La conséquence de ces longues spéculations intellect tuelles a été la substitution de. la philosophie à la religion , de la discussion à la croyance , de la raison individuelle et capricieuse à la foi » qui est une el immuable.

Or, cette philosopiiie française , spiriiualiste au be«* soin, s'il lui platt» mais de parti délibéré et sous la

I>iCTrO?fNAIIU5 oéMOCRATIQUB. 433

garantît du vHHonnsment» catt^ philosophie dont nous sommes imbui, et qui r^it Thiftoire» k morale, la poé»^, I4 9tmété^ la famille p et jusqu'à la chaire du prédicateur ecclésiastique , cetle philosophiOf c'est k scrptîei^tne, snr la portée duquel ou se méprend.

Eu effet, douter c'est ne pas croire, et ne pas eroittei c'e^t »ier# Du scepticisme au matérialiitne il n'y a qu'un mot. Du moment que je crois parce que je veuJl croire et non parce que je ne saurais faire atitremeut, ne puis-je pas cesser de croire s'il me convient de cbân<^ gf F m4 yplMUté ? Et que de fois le eaprioe, la vanité ou l'intéfét m Tiei|droiit«4U paa modifier noi Intentiona et triamph^r d'opiaioua qm ne lont paa dm çonviciiona iavinçiblof !

Chérir sa patrie, se sacrifier pour elle» \^ gUrdev U foi promiafi, n^ point trauslger avec la vérité ui avec la couacieupi, vpjlâi nos devoirs. Qui \m H)pt eu doute? li'opiuion est uuanime lA-deasua, *^ li^Qpiniou.** Oui certea } inaia l'opinion n'est p«ia U foi.

L'opinion ne redoute que l'opinion ^t Se tire dâ, blâme avec l'hypocrisie ; la fçi aipQ^re et reUgieuse trouve son préservatif, aou juge et sa pénalité dans le fond même de la conscience.

Je le répète encore et le redirai souvent ; la dnnocia*tie est incompatible avec le scepticisme, avec le maté-* riaUaine, avec i'irréligiou et même avec l'iudiiféreace.

Poiut d^ république possible sans le patriotisme^ point de palriolisme sans croyances* La démocratie san^ rÉvangile, c'ot un cprpa inanimé qui ae dis^H^ut, S6 corrpinpt» a'empoisonue et tombe en pourriture,

424 DICnONNAIHK DélfOCBATIQUB.

Qu'est-ce que l'empire absolu de la raison préposée à la conduite de l'homme ? — C'est le règne absolu de l'intérêt individuel. La raison pousse chacun à travailler pour soi.

Qu'est-ce que le scepticisme politique? — C'est l'égolsme.

De l'égolsme et de l'intérêt combinés procède cette devise du matérialisme : — Chacun pour soi.

La trahison , ce n'est autre chose que le scepticisme politique mis en pratique.

Il est temps d'en finir avec ces corruptions ingénieuses qui désorganisent sous prétexte d'éclairer, et qui font dévier, sous l'impulsion d'une éducation makaine et routinière, le caractère national, de sa noblesse native et de sa loyauté naturelle.

Ce scepticisme glacial qui engourdit la chaleur du patriotisme et colore les passions cupides est bien réellement le fruit des doctrines enracinées dans notre philosophie , en dépit même et presque à l'insu de nos écoles modernes.

Qu'un incident fortuit, qu'une circonstance imprévue et critique exaltant le cœur de nos compatriotes, les rende soudainement à leurs instincts de bravoure , de dévouement, de générosité, et les arrache aux calculs de la froide raison , vous les voyez se précipiter avec ardeur dans les périls, s'oublier eux-mêmes, s'offrir en holocauste et étonner le monde par l'emportement de leur héroïsme.

Chez nous, la jeunesse est brave et désintéressée; elle est possédée de l'amour de la gloire ; elle est fervente

DICTIONNAIRE d6mOGRÀTIQUB. 425

en ses croyances, et rexpérience seule, au lieu d'éclaU i-er sa brayoure, parvient à en dessécher la source.

Le scepticisme, qui est la n^atïon des passions affectives, est une protestation contre le sentiment évangélique de la fraternité destiné à cimenter les institutions de la démocratie. Que de Gurtius à vingt ans , qui se sont faits des Judas à cinquante, après avoir aspiré la philosophie du monde !

Ainsi, tandis que les jeunes, les faibles et les naïfs enfants de la famille française sont encore sous l'impulsion des idées généreuses et des principes de l'honneur; les esprits mûris par les ans, les hommes investis de la mission de gouverner la société, en sont arrivés au doute qui paralyse l'âme, énerve l'activité, et tarit la source des pensées générales.

Et ces exemples décourageants retombent sur le peu* pie dont ils éteignent la vertu, dont ils altèrent la conscience et la probité.

Il est Theure d'y songer et de reconstruire 1 éducation publique, de la base au sommet, si l'on veut que la république ne soit pas quelque jour vendue à l'encan. Il est essentiel, pour qu'elle puisse fonctionner^ que ses administrateurs cessent d'être suspects à la nation , et que l'on.ait la faculté de les choisir parmi des hommes aptes à garantir par leur moralité passée leur intégrité future.

Rayons le matérialisme politique des mœurs publiques et des doctrines communes, le soupçon naîtra moins vite dans les âmes , car c'est d'après soi-même que l'on juge de la conscience d'autrui.

iM DiCnONlfâiMt DÉHdaUTIQinK.

Eo Espagne, tn Prune, cb Aatrklie, «n Russie mêmey et en Angleterre lartont, l'étranger trouverait difflcilennent des agents disposés à comprendre qne l*on puisse trafiquer du sol natal et vendre à des princes le sang et Tbonneur de ses compatriotes.

Ce nVst pas dans la cité de Londres, peuplée de malheureux frustrés de tous les droits et même de celui de vivre, que l'on rencontrerait par centaines, des parricides prâts à s'insurger en armes, moyennant un salaire étranger» contre le drapeau sacré de la vieille Angleterre l

Tandis que chez nous, toujours, en tout temps , et hlen récemment encore... Mais à quoi hsm traiaer| sa plume et sa pensée dans la fange ensanglantée de ces souvenirs !

Le rationalisme a triomphé du préjugé de l'honneur, de la sottise du dévouement, et voidi deux siècles que la philosophie sceptique nous démontre notre supériorité intellectuelle t la poésie même a doré d'un prea<tige ^ntimental les chaînes de la trahison m^i^heureuae. Pleurons donc les infortunes du beau Oinq«Mars, et continuons d'élever des monuments à ses imitateurs.

Au théàti*e, ne nous apprend-on pas que

« riumaeur gsss l*sr|eiit a'esi qu'ans ifislsdlei «

et que les pouvoirs qui châtient les traîtres intéressants, seront un jour stigmatisés par les poètes, e$s firfires de la pensée, et maudits comme le grand Riche^^ lieu par Taveugle postérité!

DICTIONNAIIIB DÂ11CX2RATIQU8. 427

ILBPaiâSBirTAIIT BU PiniFI.B.

Ce titre est fitmcheinent accepté par les républi* cains sâncères» Quant aux représentants enclins par babitude ou par conviction aux réminiscences monarchiques, ils se qualifient de memires de VÂsstmhln iuuionalel Ces deux manières de désigner un même objet ne sont paâ indifférentes ) elles sont séparées par une opinion tranchée.

Élus par le suffrage universel, nos législateurs sont bien réellement les représentants du peuple^ Et même iU le refirésentent presque trop t au banquet des em-» plois lucratifs , trop fortunés convives , ils tendent à accaparer un nombre infini de couverts , et à se dëlé« guer entre eux toutes les attributions du pouvoir et des hautes administrations. Il semble que l'élection soit un brevet de capacité universelle.

11 est une sorte d'incompatibilité à laquelle je ne crois pas : c'est celle de la nation tout entière , à t'exiception des membres de l'Assemblée^ avec les grandes charges de l'État.

Ce genre de dévouement offre l'inconvénient de pré^ poser aux plus importantes fonctions , des chefs de parti qui exploitent à leur*profit leur prépondérance, et d'embarrasser le pouvoir exécutif^ d'une cohue de fonctionnaires inviolables en tant que législateurs, ce qui annihile la hiérarchie et affaiblit la i^pousabilité^

Un représentant est une partie intégrante et active de la eouveraiaeté» Cette mission est mal compatible

428 MCnONXAlBE DBMOCBATIQUB.

arec la subordination de remployé, de Tadministraceur.

Sensibles déjà sous la monarchie, malgré la triple constitution du pouroir, et la situation exceptionnelle et inaccessible du clief de l'autorité executive , ces écueik sont plus évidents encore dans un état démocratique où la concentration est moindre , où la délégation du pouvoir est temporaire, sans que les citoyens qui en sont investis soient élevés au-dessus de l'égalité commune.

Les grands dignitaires inamovibles , et il faut qu'il y en ait, posséderont évidemment , s'ils ont la faculté de régner à la tribune , une puissance réelle plus forte à raison de sa durée, que celle du Président de la République élu pour trois ou cinq ans.

Agent fidèle du gouvernement , un chef d'administration doit obéir. Or, comme représentant, il ne saurait abdiquer son initiative , ni rompre avec un parti dont il aura consciencieusement défendu les principes. En cas de dissidence, objecte ra-t-on, il est libre d'opter : mais quelle séduction dangereuse, que de placer un homme entre l'intérêt et la conscience! Quelle cause de désordre que cette instabilité forcée des fonctionnaires !

D'ailleurs les champions du parti dissident ne diront-ils pas au fonctionnaire ainsi partagé : — Restez à un poste où vous pouvez nous servir plus efficace^ ment? I^e mieux qui puisse advenir, c'est qu'il ménage , comme l'on dit vulgairement , la chèvre et le chou, sans se douter qu'il se rend doublement infidèle.

DICTIONi«A»B DKMOGRATIQUB. 429

Cette fausse position a compromis le premier préfet de police de notre jeune République.

Un semblable abus est intolérable, surtout depuis que l'Asseaiblée esta peu près souveraine ; les inconvénients en sont manifestes, lorsqu'il s'agit de fonctions qui exi* gent un talent spécial et un grade préalablement acquis. Nous avons vu un commandement en chef donné à un ancien chef d'escadron de la garde royale. Son incapacité la compromis en mettant la chose publique en péril. Son successeur fut un ancien sous-officier. Ils étaient membres de la Chambre, et leur mandat les a improvisés généraux. Il est vraiment heureux qu'il se soit trouvé au sein de l'Assemblée , dans un moment de crise , de véritables officiers supérieurs ; sans quoi la direction des troupes parisiennes eût risqué de rester entre les mains d'hommes étrangers à l'art militaire et. sans inQuence morale sur l'esprit du sçldat.

Naguère le chef du pouvoir exécutif avait appelé à un ministère un administrateur qui n'était pas représentant. Cette innovation fut blâmée ; à tort, nous le pensons. On reconnaîtra un jour l'avantage d'avoir des ministres en dehors des luttes parlementaires.

n nous parait tout à fait inopportun d'envoyer aux ambassades lointaines les membres de l'Assemblée na« tionale. C'est dégarnir la Chambre et laisser les départements qui les ont élus, privés de représentants. Bref, les électeurs délèguent leur mandat à la condition que leurs députés consacreront tout leur temps , toute leur indépendance à l'œuvre législative. Le fonction-

130 DlCTlONNAïaB DiMOCIIATIQUB.

naira immédiat du pouvoir n'est plus le rejMréoefitant du peuple.

Cet accaparement des fonctions salariées est d'auUnt moins justifiable, que la nation rétribue les travaux de ses mandataires , afin qne leur intégrité soit plus so^ lidement garantie et que la pauvreté ne devienne pas une cause forcée d'abstention. Lorsqu'on 1814 on dé« cida que la députation ne recevrait aucune indemnité : — Gela coûtera bien cher ! s'écria Louis XYIIL II donnait par anticipation le dernier mot du régime constitutionnel et en signalait le principal ressort y la coi^ruptiou.

Sous la royauté restaurée ^ et nous y comprenons le dernier règne, le député était le représentant de la gtatide propriété t et même la propriété s'était interdit la faculté de s'étayer de l'intelligrâice ^ car elle avait monopolisé, au moyen d'un cens d'éligibilité fort élevé , l'aptitude législative , entre les mains des plus riches propriétaires.

Si, subordonnant la capacité électorale a la fortune immobilière ou mobilière déterminée par llmpàt, la monarchie représentative eût aboli le cens d'éligibi-* lité , elle aurait duré plus longtemps , parce que tout en conservant le privilège de la propriété, elle eût consaci*é les droits de l'intelligence et du talent.

Quoi qu'il en soit, et même en adoptant celte com«* bioaison, les^ députés n'auraient encore pu revendiquer le titre de représentants du peuple. C'est Mirabeau qui ) le premier, en 1789, proposa dé désigner de la sorte ceux du tiers état. Sa motion fut écartée, mais

DICriONNAIIIB DÉMOGBATIQUB. 434

I mot fit fortune ; la République le consacra dans la onstitation de 1703. Le sénat us-consulte de 1804 les oalifie de membres du corps législatif. Ils reprirent a 1814 le titre de députés qu'ils avaient eu lors de la 3n vocation des États généraux.

Aujourd'hui qu'ils sont élus sans exception par tou* îs les classes de la société , dont la réunion constitue s peuple j il est aisé de les désigner nettement. L'élu lu suffrage universel est réellement le représentant lu peuple.

JNCOmPATtBXUTltB.

Par malheur, la cause assez complexe des iqcompa» ^ibilités a été plaidée contradictoirement jusqu'ici par leux avocats d'un égal acharnement et d'une duplicité incomparable s l'un se nomme l'envie , l'autni la cupidité.

C'est une de ces difficultés dont la solution est ca-« diée au fond de la conscience, et c'est là qu'est souvent placé le nœud des questions politiques, sous l'empire de la démocratie dont l'éducation morale est la principale garantie.

Du temps des rois^ la doctrine des incompatibilités était d'une exposition bien plus facile t la chambre élective représentait tant bien que mal le peuple, en face d'un pouvoir dynastique. En principe , l'on ne pouvait être le mandataire de la royauté et celui du peuple tout ensemble x dans la balance du système représentatif, il était absurde qu'un mênie homme pesât à la fois sur les deux plateaux.

431 DKTTNKflUnB lȎllOCBATlQra.

Mais , soas la République, le pouvoir, comme Tautoritë législative , émane de la souveraineté populaire. Toutefois, bien que rincompatibilité paraisse moins radicale, elle subsiste encore pour certaines fonctions. Plus la prépondérance de l'Assemblée nationale est grande, plus le mandat électif impose à la probité des élus de la nation le devoir de s'abstenir d'un abus de leur influence ; moins il leur convient d'accaparer les emplois lucratifs, et, en quelque sorte, de s'y imposer.

Le pays a besoin que le pouvoir exécutif soit vigoureusement constitué. Plus il lui donnera de force, plus il faut que le contre^poids formé par l'Assemblée nationale soit efficace ; la garantie de cette efficacité, c'est l'indépendance des membres du corps délibérant.

Personne, je le crois, n'oserait soutenir l'opinion de l'incompatibilité absolue : mais à quelle limite convient-il de s'arrêter?

Se montrer trop exclusif à cet égard, c'est priver l'Assemblée de la plupart des hommes de talent et d'expérience ; qualités acquises , facultés développées par l'exercice des emplois publics ; c'est en outre étendre une suspicion anticipée , permanente , défavorable sur les citoyens appelés par le peuple entier à une mission de confiance.

C'est donc bien la une question dont la solution repose sur l'honneur et la probité d'un chacun.

La résoudre par un déci*et prohibitif d'une rigidité inflexible, c'est reconnaître comme des faits notoires le manque de discernement des électeurs et l'absence

BICTIONNAIBB DÉMOCRATIQUE. ^ 433

le moralité des élus, c'esUà-dire des représentants de a France.

Une assemblée contre l'improbité de laquelle on croit leyoir recourir à des préservatifs si formels, est décriée l'avance.

A qui doivent revenir les charges de l'Etat? Aux plus »pables de les exercer. A qui le mandat législatif? Aux plus dignes. On a droit d'espérer que le plus digne ;t le plus expérimenté ne feront souvent qu'un. Le peuple est le premier juge des incompatibilités ; la conscience de l'élu juge en dernier ressort pour ce qui le concerne intimement.

Il nous semble donc qu'en général le peuple est libre le remettre 9 en connaissance de cause , son mandat à lin fonctionnaire ; mais le représentant non-fonction- Daire aiira»t-il la faculté de le devenir durant sa légis* lature ?

Non ; car ce n'est pas dans le but de lui faciliter une brigue qu'on l'a envoyé à l'Assemblée nationale.

C'est pourquoi, dans l'ancienne législation, tout dé* puté promu à une charge nouvelle était sujet à réélection. Mesure insui&sante qui laisse à l'ambitieux tout son essor, et lui permet de faire de la f ribune un mar* diepied. Il a brigué le mandat pour l'exploiter à son profit, et s'il le perd ensuite, la place lui reste ; son but est atteint.

La sévérité de ces réflexions n'est pas hors de propos, aujourd'hui que la représentation nationale ressemble fort à un bureau de placement qui tient en disponibilité des gens pour tout faire.

431 DiCTiONifAiRB BiiiocaATiora.

Sous le dernier régime, on avait excla de rël%iliîlit« les préfets^ les sous-préfets, les receveurs géuëvaux, lei payeurs, les percepteurs, et d'une manière moins absolue, dans le ressort de leurs attributions, les gêné* raui, les membres du parquet, etc.... Il était indispen* sable d'y joindre les employés des ministères. Mais on exceptait le préfet de la Seine , et je ne sais pourquoi les ambassadeurs , ce qui est absurde , vu qu'ik sont absents *, )e gouverneur de la banque, etc.

Il nous semble que toute fonction qui place son titu laire sous l'influence directe du pouvoir exécutif, est incompatible avec le mandat du peuple.

Pour ce qui est des ofl&cierp de Tarmée^ il serait à souhaiter que la fonction de représentait les plaçât dans le cadre de disponibilité ; car ils sont les agents les plus passifs de l'autorité executive, et, comme disait Louis-Philippe^ la force armée ne doit point délibérer,

Quoi qu'il en soit , ces incompatibilités no doivent pas être dénoncées sous l'impression de la défiance. L'intention qui doit en diriger le classement est celle-ci :| prévenir l'éventualité d'une situation gênante pour l'inn dépendance, pour la consdeuce et la délicatesse de l'éli^ du peuple.

Comme il serait, toutefois, contraire à la liberté del priver l'électeur de la faculté de se faire représenter par un homme dont le talent , la probité ont brillé dans Texereice des fouettons publiques ( proscription qui éloignerait de l'Assemblée , des gens capables et utiles), on pourrait , relativeinept à une certaine catégorie de places , déléguer des fonctionnaires sup-

DtCTIONNAIBE DÈllOCHATlOUE. ^ 4)5

pléantSjà l'administration provisoire des emplois dont le titulaire se trouverait momeutauément suspendu par le mandat électif.

Cette question, je ne saurais trop le redire, est d'une solution compliquée. Sous le régime du suffrage universel qui consacre l'égalité de tous les droits, il parait difficile de déclarer que les charges de l'État seront l'occasion d'une sorte de déchéance, et que les fonctionnaires seront les parias de la société française.

En présence de semblables difficultés, je n'entrevois, dans un État démocratique , que deux contre-poids équitables : l'un , c'est la probité , c'est la modération du candidat { l'autre, c'est le discernement et la prévoyance du peuple. Tout se réduit, là, comme sur beau* coup dç points, h une question d'éducation publique et à une affaire de mpraliié.

Chercher ailleurs la solution logique du théorème des incompatibilités, c'est opt^r entre des erreurs diverses ; le traiter en prenant pour base les arguments usités sous la monarchie, c'est se fourvoyer. Eteignes la conscience et supposez le peuple dépourvu de lumières comme d'instruction politique , il devient dès lors inutile de rêver des institutions républicaines ; car, dans ces conditions, la démocratie ne peut pas esister, et il ne reste plus qu'à prononcer l'incompatibilité de la nation, avec des institutions qu'elle est inhabile à pratiquer sans être mise en tutelle.

436 mcnoNiuiBB dbhoolatiqcts.

Enfin rAssemblëe nationale a mis fin au scandale des apostilles ; les représentants se sont interdit le priyil^e d'annoter les pétitions de leurs électeurs ii^ fluents.

Cet abus a été englouti dans le naufrage de la mo* narchie constitutionnelle.

Maintenant, le représentant ya tout droit, et de son chef, solliciter au ministère ; il y conduit son client par la main, ou bien il rédige lui-même en son propre nom la requête : mais il n'apostille pas celle du solficiteur.

n est loisible à ce dernier de se dispenser de prendre la plume ; ses intérêts n'en sont que plus efficacement débattus.

En supprimant les apostilles , il se trouTe que l'Assemblée nationale a fait quelque chose en fareur des solliciteurs.

Le princifial vice de notre régime colonial est retracé par le premier de ces mots. Quand le roi et les seigneurs féodaux étaient seuls libres et maîtres, au milieu du territoire leur domaine , les provinces constituaient dps propriétés féodales ou royales , en un root, des possessions.

Mais aujourd'hui, je ne conçois pas comment la

DlCnONNAUB DiMOGBATlQUE. 437

Pointe-À-Pitre et ses habitants constituent, plutôt que Limoges et les Limousins, une propriété, voie possession appartenant à la population du continent.

Ces pays sont français , et conséquemment, en toute équité y possesseurs d'eux-inéraes comme nous le sommes. Ce préjugé de la possession a faussé et énerve encore notre système colonial , parce qu'il a mis en contradiction et tenu dans une gène constante ceux qui lont réglé.

Il a fallu concéder quelque chose à la philosophie d'abord ; puis à la démocratie , sans cesse en progrès depuis le règne de Louis XYI, et établir une situation mixte , mal définie ; sorte de biais entre deux systèmes politiques tout opposés et réunissant les inconvénients de Tun et de l'autre , sans réaliser les avantages d'aucun des deux.

Aussi les progrès sociaux , dans les colonies^ ont«ils toujours procédé par soubresauts violents , par catastrophes, et l'application soudaine et forcée des doctrines égalitaires y a fait couler des flots de sang : comment oublier le sombre mélodrame de Saint- Domingue !

Nous ignorons l'art de métamorphoser en terres françaises les pays lointains récemment incorporés. De là notre infériorité par rapport aux Anglais : ils agrandissent l'Angleterre; nous rêvons des possessions, et comme elles ne s<Mit point assimilées à la mère patrie , elles lui échappent.

La colonie est un accroissement, la possession n'est qtt*un accident. Depuis dix-huit ans, l'Algérie sert a

(3i mcnoinfAitB DéMocaATiQus.

dëmoaiftr It faiblttae de nos méthodes. Nos ac4dats y •oot campés comme ïU le forent en Egypte ou à Mos* cou i mais la patrie n*est pas là.

Un peuple n'abdique pas volontiers sa nationalité ; mais un peuple possédé change aisément de maâtre, jusqu'au moment où il découvre qu*ua peuple n'a pas le droit d'en posséder un autre à titi*e de propriété. A mesure que les idées françaises s'implantent dans une de nos colonies, cette colonie devrait être soudée plus indissolublement à la France. L'expérience a démontré que la colonie firançaise se révolte et se désagrège; elle Ciit ce qu'accomplirait la France si elle était placée sous le joug d'une nation étrangère.

Nous tendons depuis des nèdes à la destruction de Tticlavage* Sous l'empire de ces idées, la servitude des noirs , aux colonies , s'était si fort adoucie qu'il ne i«s» tait à supprimer qu'un mot* Ce mot, nous venons de l'abolir t or il répondait, pour l'esclave, à certaines garanties qu'il n'a plus. L'esclavage était le droit au travMl en plein et pacifique exercice s ceux qui l'ont fait sujqprimer là «bas, où il était consacré et fruc* tueux , le i-édament ici , où il est impraticable.

Sans doute, il était fort heigue d'émanciper le nègte ; mais il fallait préalablement le mettre, par l'éducation, à même de se conduire et de profiter de sa liberté.

Tout droit qui ne correspond pas à la faculté d'user du droit est illusmre : c'est ainsi, par exemple, que le suffrage universel , le meilleur mode d'élection et le plus rationnel de tous, devient le plus anormal et le plus dangereux, s'il est mb à la disposition d'un

MCTIONNAIM DÉMOGâATIQUB. 439

peuple sans discernement. L'exercice d'un droit politique demande une aptitudo, exige une éducation politique.

Une d«ft plus nobles miBsioiit assurément de la sociëié française , c'est d'élever le nègre à la dignité morale et de régénérer la race des esclave!»

Du jour ou ils auront acquis la conscience des devoirs auxquels la liberté engage , ils seront libres de droit. Jusque-là , le nègre est un enfant en tutelle ; c'est l'é» colier de la civilisation.

Sa condition ne doit plus être Tesclavage» incompa-* tible avec notre dogme religieux , et qui n'implique aucun devoir envers lui de la part du maître. Mais de même que les élèves de nos lycées ne sont pas des es«> daves, et cependant ne se gouvernent point eux-mè* mes , ainsi les noirs doivent être paternellement régîS| protégés et dtsctplinés par les institutions^

C'est du reste ce qui a lieu depuis longtemps , et l'esclavage n'est plus depuis longtemps qu'un mot. Sauf de rares exceptions qui diminuaient de jour en jour^ le nègre de nos colonies était certes moins a»* treint et plus heureux que ^ouvrier de la mère-patrie»

Ces consi<iërations ne nous empêchent pas de reennnaître que si l'homme esc susceptible d'être le pa« pille de l'homme , il n'en saurait être la propriété. It est indigne de supposer qu'un pays habité par un peuple puisse être équitablement la posiesiwn d'un autre pe«ple«

440 DicnoxsuiiB

Jusqu'ici , les peuples entre eux n'ont pas cantiacté d'alliances : les accords éphémères conclus entre les souTcrains n'ont été que des combinaisons d'intérêts formées par les propriétaires des empires. Le mobile d'une alliance véritable est la sympathie naturelle ; le but des alliances artificiellement nouées par la diplomatie, a été jusqu'ici, d'isoler. On s'alliait contre une puissance rivale; on se coalisait contre un peuple pour le détruire, ou contre une dynastie trop redoutable.

Ainsi l'antagonisme était le principe de ces alliances, dont la guerre était la conséquence accoutumée. Souvent même les alliés des rois étaient les adversaires naturels des peuples ; c'est ce que l'on a vu en 1814 , où les Français désignaient les soutiens de la maison de Bourbooi par cette expression ironique : Nos amis les ennemis.

Le dénoûment de ces sortes de combinaisons consiste à creuser de plus en plus le sillon qui sépare les frontières ; le but réel d'une véritable alliance doit être de l'effacer peu. à peu, d'associer les intérêts voisins, non de les séparer, et de resserrer entre les nations les liens d'une paix fraternelle.

Pour s'élever à ces résultats , l'avènement universel de la démocratie n'est pas un prélude indispensable: il suffit que les rois des peuples soumis à la Corme de la monarchie, se considèrent, non plus comme les propriétaires, mais comme les administrateurs des empires.

DIGTI0NNA1RB DÂMOCBATIQUS. 441

Depuis longtemps la philosophie a réalisé ce progrès ; la diplomatie est seule en retard quant à Tapptication.

Les alliances fondées sur un intérêt dynastique sont momentanées et stériles ; les alliances préparées par les sympathies naturelles des nations, parla communauté de croyances , d*opi nions > par les conformités de climats y de caractères , et par la solidarité des besoins mutuels^ sont forcément stables et fructueuses.

D'après les errements de la Tieille école diplomatique, on s'alliait très-rarement avec son proche voisin ; mais on s'unissait d'ordinaire à quelque pays éloigné , pour cerner de concert le territoire de ce voisin com* mun^ que l'on envahissait à là fois à ses deux extrémités, qui par le nord , qui par le sud. On se rencontrait d'aventure au centre de la contrée envahie ; puis l'on revenait se défendre chacun chez soi contre une agression semblable, emportant quelques bribes de territoire ccMiquis , et laissant en arrière , aux portes de son pays , des rancunes amères et les ferments d'une haine fraîchement avivée.

Ainsi l'usurpation et la discorde étaient les bases des. alliances; la division en était le résultat. C'est pourquoi la duplicité , la ruse , la trahison furent constamment les ressorts principaux de l'art diplomatique.

De véritables alliances, conclues par la droiture, sous Timpulsion de l'intérêt populaire , se proposeraient un programme bien opposé , et auquel la nature présiderait.

D'abord la diplomatie n'aurait point à créer des alliàn -

ut DIGTlCmNAIRB DEMOCiUTIQUS.

ces ( c'eat k «scksiormité morale et la projûmîté quî les font iidltre. La diplomatie réglerait les relations ^ préviendrait les discords , et maintiendrait la bonne barinonie*

La seuls admission de ce principe : — Préfsrsr Talliance du voisinage à toute autre, contient les conditions de la paix universelle | s'il est pratiqué partout ; tandis que la doctrine des alliances lointaines éternise forcément l'antagonisme et la guerre*

Naguère encore ces idées eussent été prématurées et inintelligibles» à raison de leur simplicité même i mais elles ont fait de si grands pas^ depuis que les peuples ont acquis de la prépondérancei que la paix est devenue l'état normal de l'Europe, et, qu'en un moment où l'é* tat spcial est lemis en discussion partout, au détrim^it des monarchies , il n'est pas un souverain qui ose en«treprendre la guerre. Toute agression est forcée de s'arrêter devant la médiation des peuples»

U parût assez logique que les peuples qui parlent une même langue et qui procèdent d'une commune origine, ne constituent qu'une famille sociale ^t soient régis par les mêmes lois : qu'importent à cet ^^rd les divisions territoriales plus ou moins étendues « si les nations diverses» en possession d'elles-mêmes, cessent d'être l'apanage de princes jaloux entre eux de leur puissance» et intéressés â arrondir leurs propriétés par la conquête !

J)u JQur où la terre cessera d'être un éebiquier sous la main de quelques gros joueurs , du jour où les in* tcréu des souverains et €(^ux des p^upfes im fsmt

DKTtOimAIIIB DÉiOCRATIOVB. 443

qu'un, la paix Mra garantie par le monde, et les alliances produiront des fruits.

Déjà la politique de division tend à se dissoudre ; l'œuvre Iniarre du congrès de Vienne s'écroulera peut* être sane confiit général ; car la politique des rois est paralysée, et celle des peuples qui la tient en échec, esttrop jeune encore pour s'emparer de l'initiative, et pour imposer la loi de la violence à la vigueur expirante des dynasties passées.

rxSO, OOVFISOATZOMr.

Chez les Romains , lejîscus était un panier où Ton plaçait les revenus publics dont le transport était effectué par des mulets et des ânes.

Aujourd'hui ce mode de collection serait dlAcite ; il faudrait de trop. vastes paniers, et iVchine dês ânes lompfait s6u8 la charge.

Soos la monarchie française, le fisc était le trésor des rctts* C'est encore aujourd'hui de la sorte que l'on dé^ signe le tréi^or public. Ce mot se prend en mauvaise part. Un ne l'emploie guère pour qualifier la caisse de l'Eut lorsqu'elle paye s alors on dit le trésor. Quand il perçoit les impôts les plus impopulaires, il devient le fisc» Autrefois les foèelUs partageaient cette répro^ bation.

£q donnant à la justice criminelle un caractère fiscal, la confisfiKtiott, in&oduhe i Rome par Sylla et rétablie )iar nos rois, contribua beaucoup à la répulsion dont lo mot flsc est l'objet. La révolution maintint la confisca*-

444 DICTIONNAIRE DéMOGRATIQUB.

tioD, qui ne fut abolie qu'en 1814. Nos mœurs ont dit de grands progrès.

Les amendes affeclëes à la répression des délits de presse» la saisie des cautionnements destinés à entraver la liberté de la pensée, sont des pénalités qui émanent < indirectement du principe de la confiscation.

Ces amendes, ces saisies atteignent à la fois le coupable et l'innocent. La confiscation, justifiée par la loi juive, poursuit dans les descendants les fautes de leur père. Il est souverainement inique, quand un citoyen a commis quelque délit , de lui arracher le pain qui nourrit ses enfants.

La première vertu d'un percepteur c*est la probité, la seconde est la patience. Cette fonction eiige beaucoup de tact^ et surtout dans les grandes villes. Il &ttt en outre qu'un percepteur soit pourvu d'une grande liberté d'action et efiicacement protégé par l'administration centi*ale.

Colbert décernait des primes aux receveurs, aux collecteurs qui parvenaient à opérer le versement de l'impôt sans recourir à des poursuites judiciaires. Nous parvenons au même but en leur départissant, outre leurs appointements fixes , un intérêt sur le montant de la recette.

La condition des percepteurs fixa l'attention de l'empereur. Au commencement de son règne, l'impôt rentrait difficilement $ les grands dignitaires, les famil-

DUrriONNAlRE DÉMOCRATIQUE. 44b

les influentes se soustrayaient à cette obligation, ajournaleat leurs versements, et les receveurs mal garantis, craignant de perdre leur place s*ils s'attiraient des inimitiés» n'osaient provoquer l'application des lois. Les choses, à cet égard, se sont améliorées sans changer entièrement.

Un jour l'un d'entre eux, nommé Goetz , envoya à un sénateur, membre du conseil d'État et très en faveur à la cour, un avertissement qu'il accompagna de ces mots : « Si M. le comte R.... négligeait de solder l'arrérage de ses contributions, qui comprend trois exercices, je me verrais forcé de recourir à des moyens coercitifs. »

Ce Goetz était Allemand : son orthographe était complice de sa prononciation tudesque, et le mot cfwciîify dont il n'usait pas souvent, lui était peu familier ; il le commençait par un g.

Indigné de cette audace.. .. cacographique, le comte R.... renvoya l'avis en y traçant de sa main : • Che mé moque ie tes moyens goercitifs, » Et il signa.

Goetz obtint une audience de l'Empereur et lui ex* posa le fait. Le jour même, le dignitaire récalcitrant recevait de nouveau la signification, avec cette ligne audessous des deux premières : « Si le comte R... n'a pas » acquitté ses contributions à trois heures , il quittera » le conseil d'État.

>» Napoléon. >»

C'est à la suite de cet incident, que l'Empereur sentit la nécessité de mettre les penepteurs dans une situa-

446 DIGTIONlfAIAB DillOCBATlOO*.

tion resp^cUble el ind^^pendante. Us étaient au Bombre de quarante-huit ; il les réduisit à douze, leur assigna un traitement fixe, leur aUoua des remieeg, et récompensa leur zèle par des ])OBiAcationa proportionnées à leurs services. En outre, il leur retrancha toute pension de retraite, mesure qui impliquait rinamovibilité de la cliarge, sauf le cas de forfaiture, et il régularisa les inspections qui mettent à l'abri le titulaire en le contraignant d*agir, et qui surveillent en même temps ses opérations.

Depuis lors, il fut plus d'une fois attenté à Pin^^pendance des percepteurs. M. de Villèle ayant eu fiatitaiaic de créer à Paris dix perceptions nouvelles, y pourvut en limitant le fonds des bonifications dont l'escMant servit dès lors A compléter les remises. Il eu râsulte que ce fonds des bonifications devint la garantie des remises et du profit des percepteur», suKout depuis la suppression des traitements fixes. Réduite» da nouveau après 1830, les i^emises des percepteurs, porléa aujour^ d'hui au nombre de vingt-neuf, vienpent 4'étve encore atteintes d'une manière coosidérabie et iinprudente , \m h suppression des boaifications^ mesura qui place ces employés dans des conditions d'ipégaUté ^ de souffrance, et réduit quelques-uns à rinlérit de leur eautionnem^ent, Ces fonctionnaires sont trè&-péf)iblement occupés ; leur besogne a triplé depuis six mois ; il est des percepteurs qui perdront jusqu'à 55 pour cent de leur indemnité par l'effet de la dernière mesure qui les concerne. C'est mal enteodre l'administration que de la désor^niser aVec cette brusque légèreté.

Jiiiqulêl l'on D*avftit Jamais destitue un percepteur irréproehable. Or le prëcédeot ministère a congMië le doyen des percepteurs de Paris et l*un des plus actifs, qtd avait ëtë nomme à vie par l'Empereur. On sait que eet emploi ne donne aucune retraite. On a créé deux places des débris de la sienne. (Aservons qu'à mesure qu'en multiplie les percepteurs , on réduit leurs honoraires sans réaliser aucune économie: le ▼ersement de l'impôt n'est pas plus rapide, et les frais administratifs deviennent plus considérables. Ainsi les percepteurs reçoivent moins , l'État dépense davantage et le trésor n'y gagne rien. Telle est donc la situation des percepteurs, dans un moment où Fimpôt est trèslourd et la misère plus pesante, où il ne faudrait pas qu'ifa hésitassent à user de vigueur pour opérer les rentrées, ni qu'ils se sentissent partagés entre la crainte de paraître feiblir et la crainte plus forte encore d^attii^er sur «us , en agissant avec fermeté , des plaintes , àêB dénonciations, des inimitiés, des rancunes, fort à redouter sous l'empire d'une administration i qui suffit un caprice pour attenter à la stabilité d'emplois réputés inamovibles et qui doivent l'éire en effet.

Nous avons dit que , dans les temps de crises , ces fonctionnaires ont besoin d'une grande liberté d*actlon. Tout leur temps est indispensable à la chose publiqtti*< p6uv«Àt4ls l'y consacrer, quand atteints de préoccupa^ tions graves sur leur sort matériel , ils se croient engages en outre à s'eflbrcer de conjurer une destitution ? Le mobile du lèle des financiers est l'intérêt. Le satisfaire c*est bien entendre celui de la chose publique.

448 DicnomiUEB hiuoctJLTWfU.

« Un écu ne doit pas être déplacé, disait Tabbé Louis, sans qu'il en reste une parcelle aux doigts des financiers. » Je ne vois pas que les prodigues de celle école aient été moins riches que nos racle-deniers du jour. Ce n'est point eu usant sans ménagement des rigoureux pouvoirs dont ils sont investis, que les percepteurs assurent le prompt succès de leurs opérations. Les anciens du métier le savent bien. Ils multiplient les avertissements gratuits , ils écrivent des invitations spéciales, ils visitent même les récalcitrants et les prennent par la douceur ; ils acceptent de légers à-comptes, en marquant des termes qu'il ne faut pas laisser pasiser sans frapper aux portes doses. Ils composent avec la misère des uns, avec l'indifférence des autres, et accoi> dent paternellement les exigences des devoirs avec les droits de l'humanité.

Ceux qui agissent ainsi épargnent des frais considérables et n'excitent point la mauvaise volonté des débiteurs. Un bon percepteur doit éviter d'attirer sur lui la répulsion qu'on attache à la fiscalité. C'est pourquoi Napoléon avait rehaussé l'importance de leur emploi et leur avait conféré une vaste latitude, afin de les assimiler à des administrateurs.

Mais pour procéder avec prudence, avec mesure, avec une activité bienveillante, il faut consacrer aux devoirs de sa charge un temps considérable ; il faut mémeoutre-passer les limites ordinaires du devoir, et, non content d'être sans i^eproche, se rendre digne de récompense et d'éloge. Quel encouragement pour des employés appelés à des labeurs si importants, que de

MGTiONNAIMI DteocaATHUJB. 449

sentir qu'ils cLancellent devaot leur comptoir, et que de se voir dëpouillés d'une rémunération qui consiituak près de la moitié d'un salaire si bien gagné !

VKOIiAt.

On désignait à Rome, sous le titre de prokiarii, les citoyens appartenant à une classe exclue de la plupart des droits politiques, et dont les enfants étaient enlevés par l'État pour le recrutement des armées.

Sous la monarchie, nous appelions prolétaires les citoyens privés de l'exercice du droit électoral. Gettq^catégorie comprenait les ouvriers, les employés, la plu* part des artistes et même les petits propriétaires; Quelques publicistes plus radicaux opposaient l'idée du prolétariat à la propriété même. Dans leur pensée, propriété était synonyme de richesse ou d'aisance ; pro« létariat, de misère et de pauvreté.

Classification fausse, paixe qu'elle semble assimiler tout homme qui ne possède pas , qui ne paye aucune patente et n'exerce aucun emploi lucratif, à un nécessiteux.

Calomnie envers la société ; injure pour l'artisan : l'ouvrier n'est pas un indigent.

Le résultat de ces distinctions de caste était d'irriter les travailleurs, et aussi de les représenter comme une horde menaçante prête à s'armer contre la société, pour arracher aux propriétaires la possession du sol qui fournit à la vie commune sous des conditions dif-

iftO mmofmAiM DÉMociATioo*.

fërenles» Autre impMtura : rou?ri«r n*e9t point un iroleur*

Rien dd in<HOt justifiable que ces définitions qui représentent un artisan qui gagne moyennement de 2 à 6 francs par jour, comme la victime d'un paysan qui mange du pain noir et boit de l'eau au niilîeu du I champ qu'il cultive, et qui parfois ne lui rend guère plus de 400 francs par an«

Aussi advient-il que le fils de ce propriétaire, effrayé , de la rudesse d'une si belle existence , déserté la terre que son bras rendrait moins avare, et s'en va dans une grande ville se faire proléuire afin de vivre plus à ecn^aise^

Et méme^ cette niétbode est si Ibrt suivie, que la population des villes augmentant outre mesure , en même temps que les campagnes délaissées deviennent moins productives, le prix de la vie matértelle surenchérit de jour en jours si bien que plus Tentassement des ouvriers se concentre dans les villes, plus il les laut payer chcvi et que plus oo les paye cher, plus on favorise l'abandon de la culture*

Cette surabondance d'ouvriers a conduit à créer d'innombrables exploitations industrielles , forcées de lutter, par le bon marché, contre la concurrence ; et tandis que le salaire des ouvriers s'él^vè progressivemrnt , le prix des objets fabriqués s'abaisse dans une proportion inverse.

Ce sont deux cerdea vicieux concentriques.

PAr tous ces motifs, et pour une foule d^autres qu'il serait trop aisé d'énumérar, nous nous en tenons à la

BiCrJONNAlU DéHOCIIATIQUB. 4&I

défÎBÎiîoii politique par rappcNri au prolétariat ; GVat la aituation des citoyens exclus de la participation aux droits politiques.

Gomma la propriëtéi soustraite à tout privilège, est acceaaible A tous dans des coaditiODs d'égalité corn* niune ; comme les droits politiques sont exercés sans réserve et daus toute leur étendue par tous les citoyens, il eu résulte que la classe des proiétAirci a disparu comme la caste de la ngUesse, comme la classe des électeura priviUigiésy ooiiime celle de l'arâtoeratie.

(MOXYM).

Daoa uu Etat où tous les citoyens possèdent desdroits égauxt 1^ exercent librement, et les délèguent d'un conuaun accord à des m^udatairee chai^gés de représenter les iutérêu de tous, d'en surveiller l'administration et de maintenir Tuniié politique établie par k suiFra|^ universel, l'organisation de la société se résume en une seule et vaste association. ^

Ce régime est celui de la démocratie que Ton peM définir < l'as«ociation de tous avec des droits égaux* Dans l'application, tout ordre social régulier impliqQe la coustUution d'un gonvernetnent , et par suite, une hiéraaxhie. Au sein d'un £ut démocratique, la biérar« chie n'est fondée ni sur le privilège, ni sur la naissancey ni sur le basatxl» elle a poiir principe l'éleaion et reolre par là dans les conditions de l'égalité. I^es premières de* grés de TtcbeHe biérarcliique sont accessibles ^i loua*

452 DICTIONNAIRE DélfOCIIATIQUB.

Nul ne peut s'y imposer de ItiUméme ; maïs chacun est investi de la faculté d'y être élevé par l'assenCiment de tous.

En dehors de cette association générale et suprême, je ne m'explique ni l'utiUté, ni le but, ni le mode d'action des associations politiques particulières.

« Si la grande association de tous, écrivait sous la monarchie M. Elias RegnauU^ était organisée dans un but commun, Irs associations particulières qui fonctionneraient en dehors de ce but seraient puériles on dangereuses. Tout ce qui détruit l'unité quand l'unité existe doit être prohibé ; tout ce qui contrarie les décisions de la majorité quand la majorité est consultée, doit être interdit. »

Aujourd'hui l'association est organisée dans un but commun et par le concours de l'ensemble des citoyens, l'unité existe et la majorité fait loi. Il n'existe qu'un droit, c*est le droit public , et qu'une réunion politique légale , celle qui procède de l'élection générale. L'Assemblée nationale est le club de la France.

Qu'est-ce, en delior&de cette association légitime, qu'un club particulier composé d'un groupe de citoyens qui , de leur propre mouvement , sans être appelés à participer aux affaires publiques, prétendent les discuter et usurper le privilège d'un contrôle, d'une influence ou d'une initiative qui n'appartiennent qu'à des mandataires élus?

De deux choses l'une : ou cette réunion se renferme dans les limites de ses droits, et comme elle n'a mission ni desuiTciller, ni de conseiller, ni d'agir, elle déli-

DICTIONNAIRE DÉMOCRATIQUS. 453

bëre dans le vide et s*agite sans profit ; ou bien elle aspire à une prépoadérance exceptionnelle, et alors elle tend à rompre l'unité politique , elle brigue une autorité factieuse et oppose l'influence d'une coterie en minorité^ à l'association constituée par la majorité nationale.

On conçoit l'utilité des clubs établis dans un but spécial déterminé d*avance: tels sont, par exemple, les clubs électoraux institués pour fournir aux citoyens un moyen de se connaître entre eux, d'apprécier les candidats qui ambitionnent leurs suffrages , pour don^ner à ces derniers l'occasion de développer leurs titres et de justifier de leur aptitude. Ces réunions sont déter» minées par l'intérêt commun.

Hors du cercle de ces sortes d'assemblées de famille^ il est difficile de réaliser l'idée d'associations politiques revendiquant un droit privilégié , et instituées , de l'aveu du gouvernement , pour en critiquer les actes , pour en gêner l'initiative, pour lui faire subir une près* sion quelconque, pour constituer, eu un mot, une foule de petits centres d'action dirigés par des gens qui s'attribuent la faculté d'exercer un pouvoir quelconque.

Dans un état social qui exclut certaines classes des droits politiques , il est tout naturel que ces classes se coalisent en sociétés secrètes , en associations plus ou moins opposantes, afin d'oi-ganiser la lutte et de conquérir ce qui leur est dénié. En de telles conjonctureS| les associations particulières travaillent à la fondation de l'association univei*selle des droits et des intérêts.

454 DICTIO.XNAIBB DÉMOCRATIQUE.

Mais ce résultat obtenu , les sociétés politiques particulières devienneut une dérogation à la loi d^unité et une usurpation exercée contre le droit électif. La faculté de se réunir de la sorte ne peut constituer un droit , èar ce serait le droit de procéder pair Farbitraire à la tyrannie.

Dans son projet de constitution , rAssembléé et le gouvernement se montrent fort débonnaires a l'égard de ce prétendu droit de réunion, dé ce droit d'association impossible à définir et à justifier sous un régime démocratique; et tandis qu^on impose des restrictions maladroites à la plupart des institutions libérales, on se croit obligé d'être inconséquent et faible en présence du droit d'association, pafCé qu'il a servi de prétejLte â la révolution de février.

Mais t'est précisément en vertu de son triomphe coiifplet (\VLe ce droit n*a plus ûiicûnè victoire à poursuivre : il est reconnu, son i-ègiie est consacré ; toute conquête enlrepVisfe en son n6m pa^ un glroupé de dtoyens s'accohipliVait contre le droit commun et ne réaliserait qii'uil empiétement sur l'association géiiéifâie.

L'unité , la liberté du pouvoir sont indispensables à la sécurité publique. La préteiition d'éïigér, sous le tllfe de droit de réûtiiôn, une inytiade de conspirations permanentes ) et d'organiser, au ^éîn d'un goiiveVttement de majotité, un gouvernement de coteries constitué par la volonté caprîciensc et dénué de toute garantie^ c'est ce que la raison et la loyauté n'admettront jamais.

D|CTIOXyAII\E PÉMOCnATIQUE. 455

Tou|e autorité matérielle ou morale qui, sous la république , ne tire pas son origine de l'élection et ne procède point du suffrage pqpulaire, n'est que l'œuvre d'une intrigue. ,

Qui voyons-nous d^^puis six mois siéger dans ce^ clubs, dans ces associations, grossières et crimine\les imitation^ de celles que recrutaient autrefois les défen-^ seurs des libertés populaire^ ?

Quels droits y sont revendiqués ? Quelle oppression se proposent-elles de détruire? Quel privilège veiilen^T elles abattre? Quelle est la classe du peuple qu'elles sont chargées de représenter?

QuQÎ ! l'on «^rait te^iude réserver une tribune publi-s que aux déclamations des premiers venus, d'une cohue de désœuvrés , d'honimes repoussés p£|r le suffrage dii peuple , de gens sans lumières , sans discernement • livrés à l'exploitation des anarchistes, de ceux qui sont réduits A fonder svir la yiqlence le succès de leur ambition persQntl^elle !

?] 'si vous- nous pas entendu ces orateurs prechpr la discorde, justifier l'assassinat et o,rgan\ser la tyrannie de l'émeutç? N'avons-nous pas vu upe foule imbécile écouter comme des orf^cles et servir en esclave les passions cynique^ de quelques transfggps , d'espions de police, de chevaliers d'industrie, et même de misérables échappés des bagnes !

Tels sont ceux qui ont des diMdHs à reconquérir, dans PHe ^qiné^é où Tinçjignité est la causée \miquo d'exclusion.

S'il est rien au monde d'aussi burlesque qnr l'c^xorcice

i5S DICnONNAIEE DÉMOCRATIQUE.

d'une oppression semblable, c'est la prétention d'exiger qu'un gouvernement l'organise contre lui-même, la consacre comme un droit, et qu'il protège une aussi flagrante violation du principe même de nos institutions démocratiques.

* L'association ainsi entendue, droit sanctionné par la nécessité sous un régime d'inégalité politique, expire avec l'avènement d'une ère d'égalilé. Les clubs ont tué la première république en l'assimilant à une tyrannie ; les sociétés secrètes ont miné la restauration ; c'était la protestation du peuple. Le droit de réunion a écrasé d'un seul coup la royauté de juillet en opposant la véritable majorité populaire à la coalition du monopole politique.

Mais le peuple, en prenant sa place, n'a usurpé celle de personne, n'a dépouillé personne. Il n'existe plus de classe opprimée, ni de classe privilégiée ; il ne doit exister aucun droit d'exception pour personne; et nul, en dehors du mandat conféré par l'élection populaire, ne saurait être admis à imposer son influence dans la direction des affaires.

Aucune association politique où la France entière ne peut être représentée n'est justifiable ni légitime. A cet égard, la raison de la veille est devenue le sophisme du lendemain.

AVOCATS, MAOISVaATS.

Les magistrats et les avocats se livrent toute leur vie à l'ctude des lois, mais dans un but bien difl'érent : les premiers, pour en saisir le sens juste et les bien appli-

DICTIONNAIRE DÉMOCRATIQUB. 457

quer ; les seconds, afin d'en démêler le côté faible et de les éluder. Le mobile des uns est l'équité, celui des autres est l'intérêt. Le magistrat marche dans la vérité, l'avocat s'ingénie à se faufiler dans le paradoxe.

Toas deux cependant se rencontrent souvent dans le droit chemin ; car une moitié des causes à défendre a la justice de son côté. Mais ce ne sont point ces sortes d'o<u:asions qui fondent la renommée et recrutent la clientèle d'un avocat. Aussi doit-il s'exercer à des tours de force plus subtils.

lï 'entend-on pas dire journellement par le monde? — ^ Un tel a gagné son procès ; il doit une belle cfaan* délie à maître Z... La cause était pitoyable : Z... seul pouvait en tirer parti, et il a été admirable. J'ai vu B. •• qui plaidait contre lui ; B... est émerveillé!

Il ne faut pas croire que les grands équilibristes se forment en un jour : c'est à force d'assouplir les muscles , de contraindre le corps à des postures tourmentées et surnaturelles, que Ton parvient, si d'ailleurs on est doué , à vaincre la nature , à se familiariser à l'impossible et à exceller enfin dans l'art de la voltige sur une corde , avec et même sans balancier.

Revenons à la magistrature, dont la mission, bien différente, consiste à éclairer, à aplanir, à simplifier; à formuler un éternel panégyrique des lois , par le discernement avec lequel elle les interprète, les corrobore en les groupant, et les justifie dans une loyale et saine application.

Pour réussir, le magistrat se défie des sopliismes et s'instruit à en débrouiller les combinaisons. Il bride ses

i68 DICTIONNAIBE pÉyOCRATlQUE.

passions I ^t se for(i(ia dana sa conscience ; it clioî^ic la raison pour conseil et la vérité pour guide.

La Yérit(*... elle préoccupiî Tayocat bien plus péniblement ; il lui faut le plus spuvçnt V^loigoer à tout priK , U travestir et^ la covrompr^t i'^ raison , pqu^ lui, c'est la persuasion ; la çpnscience , 4 sçs yeux , qpnsiste 4 défendre de tpiis ^es çllorts Viptérêt du client; la passion est un moyen dramatique , pt §i la pause est i^ça- . brense , )e sqphismp f st lepée qui inçne è^ la glqire,

L'un travaille au triomphe d'un principe « l'^uir^ ^u prnfit d'un individu î çeluirci est UU gladia^euf , t^)ai- U est un jvige,

Chacun d'eux a puisé squ savoir dans lesi Godes ; iD^is qu'ils f n put usé différepiment ! four jç nifitgistrfit | le Gode est une }pi ^crçe ; povif l'ayocat» çVst un ^pemi qu'il faut vaincra ou spçluive, On dit : l;i religion 4es iuge^, ^\ l'habilité de3 avocats. Il ^j^i^te entre eux la distance du çomnîentfiieur au critique | çt du sceptique au crpyaut,

Aussi la magistrature ç^trp}!^ uq s^perdpce ^ ^n4is que le barreau pst un uiétien

Deux manières si ppppsées d'interpréter le ^to\{ pubVic enfantent un autagonisn^e cpuiplet d'idéçs , de morales et de jugements. Le uiag^^tfat est l'adversaire fo|'cé de l'avpçat î l'^rt de ce dernier consiste ^ égavpr le jupe , dont la mission est ci e démasquer l'avocat.

A fqrce de prouver que 4&n^ ^^^ institutions civiles tout se résume en paradoxes, le plaideur parvient à cfeusjer jusqu'^ une certaine profondeur le talent d'exploi(er l'érudition superficielle f il se dégage de tout p^'inçipe .

DICTTONNAIRE DÉMOCRATIQUE.. 459

il assQuplj^ Sia morale, et s'imprègne d'ui^ pyrrjionisme qui le rend singulièrement habile aux dissolvantes pratiqv^es de la destruction. Cependant que le magistrat s* ip génie ^ conserver et à raffermi^, à défendre la société çpiitr^ son adversaire ingénieur à la désari^irr,

]>'aprè§ ce do^bl^ tableau, çic flpit-on pas s'attendre à trouver une barrière insurmontable eqtrç deux carrières Xwp à r^^tre si antipathiques ?

Il ^^e^ est i'»cp • '^ l^arrrau est le i^iarch^pîed <Je la magistrf^tvire , et quand on veut faire \in juge , on prend mi ^vocat. Le parquet ipéme est recruté dçs athlètes qui ont le plus énergiq^einent lutté contre le parquet : cp sf>nt les p)us siibtils avocats qui d^viejinexï\ ^fs procureurs généf^ux , et qui déploient contre les apeurés )e§ rvise^ (aiuilières de la chicane et le3 pasr siqn^ déclamatoires.

Il eçi résulte crue ces ifiêmes acçusé^^ servant dVnJei^ à une partie disputée par ^adresse, sont le prix ç^u vaiii€iuei|r da|is un tpurnpi de parole. La djgnité de |a magjistrat^re perd beaucoup à cette cpufusiqn f^ont l'équité çémit.

Ce ipême avopat qui nagi^ère ^ sanvé du bagne les vertusi niécopnues d'un escroc^ reti'ouve le lendemain le client qu'il a mis à fpéme de poursuivre ^es exploits ; et ce défenseur de la veille, accusateur maintenante^ donpe une nquvelle preuve de SQn t$ilent à son ^ncîepne pratique, en lui faisant coupe)* le cqu.

En dépi|; de l'éloquence d'un avocat , l'imc d^s parties d'i^n prpcès a été con^^mnée : e.\\f int'M'jette appol, et dans l'intervalle l'avocat est çntré au parquet ou a

i60 DICTIOIfXAIBB DéMOCRATIQUE.

la cour. Un autre va défendre la cause que son deyancier a perdue , et si le nouveau magistrat se récuse , il confesse que sa conscience est en fausse position ; son abstention est interprétée. S'il se déclare compétent^ il est suspect quoi qu'il fasse. S*il condamne , il commet un abus de confiance ; s'il absout , il semble partiaL

Dans tout état de cause, le public, qui devrait le vénérer comme le mandataire de la Providence, sait qu'il a toute sa vie , moyennant salaire , plaidé le faux et le vrai , et qii'il doit à son habileté dans l'ai^t d'exploiter le mensonge, la haute renommée qui l'a élevé aux fonctions magistrales.

Il n'en est pas moins constant que ce docteur en paradoxes, que ce logicien impitoyable se pavane du titre de défenseur de la veuve et de l'orphelii^ , confirmé par le vulgaire, trop naïf pour observer qu'il n'est pas de veuves, pas d'orphelins défendus qui n'aient pour adversaire un aîitre avocat, — l'ennemi , en cette occurrence , et l'oppresseur de l'orphelin et de la veuve.

Que d'ailleurs la veuve soit pauvre et l'orphelin sans patrimoine, vous ne les verrez point assistés des aigles du barreau ; car l'aigle est un oiseau de proie d'excellent appétit. Il faudra, si ces infortunés plaident, leur faire l'aumône d'un défenseur officieux , et l'avocat des pauvres, chacun le sait, est toujours un pauvre avocat.

Quand on a passé plusieurs années à s'exercer dans l'art de raisonner faux, de diffamer à prix d'or, de déguiser la vérité, d'armer des sophismes, d'équivoquer sur les textes et d'éluder les lois , on est , dans le pays | où nous sommes, jugé propre à tout.

mCTIONNAIBE DéuOCRATIQUE. 464

On dédaigne rhumanî té, et ce n*est pas sans raison ; l'on est sceptique jusqu'à la moelle : on a dans son do-* mai ne intellectuel une splendide récolte d'ivraie que l'on offre à la patrie.

Ij'avocat est le Maître-Jacques de la société moderne ; il l'exploite comme une cause grasse. L'Etat guidé par des avocats est en extase devant le génie de l'avocat. Lie peuple ne sait rien de plus imposant, de plus digne, ni de plus expert que les avocats. Il en fait des représentants, des ministres, des inspecteurs, des commis de ministères, des préfets, des ambassadeurs, des consuls, des directeurs de théâtres , des conseillers d'État , des financiers même ; des Commissaires , des receveurs généraux , des procureurs, des académiciens, des présir dents , des journalistes , des inspecteurs de travaux , et jusqu'à des gouverneurs de châteaux et à des intendants.

Mais le pire , quoi qu'on en puisse dire , c'est de les métamorphoser en magistrats. On sait en France que le diplôme de licencié mène à tout, tandis que la science approfondie du droit serait d'un médiocre profit. Il en résulte que le territoire fourmille d'avocats sans causes , tout en manquant de légistes , et que le noviciat des carrières spéciales est abandonné, parce que ce n'est pas en les étudiant qu'on s'en prépare l'accès.

Législateur paradoxal et vétilleux, l'avocat-représentant noie les vérités fondamentales dans un déluge de phrases , et multiplie les lois à Tinfîni , parce qu'il tend à remplacer les grands principes par des palliatifs innombrables. Il vise à l'effet ; la contradiction est son

461 D|GT|0NNAI1IB pélIQGBATIQUS,

élément et la subtilité sa ressource. Sa 4f plorable facilité le i^end prolixe ; son habitude de, parier saiis agir lui fait immoler les gens pratiques , et Tinduit à émietter les vues générales étouffées par uq s^maa d'excepiion9« De là provient que uqs Codes deviennent d'inextricables labyrinthes dont le $eul avocat tient l? QL

Aussi Vavocat est-il l'arbitre de la destinée de l'État ; il r^ne en divisant , il in^pose à l'opinion soq omnipotence et sa faconde imperturbable, l^a. loi est souyeraine « et elle p^iie qv^ s^ tait 4 son gré.

|)lre avocat! ce. genre de mérite suffit à tout ^ rien p'est étranger à qui le possède , et le préjugé , à ce^ ^rd, va jusiqu'à la déraison.

Je m^ souviens que , sous l'ancien règne , sQllicît«||it vku jour une cqmuiand^ pour un artiste dont je vantais inutilement le talent depuis un quart d'heure, j(î m'ar visai de çélébrfr sa haute édueiitiPA littérçtire, scientifique , et d'ajjoutrr qu'il était avocat* Etqnneniçnt apud^in I admiration , ^yi|ipa^liie inespérée,.^ ^VQpat! ce niQt garantissait la couleur, répondait de I9 pureté du dessin et de l'effet de la composition. — Ayocat{ il s'ar gissajt d'un paysage avec trois figure^,..

I^e bf^rr^au tripinpba ; ^nais survint la révolution de février, qui fit un préfet de mon ami. I^assure^-vous , lecteur, sur le sort de ses aduMuistrés; ce garçon^-là n'était que peintre.

ÛlCnoNNAlRfi D£UOGRATlQtJ£. 465

vnr ALITÉ.

Les rois de France ont fait argent de toul ; ils ont Vendu les grands offices de FÉtat à là noblesse; puis ils ont -vendu au peuple des privilèges , des immunités , des n^ahchises \ ils ont vendu le droit dé bourgeoisie; ils ont distribué la liberté par petits lots , et l'Ont vendue en dotail ; its ont ytùdu jusqu'à des diétinctionâ honorifiques ; ils ont Vendu les titres dé noblesse; ils ont vendu les grades de leurs armées; enfin ils ont tenu boutique ouverte des charges et des nio'indrcâ offices , dont ils ont accriî leà prérogatives, afin de les vendre plus cher, et dont ils ont consacré là vénalîlé.

La vénalité qui dérive de l'hérédité des fonctions, tend à constituer des ordres permanents et h monopoliser lés emplois. Elle donne lieu à une surenchère perpétuelle dès charges, et par là, à la nécessité pour l'acquéreur de recourir à des profits illicîtei^^ et dé rançonner les citoyens afin de rentrer dans se$ fonds.

Ôh préleiid qu'il est impossible de détruire la vénalité des charges : cela était vrai sous le dernier règne ; dans le royaume des juifs, les notaires , les avoaès , les agents de change sont rois.

Ce qu^il convient d'àffirmér ici , c^esl que l\ vénalité des charges est absolunietlt incompatible avec l'égalité républicaine, comme avec les principes les plus élémentaires et les plus fohdàmenlaux dé la démocratie. Elle assimile Tempire à un terrain d'exploitation , PÉtat

464 DICTIOMNAIRE DéuOCilATIQUE.

à un propriétaire , et les foDctionnaires publics à des fermiers.

n est peu d'expressions plus bizarrement conformées. En français, le mot liste a un sens approximatif du mot catalogue. A la vérité, les dictionnaires qui fournissent cette explication , définissent le substantif catalogue par le mot liste. Pour ce qui est de Tadjectif cii^ilj ils le traduisent ainsi : « qui concerne les citoyens, n

Donc, la liste civile est, ou plutôt était, un catalogue qui concernait les citoyens. 11 ne les concernait que trop.

CiViï veut dire en outre, — honnête, —poli, —courtois. La civilité de cette liste qui concernait les citoyens, est sujette à contestation. Voyez rinconvénient de ne savoir parler ni anglais, ni français : la liste cit^iU n'est pas une liste^ et elle n'est ciVtfe à aucun titre. La liste civile, c'était le chiffi-e des revenus du roi.

Ce joli mot fut mis au monde par la Constituante, au profit de Louis XVI, à qui l'on assigna, sous ce titre , un revenu de 25 militons. Napoléon ressuscita la liste civile : elle fut réduite à 12 millions de numéraire, en 1832^ mais on y avait ajouté une dotation mobilière, et une dotation immobilière comprenant seize châteaux, outre les biens personnels du roi, et trois grandes manufactures , sans compter des terres immenses et des bois, pour un revenu de 4 millions.

DICTlONNAïaS DKMOCAATIQUE. 465

I>e plus, l'on vota des indemnités, des apanages, des dotations, etc. Bref, en 1840, M. A. Marrast observait que la dynastie d'Orléans avait absorbé , dans l'espace de dix ans, 208 millions ; ce qui fait par chaque année 20 millions et 800 mille francs.

, Certes, .tous ces biens formaient une liste fort longue, et une liste txhs-cmle^ car elle concernait furieusement les citoyens qui contribuaient à cette civilité envers la monarchie.

Nous n'avons point à disserter sur la liste civile, parce que la critique serait sans objet. Les pamphlets de M. de Cormeniu l'ont assez rudement dépecée. Nous nous bornons à définir, ou à redéfinir y au profit de rhistoîre.

Maintenant que tout est dans le domaine des souvenirs, il faut avouer que la liste civile était une conséquence normale et indispensable de la monarchie. La royauté ne peut rester sans prestige, et il était ridicule de prétendre assimiler le souverain d'une grande nation, au président delà diète helvétique ou à un fonctionnaire bourgeois. Seulement, on aurait pu se dispenser d'aliéner les musées nationaux, les manufactures de Sèvres, de Beauvais et des Gobelins.

Du reste, il nous parait moins inconséquent de supprimer la royauté que de lui enlever sa liste civile ou de la régler avec parcimojiie.

Ce qui, sans doute, a donné lieu aux protestations satiriques dont la dernière liste civile fut l'objet, c'est, outre plusieurs demandes maladroites de crédits supplémentaires , le peu de générosité du prince à qui la

i66 DICTIONNAIRE DÉMOCRATIQUE.

France donnait si royalement , et qui , au mépris de Tusage invariable de nos rois, de rduftlr leurs biens personnels au domaine de la couronne, fit, la Veille de son. élection, la donation des siens à son fils, avec résel^^e d'usufruit. Ce patrimoine cependant s'était naguère arrondi à Taide des 7 millions que le peuple y avait versés , lors du partage du milliard qui indemnisa rémigration.

Cet acte de bourgeois prévoyant et de bon proprié* taire sépara la cause de la dynastie orléaniste, des sympathies populaires : on se mit à compter avec qui comptait si bien.

Grâce à ces réserves et à divers héritages, les princes de cette maison sont très-riches encore.

Quant aux biens de l'ancienne liste civile j ils «ont retournés aux mains de la nation qui en avait aliéné la jouissance pour la durée du r^ne. Elle les adrainisli'e au profit de FÉtat, elle en opère la liquklatioo) et se réserve la faculté de les aUéner suivant ses besoins, de les exploiter en tout ou en partie , et dé les utUiseï* comme des gages immobiliers propres â favoriser et à consolider diverses opérations financièt^s»

nUkVAXL. — BROtT KV TaAVAtl..

Le droit au travail, cVst la garantie }>ar l'État du salaire du travail. En reconnaissant la légitimité de ce droit, l'État contracterait le devoir d*assigner de l'ouvragie à tout le monde ^ et> en cas de tériatidn forcée^

DICTIONIIIAIRR DÉMOCBATIQUE, 467

Je faire vivre d^& (knicrs publics ceux, qu'il ne pour-» rait employer ni placer.

Sans parler de l'inconvénient d'assimiler rÉtat à un bui^au de placement, ce qui pe siérait qu'un demi-mal, s'il pouvait être mis en situation de desservir sa clientèle» observons qu'une pareille organisation suppose le gouvernement muni d'un trésor inépuisable, {jes impots seraient donc réglés de manière à le lui fournir, et les riches seraient les pourvoyeurs des rentiers du tra*vail. Dans l'État actuel des fortunes en France, cette ressourcé suffirstit peut-être pendant quelques mois : il y a très-peu de riches dans notre pays^ mais on affirme» sans hésiter, qu'après un court essai de ce régime , i( n'y en aurait plus.

Examinons quelles seraient les conséquences du droit au travail pqur le travailleur, pour l'ouvrier surtout^ en faveur de qui l'on a prétendu réaliser cettç théorie»

Lç droit au travail, c'est-à-dire au salaire , étaut reconnu j le premier soin de l'administration est d'évaluer les besoins matériels de chaque industrie, et de répartir à chacune le nombre d'QUvriers qu'elle est susceptible d'utilisçr, en reportant le surplus sur les exploitations moins abondamment défrayées.

Si la consommation générale n'exige que dix mille forgerons, par exemple, et qu'il y en ait quinze mille sur le territoire ; si, d'autre part , il y a moyen d'augmenter le personnel des mineurs, des terrassjers, des balayeurs ou des maçons, on répartira l'excécjant des forgerons dans ces professions diverses.

Cet ordre une fois établi, l'État maintiendra Téqui-

168 »ICnO?llVAIlB DéaOCtÂTIQUB-

libre et Teilkn à proportionner le chiffre de chaqae cat^orie d'ouTriers, au besoins de chaque industrie, déterminés par la consommation.

Cette nécessité conduit inévitablement à limiter l'admission aux apprentissages, et à rétablir, par report à toutes les conditions , et même à celles des mauceu- ▼rrSy quelque chose d'analogue aux maîtrises.

— Tous prétendez à être mécanicien , mais les cadres sont pleins ; on a besoin de six cents goujats : mon ami, TOUS serez goujat.

Ainsi, tous les genres de métiers deviendront des emplois â la discrétion du gouvernement chargé de faire vivre chacun.

On conçoit qu'il n'en peut être différemment , sans quoi les conditions du travail seraient tro|> faciles à éluder; car en choisissant de préférence une profession agréable et surchargée d'hommes, l'ouvrier se placerait aisément dans la condition de ne rien faire ; oisiveté sans inconvénient pour lui , puisqu'il n'en recevrait pas moins un salaire.

Il lui resterait, je le sais, à justifier de son aptitude ; mais, outre que pour nombre de fonctions, cette justification est facile, une telle nécessité , â l'égard des auti*es, nous ramènerait, je le répète, à la servitude des maîtrises et rétablirait les corporations sous l'inffuence immédiate de l'Etat.

Dans ces conditions, la liberté de l'ouvrier est anéantie, la situation de l'artisan honnête est intolérable; celle du paresseux est seule garantie. Les carrières qui exigent un long apprentissage sont inévitablement dë^

mCTIONNAIRE OÉMOCAATIQUE. 469

sertées» et la foule se précipite prudemment sur les prilfessions manuelles dont le noviciat expose aux moindres risques.

Mais comment , par quels moyens obtenir le travail et réussir à utiliser tout le monde? Placé dans l'alternative de la ruine de la société ou de la réalisation générale et absolue du travail , obligé de pourvoir à l'existence de ceux qui ne gagnent pas leur vie, l'Etat doit être forcément investi d'un pouvoir proportionné au devoir immense qui lui est imposé.

L'ouvrier est désintéressé de toute émulation , dégagé de toute responsabilité personnelle. Comme le cheval 9 il n'a plus qu'une destinée matérielle et passive; il paît sa patrie et va docilement ou on l'attelle. De toute évidence, l'État, cocher de la machine humaine, doit être armé d^ln très-long fouet.

Du moment que le travail est un droit absolu imposé à la société, le travail constitue de la part de l'individu un devoir également absolu , et auquel la société est engagée à le contraindre. Un di*oit compense l'autre, et l'étendue d'un droit correspond toujours à un devoir d'un poids égal.

Si l'Etat est assujetti â assurer l'existence des travailleurs inoccupés, et rendu solidaire de leur désœuvrement , comme il est responsable du fonds social, il sera muni d'un pouvoir sans bornes pour obliger chacun au devoir du travail. ^

Dès lors il est l'arbitre du sort de tout citoyen ; il règle les vocations, il répartit suivant les nécessités éventuelles l'obéissante armée des travailleurs, et,

i70 D|CTI0!<(NÀI«1 DiMOGEATIOUB.

ptt'ioutoù il attigoe & l'ouTrier une besogne quelconque» l'ouvrier doit 1 aller chercheri et marcher comme un soldat. Si l'État jugeait à propos d'entreprendre pour le compte de la France la canalisation de l'isthme de Suef.lea travailleurs désignés ne pourraient se refuser à passer la mer. Si l'artisan du Nord ne peut être employé qu'aux Pyrénées, il faut qu'il aille où son deiroir Vappellei sous peine de ruiner l'État et de dérober le pain qu'il reçoit.

Car ce serait bien mal entendre le droit au trayail, qqç de le rendre obligatoire pour l'Eut , et de laiaser le devoir qu'il impose aux citoyens, dans une couditîon facultative. Les garanties sont forcément mutuelles. IHs que le travail est un devoir public, l'maiveté, la paresse, la négligence même deviennent plus que des délits, des crimei cqntre la société. Le gotive.rnement n^ saurait être investi de la mission de faire travailler tout le monde, à la chai|;e p^urlui de nourrir les oisifs, sans être armé d'une pénalité terrible contre quiconque se refnse'^ travailler. La paresse sera donc punie comme un attentat contre.la société ç| assimilée au toL

Est-il indispensable d'observer que la condition rêvée pour l'ouvrif r par certains utopistes d'une loyauté suspecte, serait cent fois pire , et bien plus avilissante qije celle des nègres vendus comme esclaves ! Ils n'ont ppint à sotlffrir d'une insujte à la dignité morale dont ils ne possèdent pas le sentiment , et leur position est stable et garantie dans la plantation qu'ils cultivent.

La proclamation du droit au travail arriverait à assiimler TEtat à un manufacturier investi d'une auto-

DICTlONNAIRie DÉMOdUTIQUE. 474

rite despotique sur les ouvriers de son usine. Ce serait la confiscation de la liberté individuelle-^

£|i présence des frais nécessités par Tad mission du droit au travail , TÉtat se verrait réduit à absorber la propriété par l'aggravation de riinpôt. L'un des chefs du communisrne Teptendait à merveille, qui disait na^ guère : M Accordez-moi le droit au travail, je ypus ahau-^ donne la propriété, »

Or, la propriété, c'est le stimulant du travail ; c'est le principe et la garantie de la liberté.

La question du droit au travail se réduit ^ cçttç coipbinaisoa t anéantir la liberté ^veç la propriété représentée par dix milliou^ de citoyen^ qui çn font vivre vingt millions, pour aliinenler, pendant quelques joura, dem millions d'ouvriers sans ouvrage.

Car? ne l'oubliez ps^^ : le droit an travail r^'est , en réalité, que le droit au salaire.

Qb^erv^z en outre, qu'en sainç équité , ce droit au salaire ne saurait constituer un privilège d'ej^peption au profit des seuls ouvriers qui travailleut de leprs mains» Tout ce qui vit de son industrie, de son talent, et vCesX ni fonctionnaire, ni propriétaire, serait appelé à revendiquer le béqéâce du droit au travail. Il faudrait établir des ateliers de crimes pour jes avocats sans causes, ie^ fournitures de malades au profit des médecins sans clientèle, et allouer des éditeurs aux écrivains sans débouchés.

A inoins que, comme je le supposais tout à l'beure, l'Etqt ne fût constitué l'arbitre absplu du gepre dp travail assigné à chacun ; alors il ferait peut-être l'écrivaifi

en DICnONNAIBB DÉXOCBATIQU£.

pareur, Tavocat maçon, le médecin fossoyeur. Les artistes équarriraient des aii>res au lieu de les peindre , et les sculpteurs auraient le droit d'être tailleurs de pierres.

Pour quelques agitateurs, le droit au travail n'est qu'une machine de guerre et un moyen de fomenter l'insurrection à l'aide d'un principe permanent d'antagonisme. On s'en convainc en observant que ceux-là réclamaient naguère énergiquement la liberté des prolétaires et leur juste participation aux droits politiques, qui maintenant signalent le plus vivement, comme M. Billault, les dangers de cette liberté par eux défendue , et dont ik prétendent immoler le principe au profit d*une si humiliante servitude.

« Examinei la plupart des droits consacrés précédemment, a dit M. Dufaure; vous reconnidtrez qu'ils ne sont autre chose qu'une puissance personnelle donnée à l'individu par la nature , et garantie par la société. Toilà ce que sont tous ces droits...

» Mais celui dont vous parlez a un autre caractère : il s'exerce contre autrui. Sera-ce contre la société, sera-ce contre l'individu? On ne nous l'a pas dit; mais toujours est-il que ce n'est pas un droit pouvant être exercé en lui-même par celui à qui il sera accordé ; mais un droit lui constituant une véritable action contre la société ou contre ses concitoyens.

» Vous voulez donner un droit semblable à ceux que les contrats consacrent ; un droit ayant pour coi*ollaire une obligation ; un droit créant une espèce de servitude et donnant lieu, entre le possesseur du droit et ceux

DICTIONNAIRB DÉMOGBATIQUE. 473

qui devront le satisfaire^ à ane lutte, à une action , à un procès, » etc.

Ces réflexions sont justes ; le propre d'un droit est de conférer une liberté à qui en est investi. Le droit au travail ne crée que dei obligations pour chacun; il ôte à Touvrier jusqu'à la liberté de résider où il lui plaît y d'élire un domicile et d'y travailler au sein de sa famille. Il lui enlève la faculté de faire ce qui sourit à ses goûts, et de s'adonner au genre d'occupation où sa vocation naturelle le pousse. Si jamais la République se faisait socialiste à ce point d'enfanter la servitude, le peuple demanderait la liberté à une monarchie.

Le droit au travail est la plus monstrueuse , la plus inapplicable des combinaisons. Il conduit à l'anéantissement de la propriété, à la ruine de la liberté; à l'indolence et à l'abrutissement, par la suppression du charme attaché au travail volontaire, par l'abolition de réraùlation, cette active et salutaire concurrence du cœur.

En réduisant la destinée humaine à une question de pâture, en remplaçant le sentiment de la dignité personnelle par l'esclavage, cette organisation inepte consacre le matérialisme le plus sauvage; elle fait descendre l'humanité à la condition des bêtes de somme. Plus d'hiérarchie sous un tel régime, plus de travail intellectuel, plus de ces carrières au moyen desquelles on s'élève à la gloire par le sacrifice ou par l'étude , excité par l'appât d'une ju^te rémunération. L'égalité des salaires et leur progressive réduction est la conséquence forcée du droit au travail, profondément illusoire, parce

474 McnoiounK DénocaATiQUB*

fall cootninl TÉtat à des devoirs qu'il n*anrait pas la facullé d'accomplir.

Dès lors apparaîtrait la guerre la plus antisociale , la guerre des loups qui se disputent une proie, et dont la faim n'est pas assouvie quand ils s'en sont arraché les lambeaux. La proie, ce serait le crédit, d'abord; le crédit, force résultante de la fortune publique ; puis la propriété, autre grand ressort indispensable au mouvement du mécanisme social,

£n énumérant les eSets du droit au tmvail, qui sont l'esclavage, l'abolition de la propiiété, la dispersion de la famille, le monopole industriel et manufacturier de l'État, la destruction des carrières libérales, le nivellement des salaires et le règne exclusif des intérêts les plus matériels, on s'aperçoit, non que le droit au travail participe du communisme, mais qu'il en combine tou-^tes les erreurs et qu'il en est le dernier mot.

N'est-il pas déplorable que de semblables folies aient été jugées dignes de la discussion , et que l'am^bition des uns, que la mauvaise foi des autres, et la l^èreté de plusieurs , aient réussi à envelopper d'un certain prestige des utopies si creuses et d'une culpabilité si manifeste !

Au surplus, l'on ne doit pas s'exagérrr la portée de ces débats, ni les dangers auxquels un sophisme peut conduire une assemblée politique. Le destin d'une société n'est pas suspepdu à l'accident d'un vote. Lors même que , dénoûment impossible , cette criminelle imposture du droit au travail se fut glissée dans la Constitution, l'impossibilité de l'application et la ré*

digtio?(Nàibb DÉttoauMiQcn. 175

sistance du senliineitt pablic auraient paralysé l'effet d'une telle déclaration.

Noos ne doutons pas de la vitalité de là société française, et nous ne craignons point qu'abdiquant l'exercice de sa liberté conquise, elle saisisse le poignard aiguisé contre die par ses ennemis implacables, pour 5e le plonger dans le cœur.

Les réformes sont les conséiqueûces normales de la perfectibilité humaine et feî fruits mûrs des pit)grès accomplis.

Quand uù pouvoir s'immobilise au milieu d'une société qui marche, l'arrérage des réformes est soldé par des révolutions î elles deviennent inévitables quand les institutions ne sont pas incessamment élevées au niveau des besoins, et rendues compatibles avec le cours des idées.

Ainsi les réformés, consécrations pacifiques du progrès social, doivent le suivre pas à pas, sans précipitation comme sans lenteur, et servir continuellement d'ob^ stades aux secousses révolutionnaires en les laissant sans prétexte.

Pour qu'uh gouvernement se prête aux réformes opportunes^ il est essentiel qu'il soit constitué de manièi-e à se rendre compte aisément de l'élat de l'opinion publique ; faute* de quoi il risque de se méprendre, et par là de compromettre sa sécurité.

Chacun a la faculté d^ proposer des réformes , nul

476 DICTIONNAIBB oéllOCRATIQUE.

n'a le droit de les impeser. Une réforme décrétée sous rinflucnce des passion» en efTeryescence, dépasse le but et substitue à des abus incommodes , des dangers noa moins fâcheux.

On qualifie de réformateurs les écrivains , les constructeurs de systèmes qui se proposent de modifier l'état de la société. D'ordinaire leurs théories devan* cent de très-loin l'heure de la réalisation. Leur avéneyient prématuré engendre l'anarchie; la résbtance aveugle et obstinée aux tendances que les réformistes signalent , aux mesures progressives dont ils démontrent la nécessité, conduit à un péril tout semblable.

C'est ainsi qu'au seizième siècle, le vœu méconnu d'une réforme des abus cléricaux a donné lieu à une lutte qui a produit un schisme dans l'église et brisé l'unité catholique. Le mot rétbrifie » cri de ralliement des dissidents , est resté attaché à leur œuvre de division et à leur scission religieuse.

Ce terme a passé dans le langage de la politique lors des querelles dogmatiques tt parlementaires de la Grande-Bretagne contre la royauté catholique des Stuarts.

C'est au nom des réformes que se sont accomplis les premiers actes de la révolution française ; Louis XYI s* y prêta , mais il porta la peine d'un siècle de résistance obstinée à tout projet de réforme.

Depuis trente atns, le principe du progrès politique a paiu se résumer dans un seul besoin, celui d'une réforme électorale. L'opinion , à cet égard, a marché si vite, que Louis-Philippe n'a pu ni la suivre ni même en

DICTCONNAIRB DÉMOGBÀTIQUK. . 477

sipprécier l'élan ; disgrâce qui démontre à quel point cette réforme était indispensable, puisque l'ancien sys« tèiue ne suffisait plus pour éclairer le gouvernement sur la direction et la force de Tesprit public.

Toutes les réformes possibles étaient contenues dans celle-là , qui est destinée à produire une transformation complète de l'état social. Mais le temps est indispensable à l'accomplissement d'une révolution que la précipitation a déjà plus d'une fois fait avorter. Les réformes doivent se succéder, non s'accumuler ; leur mission est d'accorder, de conclure , et non de prévenir ; elles sont le produit d'une impulsion générale, qu'elles doivent attendre , apprécier sainement , et suivre avec prudence et docilité.

Nous n'avons point à définir l'objet des courtes réflexions qui vont suivre. Oii a fait chez nous un assez grand nombre de constitutions pour que chacun sache ce que c'est.

T^te constitution émane de l'autorité souveraine quelle qu'elle soit, et une charte de concession n'est point assimilable à une constitution. Sous un gouvernement absolu la constitution est très-concise ; Louis XIV l'a rédigée en ces termes : « L'État c'est moi. »

11 est impossible à la royauté représentative d'arriver à ce degré de laconisme et de concentration ; car sous ce régime, les droits se discutent, s'énumèrent, se

478 MBIiOllIUIRE l>ÉBOCRAriQtJB.

divisent ; tandis que la ttkftlé absorbe tout et embrasse tout.

Pour élaborer une bonne constitutkWy il est indispénible de Tétayer sur une doctrine quiconque à laquelle tout remonte et de laquelle tout {>rocide. Une constitution de ciiTonstance n'est pas une canstitution ; un assemblage de mesures combinées au profit et sons VinBuence de certaines conjonctures fortuites, aurait moins de râleur et exercerait un ascendant moini durable qu'un règlement de police. Un pareil édifice, décoré du titre de constitution , ressemblerait à une échoppe de bois peinte en coulenr de pierre.

Les matériaux des constitutions sont les principes fermes, adoptés par la foi générale et généralement appliqués.

Les moyens termes ySOttetdK^ compromis entre les situations nettes , marquent une ère de transition , de doute , et Ton nVtablit pas de constitutions avec du scepticisme.

Quand Topinion Indécise flotte à la recherche des moyens de fusion, c'est un signe que l'heure de constituer n'est pas venue : chercher ce n*est pas résoudre.

Rajeunir la charte constitutionnelle en en i! odifiaat la rédaction, c*est s*exrrcèr à la littératui'e ; ce n*est pas fonder une constitution, car la cl^arte n^était pas uue constitution » mais une convention par arbitrage entre deux parties contractantes, plus semblable à unetréve qu^à un traité définitif.

Quand) accomplissant iVuvre la plus éphémère, une constitution de ce génie, les membres d^une assemblée

DiCriONNAIBB PÉllOCAATIQUB. 47?

la coastruisent en phrases de granit comme s'ils maçonnaieot pour réternité » le contraste entre la forme et le fond ne tarde pas à prêter à rire. Bient&t on reconnaît que parmi les écrits légers , il n'en est pas de plus loi^rd que la constitution de la yeille.

Sans convictions morales, sans principes arrêtés» savis une foi religieuse, pas de constitution démocra* tique possible ; parce que si l'homme ne trouve , dans le contrat social , rien de supérieur à lui-même , \\ défait son œuvre du jour au lendemain , au gré de sa passion ou de son caprice.

MciKse apporta du Sinaï sa constitution écrite , sur upe pierre» de la main de Dieu ; et encore trouva *t-il une opposition asse» vive, symbolisée par un veau. Il est vrai qu'il était en or^

I^a n^eUleure constitution est nécessairement U plus courte, parce que les principes fondamentaux ne sont 4e leur nature ni multipliés ni prolixes; quHls admets tent rarement les exceptions, les restrictions» les dérq^ gâtions, et cette foule de codicilles qui sont du ressort des lois oiB^nique^ et fournissent ample matière à contredire,

Les mefisj les ^i, les c^r^ les çf^pe^ant^ les quoique ne peuvent figurer en réalité ni être impUcitemeut écrite dans une constitution.

Peut-être attpndwjn ici une analyse critique des 139 article^i qui composent le projet de constitution sur lequel on délibère ^ cette hrure } mais comment supplée*' à l'absence des nombreux amendements et des firticles . additionnels destinés à l'enrichir ?

iSO DIcnOlClfAIBB DÉMOCBATIQUB.

D'ailleurs un pareil examen serait d'une utilité bien faible et bien passagère. Bornons-nous à observer que ce projet est très-diffus. Il contient des principes , des yérités, des interprétations, des palliatifs, des lois organiquesy des règlements spéciaux, et jusqu'à des mesures administratives.

Trois classes de citoyens sont paiticulièrement impropres à élaborer une constitution : les avocats, esclaves du paradoxe ; les publicistes, habitués à critiquer et à détruire ; enfin les financiers , en qui la préoccupation des intérêts engendre le matérialisme.

Une constitution prématurée est un danger permanent pour un régime politique en travail de se former. Une constitution manquée sert à mesurer la vie du gouvernement qui l'a mise au jour.

A la fin du dernier siècle , les Américains out réussi à fonder la leur. Ils ne l'ont pas copiée ni empruntée, ik l'ont déduite de leurs mœurs, conformément à leur religion, et réglée d'après leurs besoins.

Il est de fort honnêtes gens persuadés que la France attend pour s'asseoir dans une sécurité parfaite le vote d'une constitution, et qu'à partir de cette solution fortunée tout germe de division doit sécher. L'union, la concorde produisent des constitutions , mais n'en sont pas le résultat infaillible.

L'histoire nous apprend de quelle manière la constitution de 1791 a mis fin à la révolution, et comment la constitution de Fan II a empêché la constitution de l'an III de lui succéder jusqu'à l'an VII.

Les constitutions passent avec les générations , mais

DICTIONXAIIIE DBliOGRATIQUE. 481

les principes vrais qu'elles proclament restent debout. Il iest donc Inutile d'y inscrire autre chose.

OCmTBJkMOVlOm^ foutx^ubs, vorsatiutA.

Si les théories politiques étaient fondées sur des yérites absolues, l'on éviterait peut-être l'écuell des contradictions et l'on serait constamment d'accord avec soi-même. Mais nos opinions sont subordonnées aux circonstances; les intérêts se déplacent, les situations changent et l'expérience nous transforme.

Je connais des gens qui ont salué Taurore de la restauration et qui se sont réjouis de sa chute. Ils avaient supposé d'abord qu'elle nous ramènerait la liberté, puis ils l'ont abandonnée quand ils l'ont vue tendre au despotisme. Leur contradiction n'est qu'apparente , ce n'est pas leur pensée qui a changé.

Voici un conservateur du dernier règne qui a combattu la faction républicaine ; il d«^fend aujourd'hui la République. Est-il en contradiction avec lui-même ? Non : il est resté conservateur ; il craint les révolutions, il est le défenseur né de l'ordre établi. Otezà la Répu« blique l'appui des hommes de ce caractère, elle ne durera pas vingt-quatre heures.

-« Vous démontriez sons la monarchie, objeclera-t« on à cet autre, que la liberté de la presse doit être limitée, et vous demandez aujourd'hui la liberté Illimitée de la presse : quelle contradiction !

— Point : je pense que l'indépendance de la presse,

i83 DICTION.yAWi BÉMOORATIOOB.

îilcpiiipatibU peut-être avec les institution* monai^hîques, est une des conditions normales de la démocratie.

— Le 28 février, vous avez proclamé le droit an travail et vous le niez aujourd'hui.

— La discussion m'a éclairé : ce que je voulais, c'est que cl^acun pût trouver à vivre, et je m'aperçois fuc les conséquences de la déclaration absolue du droit au travail seraient la misère, pour tous.

— Naguère vous disiez ; ^ feit qi|it ; vpus affirme» maintenant qu'il fait jour.

— C'est qu'entre mes dPlix as^çertions le soleil s'est levé.

— Mais enfin voici une vérité que vous reconnaissez à cette (leure et que vous avez niée autf^fbis.

— Je jugeais alors, comme je le fais aujourd'hui, diaprés l'appai-ence, suivant ma conviction çt dans les limites de mon intelligence. Trop loin des objets, je me suis mépris sur leur nature ; le temps les a rapprochés, les a éclairés, et ils m^apparaissent différemment.

Quand on réfléchit sur la diversité des choses, sur la part énorme de l'imprévu dans les combinaisons politiques, on reconnaît que les foits trompent nos prévisionS) qu'une foule d-accidents dont on n'a pu tenir compte surviennent pour compliquer des questions qui avaient paru claires, et que pour éviter de tomber dans la contraflictioa tant le loûg de sa carrière , il fwdrait être doué d'une secpnde vue et pàssé4erle don de piophétie.

Fouiller dans la vie passée d'un personnage , pour y démêler ^e^ cpntrafllptipns et l'en écr?i§er, c'est riBpQwrir

d'ordinfiire à un ai|[ttnient de m^uyai^e foi. lia plupart de ces anomalies entre nos idées à des époques différentes provi^uneut de la diversité de*3 choses €3itérieures et non de notre propre fonds. Cependant h nature y est pour quelque chose : chaque âge à ses goûts, ses plaisirs et ses opinions.

Il n'en est pas de la contradiction comme de la versatiUt^i qui 9^t l'indice d'un x:aractère faible et d'un esprit légt^r. (4e principe de la versatilité naît avec nous ; ce g^re d'humeur est l'indice 4'un^ orgsmi^atiou peu pi*opi*e à \b, direction des £^ffaires publiques ; et il faut se g2(r4er de ooqfondi^a des coutradictions dues à la sincérité d'uue conscience loya]é, avec uue p|iohilité dout le çaprîc^ ^t le principal ressort,

l4t versatilité e$t un défaut ; les contradictioqs sont le résultat de Tiiuperfection humaiu^« 4e )a perfectibilité intellectuelle et de l'éteudue bovuée de nos jugemeqts.

Que ^ir^it-^pn d'un boiuuie qui «'obstinant dans une opiniou feusse, émise autrefois, la soutiendrait en dér pit 4e ses convictions modifiées sans teuir compte des çonJQuctures différentes, et qui mentirait ^s{| pensée actuelle pour ne pas donner un démenti h 4es paroles prononcées jadis sous d'autres impressions ? On blâmerait son prgueil, ou l'accuserait 4e mauvaise foi et Ton 000damuerait en lui un eutétefuept stupide.

Les aveugles, les sourds possèdent seuls l'ava^t^^gf de voir et 4'eutendre toujours de même ; 1^ négation est invariable. Pour j>euser toujours de même, jl faudrait ne penser qu'une fois ; pour tenir sans cesse le même langage, il faudrait abdiquer la faculté de 4éli-

484 McnoivNAiftB démocratique.

bérer et se tenir hors du mouvement qui préside au progrès

Un poète , qui par malheur a trouvé une vérité sans réplique au service d'une méchante cause, a dit avec raison:

I absurde est cdoi qui ne ebange jamais.

Qu'est-ce donc, aux yeux du pliilosophe et du moraliste, qu'un tort si essentiel à la fragilité humaine, que chacun en peut retourner le reproche contre son adversaire? Un seul personnage en France n'a jamais changé, et c'était Charles X. Aussi l'a-t-on abattu sous cette inculpation célèbre : Il n'a rien oublié et rien appris.

Apprendre c'est acquérir et rectifier, et tout homme qui s'efforce d'apprendre travaille à se contredire, à remplacer d'anciennes opinions par d'autres opinions.

Loin donc de prétendre jeter une suspicion défavorable sur les gens célèbres qui ont beaucoup vu, beaucoup étudié, toujours agi, et longtemps combattu sur des terrains divers, loin de les immoler avec de vieilles armes par eux foi^ées autrefois et par eux rejetëes, demandons-nous si ces divergences ne sont pas le fruit des labeurs de leur esprit, le signe de leur expérience et le gage de leur droiture et de leur supériorité. Le seul point à constater, c'est leur sincérité passée et leur franchise présente.

Tout est contradiction dans les institutions humaines; l'opportunité seule y préside et les justifie, et rirn n'est moins durable ni plus sujet aux causes exti'rieures.

DIGTIONNAIRB DÉMOCRATIQUE. 485

il sied mal à un publiciste, i\ un orateur d'exploiter avec passion contre un adversaire l'arsenal des arguments rouilles, sans considérer la différence des temps et des nécessités ; de lui dire : —Vous ne pouvez tenir ce langage aujoui*d'hui parce que vous avez parlé tout autrement il y a quinze ans.

— Tous -même, répondrait-il s'il descendait à ces ineptes récriminations, que disiez-vous alors?...

Ces vériBcations, ces recherches archéologiques n'au* raient point de terme. Plus un homme a pratiqué, plus il est capable, et plus il a dû se contredire. Ces démentis forcés sont le loyer de l'expérience.

Qu'un faquin sans doctrine, lancé tout à coup d'un bouge obscur dans l'arène de la politique, apparaisse sans tache et sans blessure avec son armure neuve qu'aucune lance n'a effleurée, il lui est facile de se donner l'attitude d'un héros invulnérable, de se rire du harnois fracassé et du front cicatrisé d'iin champion exercé par cent combats. Invulnérable! ... Il le sera peut-être encore en sortant de la lice, comme ceux qui, dans les batailles, tombent dans la boue au premier choc et y restent submergés.

Longue vie à ceux-*là : la victoire ne les tnihira pa«, car elle ne saura jamais leurs noms« Ils pourront iinpiincnient critiquer les fautes de leurs diefs expirés sur la brèche et changer de camp avec la fortune. Nul ne le saura ; ils n'ont laissé nulle part l'empreinte ensanglantée de leurs pas.

Telle est l'histoire de la plupart de ces inquisiteurs acharnés à la recherche des contradictions et des er«

186 DiCTIONNAlBfi DÉllOCRàTiaUK,

reurs des personnages dont jtonte la vie a éclaté au grand jour.

Dédaignons les dénonciateurs gagés par ^'envie» quelque parti qu'ils souillent* Détournons notre pensée ck ces agents de discorde et de méfiance.

Heureux ceux qui après, cinquante années de bouleversements et de trouble, ont pu s'instruire à le«ir$ dépens, changer sans remords, et se contredire sans forfaii^

^ Leurs épreuves serviront de leçons à notre versatilité, et nous rendront plus semblables à 6Qua-mêmes dans ce monde où tout passe et où nous passons si vite.

nUBSBMBIIT BB Uk WBPVWiJiÇfUB.

Le projet de. constitution sur lequel on délibère en ce moment uiet rélection du chel du pouvoir eicéeutif, dont la magistrature est limitée à quatre ans, à la disposition du peuple , qui doit procéder à cette opération par le suffrage direct , universel , et & la majorité ab^ aolue des votes.

L'adoption d'une telle mesure ouvrant périodiquement une vaste carrière à une loule d^inlrigues, placerait à chaque élection la France entière dans un état dVServescence dangereux pour la sécurité, et dont TefTet réagirait inévitablemeiU sur le crédit public , en suspendant le cours des transactions commerciales.

Ainsi que nous l'avons fait observer à diverses reprises , l'exercice d'un droit est subordonnera la fiicuké dVn user sainement et avec connaissance de cause« Ba-

l>ilé à dioiâir ses représentanls dans le cercle borné de chaque département ^ le peuple ne peut être à même de juger du mérite et d'apprécier les titres des candidats à la présidence de la République. Il serait livré à tous les pièges que peut receler Texploitatiou intéressée d'une popularité de circonstance , et exposé à Pentralnement d^un engouement irrefléchi.

La suprême expression de là souveraineté populaire, c'est le pouvoir législatif, dont l'exercice est dévolu à l'Assemblée nationale; Puisqu'elle est apte à créer ce qu'il existe de plus puissant, une loi, dont l'autorité est absolue et illimitée, comment pourrait on, lui accordant le plus étendu de tous les droits , lui en contester un bien moindre , celui d'élire le fonctionnaire commis à l'exécution des lois?

A l'aide de quelle fiction justifier Tanomalie iihpli* quée par cette hypothèse, du peuple déléguant sa souveraineté à tme Assemblée, et l'exerçant néanmoins lui-ménve comme s'il ne l'en avait pas rendue dépo-^ si taire 7

Quel droit de surveillance, quelle priorité hiérarchique, quelle solidarité pouiTait-on établir entre une Assemblée, souveraine parce qu*elle procède éd l'élection directe du peuple, et un pouvoir exécutif non moins indépendant de toute autorité , non moins souverain à lui tout seul, puisqu'il procéderait également du suffrage populaire?

Bans une telle conjoiKture, l'Assemblée a la certi-» tudc dé ne nommer qu'un fonction nnire ; et elle garde le pouvoir de le surveiller, de tenir rteil ouvert sur scb

488 DICTIONNAIRE DÉMOGBATIQUE.

actes : le peuple , sous sa responsabilité forcément iU lusoi^e 9 désignerait un souverain.

N'oublions pas que l'unité du pouvoir est le premier gage de l'union et de la force des dépositaires du pouvoir. Dans un État démocratique, toute autorité émane du peuple , et le principe de l'autorité légitime réside dans l'Assemblée nationale, délégation immédiate du suffrage universel. Évitons à tout prix d'assimiler 9 en scindant la souveraineté , le président de la République à un roi couronné d'un cliapeau.

L'institution de deux pouvoirs équilibrés de la sorte engendrera une rivalité et fomentera le germe dissolvant d'une opposition quasi-constitutionnelle.

Dans cette rivalité de puissance , si l'Assemblée nationale est la plus forte , le président , soutenu par uu parti nombreux 9 cherchera un contre-poids et aura peut-être l'ascendant d'imposer la création d'une seconde Assemblée, dont il nommera les membres, et nous serons livrés derechef à la fiction des trois pouvoirs.

L'expérience a prouvé qu'en France le pouvoir exécutif tend à la confiscation de l'autorité représentative : il est donc essentiel qu'il soit soudé avec force à l'Assemblée , qu'il eu soit le fonctionnaire et n'eu puisse devenir le rival. Autrement , le chef de la puissance executive rallie les opinions monarchiques et peut devenir un chef désigné à tout un pirti qu'il faut dissoudre.

L'élu de l'Assemblée nationale ne saurait, au con traire, se maintenir en désaccord avec elle; il sera la synthèse de l'opinion de Li ma^orit

DIGTIONNAIRB DÉMOCRATIQUE. 489

Il Idi Serait diflBcile dé là gagner j^ar la corruption , et, dslhâ tous les bas, il est plus judicieux dé compter stir la probitë d'une rëuniori de sept éëiit cinquante hbtnméd, (|ue sur lé désintéressement d'un seul, livre Axii sédUctiotis de l'ambitloii et de Tintérêt.

Eloignons les germes de division et de trouble ; finiesons-èh avec toute espèce de routine ; arrachons- lious aiii ëontrëdictions , aux secousse^ dés monarchies tempérées ; né donhoiis pas à supposer que nous nous sommes battus totitre des inots , et ^ne s'il eût été qualifié de président, au lieu dfe s'appélèr roij Louis-Philij)pe eût étë èon^rvé , au prik de quelque concession bénigne par rapport à la loi électorale.

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