X.ES PABTIS
La dispersion des partis peut seule rendre l'opposition désintéressée, nationale, équitable et logique.
En France il n'y a plus qu'une opinion ; elle est pour la République. Ce n'est point assez : il ne faut qu'un parti, le parti de la démocratie. Que les ministères, purement administratifs , cessent d'être érigés en dra* peaux des opinions dissidentes , et deux des principaux
mCTIORHAIlg DiMOOATlQIIB. T7
agents de la formation des partis, Tintérèt et Tamour da pouToir, seront annihilés.
L'idée d'avoir des ministres qui ne seraient pas des étendards politiques est encore si loin de nos habitudes, qu'elle risque de sembler chimérique. Si jamais on arrive à la juger praticable, on trouvera qu'elle est trèsbonne.
Nos mœurs, trop monarchiques encore, se représentent inévitablement tous les grands fonctionnaires comme des petits rois. — Plus ils sont élevés, plus ils conunandent, murmure le préjugé. La raison dit que, dans un État démocratique, plus ils ont d'attributions, plus ils ont à obéir. Ne sont-ils pas les premiers serviteurs de la nation ?
L'assemblée nationale doit contenir toutes les opinions, et comme elles gardent, dans la liberté des discussions, des droits égaux, et acceptent toutes l'arrêt de la majorité , elles ne constituent pas des partis.
Livrez le pouvoir politique à une oligarchie ministérielle, vous établissez contre lui une lutte inégale et vous organisez des partis.
Ce mot départi a bien changé de valeur depuis quelque temps. Nous avions le parti légitimiste, le parti bonapartiste, le parti de la régence : ils sont hors du cercle d'action, et n'osent plus même se réserver, comme autrefois. On peut opter entre divers souverains ; mais quand on est citoyen d'une république démocratique, et comme tel , en possession de la souveraineté , on n'abdique pas volontiers.
Les partis sont donc une chose à naître; et comme ils ne pourront que modifier le détail des choses, sans chan*
?8 mcnoimÀmE DÉvocftATiocs.
ger le fond ou la forme du gouverneoient, ils sont réduits, par le fait, à la condition des opinions discutées de bonne foi, car on ne fraude pas ses propres intérêts. Les opinions étayées de Tappui de la majorité dominent par le vœu général. Alors que deviennent les partis? — des chimères, à moins que l'esprit et les principes de la démocratie ne soient méconnus.
acws sw pXiACE. oonrcovns.
L'esprit public a ses préjugés, la foule a des travers; mais l'opinion a toujours en sa faveur quelque raison d'être ; la source même de ses erreurs est profitable à découvrir pour le moraliste et l'historien.
Un des préjugés les plus enracinés est celui qui rend les fonctionnaires antipathiques à la plupart des gens, et qui les met en butte à un véritable ostracisme de l'opinion.
X... a droit à l'estime de ses concitoyens, et la possède; il est aimé; l'on rend justice à ses talents; sa probité est au-dessus du soupçon : qu'il soit appelé à un poste dont on le jugeait digne, le voilà tout à coup bon à pendre.
Les cœurs se refroidissent, on l'évite ; l'ami qui la veille proclamait son bon droit le révoque en doute le lendemain, et si le nouvel élu glane çà et là quelques félicitations embarrassées, il y sent poindre l'ironie, ou naître Tamertume.
Avec quelle juste indignation le littérateur n'accueillet-il pas la nomination d'un candidat non littéraire à la conservation d'une bibliothèque !
BlCTiONNAlRS DÊHOCRATIQUB. 71
Faites choix d'un enfant du métier, et quel qu'il soit, la république des lettres se sentira trahie par ce trop heureux confrère.
Avec quelle ardeur nos ouvriers n'ont-ils pas réclamé le droit de participer à tous les emplois !
Aux dernières élections de la garde nationale, un ouvrier était-il proposé pour un grade, il y arrivait quelquefois, grâce aux efforts de ce que Ton intitulait^ encore il y a trois mois à peine , ^- les bourgeois ; mais il fallait, pour assurer le triomphe de Touvrier, venir à bout de la rude opposition que lui faisaient ses confrères, ses camarades, ses amis. J'ai été témoin de ce fait, à deux ou trois reprises.
Rien n'est plus inique, plus aveugle, que les préventions contre les fonctionnaires de TÉtat, gens appelés à rendre sitrvice à la société ; gens qui, dans les conditions normales des travailleurs, échangent leur intelligence et leur activité contre du pain.
Ne fout-il pas que la société soit administrée? Et dès lors, les employés de tout rang ne sont-ils pas nécessaires?
Mais, ce n'est pas la place en elle-même que Ton hait, puisque chacun la sollicite, c'est le vainqueur d'une course au traitement que l'on jalouse.
Toutefois, nous l'avons dit, l'opinion ne s'égare pas sans prétexte, et Forigine de cette répulsion doit reposer sur quelque sentiment spécieux.
Cette tendance ombrageuse par rapport aux fonctionnaires prouve que les places ont été décernées avec peu d'équité et que l'intrigue a présidé à leur répartition.
L'envie ne parle pas si haut quand nul prétexte ne
SO DICTIONNAIBB DÉMOCRATIQUE.
la colore, et la moralité reconnue d'un gouvernement ]a réduit au silence.
Rien ne dénote mieux la détiance dont le nôtre était devenu Tobjet, que le surcroît des précautions destinées à tracer des limites à l'arbitraire de ses choix. C'est dans ce dessein que Ton a érigé, dans beaucoup de carrières, le titre de l'ancienneté en droit imprescriptible; prérogative profitable à la médiocrité et qui a mis des gens peu capables à la tête de plusieurs administrations. L'ancienneté est un droit parmi des gens d'un mérite égal ; mais la capacité l'emporte sur tout, parce que les emplois ne sont pas créés au profit des individus, mais pour la société. La société paye pour être bien servie ; non pour engraisser Jacques ou Paul.
Certaines places ont été* mises au concours. Nommez des citoyens d'un talent, d'un caractère notoires, vous ne risquerez plus de substituer à l'injustice, le hasard qui tient tant de place dans l'événement des concours.
Le concours oral est une absurdité. Qui me garantit la droiture et le désintéressement des juges?
Des médecins concourent pour une place vacante dans un hospice : le vainqueur concourra le lendemain pour une chaire : quel sera son juge? son concurrent malheureux de la veille, et son rival de chaque jour.... sera-t-il équitable et sans rancune?
D'ailleurs, n'a-t-on jamais vu la timidité se joindre à un véritable mérite? Et n'exposez- vous pas un homme supérieur, troublé ou mal disposé, à se voir battu par un rival pourvu de cet aplomb, trop souvent ie partage 4e la médiocrité qui ne doute jamais d'elle-même?
ltç§ concoure appliqués aux bQaux»art§ SQpt tovt .ftussi
digtionhahi DtaociATiQini. 81
peu concluants. Un artiste original est inapte à se pGer aux exigences d'une idée qu'il ne sent pas et n^eût pas conçue, à faire abdication de son individualité pour entrer dans la pensée d'autrui ; son génie même Tex* dura. Que de gens sans avenir les concours n'ont-ils pas envoyés à Técole de Rome, étudier sous la direction d'un maître médiocre, élu par la faveur!
Si la notoriété servait de titre, si les succès publics de l'artiste eussent tenu lieu de concours, tous nos grands artistes auraient successivement illustré l'école de la villa Médici, et l'on n'y eût jamais vu des gens destinés à chercha à leur retour des ressources dans le commerce de la dorure, de l'épicerie ou des fleurs artificielles ; gens d'un mérite assez grand pour être d'excellents élèves, mais dépourvus de la flamme et de Paudace de conception qui font des mdtres.
Cependant, ces conditions imparfaites, ces entraves apportées à l'exercice de la faveur et de l'arbitraire, avaient^ sous un gouvernement partial, l'avantage de substituer le règne des médiocrités au règne de la nullité absolue.
Ce sont d'utiles tempéraments sous l'empire d'un pouvoir sans conscience et sans moralité.
Que le gouvernement puise sa force dans ses lumières et dans sa probité ; ces précautions deviendront superflues : qu'il ait la faculté de choisir et d'élever à tout emploi le plus digne ; les fonctionnaires cesseront d'être ostensiblement jalousés; la considération entourera les titulaires des places, les afiaires seront bien gérées; tout ira mieux.
Quand un gouvernement passe pour dénué de mo*
91 mCTIOKHAmB DÈaOCmAlffQUK.
ralité, rhonneur de ceux qui le servent est en sds* picion.
Que l'autorité 8*éclaire donc, qu'elle consulte Topinion et se fasse rendre compte des services ; que les emplois ne soient plus brigués ; que TÉtat ne se bcM-ne pas à choisir parmi des candidats protégés, mais qu'il aille diercher, hors d'un cercle de chiens faméliques, Thomme qui souvent se tait, ou dont le mérite porte ombrage.
Quand Tintrigue du solliciteur sei*a Tobjet d*uiie prévention défavorable contre lui, les gens en place seront honorés de Testime publique, parce que Témulation remplacera la bassesse et Tavidité.
Dans cette voie, tout esta faire, et rien n'acommencé. Surtout, dans les moments de réorganisation générale, éloignez les impudents qui, ia dénonciation à la main, accourent sous couleur patriotique, demander la place occupée par autrui; si vous ne voulez pas courir la chance de substituer à des fonctionnaires suspects, des gredins avérés.
L'avis n'est pas hors de saison.
CONSTITUTlOlVinXi .
On désignait autrefois ainsi les partisans de la constitution de 1791, qui restreignait le pouvoir royal, sans l'annihiler.
Ce mot est resté inséparable de l'idée d'une royauté tempérée. Aussi ne désigna-t-il pas les adhérents à la constitution de l'an III, ni à celles qui l'ont modifiée.
Le sens du mot constitutionnel a peu varié ; il marque encore une opinion transitoire entre la moparchie et Titat
DfCTimiirAiiB DtvoGiATign. 85
dëmœratiqae. Également déplaisant aux oreilles des rois et des peuples, ce terme est de ceux que les deux peavoirs rÎTaux se sont attachés de concert à rejeter dans le vocabulaire de la Teille.
TaATAXXAEUaS.
On a si exclusivement honoré du titre de tramUlévn les membres de la famille ouvrière, qu'ris finiront par s*en attribuer le monopole et par diviser le monde en travailleurs et en fainéants,
11 est salutaire de rappeler fréquemment que chacun est appelé à entrer dans la composition de la phalange laborieuse, dont on risque ainsi de former une classe isolée.
Le ministre qui organise, le représentant qui coopère à rétablissement des lois, le magistrat qui les applique, le soldat qui maintient Tordre, le commis, l'employé dans leurs bureaux, le commerçant dans son magasin, le publiciste, le savant, le médecin, le prêtre, le propriétaire qui dirige la culture de ses terres ou distribue le travail parmi ses ouvriers, sont tous, aussi bien que ces derniers et dans des conditions diverses, des travailleurs. Tout homme occupé d'une manière utile est un travailleur : cette catégorie est si nombreuse, que les individus qui ne peuvent y être incorporés forment de rares exceptions.
Améliorer le sort des travailleurs, c'est donc améliorer le sort de totlt le monde ; en réalité, comme ee but ne saurait être atteint par des déplacements partiels
84 DlCTIONirillB DÉMOCRÀTIQUK.
et iniques, il consiste dans la recherche d'un équilibre social.
L'égalisation précipitée des fortunes est, nous TaYons dit, une cause immédiate de misère pour grand nombre d'ouvriers, en supprimant la consommation des objets accessibles à la seule richesse.
D'un autre côté, le luxe est l'aliment du beau, dont la culture contribue à la gloire d'une civilisation. Il faut beaucoup d'argent pour rétribuer les chefs-d'œuvre des arts et les merveilles de l'intelligence appliquée aux inventions de rindustrie. Ces idées ont été touchées à propos du mot riches.
Or, le nivellement des fortunes supprime, à mesure que le taux s'abaisse, un certain nombre d'arts, les plus splendides, ceux qui donnent les plus vives jouissances ; et, dans la vie de l'homme, le bonheur, le charme, le plaisir, en un mot, sont aussi nécessaires que h nécessaire.
Le cheval, le chien, l'âne, les dindons, les bœufs ne denrandent rien au delà du nécessaire : respirer l'air des cieux, dormir, manger, tels sont leurs uniques besoins; mais l'homme, doué d'une âme immortelle, a des aspirations élevées, des désirs infinis : son goût, son esprit, veulent des satisfactions d'un autre ordre.
Tout système d'organisation qui tend à le réduire aux conditions du besoin matériel et à rapprocher la société humaine de la destinée des brutes, est, en conséquence, inepte et révolte la nature. A mes yeux, le travail d^un jardinier fleuriste est aussi utile à la société que celui d'un planteur de choux. —Mais, objectera quelqu'un, l'on ne vit pas de parfums et de fleurs. — - Non, mais
BICTIONNÀIKE BÉMOCKATIQUI. 85
Ton ne tient à vivre que dans Tespoir de quelques jouitsauces, ce qui les rend indispensables; et Ton ne recrée ni ses yeux ni son odorat avec des choux.
GliUB, OIiUaiSTX.
L*ang1onianie, doux présent des encyclopédistef, a transmis le mot cltA à la république de 1792. On prononçait alors cleub ou clob: le mot s'est naturalisé, et nous disons club. Il a même altéré sa signification : nos clubs admettent la présence des femmes, tandis que le terme, dans son lieu natal, désigne des réunions exclu* sivement composées d'hommes.
Nous avons donc remis en faveur le mot clui^ qui, du reste, avait été conservé chez nous par la foêhion du jour (prononcer faiclieuonn^ — un mot charmant!)
Mais nous ne nous sommes pas avisés de ressusciter clvbiste. Cette infraction à nos habitudes imitatives a un sens pour qui est accoutumé à étudier la philosophie du langage.
Les membres les plus ardents des clubs 'se préva-laient, comme d'un titre redoutable, de la qualification de clubtstes, que, de leur côté, les modérés leur jetaient avec dédain.
Aujourd'hui, les clubs ne briguent aucune autorité despotique, et n excitent contre eux aucune passion haineuse ; le mot clubiste ne contient plus ni un reproche, ni l'emblème d'une puissance dominante, et Topinion ne Ta pas relevé.
On va dans les clubs, on y prend part aux discussions,
M DtCTIONlflIia DÉHOCIIATIQUI.
on y échange des idées; on est membre d'un club, mais on n'est plus clvbiste,
l>£XiATION.
Aux petits États, aux petits génies, remploi des petits moyens. En matière politique, tout ce qui est petit est TÏcieux. La délation était Tun des ressorts du gouvernement de la république de Venise : elle enfante la trahison, la défiance ; elle restreint les sentiments généreux, et peu à peu elle avilit le peuple où elle est pratiquée sur une grande échelle.
Le règne ombrageux des délateurs, ressource d*un despotisme mesquin, a entretenu le long sommeil de la nationalité italienne.
La délation a jeté de Todieux sur notre première république, qui accueillait la dénonciation ; la Terreur dut son nom et la haine dont elle fut Tobjet à Tusage de ce détestable moyen. Personne ne se sentait assuré de sa liberté ou de sa vie ; Ton se croyait à la merci d'un ennemi secret, et Timagination, se portant bien au delà de la réalité, se forgeait incessamment un danger chimérique.
Menacée d'une invasion, déchirée au dedans par des factions en connivence avec l'étranger; courageuse; mais novice encore en l'art de gouverner, la Convention sema autour d'elle cette terreur qui avait dû l'envahir elle-même : un lion efiFrayé répand au loin l'épouvante. Ces raisons ont rendu la postérité indulgente.
Mais un gouvernement que jamais elle n'absoudra, e^^t la Restauration, qui fit soudoyer la délation en
DlGTIOirNAIBB DÉMOCIATK^IJI. 81
pleine paix, et qui organisa des agents proTocateurs, Ces mesures, toujours répréhensibles, deviennent abo«fflioables quand elles sont inutiles : les rigueurs, sans autre mobile que la vengeance, sont dignes d*une éternelle exécration .
La Restauration, à ses débuts, fut sanguinaire à froid, sans nécessité, quand les partis étaient anéantis. C'est al<N:s que le Midi, décimé par la délation et livré aux furies réactionnaires, vit avec épouvante s'accomplir de ces n^eurtres, de ces assassinats juridiques, de ces monstruosités dont l'histoire contemporaine ne fournit que ti*op d'exemples dans les contrées régies par des princes de la maison de Bourbon.
Le joug odieux des délateurs a énervé TËspagne pen* dant deux siècles; il a dépeuplé la Sicile, épuisé Naples à deux reprises, et fourni, surtout en 1820, un pendant horrible à la terreur blanche qui ensanglanta la France en 4815 et 1816.
1793 n'a rien de comparable au procès des jumeaux de la Réole, ni aux massacres de Marseille et de Nîmes, parce qu'ici la clémence était sans danger, et que les exécutions violaient cens les droits et tous les traités.
De tels souvenirs doivent jeter une immortelle proscription sur ce moyen obscur de perpétrer de grands crimes, qui a nom la délation.
Nos mœurs se sont épurées ; mais, dans un temps de bouleversement politique, on ne saurait trop énergique^ ment stigmatiser des exemples fournis par Tàpreté des passions haineuses, et rappeler que l'emploi des armes discourtoises a déshonoré les gouvernements qui les ont employées.
S8 DICTIONNAIRB DÉMOGRÀTIQCK.
Chez nous, les délateurs peuvent encore, la plume à la main, faire métier du scandale ; mais Theure des colères écoulée, leurs noms resteront flétris. Un homme qui se respecte ne spéculera jamais sur la délation.
Sous le dernier règne, j'ai connu une trentaine d'hommes qui ont souffert, pendant plus de dix ans, des iniquités d'un fonctionnaire prévaricateur qu'un mot eût perdu et livré à la justice. Ce mot, chacun d'eur n'avait qu'à le laisser tomber.
Ce mot, il ne se trouva personne pour le prononcer. Placés en face du sentiment de l'honneur, ces gens se turent, précisément parce que leur intérêt était de par-* 1er; ils reculèrent devant l'odieuse mission du délateur, et ne voulurent pas même de la justice à ce prix.
L'honneur est un bien si précieux, qu'un galant homme se refusera toujours à l'arracher traîtreusement, même à qui l'usurpe. L'austère fonction d'accuser n'appartient qu'aux magistrats; le principe de la fraternité interdit aux particuliers de condamner, de leur chef, un concitoyen à l'ostracisme, de rendre ses fautes sans remède, de le juger sans qu'il puisse se défendre, et de l'immoler sans débat préalable.
Les seuls êtres contre lesquels la délation soit un droit et un devoir pour tous, ce sont les espions et les délateurs eux-mêmes : les démasquer, c'est rendre service à la société ; c'est en même temps protester coi\tre l'emploi de la délation et la condamner sans réserve.
DICTIONNAIRE DÉVOCIATIQUE. 89
làÉAIBVJkMOE, WLÈACmOM.
La confusion de ces deux roots signale rapparition et caractérise la mauvaise foi des partis.
Dans un État démocratique, toute opposition violente à ]a volonté nationale et au vœu de la majorité constitue une tentative tyrannique, et doit provoquer une résistance légale.
Cette résistance a pour mobile le maintien de la liberté.
Toutes les opinions ont le droit de se faire entendre et d'être discutées. Mais une opinion en minorité qui prétend à s'imposer par la force devient despotique et factieuse.
En pareille conjoncture, le premier acte des fauteurs de cette sédition est de calomnier la résistance légitime, en la flétrissant du titre de réaction.
Leur espérance repose sur la crédulité publique, et leur théorie a pour base une imposture. . La souveraineté nationale, tant qu'elle n'est pas con* (jsquée, ne peut organiser une reaction; mais elle doit faire résistance à tout parti qui entreprend de la combattre.
Gomme le principe de cette souveraineté est le symbole de Tu ni té démocratique, ceux-là sont suspects de projets réactionnaires, qui s'efforcent de Tentamer. L'impulsion appartient à l'autorité nationale qui repré« sente l'ensemble des citoyens : ce pouvoir agit, il ne réagît pas, et ses agresseurs eux seuls réagissent contre lui,
90 ]^GT10IWAI«e PÊHOGRATIOfll.
Les seuls hommes intéressés à soulever ce mot de réaction conlre l'expression formelle du vœu national, sont ceux qui s'exceptent ou qui sont retranchés des droits et de» devoirs de« dtoyens; c'est-à-dire, les intrigants et leurs dupes.
AAlttlÊX.
En réduisant de près de moitié la durée du serrice militaire, le gouvernement de juillet a rendu l'armëe à la cause nationale; il a détruit le principe d'une servitcide que l'oti décorait du titre d'esprit de corps, et les soldats, sou^raits pour peu de temps aux conditions de la vie civile, ont cessé de former une catégorie distincte de l'ensemble des citoyens.
Auparavant, un militaire, après deux à trois ans de séparation d'avec les mœurs et les habitudes de son premier âge, cédait à la nécessité d'abdiquer tout contpromis avec la vie bourgeoise.
Depuis que le service a été abrégé, le consent devenu soldat s'est dit : « Bientôt, je rentrerai dans la condition commune; » et en songeant qu'il était près de quitter les armes, il a cessé de dédaigner lepékin.
En un mot, l'état militaire, devenu un inddent, n'est plus une carrière pour le soldat.
Dès lors, ses intérêts sont les mêmes que ceux du peuple. La nation a toujours des défenseurs, mais le pouvoir ne trouvera plus de seïdes.
Un gouvernement comptant sur l'armée pour se maintenir contre l'opinion publique, en de telles conjonctures, commet le plus sot des anachronismes.
•fcnomciim bêhockatioui. 91
Autrefois, Tarmëe appartenait à Tautorité : l'on disait les soldats ^du roi. La garde nationale, spécialement affectée à la protection des intérêts populaires, ne faisait pas partie de Farinée, contre les actes de laquelle elle était susceptible d'avoir à protester.
Maintenant, Tarmée, c'est Tensemble des citoyens à qui TÉtat confie les armes pour la défense commune. Les troupes de ligne, la gendarmerie, la garde civique, font partie de Tarmée, que Ton peut diviser en deux portions. Tune fixe et sédentaire, l'autre mobile.
La garde nationale est la réserve de Tarmée effective, et quand cette dernière se porte aux -frontières, les légions citoyennes sont préposées à la garde dn camp, qui est la patrie.
Dorénavant, comme dans Tancienne France, tout citoyen sera soldat, et Tarmée se composera, son nom l'indique, de tous les hommes qui portent les armes.
Cette unanimité, cette participation de tous à la même fonction, cette solidarité, cette union d'intérêts, cette fusion entre tous les corps armés, exclut la rivalité entre eux, et rend désormais impossible la confiscation du pouvoir pai* le despotisme militaire. Le temps des légions prétoriennes est passé.
La défiance à l'égard des troupes de ligne devient donc insensée sous le règne de la fraternité démocratique.
L'armée d'un roi se compose des légions qu'il soudoie; Tarmée de la République est formée d'un ensemble de fonctionnaires que la société prépose à sa garde.
Les uns sont rétribués parce qu'ils lui consacrent la
92 DICTIOimAIEÉ DfiVOGKATIQUB.
somme de leur travail ; les autres ne le sont pas, parce qu'on ne prélève sur leur temps qu'un impôt aisément payable et librement consenti.
Mais les droits de tous sont égaux, et comme il n'y a qu'un seul pouvoir, il ne saurait exister qu'une opinion, qu'une pensée, qu'une règle de conduite.
Par conséquent, toute distinction devient abusive et illogique. La garde nationale est portion intégrante de l'armée, et l'armée active fait partie de la garde nationale.
Les uns comme les autres sont armés pour garder la nation. Les parquer en deux classes séparées, c'est faire survivre les mots aux' choses, et garder l'empreinte des institutions de la monarchie.
Le droit, le devoir de tous les citoyens de l'armée nationale, est de concourir également, sans préférence, et avec un accord fraternel, au maintien de l'ordre et à la défense de la liberté publique.
GARDE NATZOirAX.X.
Quiconque, aujourd'hui, établit une distinction entre la garde nationale et le peuple, est un imposteur on un sot.
Cette division chimérique établit, en effet, que ceuxlà constituent le peuple, qui ne font pas partie de la garde nationale.
Or, il n'existe, légalement, hors des rangs de la garde nationale, que les condamnés à des peines afflictives et infamantes, que les criminels privés des droits de ci*' loyen.
DIGTIONIIAIRB DftiOCIliTIQUB. 93
La distinction indiquée impliquerait donc cette définition grotesque : a Le peuple, c'est le ramassis des vo- Jeiirs et des galériens, d '
Les défeuseurs d'un peuple dont les intérêts sont différents de ceux de la garde nationale, ne sont, en réalité, sous le régime démocratique actuel, que les chefs de file de la classe intéressante des fripons et des coupe-jarrets.
Ceci résulte du décret suivant, qui a reçu sa plus eu* tière exécution : ce Tout Français, âgé de vingt et un ans, et jouissant de ses droits civiques, fait partie de la garde nationale. »
Il n'existe qu'une exception honorable : celle des citoyens affaiblis par Tâge ; mais ils conservent le droit de se maintenir dans les cadres et de servir leur pays, tant que leur vigueur le permet.
Lorsque la mauvaise foi d'un parti s'efforce à opérer des scissions parmi les gardes nationaux, elle y procède en qualifiant le corps entier de bourgeoisie armée.
Nous avons développé, au mot bourgeois, notre pensée sur ces distinctions, -et dit que, dès l'instant oit l'on cesse d'admettre des classes ou des castes privilégiées, il n^y a plus ni noblesse ni bourgeoisie.
Tout citoyen, depuis le millionnaire jusqu'au mendiant de la rue, — car l'ancien régime a laissé des né-* cessiteux, et la paresse maintient des indigents volontaires, — est de droit électeur et garde national. 11 n'y a plus de bourgeoisie : ainsi, n'en parlez plus; ou bien, la population entière en fait partie, et alors, cesseï^ d'attaquer, à l'aide d'un mol réactionnaire, l'universalité de la nation.
94 mcnoimAm BixocRAnQuii.
Est-il besoin de qualifier les mains qui forgent, en quelque sorte, avec un yieux mot mis an rebut, une fausse clef pour crocheter la porte de Topinion et Hyr^r l'accès à la discorde !
avuoioir de Ii*:état.
Il se dépense, bon an, mal an, dans les collèges, un certain nombre de syllogismes, dans le but de démontrer à la jeunesse, qu'une société d'athées ne pourrait pas subsister.
L'école ferait économie de temps et de subtilités, si elle se bornait à observer que l'histoire ne nous a transmis la mémoire d'aucune société purement athéiste, que l'on n'en connut jamais, et qu'il n'en existe point.
La notion de Dieu est la base de toute religion. Le paganisme personnifiait les divers attributs et les facultés multiples inhérentes à l'essence divine» mais, comme l'a remarqué Voltaire, il tendait à l'unité par la constitution autocratique de son Olympe.
Comme c'est le propre de la nature humaine, que de s^ efforcer d'assigner à toute idée une représentation sensible, la notion de la divinité, source de nos idées morales, a produit des religions ; et le sentiment inné d'une certaine corrélation entre le Créateur et son œuvre a introduit, dans le cœur de l'homme, la pensée d^un devoir de reconnaissance et d'hommage envers son auteur.
De ce principe, variable dans son application, sont issus tous les cultes.
La forme de ces manifestations a été proportionnée à l'âge, à l'état, à l'intelligence des sociétés. Mais, partout
DICTIOmunB BÉSOCIATIQOI. M
où l*on a reconnu la présence d*un être sdpréme, un culte s'en est suivi. Le cri qu'adresse le sauvage au so* Icii levant, est un culte, comme Thymne rhythmé par le génie chrétien, et dont les strophes s'élèvent avec l'en* cens du sacrifice.
Ainsi, le principe des religions est éternel, parce qu'il procède d'une source naturelle et presque instinctive.
L'interprétation des divers codes de morale religieuse a enfanté les systèmes philosophiques. L'idée d'une philosophie isolée ou exclusive de la religion, est une absurdité ; et le dessein d'opposer le mot philosophie au mot religion, comme si l'un excluait l'autre, n'est qu'une pompeuse niaiserie.
La plupart des penseurs s'accordent entre eux sur les grandes vérités morales qui constituent l'immuable fonds de toutes les doctrines. Le principe et le résumé de la philosophie propre à la civilisation moderne sont contenus dans l'Évangile de Jésus-Christ, charte de l'émancipation et de la fraternité des hommes et des peuples.
Ce contrat religieux, qui préside aux mœurs de la société, a pu donner lieu à des cultes différents entre eux; mais la loi est restée la même pour tous.
On a plus d'une fois, en France, débattu la question de savoir quelle est la religion de l'Etat^ et, comme Ton a confondu la religion avec les cultes, la forme prévalant sur le fond, on en est venu d'abord à reconnaître le catholicisme seul. Puis, il y a dix-sept ans, l'on a fait cette concession aux cultes dissidents, de décréter que le catholicisme n'est que la reUgion de la majorité; fait insignifiant, mais réel.
Aujourd'hui, Ton ne prétend favoriser spécialement
96 mCTIONNATBIÎ DÉMOCRATrQUE.
aucun culte, et Ton va se trouvei* entraîné, par la question déforme, à ne constituer aucune religion de TÉtat.
Ce silence revient à faire implicitement entendre que TÉtat ne possède pas une religion : ce qui est de toute fausseté, puisqu'il entretient divers cultes, et pratique wne doctrine morale étayée sur TÉvangile.
La difficulté est journellement tranchée par Topinion du peuple, dont la voix est la voix de Dieu.
Naguère le peuple français planta des arbres, symbole de la liberté reconquise ; il appela sur eux la consécration religieuse, et s'adressa tout naturellement aux ministres de la religion qui est l'expression des mgeurs publiques.
Or, il n'a pas songé une seule fois à associer à ses manifestations pieuses d'autre culte que le culte chrétien, et il n'a frappé qu'aux églises.
Pour résoudre, sans créer aucune inégalité, la question religieuse, il existe un moyen qui satisfait à la fois la politique et la philosophie.
L'on ne peut s'abstenir de constater une religion de l'État : le contraire serait une lacune et un démenti à la vérité.
L'on ne doit pas sacrifier les cultes dissidents qui ont pour base la loi commune tracée par le Christ.
L'on évitera, l'on eût déjà évité ces difficultés fondées sur une méprise, en déclarant, non que le catholicisme romain, mais que le christianisme est la religion de l'État.
Cette désignation embrasse tout, et réunit tous les membres de la famille européenne, depuis le Russe et le Grée schismatique, jusqu'au luthiérien, au calviniste,
DlCTIORNAItV DtMOClATIQUK* 97
à Tadhërent à la confession d*Augsbourg, et au sectaire de la forme anglicane.
8ZCTS IMWLAÈLrrm.
Je ne prévois qu'un cas d'exception : il concerne les juifs, citoyens comme nous, et justement pourvus des mêmes droits.
La liberté comprend Taffranchisscment de la con-> science, et la protection accordée à un culte doit s'étendre à tous.
Quelle est la sanction sociale de la liberté? C'est la voix de la majorité. L'expression sociale de la religion de la majorité est le christianisme.
Le judaïsme est-il un culte fondé sur la loi commune? Non. Il est une protestation contre cette loi, une protestation contre l'état actuel de la société.
Le juif sincère et conséquent est le pirate de la civilisation chrétienne. Il a suscité contre elle l'usure des banquiers.
Le judaïsme est- il une religion? Oui. Mais une religion inséparable de la nationalité hébraïque qui n'est plus, et qui a relevé exclusivement de la civilisation de TAsie.
La loi mosaïque, base de cette théogonie, est religieuse et politique, et ces deux cléments y sont indissolublement unis.
On prouverait que la foi juive n'existe plus, puisque ses adhérents, ayant accepté nos mœurs qui ne sont pas juives, partagent nos opinions et nos sentiments sur les points essentiels de la morale»
9S DICTIONNAIRE PÊMOCRATIQUE,
l>a religion juive ne professe ni régalité ni la fraternité ; elle admet la servitude ; elle consacre des distinctions absolues entre les classes ; elle interdit tout mélange, tout commerce avec les autres croyances ; enfin, elle confie, positivement, à la caste aristocratique des prêtres, le monopole du gouvernement ; les rois eux-mêmes, concessions faites à la nécessité, ne sont légitimes qu'à la condition d'être reconnus et consacrés par les prêtres. La république juive était gouvernée par la hiérardiie des lévites.
(Test grâce à l'esprit judaïque, perpétué dans les livres de la Bible, du Vieiu Testament, fatalement soudé par notre clergé au catholicisme, que nous avons vu les papes et les évêques prendre pied dans la politique, opprimer les nations, tonfisquer leurs droits et enfanter la spécieuse imposture de la légitimité dynastique des rois.
Les vestiges de la religion des Hébreux ont créé l'inquisition, si fatale aux juifs, et sanctionné le gouvernement absolu. Le Jéhovah de la Bible est plein de vengeance et se repaît de massacres : c'est la foudre divinisée. Le Dieu de l'Évangile est un esprit de clémence, d'amour et de paix.
Parmi les juifs qui persistent par habitude dans la profession religieuse de leurs aïeux, il n'eu est pas un qui voulût le triomphe de la doctrine dont il est le représentant,
, Qu'est-ce qu'une doctrine contraire à la liberté, el professée par des gens dévoués à la liberté, qui la soutiennent comme théorie et en rejetteraient l'applica-* tionî
DICTIOimAlM DÉMOCRATIOtm. 9*
Une religion qui, non-seulement est distincte de celfe de notre société, mais qui l'exclut et la nie, qui, de plus, est fondée sur un principe contraire à la marche et au progrès moral de cette société, pourrait-elle prendre place parmi nos doctrines ?
Non. Cependant, tel qu'il apparaît aujourd'hui, le culte hébraïque est sans danger, et le dogme prêché dans les synagogues est conforme aux idées démocratiques de la France moderne. Ce culte s'est donc transformé avec le temps, il s'est mis en harmonie avec les idées libérales, avec nos principes de fraternité, incompatibles jadis avec son principe, et qui sont le fruit de TÉvangile.
Il faut en conclure que la vieille religion hébraïque est restée ensevelie sous les ruines du temple, et que son nom seul ^îst demeuré comme l'étrange et ineflfia* cable souvenir d'une nationalité disparue.
L'Évangile de la société moderne a pénétré dans le cœur des citoyens hébreux d'origine, et leur culte particulier, loin d'être incompatible avec la liberté française, et digne, comme tel, d'en être rejeté, peut participer aux avantages communs.
Sa régénération prouve qu'un seul et même contrat social nous régit tous ; que l'unité religieuse a enfanté l'unité dans les mœurs, et qu'en réalité, une déclaration qui érigerait, sans acception d'aucun culte, le christianisme en religion de l'État, ne contredirait et n'exclurait personne.
L'histoire nous a enseigne que la religion doit ^tre •mlée de It politique, et que les prêtres doivent s'abst^ Air de participer aux affaires temporelles : sans quoi, les
100 DICTIOimAIRB DÊMOGlATIQirB.
divers cultes qu'ils représentent, entrent eu lutte d'intérêts, de prépondérance, et Tun d'eux se met en position d'opprimer les auUes. L'Ancien Testament^ code du judaïsme, a fourni prétexte à tous les envahissements des prêtres (U h tous les supplices infligés sous couleur de religion. Là Bible est une loi de sang effacée par l'Évangile.
La philosophie nous apprend que la religion est une, parce que la morale est une : de là, Tégalité des cultes devant une même loi.
Observez qu'il n'exista jamais de guerre de religion^ et que les dissensions ainsi dénommées ne furent, en réalité, que des querelles politiques suscitées entre des cîdtes dissidents.
Égalisons donc tous les cultes, en ne reconnaissant qu'une seule religion, le christianisme, qui les embrasse tous et les confond.
Si, prenant un mot pour un fait, vous admettiez deux religions, vous trausgi*esseriez le principe démocratique qui ne saurait accepter qu'une majorité, et vous établi • riez, dans le domaine des mœurs, dans le contrat social, une anomalie aussi flagrante, que si, sur le terrain politique, vous acceptiez deux lois fondamentales, deux principes de gouvernement, deux constitutions.
Le cumul ne peut èlre justifié. Si le salaire d'un emploi est trop faible pour faire vivre celui qui l'exerce, ne le dédommagez pas avec un second emploi. 11 ne doit exister aucune charge de nature à nécessiter le cumul*
mcTioRHAiu DtaoGiÀTiQin. loi
L'homme qui donne son temps à un traTail a le droit d^en tirer son existence. Est-il des places qui n'absorhent que la moitié du temps de leur titulaire? Alors, réunissez deux ou trois de ces sortes de positions en une seule, dans Texploitation de laquelle un fonctionnaire trouvera Je nécessaire, avec un peu de superflu, ce qui est rindispensable de Texistence.
On objectera peut-être que certaines fonctions, suf<lisantes pour occuper la journée du travailleur fonctionnaire, n^empéchent pas ce dernier d*étre apte à plusieurs missions distinctes.
J'admets cette capacité multiple ; mais si Tune des places exercées par cet habile homme exige tous ses loisirs, et qu'on lui en .confère une seconde, une troisième, il se partagera, et chacune d'elles sera négligée au profit des autres.
En réalité, cet employé ne poun*a donner à ses diverses places, que la moitié, que le tiers de sa capacité, et il n^équivaudra, malgré tout son mérite, qu'à un homme inférieur à lui, de la moitié ou des deux tiers. Vous pourrez donc le remplacer avec avantage, et, en le réduisant à opter, lui restituer toute sa valeur. Le cumul annihile un homme supérieur et l'éparpillé en menue monnaie.
Le cumul est la ressource des gouvernements mal appuyés, qni, ne sachant à qui se fier, et comptant peu d'amis, les placent partout à la fois.
Le cumulard de plusieurs fonctions dont une seule suffirait à apporter l'aisance, est un voleur. 11 dépouille plusieurs citoyens de leurs moyens d'existence, et il prête à TÉtat son temps à un taux usuraire»
C^tte Jèjpre sociale est loin d'êlre extirpée : il eit encore ifis geos qui mswgent comme m, à six râteliers, et dei familles ssi rapaces, que Topinioa les flétrit du QOW de dynoêties*
Nous citeriom des cumuUrd^ qui retirent tirante à q43arante mille francs de sept à huit emplois, sur I^hquels on signalerait cinq sinécuresy «t, ce. qu'il y a de remarquable, nombre d'entre eux appartenaient nagaère à r^positloo, dont la profession constituait, parnai les chefs aase^ influents pour trafiquer de la menace, une lucrative spéculation.
{^armi cts genres de cumuls, il est à propos d'ea désigner un qui contribue efûcacement à affamer les gem» dis lettres, c'est le cumul des gros bonnets universitai-^ re$, chefs d'une coterie aniilittéraire des plus fuqestes aux artisans de l'intelligence.
41 ne sera pas superflu d'observer qu'en battant en bfèche l'abus du cumul, la nouvelle République a poi»r bul, moins encore de r^artir l'argent de l'État sur un grand nombre de téteS| que de poser des limites aux in* influences individuelles, et d'empêcher qu'un méma homme n'absorbe l'autorité de deux ou trois persofimes^
Nombre de fonctions sont purement honorifiques et gratuites : ce sont, en général, celles qui confèreut le plus de puissance eX d'autorité. Telles sont celles d'officier de 1& garde nationale, de maire, d'adjoint, de mem* bres de certaines commissions, etc...
Il suQU bien que de telles missions soient forcémqnt dévolues k U classe la plus aisée du peuple, sans qu'eiks arrivent h oopiisquer des pouvoirs divers et multipliés au profit d'un seiil et^nême individu,
Esnentiellefnent contraire à régsKtë, le canal d«i fonctions gratuites, qni implique déjà la supëriorité de iafertane, est le moins équitable et le plus dangereux.
i>£bcagogub.
Le démagogue exagère les principes de la démocratie : c'est un médecin dont les remèdes sont si violents, qu'ils emportent le malade.
Le malade, c'est la liberté.
Le démagogue aspire à dominer : c'est un despote qui se déguise sous des haillons de popularité.
Souvent la démocratie, près d'expirer, est prise des convulsions de la démagogie.
Le second de ces mots est tout jeune ; barbare hier encore, il reçoit à cette heure sa consécration de la né* oes»té. Il est une des formules synthétiques de la situation actuelle de notre pays.
Autrefois, dans les changements subis par les empires, Télément politique dominait tout; la société suivait de lom l'impulsion et ne recevait aucune atteinte immédiate.
Va politique^ c'est l'art de gouverner les États; le sociaiisme, terme indéfini jusqu'à nous, c'est l'art d'ac* corder les intérêts particuliers avec l'intérêt de tous.
La poKtique concerne les intérêts nationaux ; le socifriisme embrasse rhumanité. De ces deux objets, le pre-
104 DICTIONIfAIlS BÊIIOCIATIQI}!.
mier touche directement à l*6pînion ; le second est en rapport plus intime avec les mœurs.
Il suit de là que Faction du socialisme doit rester pacifique, à la différence de la politique, qui peut trouver un avantage à porter la guerre au dehors. La guerre, suscitée par le socialisme, serait intérieure : or, la guerre civile est un résultat foncièrement antisocial.
Elle est toujours la suite d'un désaccord formel entre les idées et les mœurs, et de la rupture de Téquilibre entre les intérêts privés et l'intérêt public.
On ne saurait en venir là que si les principes du socialisme étaient faussés et méconnus.
Nous avons dit ailleurs que les mœurs se transforment plus lentement que les opinions : les faits réagissent incontinent sur celles-ci. Fondées sur Thabitude, les raœhrs se désaccoutument à la longue, et d'ailleurs, les intérêts qui y sont liés ne peuvent être, en un instant, déplacés sans mécompte.
Aussi la mission de la politique est-elle d'agir, de résoudre, tandis que celle du socialisme est de préparer; l'une brise et constitue, l'autre harmonise, applique, ou dissout peu à peu. ,
Il importe à la politique de parler toujours haut et clair ; au socialisme d'écouter sans cesse, car son rôle est d'obéir et d'interpréter avec intelligence; celui de la po* litique consiste à diriger.
La tâche du socialisme, dans un temps tel que le nôtre, est bien autrement complexe et délicate : elle exige la profonde connaissance des hommes et des mœurs pu« bliques, elle commande un désintéressement providentiel et uQ certain oubli de soi-même.
DICTimilAlM 9taoauTiQi». IW
L^^isme est la base de la plupart des idées aoti* sociales.
a Rien ne doit atteindre, murmure un propriétaire. les revenus de ma propriété. » Voilà une o|MDioa égoïste et absolue ; rien d'absolu n*est compatible atec l'égalité. Sans doute, la propriété fimcière est la pria» cipale garantie du crédit public ; mais elle doit coniri* buer à Tayantage de tous : plus sera grand le nombre de ceux dont elle assure Texistence, plus elle paraîtra légitime. La gorger de bénéfices, c*est appaurrir la masse des citoyens; Tépuiser, c'est tarir les sources de la yie pour un grand nombre de travailleurs qu'elle entretient.
c Détruisons la propriété! » s'écrie un autre qui n*a pas un pouce de terre. Parole inepte ou coupable, dana l'état actuel de notre société : inepte, si cet homme rit de son travail et attend un salaire dont il prétend ainsi anéantir l'origine; coupable, s'il aspire à vivre dans l'o»* siveté aux dépens d'autrui, et à dévorer ainsi un capital dont il supprime le revenu.
Cette sottise, cette impiété n'est proférée que par les ' ennemis de tout ordre social : l'expârience Fa montré* Ce sont, ou des gens orgueilleux, décidés à entourer leur nom de l'auréole d'un paradoxe, et à se créer une importance personnelle à tout prix, ou bien d'aveugles anarchistes obstinés à ne chercher dans la liberté que la licence de piller et de détruire.
. Les défenseurs nés de la propriété sont donc les travailleurs aussi bien que les propriétaires, et la presque totalité des Français réunit ces deux conditions. L'agriculteur laboure son champ et en tire sa subsis-
tftiiee ; le petit propriétaire dîne de son patrimoine et soupe de son travail.
. La division croissante de la propriété est un des bien- &iCs du socialisme : il a pr^aré ce résultat, qu*il ne pouvait précipiter «ans trouble et sans spoliation. Depuis rànqwBte ans, le nombre des propriétaires a plus que «{ttadruplé; il s'accroîtra dans une proportion d^autant plus forte, que la propriété sera plus productive et paraîtra mieux garantie.
Teile est Tallure pacifique et normale du socialisme; îA met à profit les changements introduits dans les mœurs par la cours des événements politiques; il régularise, il organise, il améliore, mais il évite d'annihiler son in— iuence en procédant par la contrainte, source de quendks intestines, donit la conséqueiice est de provoquer des réactions qui font rétrograder les sociétés.
fia France, jusqu'ici, les gouvernements n'ont guère exercé que des fonctions politiques, et les grands conOits éat m surtout pour objet des déplacements du pouvoir. Cependant, comme le principe démocratique en progrès eontieft des germes sociaux, ils se sont développés et qui fructifié, ^vmi même que Ton songeât à isoler Télém^tsociaiiste»
Oq Ta discerné par ses résultats, on Ta dénommé lors^ qu'il eut pris un corps, et Toa commence à s'apercevoir fu'il existé^ en delMvrsde ta politique, un principe d'action qui se gouverne autreikient.
, Voilà ropinioB ; mais les mœurs n'y sont pas faiies. . Il en résulte une méprise» On confond lesociajisrae avec U politique ; et» comme le proj^ce de celle^ est de vouloir et de s'imposer, l'on tend àeoUnietire Iesiinté<«
ucTiorauiM i)luioauTiQc& IM
rets sociaux à la Tolonté individuelle, ou à rimpulsiott des groupes gouveraaDts,
Pour justifier une loi d'État, il auffit de ropurion ; cette loi peut loèoiê, eu certains cas, la prë^ir et la fixer soudain : mais dans les matières qui touebent à Téquilibre social et qui doivent être en rapport avec les mœurs publiques, Tinitiative du pouvoir a moins de liberté.
Il y a donc, pour Tautorité, de grands inconTënients à confondre le socialisme avec la politique, et à assimi*» 1er radministration de la famille humaine à la ccmdiiite des États. Ce qui est légal ici, devient, ailleurs, tyrans nique.
Chaque fois qu'un décret ou une mesure est de na«« ture à contraster avec les mœurs, avec les usages consacrés, ou bien à compromettre spontanément un grand nombre d'intérêts, c'est un signe que eette mesure esC hors du cercle de la poh tique, et qu'il faut, non la dé*créter, mais en amener par degrés l'opportumté et ie paisible avènement.
Un pouvoir qui prétend faire violence à la société et la transformer brusquement, ressemble à des gens qui, pour faire cesser le cours d*un ruisseau qui nuit à leuri terres, placeraient un barrage en travers de son lit. Ils changeraient la petite rivière en torrent, et, d'une inciyunaodité, feraient une cause de désastre.
En pareille occasion, l'on ca-euse un canal peur dé* tourner les eaux, qui, d'elles-mêmej, trouvant une pente plus entraînante et un lit plus profond, s'y précipitent et délaissent leur ancienne route.
C'est ainsi qu'on doit agir en matière de socialisme.
IM SICTIOllirAIBI DtMOCIÀTIQUB.
Qu*un u»Bge soit nuisible, qu'un certain intérêt coûte trop cher à satisfaire, favorisez l*usage opposé, protégez les intérêts contraires : le préjugé s'effacera peu à peu, les vieux errements seront graduellement abandonnés, et vous triompherez à la longue, sans nuire à personne, tans dépouiller qui que ce soit.
Pénétrés de ces idées, les vrais socialistes ont assigné de très-longs termes à la réalisation de leurs théories : la légèreté, l'ignorance ou le charlatanisme seuls ont prétendu forcer le cours des ftges.
Au surplus, sous un régime démocratique, le gouvernement a, pour discerner ces deux éléments, la politique et le socialisme, une pierre de touche, qui est la liberté.
' Les institutions politiques peuvent être construites sans entrater la liberté générale. Les erreurs d'un système social mal entendu et imposé d'autorité substituent le despotisme à la liberté ; et lors même qu'elles ont en vue des intérêts généraux, si, faisant violence aux mœurs et à des intérêts moindres, elles cessent de concourir au bien de tous, elles provoquent des résistances qui altèrent la confiance publique, nécessaire à la prospérité de l'ensemble de la société.
En résumé, une loi d'administration politique est susceptible de donner lieu à opposition ; une bonne loi d'organisation sociale ne doit survenir qu'à l'heure oij elle ne suscite plus des protestations sérieuses.
mCTIOlWàlEK DÉKOCtATIQUK. 109
APTXTUDS, opxmoar.
Qui jamais aurait prévu que le sens de ces deux mots serait Tobjet d^une confusion, et qu*il serait besoin, un jour, d^in docteur de Tëcole de M. de la Palisse, pour articuler cette vérité hardie : a Les opinions sont dis^ tinctes des aptitudes ! »
Le changement survenu dans la constitution sociale et politique a produit quantité de vacances dans les emplois; Ton s'est mis en devoir de substituer àux fonctionnaires suspects ou compromis, des hommes d'une opinion éprouvée.
Rien de mieux. Mais la plupart des charges exigent une certaine compétence, une aptitude particulière. Si Ton voulait remplacer un peintre, un chanteur, un compositeur, un poète, des gens qui ne sauraient ni rimer, ni composer, ni chanter, ni peindre, seraient assez mal venus à dire : a J'ai droit à être chanteur, parce que je suis républicain; — je ne connais rien à la musique, mais je suis républicain, et je prétends remplacer Auber ou Donizelti ; — je veux être employé comme peintre, parce que je suis républicain, etc.. »
Il est incontestable que tout bon républicain possède une aptitude suffisante à émarger des appointements; mais les devoirs de telle ou telle fonction exigent parfois d'autres aptitudes.
Il est des républicains d'excellent appétit, qui sont de grands ânes. 11 est même des ânes qui, rebutés .sous tous les gouvernements, parce qu'ils n'étaient ni in-
110 Dt€TIONNAIRS DÉMOCRATtQUS.
telligents, ni laborieux, se sont targués de leur disgrâce comme d'un brevet de républicanisme.
Voici un homme qui aspire à tout faire, attendu qu'il n'a jamais rien fait du temps de la monarchie : son impuissance d'hier ne prouve pas qu'il sera très-habile aujourd'hui.
Vantez-moi ce travailleur infatigable, cet économiste intègre, ce savant indépendant, rejetés par un gouvernement dont ils signalaient les fautes; cet employé laborieux, que rintrigue a évincé ; ce penseur fécond et pratique à la fois, qui a reculé devant un démenti infligé à ses convictions et s'est tenu à l'écart ; prônez ce satellite avancé du parti démocratique, qui a consacré ses veilles à approfondir et à critiquer les actes d'une administration vicieuse; accueillez de tels hommes ; mettez-les au premier rang, profitez de leurs lumières; qu'ils participent au gouvernement de l'État : rien de plus juste et de plus profitable.
Mais pour le paresseux ignare, qui a passé quinze ans à brailler dans les cafés; pour le Spartacus d'estaminet, qui n'a jamais mordu à la pratique de la vie publique, laissez-les dans leur néant, malgré le bruit de leurs opinions politiques : car ils ne sont aptes à rien.
Pour guider un vaisseau, l'on fait choix d'un pilote, et l'on prend le plus habile, surtout si la traversée offre des périls.
Jamais le navire de la France eut-il à franchir un détroit plus difficile qu'en ce moment 1 Cependant personne, parmi nous, ne désespère : car on sait que la voie est praticable et les écueils connus; et chacun de se dire : — Avec de bons pilotes. . .
DICTIONNAIRE DÊMOCIATIQUB. lil
Cependant le préjugé des opinions remporte quelquefois. L'opinion implique le vouloir, Taptitude le pouvoir; Ton doit se garder des volontés inintelligentes, et craindre d'élire des pilotes à qui la mer est inconnue.
« Nous sommes républicains! b redisent à satiété tous les ambitieux ; telle est leur aptitude, et ils la font sonner haut.
L'avidité, la brigue des emplois dont on est incapable, ne sont pas des vertus républicaines.
Dans une heure de trouble, de précipitation, d'ur« gence et d'incertitude, plusieurs se sont offerts de la. sorte, et ont été agréés, parce que le gouvernement n'a pu soupçonner que tant d'audace se joignit à tant d'ineptie.
De telles méprises sont inévitables, dans les premiers moments oîi les intrigants foisonnent.
Nous ne saurions trop le répéter, l'opinion ne justifie pas de l'aptitude à une position spéciale.
Un légiste, un administrateur, un financier républicains, ce sont des gens qui ont approfondi et qui sont propres à pratiquer un système administratif ou finan* cier fondés sur les principes de la démocratie.
Un républicain dénué de notions économiques n'existe pas en tant qu'économiste : il n'a pas d'opinion sur une matière qui lui est étrangère; c'est le néant, et le néant ne peut être classé ni qualifié.
Ainsi, là où l'aptitude fait défaut, l'opinion est sans valeur, parce qu'elle est forcément insignifiante et sans résultat.
m DICnOlINÀna DéMOCKÂTIQOB.
nxtxmtxcAtns bb jla yxii&z bt ov
Ne serait-il pas à propos d'en finir avec l'aveugle engouement des opinions?
Ce titre de républicain^ si effrontément revendiqué par les uns, avec tant d'outrecuidance par d'autres, n'appartenait naguère qu'à un petit nombre de Français, et parmi ces derniers, le chiffre des gens capables, exercés, honorables et laborieux, était restreint.
Si l'on tient à n'admettre aux fonctions publiques que des républicains de vieille date, il faut se résigner à laisser nombre d'emplois inoccupés, ou à tolérer un eu* mul scandaleux.
Il existe plus d'emplois que l'on ne comptait, il y a quelques mois, de répubhcains en France, et surtout de républicains exercés à la pratique des affaires.
La distinction établie entre les citoyens, d'hommes de la veille et d'hommes du lendemain^ est opportune, en ce qui touche aux principales fonctions politiques ; mais à l'égard de toutes les autres, cette formule d'ostracisme n'est qu'une invention exploitée par l'envie, l'intrigue et la cupidité.
Avoir ou n'avoir pas été républicain la veille est un fait involontaire. Que de gens ont renoncé aux idées républicaines, parce qu'ils en croyaient Tavénement impossible I Le 25 février, les défenseurs des idées démocratiques eux-mêmes n'osaient pas encore en espérer le triomphe.
Repousser absolument les républicains du lendemain^
digtiorhaux DfiMOCiATiQink lis
c^est proscrire presque toute la France, et se priver des lumières de tous les hommeft pratiques^ car ils n'ont pu acquérir des talents |>ra^i;ties qu'en les exerçant au service de la monarchie.
Essayons de retrancher toute la magistrature, tous les officiers, tous les comptables, tons les administra-* teurs du dernier règne, et de les remplacer par ceux que Ton désigne, à Taide d'une contradiction de mots, sous les noms d'hommes de la tmlle ou d'hommes nouveaux; le mécanisme de TÉtat cessera de fonctionner, et Ton arrivera, par la désorganisation générale, à l'anarchie.
Certes, rien n'est plus funeste, en temps révdutionr naire, que les réactions.
Eh bien! un ostracisme semblable est la pire des rë^ actions; car elle est susceptible d'en amener une autre en sens contraire : celle des talents évincés et deve^ nus regrettables, coptre les incapacités privilégiées et avilies.
Ce n'est que par la consolidation du crédit, que la République acquerra son inébranlable solidité. Un sem-> blable résultat est au-dessus des forces des seuls républicains de la veille ; il leur manque le nombre, l'expé-r rience, et le public ne les connaît pas assez pour leur livrer toute sa confiance.
Que Ton rencmçe donc à ces divisions iniques et funestes, à ces exigences rétroactives, vraiment contraires à la fraternité, à Tégalité ; vraiment immorales, eq ce qu'elles donnent lieu journellement à des apostasies honteuses, et font, des emplois, le prix méprisable de Timposture.
Il n'existait, dans le régime politique de la veille^
iU DICTIONNAIRE DÉMOCBATIQUE.
qu^un élément incompatible avec notre régénération morale : c'est la corruption et la vénalité.
Que les gens tarés soient, aux yeux de tous, les uniques gens de la veille, répudiés /e lendemain.
Nous devons la République à la seule Providence ; elle Ta donnée, comme Fair des cieux, comme le soleil et les fruits de la terre, indistinctement à tous.
Le gouvernement du peuple est créé pour chacun, et chacun a droit à y participer dans la mesure de sa capacité.
De quelle autorité prétendrait-on paralyser, dans une partie de ses représentants, la souveraineté nationale, et ériger en précepte la spoliation àxx peuple par le peuple? De quelle autorité condamneriez- vous une portion des citoyens qui subissent les charges de la République et lui fournissent Timpôt, à ne retirer d'elle aucun avantage? Ils payeraient leur part, et seraient exclus du festin I...
Un honnête homme, intelligent et laborieux, qui a servi son pays sous des rois, et qui veut le servir encore, est, à nos yeux, recommandable en tout temps : c'est un très-bon républicain.
Un ambitieux, dénué de mérite, qui, s'affublant du titre de démocrate, expulse un fonctionnaire utile pour le remplacer par un sot, dessert le pays, et dérobe un argent qu'il ne sait pas gagner. Il est l'ennemi de la République.
Inutile au monde la veille, il est devenu nuisible le lendemain.
DICTIONNAIRE DÉBOCRATIQUK. JI3
CBJ8 US V&08CaiFTI0W.
Les manifestations publiques qui s'exercent autour d*un nom propre, qu'elles soient hostiles ou enthousiastes, sont contraires au sentiment républicain.
Sous Tenipire de la démocratie, les individus doitent s'effacer devant les principes.
Les clameurs qui exaltent le nom d'un homme ris* quent de désigner un despote ; celles qui lancent Tanathème appellent le massacre.
Dans Tun et l'autre cas, elles accroissent, non sans péril, l'importance de l'individu.
Depuis l'avènement de la République, certains cris de réprobation contre quelques hommes ont fait des chefs de parti de gens jusque-là sans notoriété.
En 1814, cent braillards apostés sous une fenêtre ont enfanté la Restauration.
Les clameurs sont l'expression des passions, qui sont aveugles et irréfléchies ; au discernement, à la calme raison appartient exclusivement la direction des affaires publiques.
Comme leé cris d'enthousiasme dont un personnage est l'objet ne sont que trop souvent une provocation a l'adresse d'un parti contraire, ils contiennent, d'une façon explicite ou latente, une formule de proscription : l'on ne s'obstine pas longtemps à exalter Paul à grands cris redoublés, lorsqu'on ne songe point à abattre Pierre.
Dès lors, Paul est dangereux, et Pierre peut le re* devenir encore plus.
La liberté ne se nomme jamais ni Pierre, ni Paul.
Ii6 DlGTIOimilBS DtMOCRATIQlIB.
TMÉJVGfB RZ&ATZrS AITZ FOWCTZOm
vuBuçirxs.
Souvent, il n'est que trop vrai de le dire, nous nous payons avec des mots : nous les aGcep.tQns, ou nous les prenons en haine sans les discuter.
11 n'y a pas vingt ans que nous honorions eoinme de grands personnages des officiers inutiles, affublée à^ titre burlesque de gentilshommes de la chambre du roi î ils ne rendaient aucun service à la société, ni au roi.
On briguait les titres lucratifs et considérés de grande veiieur\ de grand maître de la garde-riée ou des céré^ mmieSy d'intendant des écurieSj ou des menus-plaisirs de Sa Majesté, etc..
Ces valetailles aristocratiques étaient si fort recherchées, qu'elles étaient le privilège de la naissance et le prix des plus éminents services. Un général avait vaincu les ennemis du pays, gagné dix batailles, conquis le bâton de maréchal ; à quel suprême honneur aspirait-il encore? — A entrer dans le chenir royal ou dans la garde-robe !
Une telle organisation avait tout à redouter des progrès de la raison humaine. Mais la philosophie est lente.
Le peuple, qui en possède la science innée, commençait à rire des valets de chambre, des écuyers-tranchants et des porte-queues, à Tépoque où Voltaire était e^ncore valet de chambre du roi de Prusse.
Il y a peu de mois, que Fintendant du domaine privé de Louis-Philippe était certes plus ooi^idéré, plus envié
mcnôHKÀIlS Dfilf<M3UT1Qiri. 117
qu'uB dépnté, qii*un président de cour, on qu^un généra! d*arti]ée.
Ces préjugés en faveur des charges serviles et dee titres d^apparat, choquent, de toute évidence, les raoeun démocratiques.
Mais le préjugé contraire, celui qui déprécie, qui avilit des fonctions utiles, et assimile à des parias let gens qui les exercent, n'est pas moins opposé aux prin<r cipes de la démocratie.
L^ société serait composée de y<rfeurs, d'aigrefuis et à'fisc^rpeSf comme le beau monde créé par les romane à la mode sous le dernier règne, qu'elle n'afGçberait certes pas un dédain plus amer, h Tepdroit des défenseurs de la sécurité publique, et des fooctiqnpaires chargés de protéger le? biens et 1^ vie des honnêtes geqs.
VOUCK.
C'était un mot fort en honneur chez les Grecs : on sait dans quels égouts nous l'avons traîné.
Des gouvernements immoraux, utilisant pour se maintenir, la délation, et organisant l'espionnage politique, ont annexé à la noble institution de la police certains bureaux d'infamie. De là ce discrédit attaché au minis* tère tout entier; d'autant plus concevable, que ces gou*vernements sont tous ceux qui ont régi la France depuis plus d'un siècle.
Notre blâme n'a pour objet que les préjugés injustes; ceux qui atteignent la police officielle et avouable, la poliee de sûreté.
118 DIGTIONNAIBS PÊHOGRATIQUB.
Voilà un chef de bureau chargé du soin de veiller à la tranquillité des rues, d'écarter et d'arrêter les escrocs, de venger leurs victimes, de faire tomber les poignards des assassins, de démasquer les pièges, de détruire les industries frauduleuses; en un mot, d'être le représentant laborieux, probe, infatigable et paternel de la protection que TÉtat accorde à tous les opprimés. N'a-t-il pas droit à la sympathie, à Testirpe publique, en proportion de l'utilité de son emploi?
Ce magistrat honorable, je n'ai qu'à le nommer pour éveiller votre malveillance. C'est un commissaire de police.
Pourquoi cet air de dédain? Les forçats vous ont-ils fait, à son endroit, une leçon de morale?
Que, dans une foule émue, le premier venu, désignant un passant du bout du doigt, articule le mot de police; soudain, toutes les colères s'allument.
a Eh oui, mon ami, pourrait quelquefois répondre ce pauvre diable ; je suis dans la police, et c'est pourquoi je vous rends la bourse qu'on vient de vous dérober. »
Si la police est nécessaire (il est vrai que les filous le contestent) il faut bien qu'il y ait des citoyens dans la police. S'ils rendent service, pourquoi les frustrer de la gratitude à laquelle ils ont droit, ce salaire du cœur pour un galant homme.
Quoi, naguère vous appeliez Monseigneur le valet de chambre, l'homme d'affaires d'un roi, qui ne vous ser- YaLeïit à rien, et vous méprisez un agent de police qui dépense pour vous défendre, et vous secourir au besoin,
DI€TI(»mA»B^ DÉMOCRATIQm. i 19
ie labeur du magistrat, la vigilance d'un chien de garde et la bravoure d'un soldat!
N'ayai&-je pas raison de le dire, que nous luttons contre des mots, et ne pénétrons pas dans le domaine des idées?
De tels préjugés sont, je le répète, incompatibles avec la gravité, avec l'esprit de fraternité qui distinguent les peuples libres. Il est temps d'en rougir» comme on rougirait d'une calomnie ou de toute autre mauvaise action.
Le gouvernement de la République donne, à cet égard, une leçon à notre incurable sottise : il se prépare à changer les titres de la plupart des fonctions de la police.
Par là, nous aurons d'autres mots à ronger. Ceux du passé nous rendaient niais et cruels : le mobile de la cruauté aura disparu.
GXXTOA&MSS. OAaOZS MUMICIVAUX
Quand un enfant gâté refuse, dans le cours d*une maladie, d'avaler un remède essentiel à sa guérison, sa mère le lui déguise sous les désignalions sucrées d'une foule de friandises. Elle le trompe afin de le maîtriser.
C'est ainsi que l'on traite les peuples à leur enfance.
Les peuples enfants sont gouvernés par des maîtres qui leur font absorber des drogues fort amères, peu hygiéniques, et si la nation se rebiffe, on cherche à la divertir avec des mots.
Tout mensonge, en politique, suppose l'inégalité morale; il implique deux catégories d'individus : des hom-
i^ DKTKMQIAIU SfiMOGRâTIQOX.
fines pour séduire et dammer, un troupeau pour obéir sans délibérer.
Lorsqu'un peuple se plait à être dorloté par des fictions, il travaille à corrompre le pouvoir.
Avant 1850, la police armée était exercée à Paris par les gendarmes, A la snite des trois journées, les gendarmes devinrent impopulaires ; on réorganisa le corps, et au lieu de se borner à changer les hommes» on proscrivit un mot innocent par lui-même.
La royauté, la pairie, le ministère, représentants d'institutions oppressives, avaient trahi la cause populaire ; les Parisiens s'en prirent... à la gendarmerie.
On refit des ministres, on garda la pairie, on accepta un nouveau roi sous le titre de roi; mais le costume, le nom même des gendarmes, furent proscrits.
Voilà comment on sauve la liberté, quand on Ta conquise.
Cependant, il fallait des gendarmes, il en faudra toujours. Le nouveau règne les remplaça par les gardes municipaux; c'était la définition substituée au mot usuel, et à la faveur de cette fiction littérale qui déguisa la médecine au peuple, on lui doubla la dose impunément.
La garde royale était supprimée ; ses débris furent entassés danâ les cadres de la gœrde municipale^ qui, grâce à son titrey devint peu à peu une garde prétorienne autour de la royauté.
En février 1848, la garde municipale a défendu le trône, et prouvé qu'appartenant à la monarchie, elle n'était pas réellement une force municipale^ c'est-à-dire consacrée à la défense, des libertés publiques.
NGTIOmfAIM DtHeClATIQin. IM
Il nous faut donc, à cette heure, une véritable garde municipale^ préposée aux soins matériels d'ordre, de police, d'édilité, etc.
£h bien ! comme autrefois, nous consentons à subir la chose à la condition d'être abusés sur le mot. Notre enfance n'est-elle donc pas finie?
Quoi que vous fassiez, une garde municipale sera une garde municipale^ et ce sera, en même temps, la gen-darmerie de Paris.
. Si chaque fois qu'un corps ou un fonctionnaire se rendent coupables, on proscrivait le titre de la fonction, les mots bientôt feraient défaut, et Ton serait forcé de recourir au vocabulaire burlesque.
Vous aurez des garder urbaineê^ civiques^ r^mbli^ caineSy que sais-je ! Après, on sera réduit à tous forger des mots qui ne répondront plus aux idées.
11 y a des colonels qui ont attenté à Tinviolabilité du peuple : supprimez-vous le titre de colonel? Non; Ton destitue Tofficier coupable. Une compagnie du 44* de ligne a fait feu sur nous : rayerez-vous de l'armée le chiffre 14? .
N'autorisons plus le pouvoir à nous cajoler ainsi. Anéantissons les institutions mauvaises, et ne travestissons pas celles qui sont indispensables. Si l'on conserve des troupes municipales, que leur esprit soit garanti par les hommes qui les composent, non par un vain titre offert à la crédulité.
La suppression des gendarmes nous a valu, sous le TU)m de municipavx^ des légions prétoriennes; crai-
12S BlCTIOlflUIBB DftaOClUTlQtJB.
gnons que les gardes municipaux ne soient remplacés par des janissaires (1).
La liberté veut, en toutes choses, la vérité. Peuple, mon ami, si tu cherches des flatteurs, ils vivront à tes dépens.
Mais, cessons ce propos; laissez -moi écouter mon avoué, qui m'explique combien il est heureux que la révolution ait supprimé les procureurs.
MÉrtmBB :DicBitÈ.
11 est des professions peu honorables : ce sont celles dont Texercice est préjudiciable à la société, et dont les profits sont fondés sur la fraude ou le développement des mauvaises passions.
Hors de ce cercle, hélas! trop étendu, tous les états utiles ont droit à être respectés.
En France, de vieux préjugés d*esprit monarchique livrent certaines conditions au sarcasme, et cette injustice s*en prend de préférence aux métiers les plus pénibles.
Chez un peuple qui a connu la servitude, cette malveillance est explicable ; mais elle est incompatible avec le fraternel sentiment de la liberté.
Au moyen âge, une stupide légende jetait sur les cordonniers une défaveur absurde : c'est un métier nécessaire.
(1) Ces lignes étaient écrites et ptibliées deux semaines avant U sédIUon du 15 mal. ( iV. de l'Edii.)
. DICTIONlfAlHB DÉMOCRATIQUK. 123
L'épicier est aujourd'hui le bouc émissaire du commerce de détail. L'épicier est -le prototype |de8 idées étroites et de la cupidité boutiquière. Qu'il ne soit que marchand, qu'on lui 6te le moyen de se livrer à Tindustrie des falsifications, l'épicier sera réhabilité.' La Toix du peuple ne se trompe pas toujours.
La science relève peu à peu certains commerces, et les préjugés finissent par céder devant la raison. L*art du pharmacien a amnistié les apothicaires.
Si nous pénétrons bien plus avant, nous rencontrons les balayeurs de rues : ce sont les plus laborieux, les moins fortunés de§ manœuvres. Ils ne dépensent pas beaucoup d'intelligence; mais ils sont très-utiles, et subissent un travail fort pénible.
Que dirons nous de ces travaux malsains qui expo* sent journellement la santé, et très-souvent la vie de ceux qui ont le courage de les affronter !
Quand ou voit stationner devant une maison, à la lueur de deux ou trois lanternes, ces équipages nocturnes dont le Yoisinage est si redouté, ne serait-il pas juste et charitable de penser, tout en gagnant le large, qu'au centre même d'une atmosphère empoisonnée, et pour un médiocre salaire, de pauvres diables se dévouent au plus indispensable, au plus rebutant des labeurs? Que par eux nos maisons sont assainies, que sans eux la vole publique deviendrait une sentine, et que chaque fois qu'ils se plongent dans ces afiPreux tombeaux, ils bravent sciemment le danger mortel d'une explosion délétère qui parfois les suffoque et les tue !
Dès qu'il y a péril, il y a dévouement et bravoure. Devrait-on se railler de ceux qui affrontent la mort.
1^ DICTIONKÂIRB DEMOCRATIQUE.
et une mort si humble, pour le ser?ice de la sociéié? Jeune et belle dame, qui roulez dans une papillote vos cheveux blonds, amant (êveur qui écrivez ce billet tendre si irrésistible, esprit élevé qui savourez le poétique parfum de ce charmant volume, heureux désœuvré qui feuilletez des albums et vous récréez à contempléer les merveilles de la gravure : songez tous que le premier instrument de vos plaisirs les plus exquis est tout simplement un chiffonnier.
Faire de pareilles réflexions, abjurer les dédains iniques, se rendre philosophiquement supérieur aux petitesses de Tesprit, aux cruelles puérilités d'hne Tanité aveugle, c'est se former à la pratique de la fraternité que la liberté commande ; c'est comprendre les devoirs imposés par la démocratie, qui confine à nos mœurs par la charité chrétienne.
Les états, sinon les plus utiles, du moins les plus urgents, sont ceux qui concernent la salubrité matérielle ou la salubrité morale du pays. La tâche de nettoyer la société est très-lourde pour tous ceux qui s'en mêlent, et, chose étrange, c'est pour ce motif même que les préjugés l'ont déconsidérée.
Dans les États monarchiques, l'oisiveté étant un privilège de race, les fonctions les plus fatigantes sont les moins honorées, parce qu'elles sont les moins recherchées par les castes aristocratiques.
C'est pourquoi, dans la magistrature, le parquet, qui comprend les plus hautes, les plus graves des fonctions, est le partage des débutants et le noviciat des emplois faciles qui tiennent le sommet dé l'échelle.
C'est pourqupi, dans la hiérarchie des administra-
BICTIOHNAIU BÉaoaLàTI(}1JS. 118
tions, à mesure que remployé monte en grade, en honneurs et en salaire, il a moins à travailler*
De telles inconséquences sont incompatibles avec la doctrine démocratique, et nous les signalons, parce que le meilleur moyen de consolider la démocratie est de la faire pénétrer dans le domaine des mœurs.
Non-seulement il faut étendre à tous les emplois qui exigent une haute intelligence, le bienfait de la sympathie publique : cet avantage doit se répartir aussi sur les travaux les plus humbles qui ne réclament que du zèle et de la fatigue corporelle ; car les petits sont essentiels à la vie des grands, nécessaires à leur tour aux plus faibles.
C'est de ces inégalités apparentes que résultent Téquilibre et le mouvement social.
Ainsi, tout en vénérant les hautes facultés de TinteU igence, observons qui si la nature n'avait créé que des aigles, les aigles mourraient de faim«
WLATB XV DOVAWOMMM.
Parmi les états injustement décriés, nous atons omis à dessein les douaniers et les préposés à Toetroi.
Leur position est fondée sur des monopoles iniques et vexatoires. Ce n'est pas à ces pauvres gens qu'il faudrait s en prendre : ils exercent leurs tristes fonctions, les uns avec beaucoup de patience, les autres avec une résignar tion et un courage réels.
Mais, aux yeux du peuple, ils sont les instruments immédiats de Ja misère publique, et, comme a dit La Fontame, — Vîr.tre affamé n'a pas d'oreiller*
i26 DICTIONNAIRE DfiVOCHATIQUB.
£n principe, la douane est une oppression qui pèse sur toutes les classes au profit de quelques industriels : les droits d*octroi imposent les denrées nécessaires à la yie du pauvre^ tandis que la plupart des industries consacrées aux ohjets superflus s'exercent en toute liberté.
La base d'un système de contributions équitable et peu oppressif, c'est la répartition proportionnelle aux diverses fortunes. Par là^ l'impôt profite à la masse des citoyens et les opprime le moins possible. Il pèse et n'écrase pas. Les droits-réunîs sont organisés d*après un principe tout opposé : ils gênent tout je monde et affament les citoyens les moins aisés.
Aussi, depuis très-longtemps, les gouvernements nouveaux ont-ils le plus grand soin de se populariser, en promettant l'abolition de l'octroi. Il appartient à la République de réaliser ce projet.
Quand on se propose de tarir une des sources du revenu de l'État, la première précaution à prendre est de chercber à la remplacer. La solution d'un pareil problème est toujours possible, puisque le fonds imposable existe, et que la question est restreinte à l'invention d'une méthode d'exploitation.
Depuis quarante ans, l'on se plaint avec fondement de l'augmentation progressive du budget de l'État : la meilleure des Républiques^ comme les banquiers et les agioteurs dénommaient le dernier règne, coûtait fort cber et donnait peu.
La, démocratie de i848 a été, jusqu'ici, plus onéreuse encore; il faut qu'elle rende beaucoup à la nation pour légitimer tout ce qu'elle prélève.
La compensation logique d'un lourd système d'impôts,
DIGTIONHAIll OftVOClATlQlJK. 427
c'est le bas prix de la vie matérielle : sinon, les particuliers pressurés, rançonnés, et FËtat assimilé à un gouffre oii tout disparut et se perd, marchent concur* remment et à grands pas à la ruine générale.
Arracbez aux juifs de la fmance tout ce que viennent illégalement écumer sur les fortunes, les usuriers, les banquiers, les agents de change, les avoués, les notaires, les courtiers, les frais judiciaires de tout genre, les agents d^affaires, les requins des compagnies par actions et tous les gros barons de la féodalité industrielle ; supprimez cette cohue d'impôts déguisés, perçus par quelques vautours qui dévorent les petites fortunes jusqu'à la moelle ; Yous trouverez aisément ensuite le moyen d'attirer, sur la jeune République, les bénédictions du Ciel et des hommes, en décrétant 4'abolition de l'octroi et des droits-réuins.
Chacun payera de bonne grâce des taxes profitables au corps de la nation ; et quand il nous faudra moins d'argent pour vivre, nous donnerons un peu du superflu, avec autant d'empressement que nous en avons mi peu à nous laisser extorquer le nécessaire.
Dans Tétat actuel des choses, aux yeux du consommateur, l'impôt sur les vins est assimilé à la grêle ; l'impôt sur les viandes est la pire des épizooties.
Qu^une épizootie mortelle atteigne enfin les monopoleurs de ces sortes de taxes qui établissent une disette fictive au sein de l'abondance.
La plupart des révolutions modernes ont eu les octrois, c'est-à-dire la faim pour prétexte, et la faim n'est pas une opinion discutable : c'est une raison sans réplique.
126 MCTIONIIAIHS DÉHOCEJLTIQUB.
Quand la France aura bien compris les conséquences de la démocratie, la Toix populaire ne s* élèvera plus contre les rais de Toctroi, parce que Ton ne trouvera plus personne pour un pareil métier.
Lcursque les idées démocratiques auront régénéré le monde, les barrières internationales n'auront pas plus de douaniers, que les portes des villes ne verront de préposés d'octroi. Ajoutons que les tilles n'auront plus de portes.
Pour arriver à Téxtinction de la douane, il faut que les économistes dirigeants en viennent à reconnaître la vérité suivante :
Toute industrie incapable de viyre de ses propres œuvres, toute industrie qui n'est productive qu'à la condition d'être imposée aux consommateurs, doit être abandonnée, parce qu'elle appauvrit l'État.
L'exécution ne sera pas l'ouvrage d'un jour ; mais si la démocratie se consolide en Europe, la fraternité, la mutuelle assistance des peuples, remplaceront l'antagonisme ; les voisins auront plus d'intérêt k s'entr'aider qu'ils n'en ont eu à se nuire, et la nécessité cessera de sanctionner des doctrines réprouvées par la raison.
Le meilleur des gouvernements possibles est celui qui se mettra à même de supprimer les droits-réunis et les rats.: dans un État bien organisé, il ne doit pas exister de fonctions haïssables.
Que d'améliorations accomplies un tel résultat suppose 1
La meilleure politique européenne est celle qui anéantira les douanes. Ge sera la politique de l'humanité.
DICTIONNÀIIIB DÉMOCBATIQinr. 129
HOTXIi ra TltJM.
C^est, eo quelque sorte, le sanctuaire de la liberté municipale.
Dans le pays oii nous sommes, les gouvernements font leur entrée par la porte de T Hôtel de Tille; ils sortent par celle des Tuileries.
P1UES8S (lUberlé a« U).
G*6st bien à tort que certaines personnes redoutent les conséquences de la liberté de la presse : la compi'ession a seule engendré les périls attribués à la licence.
Quand il fallait, pour acquérir le droit de publier son opinion au moyen d*un journal^ fournir un lourd cautionnement, et "déguiser certaines idées, sous peine d*être poursuivi, les journaux étaient plus rares, ce qui augmentait leur puissance ; la nécessité des précautions oratoires les forçait à dépenser beaucoup d^adresse pour faire deviner ce qu'ils ne pouvaient exposer franchement, et l'intérêt sympathique excité par Thabileté, par le courage, passionnait le lecteur. Étaient-ils condamnés, les rédacteurs devenaient des victimes, des martyrs et des apôtres.
lies lois de Septembre ont rapproché Theure de la révolution de Février, en contraigi.ant les journalistes à une modération qui leur a permis de pénétrer dans Topinion publique sans effaroucher les gens timides, et de groap^ autour d'eux les éléments d'une opposition
150 BicffoinrAnB iNtii0CHÀTi4}im.
d'autant plus unanime, que les écrivains étaient obligés d'en dissimuler I«p c^n«éqii^cef «i ks dangers.
Tandis que la monarchie de Juillet, qui se faisait gloire d'jivpir mis un freia à la liberté de la presis^, tombait sans défense et disparaissait en quelques heures, le xoi des Belges conservait aa couronne protégée par des in»Uiutions très-libérales ; la reine d'Angleterre, en dépit de la licence des journaux de son pays, demeure lisiblement assise sur son trône.
On peut voir le profit que retire en ce moment l'Autriche, d'avoir, non pas réprimé, mais anéanti la liberté de la presse.
Cette arme de la pensée est assimilable à la pondre à eanon, qui, étsdéeà Tair libre, pétille innocemment, et qui, comprimée, tonne, éclate et tue.
Il suffit, pour fortifier la presse, des moindres entraves ; elles séparent à l'instant deux partis : celui des victimes, celui des oppresseurs; et voilà un combat en-
Qu'un homme émette une opinion violente, exagérée, dangereuse ; libre à votis de la partager. — Telle est, dites-vous, sa fantaisie : la mienne est différente.
Mais, si cette opinion s'est fait jour au prix des plus grands sacrifices, si cet homme a dépensé près de cent mille francs pour la dire, s^il a bravé le pouvoir, s'il a affronté la ruine et la misère, s'il a foulé la pedlle des cachots, vous ne pouvez plus l'écouter avec insouciance, vous n'osez dédaign t, non plus une idée, mais une conviction qui a coV.té si cher. L'opinion de ce champion d'une cause ; ersécntée, fût-elle un chétif paradoxe, vous éblouit et vous frappe de respect; le cou-
MCTIOlfllAllX »te0Cft4TIQ0B» iM
rage l'entoare d'une auréole» et la souffrance Ta sanc-
tiiiëe.
TaDt que le cœur humain restera le même» aussi losf^ temps que la France aimera Taodace, les penseur» opprimés seront chëris, et les gouTemementa qui les harcèlent resteront odieux et impopulaires*
Quand il y aura plus de courage et de loyauté à soutenir le pouToîr qu'à Fattaquer, soyez certain que les sympathies de la foule seront du côté des phis braves*
Indépendamment des inconvénients qu'elle n'a pas, la liberté de la presse offre des avantages positib*
Elle contraint tous les partis à jouer cartes sur table» Plu» de ces détours qui cachent le but réel sous des sem*blants de modération et de prudence ; plus de cea minessouterrûnes, plus de ces mensonges où se vknnent prendre les gens à vue courte : les idées apparaissent dans leur nudité, et sont jugées à l'instant.
Qu'un pouvoir corrompu cherche à séduire» il est démasqué ; qu'un parti anarchique entre dans l'avèttOj» il se dévoile à l'heure même» et, en cessant d'en imposer, il peut, dès le début, compter ses partisans, et re* cevoir de l'opinion publique une. paisible leçon.
Toute institution favorable à la franchise et à la vé* rite est préservatrice de la liberté. L'indépendance ab« solu« de la presse est la plus excellente des garanties socides^
Moins il est coûteux et difficile de créer un journal,, plus le nombre des journaux devient considérable, et plus leur puissance se trouve neutralisée.
Et il est important qu'elle soit limitée : l'influenee dea papiers périodique» est très-souvent malsaine^ parce que
132 MCTiaimAIRB DÉMOCRATIQUE. *
régoisme, Tambition personnelle, rintérêt, deyiennent la plupart du temps, les mobiles de certaines doctrines. Dans quelques feuilles, l'abonné est une dupe, et la publication n'est qu'une banque où Ton escompte le patriotisme et la crédulité.
11 est essentiel que ces agioteurs de la pensée, que ces courtiers de Topinion fassent leurs opérations au grand jour ; leur ruine est à ce prix, et ils ne demandent pas . mieux que d'y courir.
Qu'il y ait un journal incendiaire sur chaque pavé, et les pavés ne seront plus soulevés; que les murs de la cité soient bariolés d'affiches, de placards, de proclamations, de provocations de toute nature, et la cité dormira paisible sur une litière de paperasses; que des nuées de crieurs encombrent les trottoirs, crécelles obstinées aux mains des ambitieux, des outrecuidants et des rêveurSy les cris confus de ces cigales de la publicité ne fausseront point la majestueuse harmonie de la République.
Exaniinons ce qui se passe autour de nous depuis la fin de février : la République a réuni tous les suffrages et rallié les opinions. Aux premiers jours tous les républicains de la veille parurent à la foule être égaux entre eux.
Mais, grftce à la liberté de la presse, qui a livré l'essor à toutes les théories, le pays a déjà nettement classé les vieux amis de la démocratie : il a vu se séparer les hommes de transition ; puis les vrais démocrates, fondant l'ordre sur la liberté ; puis les terroristes, infatués d'imitation et enivrés d'émanations de mélodrame ; puis les intrigants avides, qui travaillent à renverser à leur
BICTIONNAIRB DÉKOCRÀTIQUB. 135
profit; puis les anarchistes par instimt^ les cmispirateurs par vocation ou par habitude, et les fous.
Que de gens forts et respectés le i«' mars, la liberté de la presse avait énervés et anéantis le i*' mai !
Combien d*hommes de bonne foi (]ui ont, seulement depuis lors, appris à apprécier leurs amis de la Teille » et qui s* en sont séparés !
Que de tranche-montagnes dépréciés par leurs œa« vres et annihilés par la risée publique !
Depuis quatre mois, quelques feuilles font un appel incessant h la violence : et les bonnes gens de s'alarmer. Grâce à la profusion , à la véhémence , à l'impuissance de ces manifestes, Topinion instruite a démêlé qu'il est des républicains ennemis de la liberté; elle a appris qu'ils sont peu nombreux, et elle se ti'anquillise peu à peu.
Grâce à la liberté de la presse, les menaces, la phra* séologie de la terreur, tendent à donner l'innocente co* médie, aux dépens des travers de l'esprit et du goût.
I! restera toujours des gobe-mouches, des êtres feihles et craintifs, très-lents à se rassurer. L'exploitation de leur pessimisme, de leurs inquiétudes, a semblé productive à quelques publicistes , et l'art d'appliquer les procédés d'Anne Radcliffe à la politique a fait naître un journal fort goûté.
Il se dit le plus républicain du monde ; il raffole dn suffrage uniTersel ; mais, quel malheur ! tout le monde trahit la République, et des sycophantes invisibles perpètrent dans l'ombre les plus lugubres tragédies.
Le^ mesures du gouTernement, les actes des clubs, les pensées des démocrates plus ou moins hardis, se
trouvent là coipmeiitës, exagérés et eatcenêlés^d'a dotes à faire frémir.
Ces républicains dévoués, seul» intelKgeats, aeuk^kitègresy seul» dignes de préparer et de commenter le& travaux de F Assemblée nationale, perpétuent la défiance, prophétisent le meurtre et le pillage, accusent toua les partis, tous les organes du pouvoir; ils montrent avec astuce rimpossible au fond de la République, et le tout, au nom de la démocratie, dont iltf sont les plua chastes amants.
Informez-vous de leurs noms, qui lesidiscréditeraieiil; à rinstant; regardez attentivement au visage les crieiir» de leur journal, vous les avez vus travailler à une autre époque, sur des théories bien différentes**.
La paix sur eux et sur leurs patrons; merci à toas.^ Ils font subir à la République une salutaire épreuve; ils eontreminenl la démagogie trop furibonde; il» lancent avec talent des vérité» utiles, et des impostures sans danger.
C'est une voix de plu» au milieu du fracas général, et quand le public sera la» de se sentir indécis entre tant d'assertion» opposées, entre tant d'avis contradictoires, il dédaignera les journaux et s'édâkera de ses propres observations. * -
Prêchez donc le désespoir en toute liberté^ puisque d'^autres exagèrent Tespéranee et le panégyrique; il le fitut, pour que Ton juge enfin par soi-même.
Lorsqu'on aura bien vu que les sinistres prophéties sont aussi vaines que les provocations, il en résultera un immense mouvement vers la confiance et la sécurité. Ces écrits servent à. aguerrir If op'usiîon, à retremper ki
DICTIOllirAIB» WBllOCftATiQIII. fStt
cœurs; ÎU se neotraliseot par leur profusion, par leur diversité; ils se dîscréditeni mutaeliemÉut en se ce»» trôlaal les uns les autres ; ik s'énervent par la prolixitév et procurent une lassitude qui invite au repos»
Quand I* presse est encbainée, elle discipline ei anne des parti»; alors un article de journal peut passionner et soulever tout le pays.
Dès quelle est libre, elle peut tout dire saaa danger notable ; la lutte est son élément ; elle ne peut pl«s.kitler quand elle n'a point d'adversaire.
Un orateur consacré, qui parle seul, se fait écouter; cent orateurs, qui crient à la Sotâ avec un droit égal à être entendus, fatiguent roreille, sans arriver à Tesprît.
L'abolitiiHi du timbre des journaux a arraché la h^ berté aux griffes de la gent écrivassière.
Sur ce point , comme sur tout autre champ de bataille pditique, la liberté ne sera désornaais sauvée que par la liberté.
9CfVBMAXnÊU
Avant le Considat, les feuilles publiques étaient fort passionnées, mais elles étaient plus sincères qu'elles ne l'ont été depuis» Leur action sur l'opinion était mdns puissante que ne l'ont cru quelques historiens de la Ré* voltttion française, jugeant de l'effet produit autrefois par certains articles, d'après l'im pression qu'ils eussent faite sons le dernier règne,
NapoléiHL commença la corruptii n des joumahstes ; il leur interdit d'émettre leur pensée^ et les contra^nit à imprimer ce qu'ils ne pensaient pas» Son gouvernement
i56 DICTiONNÀIRt BÊHOCRATIQCS.
organisa le mensonge ofliciel ; et ce parti-pris d^impos-' ture, dont les bulletins impériaux sont un monument célèbre, devint, aux mains des hommes d'État qui lui ont succédé, une arme discourtoise. '
Bientôt ropposition se sentit entraînée à lutter sur le môme terrain, et la duplicité du pouvoir instruisit les partis à introduire la mauvaise foi parmi les éléments journaliers de la polémique;
Perfide, mais souvent calomniée, la Restauration fut immolée par tes journaux.
Les acteurs de la comédie de quinze ans arrivèrent alors au pouvoir, et donnèrent au pays la mesure de leurs convictions passées, en préconisant pendant dixsept années tous les principes qu ils avaient naguère attaqués.
Les journaux portèrent à son comble TavRissement de la royauté de Juillet, qui périt accablée par ses amis et par ses adversaires.
Poursuivie, durant près d'un demi-siècle, à Taide de sophismes, et au mépris de la vérité, celte lutte a faussé Topinion en France, et répandu, dans la raison publique, des nuages destinés à masquer quelque temps encore les principes réels et sains de la démocratie.
En. présence des événements actuels, la sincérité est forcée, la vérité est inévitable et nécessaire : aussi les journaux, routines à leur vieille doctrine de la politique dissimulée, sontnis dins le plus grand embarras.
Leur ton, leurs idées, leurs craintes, leur phraséologie, leur expérience, leurs prophéties caduques répondent si mal aux impressions de la foule et à Tallure des événemeuts, qu'ils occupent sans passionner, et que la
DiCTIOlfNAIM DÉVOCIATIQUB. 137
pensée des citoyens erre à Tayenture, tout ahurie de ne se sentir plus représentée.
11 y a longtemps que les feuilles publiques ne symbolisaient plus Topinion générale ; il fallait, pour s*en apercevoir, que la liberté de la presse leur rendit Toccasion de se montrer crûment, et qu*une secousse violente nous arrachât à une tolérance fondée sur findifférence politique.
Quand la presse est comprimée, le mensonge devient une nécessité, une sorte de ruse de guerre légitime.
Dès que la presse jouit de toute sa liberté, Timposture perd son excuse et ses partisans; elle n*est plus qu*un moyen vil , à Tusage d*un groupe d*intéréts plus ou moins avouables.
Ainsi, la presse entravée est susceptible d'échauffer et d'armer des partis ; la presse indépendante el sans contrôle ne peut, en dehors de la vérité toujours bonne, que raccoler des coteries. Les coteries babillent; elles exploitent et ne combattent point.
Depuis huit à dix ans, la plupart des journaux étaient dévolus à des coteries, à des intérêts privés, et les lois répressives de la pensée, ont seules entretenu les illusions d'un public obstiné à voir là-dedans des partis s. ibles et désintéressés.
Que de feuilles étaient réduites à l'opposition échevelée par la dédaigneuse parcimonie des ministres! que de. tribuns du lendemain qui, la veille, travaillaient dans l'ombre à cesser le dur métier de démocrates sans abonnés !
Combien, en revanche, de publicistes aux ordres du pouvoir, qui en condamnaient les fictes, qui exhalaient
frandbenaentf au milieu de leurs amis, leur dégoût^ leur fiel et leur mépris; puis, la rougeur au front, cauraîeni à la boutique officielle, étendre sur du papier h tartine ministérielle , toute confite en louange , qu*ib dësavouaient au fond, mais qui leur était payée !
N'étaient>ils pas dignes de se donner la main , ces guides, ces flambeaux de Topinion, qui, d'un cèië, travaillaient à consolider un régime et des homnies détestés; qui, de Tautre, montraient le poing au pouvoir, en criant au seuil des ministères ; ^ Échoppe à vendre! »
De telles gens, de tels journaux ont sapé la monarchie ; la Providence Ta voulu, parce que k monarchie était l'âme de cette profonde corruption, et que le règne de la dégradation morale devait Onir.
Prêts à continuer leur commerce, ces mêmes hommes seraient disposés à immoler la République ; mais ils n'y réussiront pas, si la presse reste entièrement libre, si nul impôt ne vient la remettre aux mains des capitalistes.
Les journaux deviendront alors trop nombreux pour que la guerre systématique contre le pouvoir puisse réaliser une spéculation. Les fouds manistériels n'y suffiraient plus , car le journal détruit serait à Tinstani remplacé»
Par la même raison, les journaux perfides et subver* sifs cesseront d'en imposer à TopinicHi publique. Fondée sur la franchise et forcée à la sincérité, la presse n'aura plus d'autre élément de succès, que la droiture, l'érudition et le talent. La raison seule sera puissante, et redoutable au besoin.
KcnomumM i>iaocft4TiQm. 1S9
hé^ iê Imh tais puiiik l'aelitiniiie i c«t <tat 4e choses : 4epoîs rayéneneiit de la ëëmoeratie, des feuilles eëlèkres, trèsHrëpaiidiies, piquantes et dangereuses uaguk«, ont perdu leur importance et leur autorité , en gardant leurs lecteurs. Dos journaux réactionnaires et bien éerits sont lus et goûtés par tons les citoyens, qu'ils iutéreisent sans les persuader.
D'autres journaux sèment joumeilement la terreur; on les parcourt sans effroi ; il en est qui exploitent l'exaspération chimérique de factions imaginaires, sans réussir à recruter ces factions. De plus habiles ont excité peu* dant plusieurs mcMS la moitié du goufemement à la haine contre l'autre, et sans profit.
Quantité de citoyens ont été calomniés en pure perte. Certaines feuilles ont lait plus : elles ont exaspéré sans relâche, contre la bourgeoisie qui n'existe plus, un peuple qui n*existe pas, et cette double invention, dans une [ville profondément émue, n'a pas fait nattre même une querelle de cabaret entre une tunique et une blouse.
Enfin, depuis cent jours, ces organes «knirables de l'opinion publique annoncent des colères prêtes 1 éclater, marquent le terrain de l'émeute, règlent le jour, l'heure; ils battent la caisse trois jours à l'avance, et les acteurs s'ol^stinent à manquer à la représentation affichée.
Que n*eât pas produit, en pleine paix^ sous Lôuis* Philippe, un semblable manège !
Mais, dans une ère de liberté absolue, la presse ne représente plus que des opinions particulières; elle cesse de faire la 1(m k la pensée publique*
i40 BICTIÛNNAIEB DBIfOGEATrQIIB.
Le peuple français veut la liberté, que les teiToristes abhorrent; il veut du pain, du travail, du bonheur, du repos; il veut que la vie soit rendue à la confiance, au crédit, essentiels à Tabondance et à la consolidation de la République.
Il sait que Tagitation et la violence , impuissantes à résoudre des questions difficiles , ne profiteraient qu'à quelques coupables plus ou moins insensés*
Il aime les journaux qui Tamuseot, il tolère ceux qui Tennuient, il rit de ceux qui parlent par la gueule d'un canon, a6n de se grossir la voix; et quand il entend les clubs les plus frénétiques déclarer qu'ils se mettent en permanence, et que la patrie est en danger^ il se souvient des théâtres du boulevard, et cette réminiscence historique lui parait innocemment agréable.
En résumé, la presse a perdu du terrain ; elle ne pré* side plus seule, grâce au ciel, aux destinées de la France, et elle n'envoie plus chaque matin, à la pensée publique, son thème tout fait dans du papier.
Le propre de la démocratie, c'est d'appeler chacun à juger par soi-même, à connaiti*e de toutes jchoses; c'est d'affaiblir l'influence des individus, et d'annihiler les tyrans de l'opinion comme les tyrans du pouvoir.
Quand chacun est libre de dire ce qu'il pense, tout le inonde se donne la liberté de penser à sa guise, et c'est l'absence de la liberté qui érige et consacre les tribuns.
Cessez donc, esprits timorés, gens de routine, penseurs à la suite, de vous émouvoir à propos des déclamations écriles, et de chercher des guerres civiles toutes montées, dans les entre-filets des journaux*
BicnoiiKAnB DMocftATioin. 141
L'on Yous annonce des logions d*ënieutiers ; oii en sûDt les éléments? des réactions terribles : eiercëes par qui? contre qui?
Oïl sont, à Paris, ces partis qui s'agitent? Le pire qui puisse arriver, c'est quelque collision suscitée par une calomnie, et occasionnée par une méprise. Mais, si Ton échange des paroles, on se donnera la main. Et Ton parlera, n'en doutez pas (1).
De tontes ces sections mystérieuses, vous n'apercevrez jamais que les chefs : et encore, ne les verrez-Tous pas ; car dès qu'ils ont écrit leur manifeste et relu leur épreuTOy ils rentrent chez eux; ou bien, indignds de l'ioseuciance criminelle du peuple entier qui trahit la République, ils se perdent dans la foule souriante, qui répand au soleil sa renaissante espérance et sa confiante sérénité.
UTT^RATVaX. — aWKB SS LSTTIUBS.
Ce n'est pa^ parmi les littérateurs que ces opinions sur le journalisme seront contredites ; elles n'atteignent que des spéculateurs et des ambitieux.
La littérature française forme un des. plus éclatants rayons de la gloire nationale. Elle a été le fanal de la civilisation, et a lentement limé nos chaînes, secouées enfin par le peuple.
(1) Ces prévisions, publiées le 12 mai, se sont vérifiées ircM
ioun itérés, i^Note de fÉdti0ur.)
i«l MOT l^nAIH PtalOCKAfIQW.
Parmi ]e$ «ouverains qui ont rëgi la France depuM mille ami, il ne »'ai eet tnniYë qa'un, anee dédaigneai de la grandeur française, pour tenir lee lettres en soqm france et en oublia i
Louis-Philippe se plaisait à humilier les poètes, Up écrivains populaires, à les éloigner de sa co«r, à les re^ léguer dans Tombre, et à faire semblant d'ignorer jiis« qu'aux noms des plus illustres.
Abandonnée de la sorte h elle^méme^ la Uttér«iuro| chercha un refuge dans les journaux, qui Tont perdue^j
La situation morale et la dignité de la littëratura! l*éagisseat énergiquement sur les mœurs publiques, les écrivains les épurent ou les dégradent, «ft tandis que {^Université préside à Téducation des jeunes gens, la littérature modifie et retrempe biea ou nal rédacation des [sociétés.
Cette question a donc une importance politique et sociale.
Voici ce qui s^est passé sous le dernier règne, qui a vicié la plupart des institutions.
OrgsMtdsf partis, lee journaux sont devenus tour à loar, aeiis ravans dit, Texpression des coteries, puis les instruments des intérêts indÎMduels.
A Texception de deux ou trois feuiRes, ces bureaux de publicité ont fini par êftre des moyens d'influence sous la direction de quelques capitalistes.
Dès lors, la spéculation a joué le rôle de la tète, et les écrivains, manœuvres à gages, sont devenus des bras et des arpents passifs. La littératare a dégénéré en un métier, ce qu'elle ne doit pas être, et les capitalistes ont
DKTiMiKAiii lÉMaiAniini. ta
apl^é le» auteur» eomne on emploie les expéàitiùû^
lires et les commis*
11 eD a résulté que le talent s*est gradaelTement atrohië an serf ke des intérêts et des ambitions étroites, ce Le style « a dit BufTon, le style est Thomme même. - La beauté du style, a-t-il ajouté, est fondée sur le rand nombre des vérités qu*il met en lumière. » Nous laissons à juger ce qu'ont dû devenir le style et art littéraire, utilisés au travestissement de toutes les rérités et k lalalsïfication des grands principes. Jj^tifice de déguiser la pensée, au lieu de rëdairciry de mentir avec vraisemblance, telle était Iei doctrine de ^ancienne politique. Le ministère avait organisé uo bi^ reau de publicité olQcielle oii le» écrivain» étaient in- ^esûs de la mission loaable de développer le oM inutile desqueeiiam.
Monotonie, obscurité» prolixité, creuse déc^atnatioii ; telles. 8<»t les c<Hlséquences littéraires d*an semblalle programme*
La subtilité érigée en système bèfe la décadence de» lettres: la»id>tiiité présidait à la politNpie, et remplaçait le vd audacieux du géBie, par le talent vulgaire de nsK ger enlre deux eaux.
Bans les derniers temps, Tinltiative, Pesprif, la di-ftttiooÎDteilectueHedesjeiimaux, n'appartenaieirt plus ila littérature; elle était réduite à obéir à TimpuMon, à le confwmer au goût et aux voïentés de propriétaires (lias qu'ilettrés.
Ib employaient à cette besogne mécanicpie un petit ^Mknbfe d'fafOUanes, à rexdûsion de letrrs confrères, et
IM PICTiOlTNAlU MMOCKàTIQUe.
le domaine des idées politiques et sociales était rigoureusement monopolise.
Depuis douze ans, il exista une société des gens de lettres, établie pour veiller aux intérêts de Part, aux droits de la pensée, et, chose à jamais honteuse! il n'est pas, en dehors du cadre des rédactions à la solde des entrepreneurs de journaux, il n'est pas un littérateur au monde qui aurait la puissance d'écrire librement dans une feuille publique vingt lignes de politique ou de morale !
Les journaux ont anéanti la publicité des livres, et, s'ils renaissaient au monde, sans argent, sans crédit, des gens comme Montesquieu pourraient mourir inconnus et inédits.
Si, grâce à un coup du sort, ils se faisaient jour, ce serait à la condition de desservir les intérêts d'un agioteur, d'un marchand, c'est-à-dire, de ne plus devenir Montesquieu.
Dans de telles conjonctures, la politique de convention, et la littérature exclue du domaine des idées pratiques , se sont séparées en deux camps : les politiques se sont fait un langage et une routine en dehors de l'art littéraire ; les gens de lettres se sont forcément claquemurés dans les régions de la fantaisie, dans la ressource des inventions puériles, des romans de pacotille, et des imaginations qui excluent la profondeur des pensées.
Alors, les spéculateurs^ les gros capitalistes de la publicité trouvèrent moyen de confisquer et d'avilir à leur profit cet art par eux plongé dans une éternelle enfance; ils échafaudèreut, au pied du journal, sous le titre de
BICTIONKAIRS ]>ft«OCftATlQnK. i4S
feuilieion, des tréteaux sur lesquels nos littérateurs furent chargés de faire danser des marionnettes afin d*amasser ia foule.
S'abaisser au niveau des goûts du vulgaire, caresser les faiblesses des lecteurs, les captiver par Tattrait de la * curiosité, les étonner par Timprévu, les intéresser par le grotesque ou le spectacle bizarre de la laideur morale, tel fut le programme imposé par la spéculation.
Sous Tempire de cette exploitation, le goût public se pervertit avec celui des auteurs; le lecteur blasé exigea des impressions violentes, des ragoûts épicés, et le théâtre fut bientôt contraint de rivaliser avec le romanfeuilleton.
Quelle accusation contre le dernier régime, que cette décadence morale des lettres, que ces peintures hideuses et chargées de la société moderne^ exécutées avec un talent d'une vigueur souvent remarquable, et accentuées avec une énergie de relief surprenante !
Il n'y manquait que ia vérité', que la beauté, que la raison, la philosophie, l'élévation et le style.
Vouée fatalement à cette œuvre de décadence et de dissolution, la littérature n'aurait pu s'ouvrir une autre voie. Le capital la tenait enchaînée, et le monopole universitaire Texcluait de toute participation à Téducation publique ; tandis que le gouvernement, prodigue envers les arts plastiques, n'avait pas un denier, pas uq encouragement pour l'auteur d'un euvrage utile et no^ blement inspiré.
Pendant qu'un professeur se faisait paisiblement, à
Vaidie d'une compilation, adoptée par le conseil de Tins*
iÀ/k BIGTIOmrâlBB PtlIOCEATiQeB.
triietia& pukiktue composé de professeurs, se fabaît, dis-je, quinze à yingt mille livre» de rente^ un vrai littërateur^ érudit, studieux, auteur d'un bon ouvrage, était réduit à imprimer à ses frais, se voyait exclu» de • toute feveur, et ne retirait de son travail qu'un surcroit de gêne et de pauvretés
S'il soUîcitail radopiion de son (BuVre, on le ren- I voyait à se» feuilletons^ comme un intru*.
Le sieur Noël ne ft'é»l*il paa rendu millionnaire en abrégsaoi dfs grammaires, en réimpriment à son pr€^t, dflns de» Lefon$ de littérature^ de» fragmente de CorneiUe,! mort pauvre, de Ghénter, de Millevoye, de Gilbert, qui finit à l'hôpital, et de ce Malfilâtre ignoré, que la faim mit au tombeau !
Noo» tédamons bautemeni du gouvernenent répn- Uicak» k régénération des bonne» lettres fitançaises, e»»e«tâelle8 à la gloire de la pairie et à la réferme des mœurs.
Q«e lés* travaux utile» soient encouragé»; que le talent puisse vivre sans s'avilir, qu'il profite i la so' cJété, qu'il soit admis à participer à l'éducation : c'est »on droit et son devoir ; que le génie soit arraché aux serre» de la spéculation; que la poésie fesse refleurir se» bmriers expirant».
Qa'un bon livre vaille à son auteur au moin» la moitié de ce que coûte un tableaa médiocre et le dixième du salaire d'un chanteur. Que nos auteurs soient appelés à servir leur pays, en répandant les nobles pea« séesy le» sentiments généreux, le goût du beau et du vrai ; s'ils rencontrent, non la richesse, mais du pain«
DIGTKmWftB ]><ifecmAnQ9B. 147
au b(Mit de leurs efforts^ ils sa trouYetosi rëceoifeiM^
par ]a gloire de Fentreprise,
C'est par Tentremise des gens de lettres, nous le répétons, que les principes de la démocratie pénétreront dans les mœurs. Leur influence est réelle, ioces* santé, imprescriptible; elle doit être salutaire, elle peut être funeste. La question littéraire est donc digne, entre toutes, d^ occuper la pensée de nos législateurs.
Dans un moment où Ton se prépare à régénérer Tin»truction publique, n'oublions pas que les écrivains et les pubfictstes sont les initiateurs les plus efficaces, et, s'ils sont jetés hors de la sphère des saines doctrines, les adversaires les plus dangereux.
Jnsqu*îci méconnus, les droits du travail et du talent réunis sont inaliénables : qu'ils soient consacrés ; que les ouvriers intellectuel?, ralliés aux principes, immuables et féconds de fa vérité, retrempent les cœurs, instruisent les esprits et élèvent les ftmes à la pratique des vertus républicaiiies !
Les demi-Biesiiref sont la ressource des gouverne^ ments sans convictions; elles tolèrent le mal san9 ae-^ complir le bien ; elles remplacent la volonté, qui demande une certaine vigueur, par des velléités, indices de ia faiblesse. Elles mécontentent tous les partis, en les frustrant par égale part.
Quand j'étais jeune garçon, un mien ami, louvetier du département, me conduisit un matin à la chasse au
148 DICTIONNAIBE DÉHOCRATIQUC.
loup. Une forêt fut cernée, et bientôt les chiens firent passer à notre portée une superbe louve.
Comme personne ne faisait mine de Tajustcr, j*attendis; puis, la trouvant à ma main, je fis feu, et... la bête court encore.
A mon grand étonnement, mon ami et ses gens se hâtèrent de rompre la trace et de rappeler les chiens. «Quoi! me dit au retour le louveticr indigné, tu t'avises de tirer sur une louve, et sur une mère, encore! Contentons-nous des loups : il n'en manque pas; mais si Ton détruïsait les louves, que deviendrait la louveterie? »
Cette leçon m'est revenue souvent à la mémoire, lorsque nos généraux traquaient si artistement Abd-el- Kader, sans réussir à s'en emparer, et signaient des traités avec lui. Entin, il nous a contraints de le prendre : il n'aura pu faire autrement.
La leçon de mon ami le louvetier se présente encore à mon souvenir chaque fois qu'un gouvernement procède par demi-mesures, et ménage les racines d'un mal qu'il pourrait extirper.
En procédant ainsi, il conserve la louve, sans songer qu'elle nourrira des louveteaux qui })eut-étre le dévoreront UQ jour : peat-étre aussi pense-t^l qu'il s'en nourrira.
DICTIONNAIRE DÉMOCilÀTIQUI. iM
Adopter le suffrage universel, c'est satisfaire Topinion sans courir aucun risque.
Ce système électoral était, pour la royauté constilu* tionnelie^ un sujet de réprobation et d'e£Proi.
Le prôner, c'était se ranger dans la catégorie des anai'chistes, et, conome Ton disait alors, des plus indécrottables boujiingots.
Nos anciens gouvernants se sont perdus en naviguant sans boussole : la boussole qu'il faut consulter, c'est l'opinion publique; le suffrage universel, appliqué aux élections de rAssemblée nationale^est le meilleur moyen d'être éclairé sur ropinion.
Cependant, cette méthode est loin de fournir un résultat d'une précision mathématique : elle a des inconvénients ; mais les autres modes d'élection en offrent davantage.
Au point de vue de la logique^ le principe du suffrage universel est inattaquable; c'est un grand point. Ceux qui n'en sont pas partisans lui reprochent d'être trop aisément faussé, et de substituer, dans Texercice, Vinfluence des capacités intéressées, à l'expression de la majorité réelle.
Leur avis est qu'il est plus expédient de restreindre dans son mode d'action la faculté électorale, que de lui laisser toute sa libre initiative.
Singulière contradiction : ils redoutent que le suffrage universel ne soit pas assez universel, ei, en guise
150 MCTIOIIIIAIU BillOCRÀZIQCB.
de remède, ils veulent opposer des entraves à Tuniversalité des suffrages.
La participation de tons, ttrëc âen droits égaux et d*une manière égale, à l'élection des représentants, telle est la plus simple et la phis eatière application du suffrage universel.
Toute combinaison propre k modifier cette noëtbode apporte au principe, des restrictiont qui empiètent sor la souveraineté nationale.
Est<-€e à dire q«e cette combinaison réaKse la perfection absolue? Non : le propre des institutions humaines est rimpcirfectidn.
Le Système fondé stir nne semblable donnée notis vatrira-tMl des mandataires d'un mérite infaillible? Non : car ces délégués seront des bommes et non des dieux.
Aura-t-il le caractère définitif ef immuable de la vérité î Non : car les conventions sociales sront changeantes et passagères comme les sociétés mêmes, et ont pour raison d'être, non la vérité, mais l'opportunité.
Par ces divers motifs, toute constitution a ses avantages et ses écueils ; une loi est opportune quand elfe présente plus d'avantages que d'inconvénients, et telle est la justification du suffrage universel.
Ce système est en harmonie avec le principe démocratique, dont il émane directement; rinconsét^uence est un péril et un agent de décomposition.
L'expérience vient de prouver que le suffrage universel a cessé d'être dangereux pour la paix intérieure et pour ToKdre^ Dès le premiev ewai, et dans «m mo-
ment fëTolutionnaire, il a coiMacré la r^tanee ai» passions trop viTes et la modération.
Il est ëTident qu'une autre manière de procéder, telle que i'élecfion à deux degrés, n'aurait pas fourni un risultat plus rassurant.
Si donc le suCFrage universel «t ^lirect, qui a en sa faveur la logique, Tunité, la simplicité, n^ofre paa phw de périls que tout autre mode d'élection, à quM Imo chercher atitre chose, et inquiéter le pays par un mrrcroit de précautions superflues^
Le suffrage universel a pour Itnnte naturelle le 4egré d*inte11igence des citoyens appelés à Teterter. L^in» llnence des esprits cultivés et des hommes haUlea sur les intelligences bornées donne aux (Mremiers f ascen^ dant sur les gens sans culture.
Irez-vous, pour autant, en formant deux catégories d^électetirs, décréter la déchéance des moins capaMe^
Cet inconvénient vous place dans ce dilemme : pm* serire la supériorité intellectuelle, ouhien, propager rinstruction dans toutes les classes.
Consacres Timmuabilité de l'ignorance, en form'ant deux classes dMIecteurs, ou répandez la lumière pamri ies esprits plongés dans les ténèbres.
Toutefois, en attendant...
Hais, n'attendez pas. Tracez le programme des connaissances essentielles aux citoyens; faites-leur savoir qu'ignorer c'est trahir son pays ; rendez l'éducation civique facile^ générale, inévitable : le suffrage universel sera bien vite hors de toute discussion.
Supposez une nation de gens éclairés également, ce principe d'élection est assurément le meilleur et le seul
452 mCTIONKAlEE DÊMOCBàVlQUB.
rationnel ; et même, du jour où le nombre des gess capables de discernement l'emporte sur le nombre des brutes, l'élection universelle et directe est déjà préférable à tout« Elle est en rapport de convenance avec les aptitudes de la majorité du peuple.
Durant leur longue enfance» les sociétés sont régies par des tuteurs que Ton nomme des rois, Devenus majeurs, les peuples se font rendre des comptes ; après quoi, ils conservent leurs administrateurs ou ils les congédient; ils les changent, ils réduisent leur autorilé; ils les punissent même parfois.
Aussi, ces sortes de tuteurs ont-ils intérêt à prolonger la minorité des peuples, et à les abuser sur la plupart des vérités politiques*
Du temps d'Homère, des souverains avaient déjà assimilé les nations à des troupeaux dont ils se disaient les pasteurs : ces bergers se sont engraissés d'âge en âge en mangeant leurs moutons.
Mais, à mesure que les troupeaux humains sont devenus des hommes intelligents, ils ont reconnu leurs droits et ont affaibli la puissance des loups qui décimaient la bergerie.
Ils n'ont plus donné à leurs maîtres que leur laine, et le tribut prélevé diminue de jour en jour.
Désormais, le bercail français est appelé à se régir lui-même et à mettre fm à toutes les souffrances, à toutes les luttes entretenues par l'inégalité des conditions. Rien ne doit altérer le principe d'égalité parfaite qui règle les droits de la grande famille ; l'universalité des suffrages est le symbole le plus parfait de cette égalité.
BKTIOimUAft DiJiOGtAf IQOI. It0
Aucune portios de la société ne doit l'exploiter dans son ensemble ; ou bien les combats, les rivalités retrouyeront de nouveaux éléments. Ainsi, chacun exercera de la même manière sa poriîou de souveraineté. Ceux-là seuls peuvent être investis légalement d'un mandat conférant r administration des intérêts publics, qui le tiennent du suffrage de tous.
Quel est le principal élément des révolutions? c*est la dissidence entre le peuple et le pouvmr. Contre une autorité instituée d'après le suffrage de la majorité des citoyens et par Tuniversalité des conditions sociales, il ne peut s'élever aucune opposition hostile et radicale.
La manifestation franche et irréfragable de Topinion générale est, en conséquence, la première garantie de la stabilité du gouvernement et de la durée du calme. Cette manifestation, le suffrage universel et direct la' fournit avec plus de précision que tout autre système. Il est de rintérôt de nos gouvernants de conserver ce moyen facile et simple de connaître l'esprit du pays.
II y a biefifpeu de temps encore, qu'un professeur illu^r^ lioHd. a donné à ses dépens une mémorable et dernière, leçon d'histoire.
Depuis six ans, il gouvernait avec l'appui d'une re* présentation qu'il croyait nationale : la Chambre des députés symbolisait, à ses yeux, l'opinion publique.
Afin de s'entourer d'une lumière plus complète, il fit un appel au pays, qui lui renvoya une imposante majo* rite, selon les vœux de laquelle il continua d'administrer sans effort. •-
Tout à coup, il fut renversé par l'opinion publique dont il s'était cru l'expression légitime, et qu'un sys-
154 MCfioiiiiàmi tÊHocÊÂ^n^im.
iime étroit et fauc «rail àêfuiêét même aux yMix de foppositîoii.
iSi tout Ffançak «At ^é éieoteur, M. 42uMot «Airtit «évite cette «i^nse, et il ^ne «^rtit >pas«m9é trop tMd i fHMsomaiitre cette ir4nlë, que le suffira^ uBiferitei wor «ttt présqrvi Lovii-Plitlippe 4es lautes qvi root jeté sur le pavé.
3e«K entorttéf président à l^édaeetion : la lemtte, <et la «emété que représente t*iK«t.
ii'iiislrnettoa pjuUiqoe «e compose de 4ett«:>âéflaents dislMsts : Ttifl, gén^râl .et nëeiessaire t to«8^ l'a«rtre« meondaiite et pirtic»}ier.
Il ert des connatesane^s iodispenfleMes Ii4oim les <h^ lefeas^ ce eont celles qpi 4es attirent sur Je«rs •dmits ^ leurs <lev<Hrs cenunvtis. la société doit les départir gr&« tuitenent à di^teun sans exceptioa.
S'autftes éléoieiïts d'éducalion ont p0ur but d^^nitier eeiMC ^4 les reçoivent à des {nrofessioiis spéeittles, & -des carrières qui ne peuvent occuper qu'un petit seaibre ^d'individus. L'État ne saurait èto tenu de 4éfrafier 4les tievieittts imrtiles, et de semer plus de gisain qu'à n'e« prétead ^reeueillir.
Il admet à ces sortes d'apprentissages un nombre Httsté'd'^lèves dMÎsis parmi les pAuSfcapalrfies, et cbaoïtB est«ocep(é, «ans autre préférence que oeHe dontie mérite est le mobile.
Comme l'ensemble 4es eitojens f l'est pas appelé à ces eoficottrs, l'État «ne saurait contrainére personne & en
siMrle»«ll«BC6i; Habaadolnt4oMèkfiMlilkl0dî^ cenM■l6Dt à» ^Msliott ei I» lespMtihUité de Ttalr^
Mais comme les jeunes gens admis à franchit k» d«* grés smcÊatib de rédocaticto seccudaire ont le bèléflce de cette instruction spéciale^ ils doÎTent dNitribiier à t» payer ks irais^ puisqu'ils en recoetUeiMit le profit.
Cette juste répartition eensiîtae fercénont une iaé-* galité en farenr des tunille» riches.
Cet îMcoBYénient est inéf itaUe ; mais en peut «D MU» traBster les couB^nences d*noe manièro ayanti(;euse pour la société.
SoB intétfèt est d^appeler au fonelioiis publiquet, aux carrières ipiî exigent nae certaine instruetioli el des ta* lents dietitf ifnës^ les dtsyens les pins capaUesv
Gomnaent discernev eeseandidals éandriles? L'instr as« lion priÉMire offre un moyen d'une exëeulion facile.
Tout enfant doit être poorrn de Tinstnielion primaire, qu'il la reçotre dan» sa funtUe o» dan» le» deo» lesy Ttai9 d*apsès nn progradinMr déterminé..
AFissuedoeesécole», lesenfMUsaases fortunés pour payer les frais de» lycée» y seront iodistincteaMBi admis.
Snppdieit que le» eotit^e» do Pans, pas exemple^ se reerntent par des fromotiona de dix mÛle ésoliers, pkw ou moins.
Gin^ nulle homrse» setontcréée» a» profit des enfSiêts du paisne, et aUeuées, après examen, aisx cinq nriHe* élèves de» écols» primaipes jugés, d'après Texamen^ le» pltt»cslpaMoSy le» mieux doués et le» plus studieujt.
Le ftkc des éiad^ sera doubté^ et les familles riche» payetont^ouv ceUes qui ne k sont pas^ 11 sMait tiriplé^
i}^ DICTIONNAIRE DËMOCRATIQUS.
que la mesure serait équitable; car les riches, aussi bien que les pauvres, auront la fieu^ulté de présenter leurs enfants aux chances de Tadmission gratuite par le concours.
Cette gratuité, étant une récompense, devient un droit pour quiconque en est digne.
En entrant d ans les classes de quatrième et de rhétorique, les élèves subirent des examens généraux, à la suite desquels les incapables seront retranchés, et ne seront admis à rester aux collèges qu'en redoublant, à leurs frais, une ou deux classes, suivant leur degré d'infériorité.
. Le but de ces retranchements est d'empêcher que les élèves sans fortune ne perdent dans des études infructueuses, devenues un leurre, un temps qu'ils peuvent encore employer à l'apprentissage d'une carrière moins difficile et compatible avec leurs moyens naturels.
Nous réduisons à deux ces époques d'examen, parce que des eiamens annuels donneraient lieu à des méprises; tel élève, faible d'«bord, se relève ensuite; tel autre qui promettait beaucoup, s'atrophie peu à peu.
J'appliquerais la même méthode aux travaux préparatoires aux écoles spéciales , telles que l'école militaire, l'école Polytechnique, les écoles de Droit, de Médecine, etc..
Mais je placerais entre les mains du gouvernement les institutions préparatoires aux écoles militaires , en supprimant le commerce, souvent mésestimable , de ce que l'on appelle vulgairement : les marchands de soupes. Leur industrie a trop d'intérêt à spéculer $ur la complaisance des examinateurs et sur la santé 4es élèves.
hiitile d^ajooter que les concoon et les eiameos 4é* finitife, destinés à livrer Taccès des carrières pobliqaes, seraient les mêmes pour toas, et que les inhabiles seraient confondus dans une égale prohibition.
Une organisation semblable serait Tagent le plus eScace, le'plus pacifique, le pins légal et le moins snbvefsif de Téquilibration et du niTellement des fortunes. Elle consacra«it le principe de r^aUté, sans déshériter personne; elle donnerait Tascendant à TËtat sans dépouiller la famille; elle mettrait les emplois et les professions libérales aux mains des plus capables, et, sons un vain prétexte d'égalité, n'arriverait jamais à organiser Timpossible» à Taide d*un principe absolu jusqu^à rineptie.
En effet , si , comme certaines gens le demandent, rinstruction était gratuite à tous les degrés, Tambition des parents y entasserait toute la jeunesse française.
Supposez que tons les adolescents du royaume s^avisent de se destiner à Técole Polytechnique, qui ouvre de très-belles carrières, et qu'ils poussent leur éducation jusqu'au seuil des concours, ou moins encore , jusqn^à risBue des lycées : que feres-vons d'une société entièrement composée de mathématiciens, de rhéteurs et de latinistes?
l^nsez-vous qo*ils s'en retourneront de bonne grâce reprendre, aux mains de leurs parents, le cordon d'une loge de portier, l'arme du balayeur, l'alêne du cordon* nier, la truelle du maçon, la charrue du laboureur, la bêche du jardimer, lesi»'ocbets du commissionnaire, le marteau du forgeron ou la casserole du cuisinier?
Quel discrédit n'atteindra pas les professions mé«
ii ÏÊi moàta^Ê» trtvftm»^ \e» plue iadiqpM-
Déjà»» àépni» vifigit à treaie sm»^ la ynmié peJUttmM» des gros cuHiVAlêiirs dépeuple le» emoftiffÊti» a« ptnit dli»éeele8 tft de» séiBÎaiftireây el teml psyse» qm m ifa- MMisd fuelqae argent s'empnBfsv de i»ellP6 Mm Mrilier ftà ponlion de mépriser la eendiéieix de se» pète^
De' là cette eoliiie èe pétitionnaires s^anoé» aielowr èe eha^e emploi ; de là , la dëeadeirce el la ilifisère de rafgpkèllvrav
Qn» serslit-ca^ bon I>iett ? si tout Français âgé de rifigt am aiTaii le dcott d'dfre ira decfteuri Qiii sèiieraîl k hàéy ^m emrait le païa pottv tainl de gen^ qni ne le gpepie-' raient plus !
Conbien il nous sérail aisé de £aire apfMiraitaré la §»tfiB aocialef el renaître Tesdatage, arnîmâà d*iiM si absurde, d'nae s» fausse égnlité !
Encourageon» ie mérite ; ouvrons^kii nos bra»,, qu'il poisse arriver à toi^t ; amis traçons des bet ne» am ei^ irabissefnent» de yameur-prefire « source è^ toute» kss illégalités^
La base d'une organisation large et Hbérale de Fin-* strnetien puUique , c'est la solide et forte comUlnlioa des écoles primaires : que tout citoyen, dans se» îeune igBf soil tenu de passât par là, el que la so^élé- cboisMse, pavnai se» enfaetsy indbatmtement^ et avec une soUici* tiidè pateineiley ceux qn elfe juge assez foH» pour les diriger vens les faltgues glorieuses et la pésaote respon* eaUlité des fonctions puliliques*
wÊmmsmàfnqmé im
Ce fue rÉM doit à tous lés citoyens» e*est TMiiealién. Elle a pour but de répandre les notions du devoir» de fdroier le î^gement, ^ 4e polir les- nœors.
Les térités générales de la religÎM, les éldments de k pbilosopbie pratique ^ sont du ressort de réducalioB* Ces trois mots : Liberté , égalité , fraternité, résument le programme de rédueation publique^ destinée à leur servir d^explicatlen et de eonmeataire.
L*idée conteBue dans cette trilogie naerale sert de pierre de touche à toutes nos théories : Ton ne peut saip Dément coneeToif un système démocratique ea eontradietioB avee cette devise.
La dévdopper, rinterpréter, ea eitfaire au profit des idées partictflières, et iéâ applicatàons diverses, les eoo* séquences réelles, tel est le but complexe et divers de rédueatîoB.
Avee tme vérité simple et sensible pour bsee^ le piad de Téducaiion civique est facile à dresser, tsmàié h iMitre à exécution.
Les hommes sont sujets à confondre Yédwitêiùn tfvee YintinietieHf deux objets très^stincls : de là, de fâcheuses méprises. -« Il faut y dit-m» coiiunuDémeat » donner de l'éducation aux enfants : cette pensée ayant aeqais force d'axiome, quantité de gens se osettent à la gène pouf que leur progéniture apprenne le latin , le grec, l'aoglais, la musique, Talgèbre, queSais-jel
On peut connaître ces choses et bien d'autres, et ton* t^is être essentiellement dépourvu i*édyMiéfK
160 DIGTIONKÂIIIB HfiMOCRATIQCE.
Il est des professeurs, il est des érudits très-mal éduqués^ et inaptes à trannnettre ce qui leur manque. Ils instruisent et n'élèvent pas.
Leur action est même, à certains ^rds, préjudiciable.
N'est-il pas évident que les cairières purement scientifiques et inteUectuelles, exigeant un génie parircnlier, ne doivent être exercées que par un petit nombre de personnes?
La société appelle une foule innombrable de gekis à des professions mécaniques et actives : un poète, un écrivain, surent, là où cent mille bras sont nécessaires.
La confusion de Tinstruction avec l'éducation a préposé à cetfjB dernière des gens pnrement érudits, des tliéoriciens : ils forment une société à leur image, et, faisant violence à la nature^ élèvent des générations de pédants.
Nous sommes tous instruits à devenir des gens de lettres et des demi-savants. Cette impulsion , durant le premier â^, nous trouve rebelles et force nos instincts natifs portés vers les occupations actives, manuelles, et réellement spéculatives.
Les natures les plus énergiques , les caractères les mieux trempés font les pires écoliers, à de rares vocations près.
Cependant, après plusieurs années de compression, rhabitude , Texemple , rentrainement de Timitation , s'emparent de nous, et nous singeons les allures de nos professeurs.
Quand cette soi-disant éducation est accoitipKe , nous
DICTlOrafÀItl DÉMOCKATIQCI. 161
sommes inféodés à des abstractions sdeatifiques qoi nous éloignent des aptitudes et de Tactivité des carrières prar tiques. Le monde nous est étranger ; il faut que Texpérience nous réforme et nous investisse, à la longue, de réducation dont nous fûmes privés.
La nature avait mieux disposé toutes choses, en nous faisant naître, avec le goût des travaux actifs, des occupations matérielles qui exercent les forces corporelles, et constituent les éléments de la plupart des métiers indispensables au service de la société.
C'est donc en faisant violence à nos goûts, c'est en surmontant nos répugnances, que nos instituteurs par* tiennent à nous persuader que rien n*est plus beau, plus charmant , plus profitable et plus digne , que de consacrer ses jours à noircir du papier, et à manier des pluQjes.
Ce genre de besogne, odieux à Penfance , trouverait moins d'amateurs, si l'ambition et l'orgueil , joints aux errements de l'éducation classique, ne barbouillaient d'encre les roses du jeune âge.
Or, la manie de griffonner et l'engouement des labeurs d'érudition est une des plaies des sociétés actuel* les. C'est à elle que l'on doit d'avoir environ quinxe fois plus de médecins et d'avocats qu'il n'y a de plaideurs et de malades; c'est elle qui engendre tant de savants, tant de docteurs, tant de littérateurs sans talent et sans moyens d'existence. '* ' ^
L'éducation doit éclairer le jugement, non surcharger l'esprit; elle a pour but de nous préparer aux devoirs de toutes les carrières, et d'éclairer les vocations; non de les obscurcir et de les étouffer.
m DKjnorafA»! vtmwmimvn.
Véàataûon moralise les kcmmesy fmrjtae les tmtttik 6% rapproche le» mteï&gences. Eile ii»u» eaaAgne k y'p^ Vite en commun; elle étend à TenseinMe de k soàété hiliiiame la f^alerseBe nrbanièéqiii fait le lien de ki la^ mille.
L'édiKatkm doit être d^tmais rélément et kt garantie de' VégaKté, aiiui que la Wae de rimité merale et poli^ùe.
Jusqu'ici, k» goayera^Bientë enl iiiëcoB«nl ks pdrinh cipes et négligé la réali»atit>» dé IVdncatieD pmUNfoe } 0» s'eaC si mal rendu compte de: k yaleat do mat que rÀeadémte définit Vin$tructicn mk ces terjnes ; iiutm» tUm^ etmeignement^
Ignoranee toute Inomirc^i^iiey juatifiée par qb régkae €fÊà await' intérêt à tenir \eé iaielligeneca assoepke et à projeter des ombres sur la plupart des vérités.
Soi» k rè^ne de k démocratie,. Fédiieatlo» esi noftscttkBieni urt deoit universel^ mail «n àwùic eeemmif pttiee qu'efle-ésikidispeinafrle à «n ës^vetain. Or» k peuple entier exerce la souvera^ne^'.
Itl^é les hommes feront éekii'és eè sagee, pliis k^rs r^alk>B»fifrutaelles devieiidr(M[it paci&fites ^ pkis: k liberté sera bienfaisutte,. Vé§A\ié praticable ei k frétermté> sinaère.
La* RéptiUiq^ a donc le plus gritnA mtë^êi à ré^ pvâr à toue ses enknti k» bienkita d'itoe éducalie» nationale .
h^wf^ruftimè ne predmit qu'u» eerteîn membre, de iMle^fiiBnaireset d'bommes plus ou matas habiks; Véduhoution kit ks* eitoyeasv
f^aptieîper à la conduite des affaires {KMiqaes par ta conseil ou par Tac^Wité, c^est la Yocation 4e tout honme en possession 4es Aroits civiques. La faculté A*association« e(, «D di^rses occurrences, d*initiati?e pacifique, eêt «ne des consécrations de ces droits.
Pour Jes eserc^, i4 faut en être pourvu, «afis quoi ToB «"aurait rien "k faire valoir, et nul intérêt % dé-* Cendre.
Ces prérogatives sont acquises aux Français ^ oni aÉteiat -fâge de la «ajorrté. Auparavant, ^ 9on< sous la tutelle de k famiHe et de la société, qui président à leur ëdttcaiioB. La direeliop de 4eurs intérêts privés ne leur appartient pas encore : comment powraient-Hs coniri-* b«er à régir les intérêts de TÉtat?
Ils sont incapables de représenter leurs concitoyens et de voter aux élections générales ; Hs ne peinient tester, ni aliéner, m se marier de leur chef; et, grâce aux soins maternels de 4a société qui les protège, ils ne SMit pas exposés à faillir, durant une péi^iode de -la vie ou l'on n*a pas acquis to conscience de soi-même et Texpérienee des hommes.
Nous ne pouvons nous empêc^her de regretter qu'eu venant enflammer ces jeunes cœurs, la dévolution leur ait livré 'Foccasion de s*émanciper avant Vheure, et de franchir le pas qui les sépare de l'arène politique.
H serait mieux de les aimer que de les flatter, de laisser mûrir leur intelligence dans le paisible terrain dea études, que de la moissonner dans sa fleur.
IM MCTiamiAlM DtlIOetATIQI».
Depuis quelque temps , la jeunesse des écoles a été trop émue ; en l'appelant, non-seulement à agir, mais à diriger avant Theure légale; à prendre voix dans des discussions où elle n*est apte à représenter aucun droit acquis, n'a-i-on pas risqué de lui faire oublier que la discipline e^t la base de Tordre, et que pour des gens destinés peut«étre à commander, il est salutaire d'avoir eu le temps d'apprendre à obéir?
Souvent on voit Tenfance se jouer h imiter les actions des hommes, et organiser des amusements où les uns se divertissent à représenter des chefs, que les autres se plaisent à suivre avec soumission.
Les hommes sont-ils donc de grands enfants, tout prêts à rentrer dans la naïveté de leurs souvenirs? Nous çn avons vus, dans les jours de périls, be ranger, confiants et soumis, derrière des enfants, des enfants sans souci, héros ^ns effort, graves comme on Test à Vàge adorable cù Ton se divertit tout de bon*
Oui, le peuple est enfant, car il aime ce qui est vrai, il honore ce qui est beau, il a vu briller, au seuil des écoles, l'enthousiasme et le courage, et il a mis sa foi dans ces jeunes âmes toutes d'audace et de candeur.
Ces heures de fièvre sont écoulées ; l'œuvre de prudence et de maturité est entreprise; elle n'admet plus que des droits légaux et dos hommes accomplis.
Éloignez donc les adc lescents des discussions des as«semblées politiques; ih y sont représenté^ par leurs pères, par leurs instituteurs, par la société active ; ces assemblées ne réserver t à la jeunesse que des spectacles tumultueux, q^^ des fatigues stériles.
Je sais que les écoles militaires nourrissent des îqU
DICriONNAIRB DÉMOCRATIQUB. 16B
dats aptes à porter les armes quand la République Terdonne; ceux de Técole Polytechnique, les aînés de cette cohorte fraternelle, sont majeurs pour la plupart, et ont le droit de leur côté.
Mais les travaux de tons réclament la quiétude de Tesprit, le silence, la méditation. C'est en cultivant la science, qu'ils servent le plus utilement la patrie. L'on doit redouter qu'ils ne prennent, dans l'exercice anticipé du commandement, Fimpatience du joug, la désaccoutumance du travail, Timporlance, le ton décidé, qui altèrent la grâce et aliènent le jugement du jeune âge.
Déjà les écoliers vont porter des vœux, des adresses, des protestations au siège du gouvernement : que de temps perdu! En se voyant écoutés,, ils se familiarisent au dédain des formes légales.
Les élèves de Técole de droit ont été invités à choisir sur leurs bancs deux officiers d'état- major; deux camarades qui auront le privilège de manquer leurs études et de compromettre leur carrière.
Attendez qu'il leur soit loisible d'être soldats dans les légions que vous les appelez à diriger.
Ces jeunes gens avaient d'abord évité les écueils des rivalités, des ambitions, des jalousies, ils ne les connaîtront que trop tôti en déclinant, au nom des principes républicains, cette faveur particulière. Puis, ils n'ont pas voulu s'excepter des privilèges des autres éco* les, et l'exemple a triomphé de la raison.
Les écoliers ne jouissent pas encore de l'ensemble de leurs droits civils; aucune initiative ne peut leur être attribuée.
De même que les citoyens investis de ces mêmes droits
166 oîCTîOTmAms DtMocuxtnjit.
wnt égaux CTitre ^ux, de môme ceux qui n'en sont pfis pourvus sont politiquement impliques dans nne égale négntion; et dans ce qui n'existe pas, Ton ne saurait marquer des degrés.
Si donc, Ton admettait h la vie ptiMiqne, avant leur majorité, une certaine portion des citoyens, comme on le fait en ce moment aux écoles de droit, de mét]e«*ine, où des amphithéâtres sont transformés en clubs, si Ton assimilait do telles réunions à celles que la loi autorise, à quel âge serait limitée celte exception?
LVnfance nVst pas inconséquente, et son naturel est tffcs-imilalif. Les lycéens singeront leurs aînés; les petites dasses s*associeront h leur tour, et, quelque jeudi, le Gouvernement se trouvera en face d'une députa lion de marmots, venant demander l'organisation des vacances JierpétHelles et des petits goûters à la crème.
€es observations proviennent d'un jjîgoment sincère et «l'un esprit convaincu. Les distractions politiques de 1830, en absorbant celui qui écrit ces lignes, lui ont enlevé une carrière. Il sait mieux que personne le loyer dont on paye les glorioles puériles , et combien , à un certain âge, un contact trop immédiat avec les intérêts politiques et les passions humaines, engendre de désenthantements précoces et de lassitude prématurée.
msuBascTiow.
S'insurger, c'est se lever en masse contre le pouvoir. Quand le pouvoir est illégal, c'est-à-dire impnsé par la force, le principe de Tinsurreclion est légitime.
Lorsqu'elle a le droit de son c&té, elle prend le nom
DlCXlQimiUU i)£MQaiAXlQliK* 4Ui '
de ré<Utançci çt si elle IriompUe, on l'appelle vulgijû-» rement révolution : terme iiî] propre^ niaU trè9->bieil conipriç.
L origine du mot est pure. Les révoltes de la Pologne contre les souverains qui aMiient coniisqué son indépcndoQce, furent qualiUées iinsurreçtioni k la fia 4il Biècle dernier.
Depuis, on appliqua cette expression aux colonies amgUises qui entreprirent en Amérique la lutte fameui^ dont rissue consacra Tindépendance des États-Uni^.
En France, on a quatitié plus taitl d'iusurreclion la guerre nationale contre les roi^ de I Europe Qt leséuu-* grés. Le principe sacré de Tindépendance a donc eniaaU le mot insurrection.
Aussi les souverains se sont-ils efforcés de corrompra et de discréditer un terme qui répondait aux aentimcuU les plus^ légitimes, en le rendant synonyme de violence, d'agression et d'anarchie,
La résistance à Poppression est un devoir qui dODiMI lieu à rinsurrection et la consacre.
La résistance au pouvoir légitime, c'e&ti-dire au gou» vernçmeat constitué pai* le vœu de la maj[oi'ité, est uu (^rime qui n'a rien de eomipun avec Tinsurrection, qu^ l'on ne doit poi^t assimiler à la sédition, ni mime k T^n meule.
BâDnzov. éiixiiTs, iaoBanoL
Le mot émeute n'entraîne pas toujours un sena4^ f^ver^ble : la valeur die ce ternae, plus ancien que n^^m- ^^ 4e geni^ uq le aupposent, a été filmée il ) a* ^Wk «Wta
168 DICTIONNAIRE BfiHOCRATfQUB.
ans par rAcadémie. Elle définit ]*émeute : ce tumulte , émotion excilëe parmi le peuple. &
On attache au substantif 5f'(/2'^{on une idée d'agression et d^illégalitë.
« La sédition (lisons-nous dans la première édition du Dictionnaire de TAcadëmie, iG9^), la sédition c'est une révolte contre Taulorité légitime. »
Ainsi, Vinsurrection s'arme pour la défense des grands principes; V émeute peut être parfois justifiée, la sédition est un attentat.
Il est important de ne pas confondre ces termes, aûn d'éviter d'être dupe de ceux qui ont intérêt à les substituer les uns aux autres, afin de colorer leurs desseins.
L'émeute est parfois un des moyens et désigne certaines phases de l'insurrection qui répond à la pensée d'un mouvement général.
II y eut diverses émeutes durant l'insurrection de février 1848, qui protesta dès le 22 par une manifestation pacifique.
Le principe de l'association et de la réforme maintenu contre le pouvoir, et groupant les citoyens dans la rue, voilà Vinsurrection; les combats partiels dans divers quartiers, voilà V émeute; la révolte armée suscitée dans quelques villes contre la légitime autorité de la République, voilà la sédition.
Quand ces termes deviennent d'un usage fréquent, la tranquillité publique est mal assurée. On ne les soulève guère que sous les gouvernements impopulaires ou faibles.
La monarchie de juillet se glorifiait d'avoir constitué l'ordre et la paix intérieure. Singulière paix que celle
MCTlOIIHAns DttOClATlQinL 189
qui arait' fait de l^émeote une habitude, presqne une profession, et qui a donné naissance au substantif ^i^titieTf inconnu jusque-là...
TCHJstLAMCm.
Le dernier mot de la philosophie et le premier des avant-coureurs de la liberté. 1^ tolérance consacre Tindépendance de la pensée. Cest Henri lY qui le premier chez nous ouvrit la route aux idées philosophiques, à la libre discussion des principes et des vérilés, en proclamant la tolérance religieuse dont saint François de Sales fut Tun des premiei's apôtres.
Gage de progrès , garantie de la liberté, la tolérance la fait naître et expire avec elle. Éyaluez le nombre des esprits intolérants, tous sdurei au juste combien il reste de partisans au despotisme.
nmxrrûBMmom voxiiTiQins.
De la tolérance h rindiffcrence, il y a loin : le premier dé ces sentiments respecte toutes les opinions; Tautre les enveloppe dans un égal mépris.
Faut-il blâmer, doit-on interdire Tindifférence politique? Non; car une maladie morale est aussi involontaire qu'une souffrance corporelle : l'indifférence est une sorte de paralysie.
Quand un pays a renoncé à Tespoir, à la confiance, à la foi dans son avenir, il tombe dans ce marasme que l'on nomme indifférence.
Cet engourdissement afliiiblit une nationalité et éteint
iW mot mOUIBS DftRNOUTlQQB.
ta pnlrioiiaae; e'est Inapplication du matérialisne à lu
Tuut régime qui r^ngcndre rînéiffihrence polittqve est par cela môme condamne. Le devoir des citoyens qui ont échappé à la C0Qlag.>t« tekie se hâter de le détruire.
Sous le dernier règne , la France s^endonvuiit dans kl mort à Tomlirc d'un manocifiitlier; «ette paix h teiil priï , qui protég»*ait son sommeil et en écartsiit le» Foyons brûlants, nVtail <|Me la fraîcheur du tombeau.
Dans Tespaee de dix-huit annét^s, Tindifferf^nce po* Kti((iie nous a fût descendre au niveau des nations de second orJre. Les destinées du monde étaient réglées sans nous.
Lf» Restaïiralion méfme n*est pas tombée si hn»; 1er»- «fuVIle s'ab^lirit, eHe était ehargéi^ de cllakiies. Le ga»vernement de Juillet déchut èe son rang )esarm«s ^ le main.
C'est un mal obstiné i(iie riadiMreirce; il survit même aux causes qui Pont enlreienu. En dépit de la crise opérée par le remède héroïqiw» de févi-îer, notre pap ef>nserYe des vestiges de répidéraie.
1-e Français a i»evendiqué ses droits; il est eneomrm^ tesceture : quand il él&vei*a 9c» forces à la pratique de tousses devoirs, il sera guéri.
Les élections générales ont donné le bititetin de notre santé morale : près de la moitié des citoyens ont négligé de Vivier.
Si un eonp de canon relen lissait à la frontière-, on sortirait de la lorpeur de riiidifféi*enre politique, et soudain la France entière serait debout 1
destinée ?
Est^e à dire que nom prenions ici cbaaler les èt«nfùtM d# la guerre? A I>ieii ne plaise l Nous lie pewNOBi pas Jusque-là ]'aveiigionu>nlel la iWi'aison \
Eecunnuitre qu'une sociélé en esl encore h ne pcNivoir te passer de la guerre, eeel faire le plus Irialeaveu.
En tout temps, la guerre, ëlant la Mibaliliilien de !• forée au. di'oit et à k vaison, réalise l'eiofûrt de la bar- Wie.
Dana les l^ea primilifs de la Franee, quand la îuiN lice était mal exercée, quand ^ignorance éiait gdaéralci si deux hommes avaient un différend, Tuu acemaBl Taulre^ el le hou droit reslant douteux, la seciélé leur mcltiit les armes à la main, et le glaive Iraneliaîl )^ difiicnlté.
Mettez deux peuples à la place de dtus ifidK'idoa) le duel s^appellera la guérie.
Les eomkats sin^ liera du mo|«ii âge avaient nnetii* persil Ifïkn pour excuse. On sup^nosait alevs: que le ciel dût prendre un parti dans les qnert^llee homainee el favorise^* le plus équitable : le duel était le jugemenide
Souvent la guerre fut exercée, non pour iaire pv^ valoir un droit, mais pour conquérir des provineet e des royanmea.
Eito ditail ioiqu^^ maie aussi logiqua que le bflgaû*
172 DICTIOHNAIBB DfilfOCKATIQ0B.
dage : un os est placé entre deux chiens; ils se battent à qui Taura.
Aujourd'hui nous savons que la guerre ne consacre pas le jugement de Dieu, et nous proclamons Tiniquité de la conquête.
La guerre est un non -sens et un crime inutile.
La déclai*er nécessaire, c'est reconnaître que Télément barbare domine encore la société, et que les droits des peuples ne sont qu'une fiction.
Confier leur destin au hdsard des batailles, c'est fonder iplus d'espérance sur les caprices de la fortune que sur la raison humaine.
C'est déclarer que la civilisation s'est fourvoyée, qu'elle a perdu la partie, et qu'il faut brouiller les cartes pour amener fortuitement des combinaisons nouvelles, préférables à celles du calcul, de la science et de la pensée.
C'est mettre en pratique le fatalisme, au lieu de la loi providentielle du progrès.
Instrument d'une politique arriérée, la guerre com* promet la liberté en érigeant la suprématie de la force.
La guerre fait rétrograder la civilisation et éloigne indéfiniment la solution des grands problèmes sociaux.
Elle implique une protestation de fait contre les principes mêmes qu'elle se donne la mission d'imposer.
On entend dire par le monde : <x Nous ne .pouvons nous passer de k guerre : elle rétablira seule la tranquillité intérieure, et nous délivrera d'un surcroît de population impossible à alimenter et à contenir. »
Celte opinion constate T impuissance des gouvernements et la fauswté d'un système social qui, fondé dans
DICTIOlfllAIBB BélfOCBÀTIQUB. 173
le but de pourvoir à la vie de tous les citoyens, ne pent en sauver une partie qu^en sacrifiant Pau Ire.
Mais, situation bizarre et anormale, cette solution déplorable est invoquée; par qui? par une portion du peuple même, qui appelle la guerre à grands cris.
La barbarie subsiste donc encore dans nos mœurs, et, si elle y prédomine, comme la barbarie ne peut être vaincue que par sa propre expérience , la guerre deviendra inévitable.
Livrer au sort des combats la solution des questions internationales, c'est démentir le principe d'une révolution sociale accomplie au profit de la fraternité et de la juste répartition des droits de tous.
La guerre est la négation du droit; les intérêts des peuples, comme ceux des individus, doivent être réglés par la justice et non défendus par la violence. La guerre nous a imposé les traités de 1815; elle vaudra à la société européenne un autre genre d'oppression tout aussi funeste : elle offre un refuge aux rois; elle rallie à leur cause les nationalités qui tendent à s'en séparer; elle consolide la politique d'égoïsme, et parque cliaque nation dans les limites de ses frontières.
La guerre de conquêtes est impie et illégale comme le vol à main armée ; la guerre de propagande constitue le despotisme des idées, qui doivent se propager librement pour être discutées, qui doivent persuader et non tyranniser, qui doivent arriver à leur application quand elles ont mûri dans les intelligences, et établi dans la conviction publique leur pacifique empire.
Tout principe social est faux tant qu'il n'est pas op-
i#4 DICTlOKNAIftS DéllOCllàlIQVB.
portuu ; un ptincijie imposé Ws armes à Ki inaiii» li H^ bérai qu'il sait, devient un décret despolicjite.
Le vieux chauvinisme français n'est en réalitd que Tennemi de l'indépendance» de la Ubct'té du pionde et que le dernier écho de la barbarie*
INRRTSmrZOV , UrOlf ZH TZ&TXHTZOïr.
Intervenir dans les affaires d'aulrui, c'est faire une aclînn plus on moins opporlnne; ce n'est point prati* quer nn système. Ces mots ; système de l'intei'vention^ — système de la non- inier vent ion , que Ton entendait retenlu* si souvent sous l'autre règne^ n'ont aucun sens et marquent la plus profonde ignorance de la valeur des mots.
Un assemblage de principes coordonnés, enchaînés entre eux, et dont on exploite toutes Tes conséquencefi, Toilà ce qui conslitne nn système. Ce terme embrasse la fî>rme, le fond et la totalité d'une science, d'un dogme, d'une théorie. — Le système de Copernic» le systènae de Newton...
Un acte ne saurait être qualifié de système. A plus fèrte raison, l'uiaction, l'immohilité, ne peuvent-elles ffrWrd'élëmentsà un système. Nos députés, qui naguère parlaient si pompeusement de teur syt^fcme de non-' inêmveniionf étaient moins logiques encore que les coréonniers qui annoncent de nouveaux systèmes de ckaus^ $ure.
Le langage de la diplomatie appelle intervention , un a«to iiolitique par ie^ uel un gouvernement s^atUribue
MCTIONHAIIK DfiXOCHATtQtl. 175
m f6le actif, dans \t d<fhat des intérêts en litige nii StMM d'an pays étranger, ou parmi plusieurs nations voisines.
L*int«fvention est onicieuse quand elle est dé^nté* ressëé, fMcifique et sollicitée : elle c^i légale quand elle i pour mobile la défense d'un intérêt national.
Lorsqu'elle est imposée par la force, eUe prend le nom à'inttrventèon armée»
Dans lie dernier cas, Tiatervention dans les contestatioas ék'vées entre deux ou plusieurs nalioas est fréquemment jusliifiable»
Mais J'intervenlion armée pour faire triompher, dans un État voisin» un parti « un principe en lrés> en lutte, est d'ordinaire une violation du droit international et de la liberté d'autrui.
' Pour être légitime, un pricte social doit être librement débattu, librement consenti: une constitution, fût-elle Ires-libérale^ dès qu elle est im|K)sée par une fyrcc étrangère, devient illégale et n'est plus qu'un monumcut d'oppression.
En 1814, l'Europe, coalisée contre le monarque absolu qui enchaînait la France, attenta à notre indépendance, sous prétexte de nous apporter lu liberté. La France a maudit le trône libéral de la nestauration, et amnistié la tyrannie impériale exercée avec l'assentiment de la nation.
Au demeurant, Tinvasion a compromis cbcî nous la cause de la libeiié, retardé son triomphe, et rendu à la mémoire de Napoléon une popularité qu'il avait perdue.
La campagne du duc d'Angouléme , en 1S23, en fa«
i70 OICTIONNAIRB DÉMOCRATIQUE.
Ycur de la royauté, a discrédilë la royauté en Espagne ; elle a accéléré la victoire des constitutionneU et la décadence de la maison de Bourbon.
Dans les conjonctures analogues, Ja non-intervention est presque toujours plus habile et plus équitable.
Franchissez la frontière pour raffermir des dynasties, vous les rendez odieuses et avilies; courez au secours des peuples in^surgés contre les rois, vous restituez à ces derniers une grande puissance morale : ils deviennent les défenseurs du territoire, les gardiens de Tindépeadance, et ils rallient Fhonneur national à leur cause.
Il est rarement opportun d'intervenir les armes à la main dans un pays qui combat en faveur de sa liberté.
En effet, le peuple étant toujours beaucoup plus nombreux que ses maîtres, son sort est entre ses mains et dépend de sa volonté. S'il n'est pas apte à conquérir ses droits» en vain les recevrait-il d'autrui ; il serait incapable de les conserver. Une tyrannie succéderait à l'autre, et ce pays, florissant peut-être sous un régime en harmonie avec son éducation politique, se verrait tout à coup décimé et affaibli par les factions contraires.
Qu'un peuple, unanime en son veu, se décide à constituer son indépendance et sa liberté, il y parviendra. Jusque-là, que les idées mûrissent, et qu'il traverse en paix l'espace qui sépare son enfance de sa virilité.
Depuis bien des années l'Italie tend à secouer le joug; mais tant que les diverses contrées se sont tenues isolées en petits Étals animés de jalousies mutuelles, les tentatives libérales n'ont abouti qu'à une vaine effusion de sang et à un surcroît de servitude.
DICTIONNAIKB DÉHOCBATIQUI. 177
Naguère ritalie a proclamé le principe deTunité: qu'elle y reste fidèle, elle sera alfianchie.
L'intervention armée d'un peuple voisin coûte fort cher à ceux qu'elle favorise; elle sépare de la cause commune beaucoup d'intérêts privés. Chacun a médité sur la fable du Fermier et son seigneur.
L'intervention armée est suspecte d'uspircr à la conquête; elle détache le parti de ceux qui préfèi*ent l'indépendance à la liberté, et qui se consolent avec la gloire.
L'Italie Ta si bien compris, qu'elle nous a priés de ne point intervenir dans sa lutte contre rAulriche.
Implorer notre aide, ce serait, p^ur rilalie, se déconsidérer par l'aveu de sa faiblesse, et subordonner un principe éternel, pur et sacré, aux éventualités d'un revirement diplomatique. La confiance en ses propres forces, la foi dans sa destinée, sont, pour un peuple intelligent et résolu , les premières garanties d'une liberté durable.
Jadis animée de l'orgueilleux esprit des conquêtes, la France a longtemps rendu suspecte à l'Europe la cause de la liberté. Ces vanités nous ont coûté fort chery^t les désastres qui les ont expiées ont laissé dans nos cœurs ces ressentiments aveugles, exploités depuis trente ans par les derniers fanatiques de l'Empire.
Comme, depuis lors, les questions ont été déplacées, rien n'est moins sensé, rien n'est moins libéral que ces projets belliqueux, dont le but est de se venger sur les peuples, des injures des rois.
Dans l'état actuel de la société européenne, la paix
ils D!CTlOîmA'Ht1î DfcîfOCRÀtrtJtrB.
e»l le fléau dw monnrcliies, la guerre est le sacrifice des iiïlër^ts popnlnires.
Désormais, pour être salutaire, rintervention en fa- ▼enr d'un peuple ne peut avoir qu*une mi^iim, veWe do contraindre à la neutralilë les spectateurs de la lotte et de mainlenir la lihtTté du champ clos.
Si Ton se propose un au Ire but, les coalitions renaissent, la violence ressaisit le sceptre du monde, la tyrannie reprend haleine, la liberté s'enfuit, toutes les questions sociales sont ajournées, et le monde rétrograde de soixante ans, replonge dans les ténèbres de la politique d'égoïsineet de division.
VOLOOKS.
A une époque où la politique était consacrée à la défense des intérêts des monarchies, Louis XV commit une grande faute en consentant au partage de la Pologne. — Si Choiseul eût été ministre, disait depuis ce prince insouciant et égolslCi ce malheur ne fût point arrivé.
, Il était fàrheux pour la couronne de France, que la Prusse, TAulriche et la Uussie étendissent leur territoire aux dépens d'un royaume, notre allié, qui, par .-^a situation, concourait cflicacement à servir notre politique d*antagonisme et de division.
La suppression de la Pologne a préparé les revers de la France et amené pour suprême résultat îe congrès de Vienne, dernier acte de la politicjue monarchique renversée tout récemment par Puniou des peuples.
Durant les premières années de ce siècle, Tempereur
mcTfo:«]rAiBR p£]ioG«iiTiQi;i. il»
aurait sauvé les naliuns de l'Occident en fondant Tindépendance, T uni té de l'ilalie, «t eu reconstitunut la royaume de Pologne.
Il n'en fil rieu et succomba pour avoir séparé ta cause de la cause des peuples.
De la lutte de ces derniers contre )ni datent tes pre« miers pas de la libellé générale, et la naiwance d*uo germe démancipation qui a rruclifié durant une loogua paix, et changé le terrain de la poliûque iuternatio* nale.
Aujourd'hui, les querelles dynastiques sont priméea (iir les iutéréU populaires, les Ivtals ne sont plus dea liérilrfges, les guerres de succession sont à jamais prea^ criles, la soifdfs conquêtes est assouvie ; il n'existe plua CQ présence que deux princi))es» lo principe mouar^ chiqtie et le princi|)c démocratique.
Dans ces conjoiielures, la question polonaise, enracinëe par de vieilles sympathies au fond du ceeur dea Fran* çais, a changé de face. S^ solution offrait pour moyen immédi.Mt la guerre : aujourd'hui» la paix seule peak sauver la Pologne.
Aulrefois, travailler à la restauration de la Pologne:» c'eût été bien entendre les intérêts de la monarchie française : aujourdMuii, diriger une armée sur la pa^ trie des Polonais» ce serait trahir la liberté en Pologne^ en Allemagne eu Autriche; eu France, par conséqnenl, puisque la prospérité future de la République repoae sur le triomphe universel de U liberté.
Chacun comprend à merveille que l'œuvre de notre pairie ne saurait désormais consister à créer des royau-
vk^ et à consolider de» souveraioa»
180 DICTIOIfNATRB DtVOCRATfQUE.
Yoilh pourtant où abnii lirait, en ce moment, une in- . tervention armée en Pologne.
Notre unique devoir est de favoriser Tindép^ndance des peuples et de les assister h^galement dans leur débat contre l'oppression du pouvoir absolu. — Pour faire un civet de lièvre, prenez un lièvre, disait Louis XVIII; — pour cimenter Tindépendance d^un peuple, ayez d'abord un peuple, dit la raison.
Il n'y a pas de peuple homogène en Pologne.
En Pologne, il n'existe encore que deux éléments : une aristocratie dépossédée qui aspire à reconquérir ses privilèges; puis des serfs, troupeaux humains privés de la conscience de leurs droits. La physionomie de la capitale du pays symbolise la situation : Varsovie n*a presque pas de maisons; Ton n'y voit que des cabanes et des palais.
Cest parmi les rejetons de Paristocratie féodale, et dans la caste aristocratique des prêtres, que se transmettent et survivent les instincts de uationahté. L'intérêt on est le principal mobile.
Exilés, ou comprimés, par la Russie, parla Prusse, par TAtitriche, les nobles polonais aspirent à recouvrer une indépendance qui restituerait à leur caste tout son tyrannique empire; mais quand ils se soulèvent pour y parvenir, les serfs, moins pressurés par le joug de l'étranger, prennent parti pour leurs vainqueurs contre les propriétaires du sol.
Organisez donc un État démocratique avec de pareils éléments...
Depuis seize ans, la plupart des exilés polonais réfugiés en France, nobles, grands seigneurs en leur pays
MCTIOimillU D6H0GIIATIQUI. 181
natal, et rîvanx entre eux, reconnaissent pour chef un descendant des Jagellons, un pHnce dont la maison exerce des prétentions au trône de Varsovie depuis quatre-vingts ans. Le prince Czartoryski, qui a, sous notre royauté représentative, tenu petite cour constitutionnelle à riiôlel l^mbert, présidait h Paris, dès le 25 février, une république sarinate : transformé en roi, dès qu'il franchit le Rliin, il redevient suzerain féodal, en mettant le pied dans le duché de Posen.
I^a cause de ces gentilshommes repose sur le maintien du servage : le Polonais, ce n'est qu'un boyard disgracié.
Ce sont les luttes intestines suscitées jadis entre les grandes familles du pays, qui ont amené la chute du royaume de Pologne; Téiément aristocratique s'étant afTaibli par la division, le peuple n'a pu sauver la nationalité, parce que là où la masse de la nation est esclave, un peuple n'existe pas.
Tant que l'émancipation n'aura pas commencé, la Pologne ne revivra ))as. La féodalité polonaise, qui implore notre intervention, est donc un obstacle au rétablissement de la Pologne.
Ainsi l'avenir de ce pays est subordonné au triomphe de lu liberté qui doit, de proche en proche, s'étendre à travers l'Alleinagne, jusqu'aux rives de la Vistule.
Examinons la situation au point de vue du principe démocratique et des intérêts de Thumanité.
i* La France ne saurait, sous aucun prétexte, tour« ner ses armes contre la liberté : elle tenterait un sui-» cide. Le principe libéral a fait de grands progrès en Allemagne, en Autriche même. Préposées par la Proie.
489 DICTIONNAIAI 9éllOCIIATIQIIft.
vidence à furéparer ravéruMBcnt de et; principe, TAIle* magne et la France sont appelées à une indlissuluble a^ lianes, l^e Siiiut du inonde est là«
Si nous armions pour soutenir en Pologne le paHi d<^ rariâio^ralie, la Presse, I Autriche niofl«rehii|iiea grouperaient contre nous tous les membresi de Tao^ çienne eonfinlération germanique, et se coaliseraient avec la Rus^sie. Le moinlese trou veinait replacé sous le jotig de la vieille politttfiie, et nos alliés naturel», redoutant les eiïels de Pesprit de conquête (|ni nous a dé- ]ropulajMSva, rojelteraient comnte un pié^e des doctrines libérales qui procèdent par la violence et la spivlration.
La gueriH? en INdogne aurait rafTermi les soHvei*ains sur leur trène, et anéanti pour lofigtemps la sainte al* lîaiiee des peufiJcs.
Aller en Pologne, c'est se lever contre T Allemagne, e'e^t fnarcher contre- la liberté.
3^ Inhumanité nous interdit d'adoptemn parti qnï tran»^ge avec nos dcvoii^s les plus sacrés et eomproiBet rum 1 11 térc ts les plus chers.
En effet, les cuhéri tiers de Tanoien ropume de Sta-» nislas tiennent encore à ménager la neutralité de la France; et dansée but, ils prennefit en considération nos suseeplibilttt^*
Du moment oii notre intervention déclarée rendrait lro{% redojilable à leurs yeux la Pologne assistée du concours des baïonnettes françiûses, ces États^. TAutri* eho, taPrn^se, eti^a Russie n'ayant plus rien k ménager et voyitnt toitt à craindre, se liâleraient db concert, d'éertser, d'anéantir, de décimer la Pologne, avant que noua A'eitsâioiis le temps ée la secourir.
lia tel ri^^uUat est si évident, que ici Polonais wt^ mêmes redoutent rintervenlion dâ la France» et U conjurent ftu noiu de i'humaiiité.
La France guerrière ne |:ieut riea &a fftveur de est pays, l^acifique de sa nature» la déniocratie «eui^ et| guscepliUe de le régénérer et de le rendre apte à recou« Trer son indépendance.
Par conséquent, la question polonaise» oomme eUeatft posée par ravenglecliauvînisme, est une absurde llcUon.
— L,es Polonais, s'éci*ient-ils,.sont uos frèrea; secoua rons nos frères les Polonais, etc..
Est il donc sur la t^rro, des hommes, des peuplet qut ne ionien t pas nos frères? Et qui signifie ce privilège ex** ciusif de fra terni té?
Ne sont-ils pas nos frères aussi, les enfanta d« TANeiB4gne?et si le malheur seul réveille la flamn>e du se»fcU ment fraternel, fiourquoi celte indifférence à IV^ard de nos frères de Tltalie, de nos frères de rÉprypte, de nœ frères du Liban et de ms frèrea les Irlandais» les plus i plaindi*e de t^us?
Ineapahles de supposer que notre humanité doit te kornerà la Pologne, k-s nations voisines ne »iifc«cllet pas eu droit de eonsidérer notre inteinrentioft, dans cette question parlM^ulière, comme la pn^ti^Dtion d^iue sociéié qui veut être Taibitre deâ querelles du mandel
Un crime honteux du gouvernement de JuilkH, c'esA d avoir entretenti lâchement, pendant trois- lusâvea» une «rreur luanife^ite, 4in rertouvelmt cbnque anoée uni| pr<)s|eHtati4>u Méiile et dérisoire qui, prise aiUeuca an sérieux, a fait couler du saeg inutile^
Le protest^^ioa iUit un eppAt ieté i roptntiHi ei mt
184 DICTIONNAIRB DÉMOCRATIQUE.
rinanilé duquel on avait soin de l'assurer la diplomatie.
Que nos soldats vainqueurs alarment les possesseurs du territoire des Polonais, le czar, en prenant Pinitiative de quelques concessions, les détachera soudain de notre alliance, car la sienne leur serait bien plus profitable; et il nous reviendra, pour prix de notre chevalerie errante, le loyer ordinaire des exploits de don Quichotte, cVst-à-dire <les coups.
Telle est donc, réduite à sa valeur réelle, la question polonaise : un germe de division, un obstacle à la liberté, une arme à la portée des monarques absolus, une barrière opposée à l'union fraternelle des peuples, et pour nos gouvernants, une cause d'embarras et d'injuste impopularité.
Néanmoins, par habitude Ton criera longtemps encore : Vive la Pologne! comme on chante : Vive Henri IVî sans prétendre pourtant à ressusciter Henri IV.
Naguère, la Pologne a servi de prétexte à un attentat contre la souveraineté nationale : los prétendus amis de ce pays infortuné, s'ils eussent triomphé^ se seraient TUS contraints de porter la guerre en Lithuanie. Ils nous mettaient, comme en i815, au ban des nations; ils donnaient le signal d'un massacre général des Polonais, et ruinaient, pour un demi-siècle peut^lre, la cause de la liberté européenne.
S'ils sont si fort dévoués à ces frères du Nord, qu'ils ne peuvent rétablir dans leur indépendance nationale, ils révent sans doute un moyen de les dédommager du malheur des circonstances. Il s'en oiïre un bien facile, sans compromettre la liberté du monde, ni ces intérêts
DICTIONNAIRB DÉHOCRATIQUB. i85
sociaux du libre échange, de réraancipation des peu-* pies, de Torganisalion du travail, essentiellement liés à la TJctoire de la démocratie.
La fraternité, comme ils Tentendent, leur dicte une démarche vraiment désintéressée. Peu vent- ils faire moins pour ces frères chéris que n a fait Louis XV en faveur de Stanislas Leczinski !
Non, et je m'assure que, faute de mieux, ils se hâte-» ront de rendre au prince Czartoryski et à ses Polonais, en guise de consolation, Tapanagc du dernier roi de Pologne : la Lorraine avec le duché de Bar.
S*il en était autrement, de quel droit la France imposerait-elle à la Prusse, à TAutriche, à la Russie même, Thonorable monopole d*un si noble sacriGce, et d*UQ si pur désintéressement!
GRirVB. (Omrmrt en grève.)
Quand les artisans, d'un commun accord, suspendent leurs travaux et restent inactifs, soit dans leurs chantiers, soit sur les places publiques où les patrons ont coutume de les enrôler, on dit communément : les ouvriers sont en grève.
Cela signifie qu'ils ont déserté leurs ateliers, et qu'ils se refusent à travailler.
C'est en plein air que se traitent, au lever du soleil, nombre de marchés entre les entrepreneurs et les ouvriers de Paris; les quais, les grèves de la Seine, la place de l'Hôtel-do-Ville et ses entours, le quartier que l'on nomme la Grève ^ servent de centre de réunion à diverses catégories de travailleurs. De là, sans doute.
pn»vienn«nt Ws expressions: être ou resler m ffrèce,
inûir grèv€, elc.
Lorsque les ouvriers, dans le but d'imposer Taug-menlfttiuD d«s snkaires^ suspendent leurs traTaux, ils aub&tiluent la violence à 1 équité, el, dans nombre de cas, fournissent aux exploitaleurs do capital un syllogisme des plus puissants.
En outre» »is font injustement peser sur la eoi^ORimation les conséquences de griefs dont elle est innocente.
Il est rare que ces fériations durent asses longtemps pour épuiser les approvi:$ionnements dri commerce, qui débute par suKaxer, afin de taire fave à la surenchère des ouvriers, les marclmndises qui lui restent en magaain. Le résultat de la grève est donc souvent une occasion de béiiéiice pour le détaillant et de perte pour le consommateur, sans profit pour Tartisan.
La grève pi-oLongce épuise le comM^ei'ee.
La ruine du conmierce, dans Télat acluel des choses, ne saurait proliter aux ouvriers : la grève maintenue avec obslinalion tarirait les sources du salaire.
D'ailleurs, la férialion prolongée fuurnit un argu^ ment contre les producteurs.
Cotte siluation prouve qu'ils ont été à même d'cco* VOtnisor at^seadargent pour vivre sans travailler durant un espace de temps plus ou moins long.
Ainsi, le salaire, contre l'iusufiisance du<|!iel ils protestent, les a mis en état d épargner : il estdoiM: plus que sufiisuut aux besoins de chaque jour.
Au mouieni où j écris (2A »iiai), les ouvriers encha^ pelleriesuuteu grève depuis vingt jours. En choisissant avec beaucoup de sagacité, pour imposer leurs cMidi^
IHCTtOfHlVAItt DtBOClATtQim. iSf
lions, le mois <lc mai où f^ débitent à peu près tous les chapeaux d\»!é. lesclinpeaiix de feutre vi de castor ^ris, ils unt porté un notable préjudice au (abricaul, puis au détail tant.
Que leurs prétentions soient évincées, ils subiront fat perte de toutes les commandes qu'ils auraient exé* culées.
Qu'ils finissent par extorquer, du eommin-ce ant abuis, une augmentation de i>alairc; le moment le plus cliaud de la vetiie étant passé, ils recevront moins d*uu^ vrage, et la plus-value de la maiu*dI<Buvre Sera forcé*»ment neutralisée.
Celle plus-value pèsera sur les chapeliers; ils la feront à leur tour retomber sur les consom nia leurs, qui achèteront d'autant moins toluntiers que la saison sera plus avancée.
L'avantage dé l'ouvrier est donc plus que douteux.
Depuis (|uo)qnes semaines, la grève iKs cordonniers leur a valu une au^inenlation par suite de [a()ijelle le prix des souliers s'est élevé de près dNjn franc. Nombre d'articles de nécessité sont dans le môme cas.
11 en résulte que nos ouvriers chapeliers, quand jls auront besoin de chaussnres, d'habits, etc., seront foreés de payer plus cher, ce qui compensera et au delà le profil déjà fort conlestable de leur surcroît de salaire.
Et que répondre au fabricant qui, à l'issue de la grève, répond aux instances des ouvriers : ~ Vous ve- "^n de vider ma caisse, de me nuMtre aux abois par une fénation prolongée au moment de la vente ; uù prenii^'ai-)6 de quoi vous satisfaire, puisque le débit va m ralentir t.. .
188 DlCTfONKÀlRB DÉMOCRÀTIQUB .
Sous Tautre régime, quand Toppression du capital était consacrée, protégée et soutenue par la force, la grëve« avait Texcuse de la nécessité.
Aujourd'hui que l'on étudie les questions industrielles, que rÉtat prend riiiitialive d'assurer le sort des travailleurs, et cherche à proportionner le gain des fa— hricanls avec la rétribution légitime des producteurs, rintérêt de ces derniers est de contribuer dé tous leurs efforts à la consolidation du crédit et à la prospérité des industriels : car c'est d'après le chiffre de leur bénéfice que Ton sera à m^me de reconnaître ce qu'il peut comporter d'excessif et d'exagéré.
La grève qui les spolie est susceptible de donner lieu à une fausse évaluation, et de mettre en relief un pasMf qui ne permettra pas de réaliser le vœu parfois légitime des diverses catégories d'artisans.
En effet, Ton peut frapper une industrie prospère et gorgée; on se refuse à pressurer une industrie en souffrance.
Au point de vue légal, la grève est condamnable, parce qu'elle déplace le pouvoir régulier; elle viole la liberté, consacre l'abus de la force, et institue le privilège de se faire soi-même justice en se rendant à la fois arbitre et partie.
Le sentiment religieux et l'amour du beau , voilà ce qui nous distingue des bètes.
Il serait difticile de concevoir dans toute son étendue la dégradation physique et morale où tomberait la race
DICTIONNAIRE DÉHOCIIATrQUB. 189
bumaine, si elle n'était incessamment épurée par ces deux facultés naturelles. L'aimant qui nous attire yen ' 1h beauté condamne les monstres à la stérilité ; cet attrait, dont les animaux sont dépourvus, maintient la dignité de notre espèce.
Toutes les influences propres à atténuer en nous la passion du beau tendent h nous faire dégénérer : les mariiiges d'argent ont enfanté des généra(i(ms très-laides, et donné lieu à ce dicton, qui amnistie* le fruit des unions illégitimes scellées par la seule passion : «Spirituel et beau comme un enfant de Famour. »
C'est la substitution de Tintérêt matériel à la sympathie du cœur, qui a donné lieu à ce type disgracieux et trivial, dénommé la laideur bourgeoise, expression qui comprend la débilité, la sénilité précoce, Tâme vulgaire, Taspect malsain et les formes grêles ou avachies.
Supprimez le sentiment religieux, base de nos idées morales, vous obtenez des effets analogues, dans Tordre inieilectuel : les âmes s* acheminent à une dégradation rapidement progressive.
Cette double atteinte au plus noble et au plus doux instinct de notre nature a souvent eu lieu durant le cours des âges. Il faut bien se résigner à constater de nos jours quelque chose de semblable, puisque nombre de gens, en invoquant le divorce, proclament la multitude des unions mal assorties, dans lesquelles Taversion remplace ramour,et auxquelles les sympathies naturelles et les idées religieuses n'ont point participé.
Que réducation prépare la jeunesse à la vie conjugale; que la sainte institution du mariage, ennoblie aux yeui de la jeunesse, au lieu d'être travestie et parodiée
190 DlCTIOHIffÀIRB DÉllOCtATf(H?ft«
jusque dans nos écoles, cesse en outro d*elre «ne trafïsaction cofiimprckle ; le divor*'e sera flélii comme la d^ liaïK'he, dont il est une v«Héié locale.
Dans Télat actuel de la sociélë, l'opimiwi <1« quelques jurisconsultes, logiquement nialérialisles, admet le divorce; mais la conscietice y répugtie. La conscience, c est le cri de la nature; les cœurs corrompu;» qui l'ont étouffée Tapi^eiletit un préjugé. Il a fallu fausser le sens d'un Mol afin qu'if pût masquer une imposture.
J'ai connu, sur ses vieut jours, un muri'dîvorcë, re marié, sous Ttlmpirt», à une femme divorcée: ta Cette tolérance de la loi, disait-il, a fait le malheur de ma vie. Dans le pire d<*s ménages, on s'aime plus que Ton ne le croit; et n'eût-on été vraiment uni que peu de temps, le souvenir de ces heures si courtes est împéi'tssahie ! Ma première femme n'est jamais redevenue pour ttioî tine étrangère : souvent je l'ai rcneonlrée dans le monde , où sa vue me causait un indicible malaise. L'antipathie que m'inspirait le premier époux de ma seconde femme m'indiipiait trop clairement Tavei-sion que je lisais dans les yeux du second mari de ma premièi-e.
a Ils ne furent pas heureux; je la vis, plongée dans la misère, se faner avant Taulomne, et souffrir des angoisses de la faim. Sa pâleur, son indigence, étaient pour moi des remords invincibles, impuissants, et tette préoccupation cruelle refroidit peu h peu ma tendresse pour ma seconde femme, pour la mère de mes enfants.
« Je tremblais que ces derniers ne découvrissent le secret de ces nœuds brises, et en dépit du béuéfice des
lois^ je «entai» que je rougirais devant eux de ces serments trahis, de cette iniidélit'ë ptibH(|ue.
« Éetairë pi»r ma conscience, dès qu'un nuage pnssait sur le front de leur mère, j'y cherchais hi trace d'un regret, et je me sentais justement trahi au fond de son âme.
a Ce que fêtais pour elle, un antre Pavait éiê puhliqîiemenl; il était là; leurs regards se rencontraient; il lisait dans sa pensée aussi clairement que moi-même; il la savait tout entière, et cotte science du souvenir était son droit, car la loi n'avait pu anéantir fc passé.
«Que d'humiliations occultes, que d'amertume cachée celte situation répugnante entraîne après elle l
(( Je n'aimais pas ma première femme, toutefois je no me suis jamais senti marié qu'avec elle : le lieu nouveau^ en dépit de ma logique, élait froid et fragile Ciun me une liaison coupable» il était sans prestige,, saos passioo ei sans myslèîe.
a liatre couple infortuné n'était point recherché dans le monde, où l'on craignait de mettre en pt^ésrnce la prciieni et Le passé; une certaine pudeur invincilde ék)ignail dn nous le& intimités. Cunimenl me seriiin-je nié* pris sur ces scrupules invidoulaires de la consetence d'aulrui „ looi qui ne pouvais réduire la inienne au sommeil ^
a Que de fois je sentis mon cœur entraîné ▼ers <l*a«très amour» qui m'apportassent une âme toule à moi I de kelleti tentations dt>tvent être mutuelles...
• Ma prerofère femme eut un amant; je Tappris, et lAon frool se couvrit de rougeur. Cependant, mon bon-
in DICTIORNAIRB DÉMOCRATIQUE.
ncur n'était plus engagé là ; mais oii l'honneur a jeté racine, il reste à jamais fixé.
a Depuis cette époque, ma femme divorcée continna de paraître à son aise auprès de son mari ; — son mari !••• mais mes regards la troublaient jusqu'au plus profond de son cœur. Pourquoi?...
« Enfin, monsieur, dans un tel ménage. Ton est toujours au moins deux, et Ton ne réussit pas à ne faire qu'un : celle que j'avais rejetée était ma femme divorcée; sa rivale était à moi, mais elle était encore la femme divorcée d'un autre,
a Ma tranquillité tenait à une rencontre, à un mot, à une explication; et puis, faut-il vousl'avouer! celle qui avait pu, des bras d'aulrui, passer dans les miens, et afficher cette infidélité dont j'étais le complice , ne m'inspira jamais une pleine confiance.
a Elle avait, comme moi , affronté les bancs des tribunaux, publié. les secrets de son premier ménage, livre sa pudeur et ses sentiments à la loquacité des avocats et aux commentaires de la foule ; je Pavais ramassée au pilori de l'opinion.
a En vain tous les prêtres du monde eussent-ils consacré ce lien funeste, l'esprit de la religion prolestait contre dans toutes leurs formules; Dieu était absent, et le dogme destiné à ennoblir l'union des cœurs devenait impuissant à déguiser la triviale réalité d'une promiscuité dégradante.
«Croyez-moi, monsieur, la séparation n'est que triste, mais elle laisse la dignité sauve : le divorce avilit, il révolte la conscience, il consacre un mensonge, il désunit la famille , il matérialise le mariage ; il fait
DIGTIOnNAniB DÉMOCRlTfQUI. f 95
d'un sacrement auguste un bail plus ou moins emphytéotique; il répugne à nos mœurs, et glisse IVgoîsme» avec la défiance, dans le plus intime et le plus saint des contrats. »
Celte confession ne laissa pas que dfi me faire rdflécbir.
Qui YQit*on, de nos jours, appeler le divorce t Des gens qui d'ordinaire savent s'en passer sans scrupule. Ils n'y gagneront que le scandale.
Ceux dont F honneur et la décence arrêteraient les désirs et élouireraient les passions, n'affronteront pas, pour les satisfaire, ia publicité des tribunaui.
Les époux sensés qui se réfugient dans le divorce pour en finir avec un joug trop pesant, n'iront jamais contracter de nouveaux liens. Ainsi, je le répète, le dlvofce ne profiterait qu'à ceux qui ont Thaliilude de s'en passer sans scrupule. Quelle situation dérisoire et révoltante une pareille transaction ne fait-elle pas aux enfants! Asservi à la destinée de son père, un fils garde une mère naturelle, et la loi le fait orphelin; elle lui impose une marâtre, et arrache à la femme qui l'a enfanté ses droits naturels. Double et ridicule imposture 1
Cette loi du divorce, qui la propose» qui la soutient? Ceux qui en tireront bénéHce : des avocats.
C'est une nouvelle mine à procès.
Quel avantage le prolétaire» l'ouvrier, en retireront» ils? Aucun.
Justement entouré d'entraves, et donnant lieu à une procédure compliquée, lente et multiple, le divorce ne sera pas à la disposition du pauvre, incapable de payer des avocats, des avoués et des frais de justice.
La Ui srf^ v4JuU donc à un pfftvtléfre en htrmar du ri(;W^ (IqiiI elli^ l(%al'u^i*a rin«giB!»ln née» dont clic fttvort'*. 4^<i It^a p£^iun.$, et auqui*! nous lui «en^otns^ (XMBférer h triste monopole du scandale, que la dëconsidét'aûoai ae» (^«unps^ne et suit.
Que rintérêt cesse de présider aux mariages; que ht ^jimpatUie^ %U0 1« )Jk^)ik)n, en soieni les niabit(es; que VédiiCfttian ceUg'ke^^ et HKuab élève imm iaœ«ir&à Tia^ tclligence des devoirs conjugaux, à la gravité d'ua sen- Um«B^ pf«^f4HiMl, dumble et {%màé aur io dév^oucmetit et Tei^iq^; -^ ea ue^ rxKiL, kravai4le2 a ailiiikblir pei» à fieu les inconvénients «duels «lu mariage ; (^t te divorce, dd« K^uaansi uUUté, f>a(aitra, ce qu il esl en effet, une fiein(r^iK^(iQit a\eo notre foi ]*eligieuse, un agent de db^ pluiiMi |¥)u« hi {aoiiiiie, el un éouetk pour la ffi4»rahté l^hjiquer^
1^^ ^ihatairet sont , ea généra), asseï fftvortUf» au 4iwc«t^; »ai&» parmi les hennètes gens^ l^a méni^esle «éfir«^uvi-nL
Le divorec est à la fois un piège et une inemisécfuenee.
Quand deux êtres savent qu'il:» soroni unis jusqu^^ la Biort, ils sont tout enlier^ l'^un à Fautre : ils se funi de9 «ODoessien» nfiMluelles; ils assoupissent leur earae 1ère, et chacun clierehe h se construire d'ans leoe&ur dont il dispose un asile qui ne hii nmrhque jarfiais. I> y a bien de U l(mdreese au fi>ml de cette pt^nsée: — le t^uis à vous, vous êtes à moi jusqu^à ce que Dieu, qui nous a iMHa, rMws sépare....
Le di^xH'ce va trancher au fond des coeurs ee Men éwit et puissant: il supprimera l'jndufgence, le pardon, que riadissolubi^ité rendait nécessaires. Les relatioiisr matri*
IHCTiOmUnUI lltlIOCBATI^Ql» «W
moniales seront, dans U prévision d'une s^parAtien jm$^ sihie<» non la fu^io^i des deux ànifs^ mais riiy|K)6ri(e et lente instruction d^iin procès. Le divorce ne reudrati meilleur aucun méi»Age; il n'en produii'ait que d^iS8«*a médio(;res» et û serait susceptible de cerroiopre, d'ompoisQnner nombre de ménages excellents, ou appelés^ le devenir dans Têtat actuel de nos iustitutioiiis.
PAaTAOZS (igaUté des).
Voici Fun des plus sensibles éeueils de la lof»k|iie ab^ anliie. La eonséi)uence malliéma(ii|uc du principe» die régalitéesl réquitibialion radicale des foA'tunes el Tégak répartition du territoire eoire tous.
Cette vérité abstraite est, dans la pralique, et au poÎAl devueso^iaU la |jJns niaise des absuixlités.
L'oi'ganitiatk»» dos sociétés n'a pn& pour hase dc4 tltéorèsnes philosophiques; elle ebt fondée sur des con«* v^ilioii» et des nécessités. Hie» do moins logique qna nos désirs, que nos passions, et les passions ^ouveraenl le montte.
Si I» raison humaine est sujette à faiHtr quand elle prélend tout soumettre à ses dt^uclinns cl emb<*as.«ep Veuâemlde des choses dans une formule « e'est qu^ekl* est icn|MÛssii»te à tenir compte d'une foule de oonira-* éietteos apparentes^ suscitées par des princijies qui loi écli2tppenL
Voict deux raisonnements d'une lojrique éjral^mfiit spécieuse, el tous deux démenti par la réalilé. -^ Le sokeil dtant le foyer de la ih.ileur terrestre, plus on s'en rapproche, plus on doit avoir cliaud. Cet argnkpent %
i96 DICTIONNAIRE DÉMOCRATIQUE.
servi de base à la fable dlcare. Or les cimes des montagnes, moins éloignées du soleil que ne le sont les vallées, sont couvertes de neiges élernelles , et plus on s^élcvc dans les airs, plus le froid augmente.
A Taide de cette expérience poussée dans ses conséquences extrêmes, construisons un raisonnement contraire; celui-ci, pur exemple: — les régions les plus voisines du soleil sont les plus glaciales; donc le soleil est la cause du froid...
Ou bien cet autre : — le soleil active Tévaporation ; Tévaporalion développe le froid, par conséquent le soleil est le principe du froid, etc.... Nuu? auront émis autant de propositions fausses quoique opposées, et prouvé que le contre-pied d^une erreur peut constituer une autre erreur.
Il en est ainsi de la plupart dos théories rêvées au profit de Tordre social ; Tesprit qui les enfante, les jugements dont elles sont Tobjet, sont subordonnés aux lumières, à Fexpérience de ceux qui les conçoivent et de ceux qui les apprécient.
L'égalité des partages est Tune des plus vieilles chimères de rimagmation des hommes. Chez les Romains, Tapplication d'un tel principe donna lieu, sous le nom de loi agraire y aux paralogismes les plus déplorables; et pourtant il ne s'agissait que de terres conquises à répartir entre quelques prétendants, peu nombreux si on les compare à la population immense des Ëlats modernes.
I^ partage des biens est le symbole le plus complet de l'absurdité contenue dans la fausse interprélalion du principe de Tégalité.
DICTIONNAIBB DÉHOCtATIQim. 197
11 est des ohjrts qui , par leur nature, sont susceptibles «le profiler à beaucoup de gens, s'ils restent indivis, et qui, partagés, ne rendent plus aucun profit.
Saint lilartin avait nn petit manteau étroit et court, un manteau de soldat des légions romaines. Il trouva sur son chemin un pauvre tout nu qui grelottait, et à qui il jeta la moitié de son manteau coupé en deux.
Le nécessiteux reçut donc un lambeau d'étofle égal à celui que s'était réservé saint Martin; mais ils ne pos* sédèrent un manteau ni Tun ni Taulre, et ils eurent froid tous les deux.
Que d'utopistes aspirent à réaliser la généreuse méprise de saint Martin!
Rien ne fait mieux ressortir les inégalités forcées de la nature, que Tabusde IVgalité mal entendue. Il a pour conséquence la misère pour tous, et, comme un tel résultat est inacceptable, Tabus de Pégalité donne lieu à des réactions individuelles qui rétablissent ot exagèrent rinévitable inégalité.
On a calculé que la terre distribuée entre tous les citoyens ne nourrirait plus personne; que cette méthode égalitaire, consécration absolue de Tégoisme, anéantirait la société, qui est fondée sur Tassociation,
Physiquement et moralement dissemblables, les hommes ne peuvent être assimilés aux angles droits, tous égaux entre eux. Vous avez des génies plus ou moins aigus, des intelligences plus ou moins obtuses; des caractères hardis, laborieux; des esprits plus ou moins fertiles, etc.
Constituez, parle partage, Tégali té absolue; dès le lendemain, Tinégalité intellectuelle aura reconstitué Tin-
4fS XHCnOBOUIIE BMor.KATfQVE.
égoUtâ des foi'litnes : les plus liabilt»» se rendront les plu^ néce$«iires. les gros aU»arberont les petifs, les forts dcpniiiliejxml leti faibles et leur imposeront de nouvcaa des lois.
S'il y avilit Aes codes parmi \es habitants des rivière?, les brochets y seraient législateurs. Dans la société hu— maine, ce a'esl quVn s'unissent coiJlre les plas forts, ce nVst qu'à l'aide de finég^itilé du non^bre que Ton parvient à neutraliser rinégalîlé intelleeluelFe ou phy-
Cent mille homme armés contre im gn)»pe aristocratique^ et le réduisant à subir régalilé des droits entre tous, spéculent sur Pinégalité du nombre et la consacrent |iar idur victoire même.
Qu*e^-ceqi}e h pn^ponelérance d*nne majorité, sinon \% cunséeratÎMi de l'inégalité an profit dé fa foire nnmëfifoe?
SupjMCOZ que, par une égnfe répartition des biens entre tous les citoyens. Ton fiU parvenu à mettre chacun de BOUS à la léle d^nn revenu d'une valeur à peu près équivalente à trois cents francs : si vous admettez la pOHsibililé de pro|K>rlionner la vie matérielle à un pareil chiffre, votre société mangera peut-être; mais ses destinées seront accomplies quand elle aura Testomac plein. 11 faut même, pour réaliser ce but et maintenir Téqmibbre, décréter l'égalité des désii-s, des santés, des appétits, des forces corporelles, des intelligences; Puni- Imrmilé la plus absolue du régime de vie, et la proscription de toutes les industries susceptibles d^enrichir eeiix qui les exei-ceni.
Mais, grâeeà cette philosophique constitution, la source
du petit retenu de chaciia semil bienl^t tarie. Tontes
les industries de nécefsité s6coii«laire, tous le^art?, toutes les inventions «lu génie humain seraient forrétnent supprimes; et Tinti^lligeiire éianl réduite, comme Hic feSt p«irnii les animaux, à la recherche de la m>Qrritvre, 1â société serait ainsi, grâce à l'égalité altsolne, régénérée à riinage des hétes et assimilée aux administrés de TEn- £uit lV4»digiie.
Telle est 4a conséquence , plus on moins déguisée, de Tégalitë animale, qui, de nos jours, préï»ide à plusienrs systèmes prétendus sociaux, dont Tavénement est un signe avant-cooreur de la barbarie.
Le dernier nuit des doctrines pliilosophiques seraU-3 donc la décliéance de Tintelligence humaine!
Observons que IVgaiité de fait entre les intelligences implique et maintient rabriitisscmonl pai-mi les hordes sauvages. Les nègres du cœur de l'Afrique , les tribus barbares et TAménque sont des agglomérations de bêles butnaifiesà |)e« pi^égalesentt*e elfes quant à la valeur morale. A mesure que les caiiaeités s'échelonnent, ces troupeaux s élèvent à Téiat de société.
Dans la situation aetuoile des sociétés européennes, parveiHies à 4our apogée grâce à la réalisation du principe de légalité sociale, de réj^alilé des droits, le soplit99ne.de régal i lé matérielte, de IVgaîilé moraHe et inéividuelit est un agent de JôcompOâilion sinistre et de décadence fatale.
1^ propre de nos périssables créations est de porter en elles leur germe de mort : régalité a élevé à une haute dignité les menïbres de la famille franç.ii.^e; fégalilé mal entendue et forcée dans ses déductions va tendre au rè-
200 DICTIONKAIRB DÉMOCRATIQUE.
gne dégradant de l'individualisme, de la barbarie, de la force bru laie.
Tel est l'avenir définitif des idées communistes; leurs adliérents, logiciens si absolus dans la déduction des principes radicaux, ferment les yeux de Tentendement sur les conséquences de leurs combinaisons.
Ils prétendent enrichir,- et ils débutent par la ruine ; édifier, — ils aspirent à détruire ; affranchir, — ils ne peuvent se passer de la tyrannie ; équilibrer, — ils anéantissent Tordre social ; associer, — ils désunissent et ils isolent.
L'envie, la haine, le matérialisme, telles sont les racines et les fruits de ces tristes chimères. En proscrivant les inégalités forcées, créées par la nature , ces théories se classent, comme tout attentat aux lois de l'harmonie naturelle, parmi les monstruosités.
Cette logique qui dépouille, qui pille, qui appauvrit la société tout entière, n'est qu'un piège et une imposture. C'est une variété de l'art des malfaiteurs ; c'est le vol à l'argument philosophique.
Si jamais ces cruels paradoxes menacent d'engloutir un peuple sans doctrine et sans croyances. Ton comprendra quelle était la profonde sagacité d'un philosophe chrétien, maintenant endormi, lorsqu'il luttait si éloquemment contre le plus funeste symptôme de la mort intellectuelle et morale d'une société, contre l'iadifférence en matière de religion.
DKTlOlCfAlU PÉSOCBATigCB. M
11 est aisé de se dire légitimiste; se conTmincre et prouver qa^oo Test en réalité m*a toujours paru plus difficile. La raison suffisante de ce parti est plus qu*uDe opinion : c'est un point de dogme, et d'autant plus abstrait qu'il n'est pas écrit dans notre loi religieuse.
Pour souder au catholicisme la doctrine de la légitimité des roisy le clergé a été forcé de recourir aux institutions juives, de commenter les prophètes et d'opérer une fusion de Y Ancien avec le Aouveau Testament.
Un intérêt de caste a été le mobile de ce système : la monarchie hébraïque était théocratique.
Quand les Juifs dégénérés demandèrent un roi, comme les grenouilles d'Ésope, Samuel combattit leur dessein et ne céda qu'à regret, avant de consacrer cette dérogation aux lois de Moïse que Dieu avait (iictées. Ses prévisions était justes : la royauté divisa la nationalité hébraïque et finit par la détruire. Aussi, Dieu ne consentit-il au vœu des Juifs que pour les punir.
Voici comment fut instituée la royauté juive, qui a servi de base à notre doctrine théocratique de la légitimité. Je copie textuellement la sainte Écriture.
cr Les anciens d'Israël vinrent trouver Samuel en lui disant : — Établissez sur nous un roi comme en ont toutes les nations, afin qu'il nous juge.
a Celte proposition déplut à Samuel ; il offrit sa prière au Seigneur.
a Et le Seigneur lui dit : — Écoutez la voix de ce peuple dans tout ce qu'ils disent; car ce n'est pas vous,
403 BTCTfONSAtnK DÊMOCnATîQtE.
mais c'est moi qu'ils rejettent {reprobant), afin que je ne règne plus sur eux.
a C'est ainsi qu'ils ont toujours fait depuis que je les â! tifés de TÉgypte. Comme ils m'ont abandonné pour ôefvir des dieu» étrangers, ainsi font-îls à ^ôlre égard.
et Écoutez donc ce qu'ifs vous disent; maiâ auparavant, déclafez-feur et faites-leur bien comprendre quel sera le droit du roi qui régnera sur eux.
et Samuel rapporta au peuple qui lui avaif demandé ira roi, tout ce que le Seigneur lui avait dit.
ta Et il ajouta : — Voici quel sera le droit du roi qui vous gôutértterâ :
« Il prendra vos enfants pour conduire ses ôhaftots; il s'en fera des Cavaliers et les fera courir devant son char.
* }\ en fera ses offtciers pour cômmartder, les uh§ cinquante, les autres mille hommes. ïl prendra les uns j^our labourer ses champs et recueillir ses bl^s; les âutreisr pour lui forger des àrmeâ et lui construire dés équipages.
a 11 s'emparera de Vo» filles pour s'en faire des pai'fiHneuseé, des cuisinières et des boulangères.
<k il prendra le meilleur de vos champs, de Voë vignes, de vos plants d'oliviers, et il le donnera à ées serviteurs.
« Il vous fei^a payer' là dîmé de vos blés et da devenu de vos vignes, pour en enrichir ses eunuques et ses officiers.
a II prendra vos serviteurs, vos servantes et les jeunes gens les plus beànx, aVec vos ânes, et il les fera travail' 1er pour lui.
« Il prendra la dimç de vos troupeau^, et vous «er^ ses esclaves.
a Et voHS crierez alors contre votre roi, que vous tUr rez choisi, et le Seigneur ne vous écoutera plus.
a hG peuple ne voulut point entendre l{i parole de Samuel. — Mon ! s'écrièrenl-iU, nous voulons un roi qui nous gouverne!
a Pïous voulons être comme les autres nations, arec un roi qui nous gouverne, qui marche devant nous e4 nous mène à la guerre.
a Samuel ayant recueilli ces discours du peuple, U$ rç4it 9l\} Seigneyr.
a (;t 1^ Seigneur dit à Samuel : — Exauces leurs vœux, et placez -les sous le joug d'un roi, »
Telle était, sur le principe de lu royauté, d'après les saintes Écritures, la pensée du bon Dieu ifui a cr4^ rhomme pour qu'il soit libre.
\je premier roi légitime, Saûl, fut déposé en favear de David ; et, quand le Seigneur voulut régénérer U maison de David, il suscita le Christ contre i'esçlavfige et la tyrannie consacrés par le paganisme.
En efiet, ^ésus-Christ, roi prédit par les prophètes, vint déclarer que son royaume n'élait pas de ce monde^ inaugurer la doctrine fraternelle de Tégalité, et prijparer la destruction d^ Tesclavage.
Il n'existe, dans l'Évangile, pas un mot propre ^ éiayer la doctrine de la légitimité { les Actes des ap^es pius les montrent vivant en commun et constitués »n république thçocratique.
J^a4héorie de la légitimité fut T^suvre de l'Église gfiU licane, toute-puissante dans les Gaules» où elle affermit
Tautorité militaire, d*orîgine barbare, sorte de pouvoir ' exécutif commis par elle à sa défense, et par elle consacré, comme Tavaient été parles lévites les rois de Juda.
Cette sanction religieuse rendit le monarque inviolable aux yeux du peuple, tout en subordonnant sa puissance à l'autorité du clergé. Mais Dieu n*est point complice de ce tripotage politique.
Dès que les souverains furent assez forts, ils secouèrent la domination des prêtres, et, à la faveur du régime féodal, ils assimilèrent leurs États à un immeuble héréditaire.
Les évêques les avaient érigés en dynasties, la féodalité les rendit propriétaires du sol et seigneurs suzerains des habitants du pays.
En déclinant la suprématie ecclésiastique, ils ont abattu la fiction du droit divin ; en confisquant les privilèges féodaux sur leurs vassaux, maîtres du territoire au même titre que les souverains, ils ont anéanti le principe de la propriété légitime du territoire.
Ainsi, la question de droit est pour le moins douteuse.
Néanmoins, admettons qu'elle soit résolue en faveur de la royauté.
Dès lors, toutes les conquêtes politiques du peuple deviennent illégitimes, de même qu^ les conquêtes des rois sur la noblesse et* sur le clergé.
Représentant de Dieu sur la terre, un roi de droit divin est maître absolu des destinées de son peuple; il n'a point à compter avec lui, et aucune condition ne saurait lui être imposée, puisque Ton ne peut le détrôner en cas de refus.
Cette évideiite conséquence nous entraînerait assez loin.
Il est très-difficile, je le répète, dans Tëtat actuel de nos mœurs, imprégnées de la philosophie évangélique, d'être réellement et logiquement légitimiste.
Nos anciens rois, en montant sur le trône, prêtaient un serment entre les mains du clergé, qui représentait le Ciel ; ils n'avaient aucun pacte à sceller avec le peuple. Du jour où ils ont traité avec la nation, dont ils constatèrent par là Taiitorité légale, ils ont transigé avec le principe de la légitimité.
Louis XVf, roi constitutionnel, n'est plus qu'un fonctionnaire chargé d'exécn ter la constitution; en jurant de la maintenir, il reconnaît que sa couronne et subordonnée à sa fidélité au contrat accepté.
Ainsi, pour être légitimiste, il faut faire abnégation de ses droits de citoyen ; il faut être doué d'une foi religieuse très-robuste et à peu près aveugle ; il faut reconnaître que la France est le patrimoine d'une race à qui Ton est redevable de tout ce qu'on possède ; reconnaître que toute justice, que tout contrat social émane de la royauté, et que toute atteinte à ces principes est une impiété.
Tel est partisan de Henri V, qui n'est pas plus légitimiste qu'un partisan des Bonaparte ou du comte de Paris : ce sont là des opinions; la légitimité est un dogme qui ne peut fléchir dans aucune de ses conséquences.
Or, le clergé, les peuples, les mis, ont tour à tour porté atteinte à ce prétendu dogme. Le pape Zacharie a déposé les Mérovingiens; Hugues Capel a détrôné l'héritier de Charlemagne; le peuple a renversé Louis XVI
et' Charles \ ; Pic VU a sax^ré P^polëpo, pui« r^onnu Louis XVIII ; un autre pape a reconnu Louis-Philippç, j^i le piergë, par ses prieras, cousacre la légitiopité 4f Ja République.
Sera-t-on plus légitimiste que l^srois, et plu9 Qviho^ 4Qxe que le pape, qui pe peut faillir?
)1 ne reste donc à évoquer f^n faveur de la léjgitin)ité| q\ie des arguments tout rationnels ; Fintérét politique et Topportunitc.
Dès lors, le chef de la oraison de Bourbon est assimilé à tons les prétendants ; disons plus, à tous les citoyens.
L'opportunité est loin de se déclarer en 69 faveur : nous voulons la démocratie, La politique européenne e)(clMt ce prince; la raison nous fait douter qu'il soit Iç plus digne. Depuis vingt-huit ans qu il est au monde, î) )[|'a rien produit de remarquable, et ses partisans iDpnfessent euip-mêraes sa complète médiocrité.
Les dévots de Is^ légitimité s'efforcent de le rattacher |iu souvenir de son homonyme Henri IV; çomparaispii qi^i prête beaucoup au ridicule,
Rien ne sembla mbins redoutable, de iio^ jours, qi|e i^ fuperstition légitimiste. Le principe qu'elle établit fierait revivre la distinction des castes, et reconstituerait l'aris» tpcratie nobiliaire, aussi bien que la suprématie politique de«i prêtres. Ces opinions sont loia de nos mœurs,
La légitimité a pour conséquence l'abdicatiori du pea»* pie et l'anéantissenient de tous ses droits : quiconquç transige avec la pensée d'une autocratie absolue ne peut S0 dire légitimiste.
Par le temps qui court, ce parti n'est alimenté que par quelques niembres du clergé, par quelqt^ef^ dé?ot#
njCTIOTOAIU PÉmCSiTIQUV* |Û7
tipiijes e^ peu éclairés; enfin par quelques f^nlillilres de province, rêvant du souvenir des droits seigneuriaux, gui leur appai^^^nt comnie inséparables de la légitimile des rois.
De plus, le légitimisme a pour adhérents les bour* geois-gentilsborames. qui ont un intérêt d^amour-propr^ h dissimuler leur extraction plébéienne et s'imaginent que cett^ opinion est bien portée.
L'engouement du moyen ^e, Walter Scott et le ror manlisme ont poétisé cette légitimité d*app&rat| quî prend son rang parmi les vieux oripeaux galants des troubadours de TEmpire et de la Restauration.
La fiction légitimiste exige une foi peu commune ; un vrai légitimiste est convaincu que la République n*existe pas, que Louis-Philippe ne fut jamais roi, que Louis XVIII régnait du temps de Napoléon, qui, lui, n'était pas empereur; enfin, que cet an de grâce 1648 est le quatorzième di| règne de Henri Y sur la France et la Navarre.
C*est le propre des mystères que d'échapper aui sen? du vulgaire, et d'être supérieurs aux forc^ de la roisen liumaine.
OAUÉANX8TSS.
La superstition légitimiste éteinte, le principe rop*narchique subsiste; mais les dynasties expirent. En effet, du moment que le préjugé religieux cesse de leur conférer le privilège de la royauté, il n'y a plus aucune raison pour que le fils d'un souverain lui succède au tr^ne, La quaai^Jégitimilé est un noii-sens.
De qui le dernier roi tenait-H sa couronne? de la délégation populaire. Qui la lui a ravie? le peuple.
La royauté, dès lors, était assimilée à un emploi inamovible, sauf le cas de forfaiture. Du jour où l'on a reconnu qu'un monarque était le premier fonctionnaire d'un État, les dynasties ont été blessées à mort.
Voulez-vous encore du droit divin et de la légitimité pure? prenez le duc de Bordeaux, un jeune homme inconnu, sans expérience, que Dieu, dont il sera le mandataire, se donnera sans doute la peine d'éclairer.
Mais, constituer un simulacre de légitimité au profit d'un enfant dépourvu de tout droit, et lui confier le dépôt de la souveraineté nationale, ce serait une folie bizarre, et la moins spécieuse des inconséquences ; ce serait obéir, par servile imitation, à une vieille routine monarchique.
Telle est notre prévention en faveur des anciens usages et des abus surannés, que nous n'avons pas assimilé à la démence, la bizarre imagination d'un jeune homme qui s'avisa un jour de prétendre à être empereur de France, parce que son oncle Napoléon l'avait été.
Que l'on nous entretienne de la royauté du comte de Paris, cela parait tout simple ; mais si l'on nous proposait de placer sur le trône un citoyen d'une haute vertu et d'un génie éprouvé, chacun se récrierait à l'envi, tant ce dessein paraîtrait burlesque et insensé.
Être vraiment républicain, c'est non-seulement proscrire les rois, mais c'est en outre comprendre qu'il n'existe pas de familles royales, et que l'héritier d'un prince, s'il est dépourvu de valeur personnelle, est un prétendant plus absurde, moins possible que le plus
DICTIORICÂIU DftXOCEATIQrB. 209
humble des citoyens qui possède un mérite remarquable.
Les prétendants à ta souveraineté en sont plus éloignés que le commun des citoyens, qui sont légitimement investis d'une portion de la souveraineté nationale.
Ces idées ne sont pas loin de pénétrer dans nos mœurs ; car si le principe de la légitimité , sophisme échafiaiudé par les siècles , a gardé quelques partisans soutenus par une conviction superstitieuse , en revanche la branche des Bourbons-Orléans est tombée sans laisser de racines dans le sol.
J'ignore quel destin Dieu réserve à notre patrie ; mais on peut afjfirmer que le lendemain de la révolution de Février , en dehors de quelques intérêts froissés et de certaines espérances égoïstes, il n'existait pas en France un orléaniste sérieux.
BOWAPAaTIBTZS.
a Les manifestations publiques qui s'exercent autour d'un nom propre (écrivions- nous il y a quelques mois) sont contraires au sentiment républicain. .. Les clameurs qui exaltent le nom d'un homme risquent de désigner un despote; elles accroissent, non sans péril, l'importance de l'individu. Sous l'empire de la démocratie, les individus doivent s'effacer devant les principes.... La liberté ne se nomme jamais ni Pierre ni Paul., etc.. etc..)»
Chaque fois que les principes de la démocratie se' trouveront transgressés , il en résultera un danger réel pour la République ; et s'ils viennent à être continuellement méconnus , la République mourra.
Noua le savons, et nous poursuivons n^tre œuvre «v^e sincérité : si notre voix, trop faible pour se faire entendre au milieu des passions déchaînées , est réduite à prèclier dans le désert, ce travail intègre et deJ»onne fui, ^n traçant les condilioQs morales de la dëniocratie , servira du inoins à Tbistorien de nos discordes. Nous aurons dit comment la démocratie peut vivre; nous indiquerons comment et pourquoi la liberté aura péri.
Naguère encore, il n'était plus question des bofwparr tilles i mais depuis, une partie du peuple, en subofr donnant les principes de la démocratie à une question de personne, a rendu des forces à tous les partisans de la royauté,
A cette heure, il y a des orléanistes, des légitiôiûies et des bonaprlistes.
Ces derniers seuls sont en possession d'une certaine popularité. La lutte est ouverte entre le despotisme militaire et la démocratie; entre deux politiques; la guerre européenne, et la paix du monde.
Trois représentants de la dynastie impériale son( au ^lilieu de nous : un seul a par deux fois affiché des prétentions au trône; c'est celui que les passions réactionnaires ont exalté.
Qn par](3 aujourd'hui d'une République K^foiicx^ ^l^m^ : imposture ou ineptie. Saps loyauté, sanç intelligence , sans édiKatipn politique , point dç déipocratiç possible*
l^e premier devoir du gouvernement démocratique, i;'éiait de travailler à l'instruction des masses. Dès le premier jour, les anarchistes ont bien su se hâter d^ les pervertir ; on n'a rien fait encore pour les cwtrc-»-
tHCTlOlIllAftB DÉVOCftATfQCt. tif
cânr«r, ei, dans ce pays sans doctrines, sans ddacation civique , Tordre est à la merci des criminelles sëductions de rintrigne et du mensonge.
Un peuple sans convictions, sansfhité, sans discernement , n^est point propre an régime démocratique ; il est fait pour obëir, et il attend un maître, faute duquel il perdrait son indépendance et sa nationalité.
Certaine vieille superstition d^orgueil nous persuade que le monde entier nous contemple, nous admire et nous choisit pour modèles.
Or, depuis soixante ans, nous avons traversé la mo« narcbie pure, la royauté constitutionnelle, la Képubli* que , le régime oligarchique , le despotisme , la roya^uté tempérée de i-8i5, la royauté élective de i850, et nous sommes revenus à la République.
Quelle tâche laborieuse nous aurions imposée au monde !
Néanmoins toutes ces fluctuations se réduisent à la lutte de deux principes : la monarchie contrôla dém<H cralie,
EnGn le peuple a conquis Tobjet do ses longs efforts ei proclamé sa souveraineté.
1] ne saurait Fabdiquer maintenant que de son plein grét et il signerait lui-même un démenti qui consaere* rait sa déchéance et son déshonneur.
Si la France républicaine appelait jamais un despote, elle constaterait, après avoir fait prévaloir ses droits, son incapacité à les exercer. Devenn le dernier de tous, ce peuple serait pour jamais asservi.
Telle «si èonc la situation qui nous est faite, par
âi2 DlCTlONIiAIEE DfiMOCBATIQUB.
rexhiiination du bonapartisme, dans VéM réellement républicain de l'opinion publique.
Un empereur, un roi, un président élu en vertu de son nom dynastique, et parce qu'il a prétendu à la couronne, ne pourrait se maintenir qu'à la condition d'un génie éclatant, universel. Olez-lui le prestige militaire de la gloire, il tombe en quelques mois devant ses compétiteurs.
Mais, une fois réintégrée, la monarchie flottante cherche un appui dans un principe stable en apparence : la légitimité le fait briller, et les Bourbons se relèvent avec leur entourage suranné, leur irritant esprit de réaction, leur cortège aristocratique , et tous ces éléments de division, propres à grossir un parti de mécontents, exploités de nouveau par une quasi -légitimité qui . ne renoncera jamais à l'espérance. Nous voilà réduits à graviter dans un cercle vicieux.
La République avait anéanti tous les prétendants ; le bonapartisme les a tous réconfortés et momentanément groupés contre un ennemi commun.
Entre plusieurs prétendants , le plus proche du succès est toujours le plus ancien. Une troisième Restauration n'est possible qu'après un second essai de l'Empire; récemment tombée, la maison d'Orléans n'est possible qu'après que ses concurrents auront fait oublier ses fautes et assumé les rancunes dont elle est l'objet.
Je ne sais si ces prévisions semblent trop chimériques ; mais d'ordinaire l'intérêt est bon juge en sa propre cause, et les orléanistes, comme les légitimistes, se livrent très-hardiment à ces sortes de déductions.
Quoi! dans l'espace de quelques années , rapides ,
BICtlONfrAUl DÉXOCaATiQCI. 215
nous serions destinés à revoir tour à tour le gouveniement représentatif, TEmpire, la Restauration et la régence d'Orléans !
Pourquoi pas ? la République vient d'abattre Louis- Philippe comme autrefois elle a renversé liouis XVI, et déjà Ton a parlé de faire un Ronaparle président, premier consul, peut-être....
Si le livre des destinées de la France n^a plus à insérer dans l'avenir que les réminiscences du passé, table des matières construite en remontant de page en ^age, alors tout est accompli pour elle, et le livre est achevé.
La vie , le salut de la patrie, sont inséparables de la ^République : le jour où nous y renoncerions, après Yavoir poursuivie de tous nos efforts à travers soixante ans et trois dynasties, la France s'écoulerait au milieu ^'un concert immense des huées de l'Europe et de Tuni- Ters tout entier.
Absence de gouvernement. Sous le dernier roi , Ton écrivait en style d'avocat général : V hydre de t anarchie. Jj'hydre de Vabtence de gouvernement.,,, locution ingénieuse et surtout fort claire !
L'anarchie persistante a pour conséquence le désordre, la violence , le pillage et la destruction d'un État. En de pareilles extrémités, la tyrannie est susceptible de devenir l'unique remède propre à sauver une société qui se meurt. Tel est le principal danger de Tanarchie*
ii4 BiC:¥iO!>iprAinfi démocràtiqtjs.
NapoléOrt disait:—^!! esl plus facile d'organiser une rdpnblique sûn$ anarchie^ qu'une monarchie sans despotisme.
Ce grand homme était fort expérimenté en €es malières, et H est doux de recueillir sur les lèvres de César une condamnation aussi formelle du principe monarchique.
L'anarchie ne peut être qu'une crise passagère , à moins d'entraîner la perte d'un empire. Elle n'est point inconfipatible avec Tordre, mais elle est incompatible Avec la durée de Tordre ; et elfe anéantit la sécurité , qui a besoin de garanties.
Quand lé gouvernement est trop faible pour que sonj âétion se fasse sentir, quand il est inhabile à organiser, htipuissantà réprimer, sans initiative pour diiîger ou |)révoir, lorsque des pouvoirs rivaux se neutralisent en éé disputant des attributions en litige, alors Tanarchie domine eu fait sous un pseudonyme quelconque.
Sous Tancien régime, Tanarchie s'est presque con-j stamment produite durant Tespace compris entre lai fuite à Varennes et le 21 septembre 1792. |
Les systèmes politiques hybrides et transitoires sont| plus proches de l'anarchie que les gouvernements fondés sur un principe simple. Dans les royaumes constitutionnels, la division des pouvoirs est un germe de collision et par conséquent d'anarchie.
L'absolutisme et la démocratie nettement constituée! excluent Télément anarchique.
(^uand Tanarchie, c'est-à-dire l'absence de gouvernement régulier, devient compatible avec Tordre et| n'enfante aucune violence, c'est un signe que l'esprit
DICT101T9AUIB DÉHOCEATIQOB. tlf
public est excellent, que le pays, ainsi livré à lui-mèmei est très-cclairë et que les mœurs sont appropriées au régime dcniocratique.
Paris, dans de telles conditions, a donné, an monde un spectacle unique et sublime en restant calme pen** dant près de quatre mois, dans un état d*anarcbie pair sible, sans qu*il' en ait résulte une rixe, une seule atteinte aux droits des citoyens.
Autrefois les Ëtats-Unis ont, d'un commun accord, maintenu une anarchie régulière pendant tout le tempf qu'on élabora la constitution du pays.
Tant de sagesse et d'intelligence bonore rbumftnitë ( rien ne prouverait d'une manière plus péremptoire, que rheure a sonné où la souveraineté d'un peuple est devenue légitime.
En de telles conjonctures , il est plus facile et plus opportun d'organiser la démocratie , que de risquer de fomenter le despefîsme en restaurant des tnonarcbies.
Comme l'anarchie régularisée par l'accord spontané de chacun et de tous, est l'expression la plus exagérée de la démocratie 9 une épreuve de ce genre conduite pette conclusion, à savoir, que la meilleure forme d# gouvernement doit être dorénavant celle qui confère tê liberté la plus étendue, et qui met en pratique les pimf laides conséquences du principe démocratique* •
Telle a été notre pensée dès les premiers jours , et Texpérience en a déjà constaté la justice. L'anarchie «0 saurait renaître que du chef de ceux qui tenteraient de faire violence à l'opinion publique, c'est-à-dire que sous l'influence des démagogues, des politiques rétriw girades imbus de préjugés mouarebifues» ou to JU^é-
raMes intéressés à la destruction de tout ordre social Dans une circonstance forcée, Ton subit Tanarchie, mais on n'y recourt jamais de parti délibéré. Quelquefois il se trencontre des révolutionnaires qui aspirent à changer la forme du gouvernement : leur dessein est de remplacer, non d'anéantir.
L'anarchiste ne veut aucune autorité régulière ; il détruit Tordre et déchaîne les plus violentes passions. S'il n'est pas insensé, il est le plus hypocrite et le plus criminel des hommes, car il prétend immoler la société à l'insatiable avidité de son orgueil et de son ambition.
Point de pitié pour l'anarchiste ; il est l'ennemi public et contient ou nourrit le germe dont procèdent les tyrans.
TSMPOaAZAES (Fonotioiii).
Les hautes fonctions politiques, qui rendent les ci toyens dépositaires d'une portion de la souveraineté, ne peuvent être indéfiniment aliénées sans danger pour la liberté : le mandat qui les confère doit être à courte échéance.
Il e» est autrement des emplois administratifs et ju-^ diciaires qui comportent un noviciat, une hiérarchie et des études spéciales.
Ici, le principe de l'élection ou de la nomination tem^ poraires seraient des gages certains d'incapacité et la consécration d'une injustice flagrante.
En effet, l'on cesserait d'étudier les lois et les insti--
BiCTIOlfNAlKI DtNOCRATIQVI. Î17
tutions administratives ou financières si leur apprentissage ne devait plus conduire à des carrières .stables. Personne ne consacrerait les années de sa jeunesse à des travaux spéciaux , s'il n'avait à en retirer d'autre fruit que Téventualité d'une magistrature de deux ou trois ans.
C'est avec étonnement que j'ai lu dans le projet de constitution de M. de Lamennais : — Les membres du conseil d'État, les juges des tribunaux, les juges de paix, les membres de la cour suprême (cour de cassation) et de la cour des comptes seront élus pour trois ans... etc.. L'auteur applique cette mesure aux administrateurs des départements.
Une telle organisation ferait des juges ignorants et des magistrats de basard.
Il faut quelques années pour acquérir le talent de bien administrer et l'habitude des affaires, qui seraient, de la sorte, incessamment confiées à des hommes novices et dénués de qualités pratiques.
Qui donc se condamnera à pâlir sur l'étude du droit public, si ce labeur stérile ne conduit à aucune carrière?
Qui consentirait à renoncer à ses occupations, à l'état qui lui donne du pain, pour exercer une fonction triennale, à la suite de laquelle il verrait sa vie brisée et ses services rebutés?
Quel sera l'homme assez follement zélé pour s'attacher, de tous les efforts de son intelligence, à devenir bon administrateur, bon magistrat, si le fruit de l'expérience acquise et de la capacité reconnue doit être pour lui une retraite immédiate?
<I8 DfCTioiivA»! DCnocRAnoen.
Quelles cajoleries ne feront pas tf u pouvoir, quelle servilité ne déploieront pas des hommes contraints à sol- Ji^ter sans cesse de nouvelles faveurs, à peine de mourir 4e faim! et d'autres hommes |)erpétuellement invités à Tintrigue, à Ja bassesse, par le désir ou le besoin de ronger quel([ues bribes des emplois publics, dépecés et oÇerts sans relâche à la voracité publique !
Que deviendront le sentiment de Thonneur et la dignité des magistrats, lorsque leurs charges ne donneront plus aucun rang, et que les titras qui les représentent seront avilis par la banalité I
(1 serait dangereux, je le crois, de s'engouer outre mesure du principe de la courte durée des emplois pu* blics, et de Tétendre jusqu'aux carrières inteliectuellcs et spéciales .
La République, qui se propose d'organiser, de régulariser, d'assurer le sort des travailleurs et de leur ga^ rantir l'existence, ne saurait excepter de sa justice pa*ternelle les serviteurs immédiats de l'État, les ouvriers qu'il emploie à l'entretien, à la conservation de l'ëdilice social.
11 serait de toute iniquité que les fonctionnaires, seuls frustrés da toute garantie, devinssent les j^ias et les aventuriers de la société française.
BOU8XVOOT8.
Ce sent de petits chapeaux en cuir verni dent se coif* feBt les marins.
£q 48ôi, la jeunesse parisienne s'engoua des chapeaux de matelot; et comme la jeunesse, trèe-libérale
DICTI08NÀIAX DfilfOCBATlQVB. tif
d'ofdinairé^ élait aloi*s fort mêlée aux agUattons da 1% nue, ies bousingots furent bientôt signalée canine ée$ iparques de républicanisme.
La mode des chapeaux de cuir passa très-vita ; elU était laide : ce n^est pas* un motif péremptoire. En outre, elle était trpp éçonom^nè pour séduife ]a classe élégante. Elle n'en fut que plus populaire un moment. Mais Je moi survécut à la chose» e( Ton contioua de gu^li(i^* de bousingots les démocrates avancés et sh9? pects d anarchisme.
Pour le tamerlan minislériel, le député de Toppositio^ était bôusiugot. Ce dernier qualifiait de bousingots le« républicains avoués. Aux yeux des républicains purer* ment théoristes et philosophes, les pai'lisans de Finsurrection étaient des bousingots.
De là ridée d'exagération attachée à ce terme, cominunénifint employé à désigner, les démagogues.
On l'a appliqué à si grand nombre de gens et de nuant ces d'opinions, qu'il n*a plus de signification précise, et qu'il est tom))é, du vocabulaire usuel, dans 1^ glossaire du vieux langage.
On désigne de la sorte les magistrats qui particij^^nt au gouvernement de la république.
Ce mot n'est usité qu'au pluriel. Personne ne peut être, isolément, qualifié de gotwernaat sous un régime démocratique, ni même sous un régime constitutionnel! eu le rai règne et ne gouverne pas.
Les gouvernants ne justifient de leur titre^ qu'à Ia
920 DICTIONNATRE DÉMOCRATIQUE.
condition d'agir de concert et d'être réunis. L*action individuelle est nulle, et voilà pourquoi aucun fonctionnaire ne peut, sans contre-sens, être qualifié de gouvernant.
rVSZUiABSS, OUZULOTZirADSS, ETC.
Remontez à Torigine des substantifs dérivés du noiu des divers instruments de supplice et de mort, vous retrouverez par ordre chronologique le tableau des grands crimes politiques, et vous aurez, eu un seul mot, l'explication de la ciiule des pouvoirs qui ont dominé tour à tour.
Tels sont les mots : arquebusades, dragonnades, fusillades, noyades, mitraillades, gnillotinades... ^
L'obligeance des Espagnols, qui nous ont prêté leur autO'da-fé, a quelque peu nui au succès du substantif grillade. Mais lanterner nous a dédommagés en nous offrant une piquante variété du genre.
Ces diverses expressions fourniraient de bons titres de chapitres à une histoire de la barbarie.
Observez que nombre de ces termes, qui semblent appartenir à la lexicologie militaire, ont été fabriqués dans les rues et non sur les chujnps de bataille. On ne parle guère dans les camf s de dragonnades, ni de mitraillades, ni même de fusillades. Ce pluriel sent Témeute et la guerre civile.
D'ordinaire, c'est à leur naissance et aux approches de leur chute que les gouvernements ont donné lieu à ces inventions néologiques. Le sang empourpre leur triste aurore et leur crépuscule.
DICTIONNAIIK BÉMOCRATIQUK. 221
Ces mots, les circonstances qu*ils rappellent, démontrent que, jusqu'à ce jour, il n^a existé aucun gouver- Dément fondé sur le vœu national et accepté par le peuple unanime en son adhésion.
Tant que les principes de la démocratie ne seront ni faus>és, ni restreints, ni confisqués, les mots sanglants resteront en désuétude. L'histoire est là pour nous retracer le péril d'augmenter la collection de ces ternies luguh'res, épitaphes que le peuple prépare aux tyrannies en leur creusant des tombeaux.
La mort ne saurait présider à la vie des sociétés. Gloire et bénédiction sur notre République, qui a fondé son règne paisible sur la fraternité et Thumanité!
PARTSlffUS.
On sait ce que le dédain de la caste noble avait désigné sous ce titre. Ce mot est destiné à changer d'acception. Dans un État démocratique, tous les emplois élevés, toutes les positions éminentes doivent être occupés par des />arré7ie/s.
Un homme distingué devient ministre; il faut s'habituer à cette pensée, qu'il n'est pas venu au monde avec un portefeuille sous le bras. Grâce à des talents reconnus, il est, de grade en grade, parvenu au faite de la hiérarchie administrative.
Le mot parvenu, substantivement employé, est une de3 expressions les plus caractéristiques de l'ancien régime.
Pour les courtisans d'autrefois» Catinat, Colbert, Jean Bart étaient des parvenus. De nos jours un Hohan, un
Montmorency qui brigueraient sans aucun mérite une charge supérieure, seraient à nos yeux des parvenus, ,
Ce qui déconsidérait un parvenu d'autrefois, c'était Torgucii insolent joint à la médiocrité. Les mœurs cher valeresques, féodales d'origine, réagissaient, à Tai^e du terme méprisant de parvenus, contre la suffisancei et la morgue des hommes d'argent.
Par malheur, le préjugé de race atteignait des roturiers de grand mérite, et le mot de parvenus était tour à tour une juste critique ou une injure condamnable.
Dans le siècle où nous entrons, il reste bien quelques vestiges des ridicules des anciens parvenus ; mais le terme ^e répond plus à Tidée et doit s'effacer tout à fait,
MOB.6V1: psT «inpnsAxrcs.
fr Ce qui faisait jadis les parvenus' méprisables, c'était 1^ mauvaise éducation, et le ton suffisant de ceuii qui ^'élevaient à un rang dont ils étaient indignes.
Issus de la classe bourgeoise, ils affectaient à son égard des airs de supériorité, et ils singeaient la gran^r ! ^ deur, avec une impertinence de mauvais goût.
Le parvenu qui déprise et humilie ses égaux de la veille, est d'ordinaire plat et médiocre. Son cœur e9t vicieux; la pureté ^u cœur est un des éléments de la belle éducation. L'insolent dans les honneurs prouve qu'il u'est pas né pour eux; il irrite; il déconsidère les fonctions dpnt il est dépositaire.
Si nous touchons h cette matière, c'est parce qu'il s'y rattache des principes sérieux, et qu'il y s^ là des écuçils à éviter.
DICTI01V5ÀIKB DÉMOCKATIQtE. i2S
Reconnaissons que la bourgeoisie, comme on disait naguère, a beaucoup contribué à la chute de la monarchie de Louis-Philippe, qui avait semé nombre de haines et de ressentiments implacables.
Le gouvernement de Juillet avait mis au pinacitf quantité d'hommes nou veaus, pûn;^t/s qui eurent bien* t6t pour ennemis tous leurs anciens amis.
Le ton arrogant, la morgue dédaigneuse des fonctionnaires du dernier règne, étaient si insupportables, avaient blessé tant de gens, que lors de la chute de ces gentilshommes du hasard, la société s*est sentie vengée.
Il faut avoir fréquenté ces bourgeois réussis, ces médiocrités fortunées, pour savoir à quel point ils s'étaient rendus antipathiques; pour apprécier combien Paversion qu'ils s'étaient attirée a contribué à préparer leur chute.
11 est très^fàcheux que les titulaires des emplois publics soient déconsidérés par le ridicule et par la répuU sion générale : dans l'intérêt du nouveau pouvoir, il pst opportun de rappeler aux gens appelés h devenir les fonctionnaires de la République, Teiemple cle leurs prédécesseurs.
Ces illusions de Torgneil, fruits de la sottise et de la mauvaise éducation, proviennent du préjugé tout monarchique qui assimile les emplois à des dignités, à des privilèges constitués au profit des individus; tandis que les fonctionnaires sont les commis et les serviteurs de la nation.
S'ils se sentaient les délégués du peuple, au lieu de s'en croire les patrons et les chefs, ils seraient modestes à l'égard de la société qui daigne les utiliser.
Comme Texistence des plus hautes fonctions ne saurait
iài DICTIONNAIRE DÈHOCRATIQUK.
être incompatible avec le sentiment de IVgalitë et de la fraternité, la suffisance, la roideur de ceux qui les exercent, dénaturent Fesprit de nos institutions.
Quand les gens en place sont déplaisants, bouflis et gourmés, ils donnent à chacun le désir de les renverser, et fomentent ainsi, à leur insu, des sortes de conspirations permanentes, insaisissables, et actives bien qu'elles soient presque involontaires.
Laissons aux seuls Tiircarels de la finance, aux agioteurs gorgés d'or, le monopole d'une insolence qui contribue à renforcer le juste mépris qu'ils inspirent.
Les organes du gouvernement doivent le rendre aimable en leur personne. Il leur appartient de prêcher d'exemple le dogme évangéiique de la fraternité, et de prouver, par la simplicité de leurs mœurs, que les plus élevés en grade sont les serviteurs des serviteurs du peuple, dont émane la souveraineté. Commander, c'est obéir.
Désormais il sera difficile aux agents du gouvernement de maintenir leur autorité, s'ils ne captivent la bienveillance et l'estime de tous ; il leur est interdit de trancher du maître avec leurs commettants.
Souple, obséquieux naguère avec les électeurs de son arrondissement, le député n'a plus personne à dédaigner, car chacun fait partie du corps électoral ; les allures dédaigneuses impliquent la vulgarité de l'intelligence, la petitesse de l'esprit et la bassesse de Tàme.
Il ne faut pas, si l'on veut que les fonctionnaires soient honorés, qu'ils se revêtissent d'un emploi, comme on endosse une livrée; ni que le citoyen qui revient auprès d'eux chercher la main d'un ami, ne trouve plus
DICnONNAIRK DAMOCgAtIQUK. 225
que la dérisoire importance d'un laquais jouant au Nouveau Seigneur.
Dans un pays libre et bien administré, la mendicité est un délit.
La mendicité est incompatible avec les principes de la démocratie. Qu le nécessiteux est hors d'état de travailler, et il a droit à ohtenti* des aliments de ses frères; ou bien il est apte au travail, et ne peut sans improbité vivre aux dépens d'autrui.
Si la société et les citoyens accomplissent leurs devoirs, la mendicité est impossible.
A mesure que le^peuple élargit le cercle de ses droits, cette plaie sociale tend à se cicatriser. Sous les régimes despotiques corroborés par l'existence d'une aristocratie, les mendiants pullulent. Callot nous a transmis dans ses gravures piquantes le tableau de la situation des vieux soldats de son temps. Puisque les défenseurs de la patrie, couverts de blessures, n'avaient d'autres ressources, sur leurs derniers jours, que la pitié publique, on peut supposer que les indigents fourmillaient.
Dès que le sentiment de l'égalité introduisit dans nos institutions sa philosophique influence, on s'occupa du sort des malheureux, et l'on s'efforça de les arracher à une profession parasite qui avilit la dignité humaine.
Des asiles furent ouverts, des hospices, des ateliers furent créés, et la philanthropie releva les parias de leur déchéance.
iM DTCTI09NAIR1 DÉHOCRATtOTTti.
Sealement, comme la monarchie se perpéiuaîl encore dans nos mœurs, la faculté de vivre était considérée, non comme un droit, mais comme une faveur, pour ceux que leur destin réduisait à Tattendre de la bienfaisance publique; et, pour être admis aux grâces de la providence humaine, il fallait des protections. La philanthropie pétrissait moins de pains qu'il n'existait d'affamés, •
Mais elle avait déjà le sentiment de Finconséquénce amère impliquée dans ce mot : la mendicité; et, choquée de l'accusation qu'il renferme, elle avait décrété l'abolition de fa mendicité, réprimée dès lors comme un délit.
Depuis nombre d'années, on aperçoit, à Tentréc de la plupart des communes, ces mots écrits sur des poteaux : la mendicité çst interdite.
Supprimer un remède, c'est affirmer qu'if à cessé d'être utile et que le malade est guéri.
Ces arrêtés municipaux signalent donc la plus sublime victoire de la civilisation; ils se traduisent ainsi : « Cette commune, cette cité a du pain pour tout le monde. »
S'il en est autrement, le poteau est un monument de la plus inepte férocité; car le sens de l'affiche est celui-ci :
a II est interdit aux pauvres de ne pas mourir de faim... »
11 est impossible d'abolir la mendicité sans supprimer la faim, et l'unique moyeji d anéantir la faim, c'est de la rassasier.
Plusieurs mois se sont écoulés depuis la restauration
BtcfuamàMU DtsocaATiQVB. tu
dç la République, et les rues sont encombrées de â* (oyons, membres de la aouTerainet^ française, ^ ai teii» dent la maio aux passants.
Qui faut-il accuser?
Nous avons tu des femmes, pAles et amaigries^ ëtretr gnant sur leur sein des enfants en haillons. Lear plaoa est ailleurs que sur les trottoirs où elles inyoquent la pitié. Elles n*auraient pas dû y rester un ^uart d^heure. A quoi servent donc les crèches, les ateliers, les huapires !
Des hommes sains, vigoureux, dans la fleur de rage» arrêtent les gens qui vont à leurs affaires, pour leur conter à demi-voix un affligeante histoire ou une tàUit indécente qui se termine par un appel à la générosité.
Ces nécessiteux sont-ils donc des mendiants voloov t^res préférant trafiquer de leur dignité en spéculant sur la chai'ité, plutôt que d'affronter U fatigue des lar beurs communs? Eu ce cas, réprimes ce délit de la fainéantise, et supprimez cette dép;radante spéculation» Il est à propos d ajouter que Taristocratie ouvrière, qui tend à imposer des augmentations de salaires ^xor* hitantes, et h rendre par là la consommation moins gé* nérale et plus restreinte, travaille à réduire le nombre des ouvriers employés, et à confisquer les ressources de la famille des prolétaires. Les grèves, moyen d'oppre&f sioB entre les mains des ouvriers aisés, réduisent au dénûmeni les plus pauvres, ceux qu'elles contraindront plus tard à mendier.
Tout ce qui fait surenchérir les produits industriels, diins un moment où la fortuné publique est en souffrani:^, dii^inue la consommation, rar4fie 1#8 comman*
des, et, par cousëqueiU, laisse un ceriain nombre de travailleurs inoccupés.
De là provient que certains groupes ouvriers font de la politique de requins, en constituant à leur profit une petite féodalité de travailleurs privilégiés : leurs frères, dépouillés par eux, en viendront au dilemme affreux du pillage ou de la mendicité.
Quant à ces êtres étiolés, à ces corps mutilés, à ces phénomènes monstrueux, à ces estropiés, à ces manchots, à ces iculs-de -jatte, qui étalent dans les lieux publics, aux regards des enfants et des femmes, leur effrayante misère, leurs plaies vives et leurs moignons affreux, des asiles ont été créés pour eux : que n^y sontils recueillis? Pourquoi laisser le spectacle de ces nudités sous les yeux des jeunes filles, des femmes enceintes, dont l'imagination frappée risque d'enfanter quelque monstre, et des étrangers, qui peuvent exploiter contre nous rincurie de nos administrations ou Tégoïsme de notre morale?
En laissant à la merci de la charité publique ces êtres déshérités de la nature et hors d'état de pourvoir à leurs besoins, l'autorité, infidèle à son devoir, justifie la coupable industrie des fainéants propres au travail, qui exploitent l'aumône comme plus productive et moins pénible à gagner.
Il est des gens qui se refusent, il en est qui sont impropres à accomplir la mission de l'ouvrier : ils ne doivent mendier ni les uns ni les autres.
Toutefois, pour résoudre cette question, cessons de la prendre au rebours et de procéder, comme on le fait dans les départenients, pai* des interdictions déplacées.
DICTlOmiAimi BftHOCIATIQDS. SS9
Ce n*est point par là qa*il convient de commencer : quand on aura dirigé vers les ateliers et utilisé tous les prolétaires sans ouvrage, diU-on, pour y parvenir, organiser des armées industrielles au profit des grandes entreprises d^intérêt public, procédé qui a immortalisé, par des œuvres gigantesques, le nom des Romains ; — quand on aura recueilli et défrayé tous les incapables, tous les infirmes, la mendicité sera éteinte, assimilée de droit à un délit de fraude, et sujette à répression.
Alors, il deviendra aussi inutile d'inscrire sur des poteaux Tinterdiction de la mendicité, qu'il serait superflu d'y placarder aujourd'hui l'interdiction de l'usure, de la violence et du vol.
mAMOmMIUTÈ.
La conscience, l'impartialité, l'équité de la magistrature, ont l'inamovibilité pour sauvegarde et pour garantie.
Il est essentiel que la justice soit soustraite à l'âpreté des passions politiques et aux fluctuations des partis.
Sa mission a souvent eu pour objet la défense des citoyens contre les empiétements ou la tyrannie des pouvoirs. Nos anciens parlements ont , durant plusieurs siècles, fait prévaloir le droit contre la force; la révolution de 4789 a été préparée par l'opposition des parlements.
Il suffit bien que la constitution du pAirquet ou magistrature debout, à la discrétion du gouvernement, confère au pouvoir exécutif un moyen d'action sur l'es-
1^ BiÇTIOUVAIBS DillO^BiTf^I. «
prU 4^1 tribunaux, san^ qu^op lui fournisse «hcofa la f^cuUé d'in(imidfir les juges par des menaeas de desâî-p ifllioo, ou de N remplacer par des sieaires, en présenef l|'mi0 piaiivaisiS cause.
DM magistrat^ inamoviblids n*o»t aucun intérêt à irahir las intérêts de Finnocence; leur probité est à l'tbri fies tentations comme des ressentiments ; leur âine s'éiève à la dignité de leur mandat; ils oseront même, au nom des lois dont ils sont les prêtres, résister à la ferce et s'illustrer, eomme les Pasquier, les Boyvin, les Hari^y, les d'Aguesseau. Une magistrature mobile, et i^ue l'en puisse improviser pour les besoins du monaent, vous rendra les tribunaux d'exception, les chambres ardentes et les cours prévôtales.
C'est à ces sortes de co)ii|Qissio|i§ temporaires que se rattachent les plus grandes infamies de notre histoire.
^i le gouvernement de Juillet avait eu à sa disposition des tribunaux pareils à ceux que Ton prétend organise;* de la sorte, la plupart des fondateurs de la République 4e Février n'en auraient pas vu Tauro^'e.
Qui pe se souvient d^ la disgrdc<) essuyée paf h PQmr rpye^le en 18?9Î
gn 163}, à I^ suite des événements de juip, dans {^ ]i,i^ ^ livrer siss enniçmis à des commissions militaires, l^uif-Pfailippis roit Paris en état de siège, Par qui fqt sfMvéâ la liberté des citoyens? Qui a fait trioipphei' Ii| légalité des entreprises de l'arbitraire? — La coi|r d§ c44#^tiiQn, qui appula l'arrêté ministiériel. .
(9on inamovibilité lui inspira ce eourage, et si la fieiH ▼eir eàl passédé la faeulté do earrompre rindépeadafiot
WCrKUQfiaB DCKOCKATtQBB. MM
i$ cette compagnie, en U composant de 8ëide«, le décret aurait été maintenu.
Quand un gouvernement aspire à détruire un priB<«> pipe si salutaire, ses intentions deviennent suspectes, et les amis de la liberté ont le droit, en le voyant saper rindëpendance des tribunaux, de se demander ce qu'il en prétend faire.
D'ailleurs, Télat de juge exige, vu Tabondance dei lois et la difficullc des interprétations, des travaux con^ siddrables; pn ne les affronte qu*avec la certitude de trouver dans la magistrature une carrière stable : lef juges improvisés seraient de détestables légistes. Consar crez ramovibiiilé, la magistrature sera livrée à Tigno» rance, à Tintrigue, à la servilité ; le sanctuaire .de Thémis deviendra ua comptoir où Ton vendra Tini^uilé 4 Tenchère.
RASIOAUX, BAPIOAUSMS.
Quand la royauté eut réussi, chez nous, à brider la démocratie et à proscrire Topinion républicaine, les partisans obstinés de la république se virent contraints de désigner leurs doctrines et leur parti sous des expressions adoucies, et énergiques encore sans être séditieuses.
lie ie« empruntèrent à TÂn^leterre, où te radieûNshw symbolise le parti des libéraux les plus avancés et des réformistes les *plus démocrates.
Il est évident que, dans ce sens, Topinion radicale est celle des républicains.
Sous uae république eoiame la nètW» la plus Mneiè-
232 DiCTiONNÀms démocratique.
renient dëmocratique qui ait jamais existe , aucune nuance d'opposition légale ne saurait se prévaloir de radicalisme.
Au de]à de la consécration de Tégalité de tous, au delà du suffrage universel et de la souveraineté du peuple, on ne trouve plus que Tanarchie.
Méfions -nous donc désormais des ambitieux qui, sous le titre de radicaux, s*en viennent exploiter la crédulité, prêclier la discorde et agiter les passions coupables.
Nous possédons la liberté dans sa plénitude, et nous n'avons pas la licence, qui est la mortelle ennemie de la liberté.
Un radicalisme hostile à notre état social est dorénavant réduit à exploiter le pillage, le meurtre et l'incendie. Dans la situation actuelle de la société française, le vrai club des radicaux doit siéger à Brest ou à Toulon.
nBBONNALTTt.
a Ce qui appartient essentiellement à la personne, b dit le Dictionnaire de FAcadémie. Faible définition, qui en nécessite coup sur coup deux ou trois autres; le sens réel du mot n'en est que plus difficile à pénétrer.
Comme la plupart des expressions déduites du langage philosophique, ce terme est doué d'une élasticité surprenante. Bornons-nous à parler de la personnalité considérée comme un défaut, comme un vice ou comme un ridicule.
Messieurs les quai*aate ont paru confondre la person-
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nalité avec l'égoïsme» en traduisant par le substantif égoïste le moi personnel .
I/égoïste n'est occupé que de lui-même, Thomme personnel s'occupe beaucoup des autres, et les sert volontiers dans rintërêt de sa propre importance.
La personnalité, bien plus que la bonté du cœur, a créé les protecteurs officieux. Ce jésuite obligeant que Voltaire appelle le père Tout à-tous, me parait le symbole de la personnalité.
Rien n'est plus contraire à Tégalité que la prétention d'être à tout prix un personnage. Cette illusion de Tamour-propre, qui a fourni i>eau jeu à la corruption, sous tous les régimes, émane de l'esprit monarchique. Les hommes politiques à personnalité tranchante prétendent à réaliser de petites royautés dans un coin.
Sous les derniers règnes, la plupart de nos députés trônaient dans leur arrondissement : ils protégeaient l'intrigant et l'orphelin, pourvu que ce dernier fût électeur, et leur satisTaction était complète si Ton disait autour d'eux : e M. X... a fait ce substitut, cette fontaine, ce percepteur, ce chemin vicinal ; cette famille lui est redevable de trois emplois; ce musée lui doit un paysage, et c'est par son influence que cette bibliothèque a été gratifiée des œuvres de M, Yatont. n
A la vue de tant de bienfaits, comment confondre encore Tégoisme avec la personnalité !
C'est dans les débats parlementaires qu'elle brille de tout son éclat. Cest là que les coryphées de l'élocntion et les princes de la parole s'efforcent de rattacher à leurs noms toutes les mesures, toutes les idées utiles au pays. Cependant, que nous font à nous, relégués dans l'hum-
%M DICTIONNAIRE PÉMOCRATiqUS,
|>le fraternité du silence, tant de be^u^ discours à U 8uite desquels on oubliera les intérêts publics, poiir ca* lébrer la gloire d'un particulier?
Persuader à la foule que les principea sont subor4oa7 nés aux individus, et que le monde ne peut se passer de tel ou tel Jiorame, tel est le triomphe de la personnalité.
Danç ces conjonctures, elle provoque des dissidences, allume les passions, suscite les rivalités, compromet les doctrines et. érige des drapeau.!^ qui rallient des partis.
En même temps qu'elle réprouve les excès de la personnalité, la démocratie lui fournit tous leç moyens d« se mettre au jour, et il n'y paraît que trop, Nos rues sont placardées d'affiches, nos journaux lardés d'épîr très, nos séances législatives émaillées 4e panégyriques, œuvres de geqs obstinés à se dresser à togt prix des piédestaux.
Ia personnalité, quand nul mérite ne Ja rehausse, a pour châtiment le ridicule ; elle est sans danger e^ pren4 place parmi les égt^rements de l'esprit.
Contre cette tendance fâcheuse de l'orgueil individuel, il n'y a quQ deu$ remèdes ; les progrès dç la raw son publique, et ceux de la morale chrétienne, propre à inspirer cette fraternelle modestie qui 4oU cimenter le r^^nç paiçibk de l'égalité.
OANAZXiL^.
Ce Rîot^ qui procède 4e canis^ est insultant pour I'^ p^çe deç b^RQ^e^, qui sopt to4§ fr^reç, et dé^pblig^ant
]»tctiojl!iinK ttiotâiTiort. 2S5
pouf la raee des chiens, qui se sont toujours très-bien comportés dans le monde.
Puisque l*on a cessé d^admetlre le préjugé des distinctions de sang, contre lequel protestaient la religion et la nature, le mot eanailie est aboli de plein droit. Qualifer de canaille une portion de la société, c^est se traiter soi-même de frère de cbien.
Odieuse autrefois, cette injure n*est plus que bèfe et ridieule.
Nous n'aTons conservé que le second de ces termes. La révolution avait fait éclore le premier, qui a un sens très-différent. L^on a bien vu, après le 9 thermidor, que le modérantisme est tout autre chose que la modération.
A modérantisme correspond le titre de modéré^ substantivement employé. Robespierre disait avec justesse : ff Ges enragés de modérés. »
La modération est toujours opportune et sage : les hommes ont raison d*ètre modérés ; mais ce qu^on appelle les modérés dans le jargon politique, ce sont ceux qui couvrent, à Taide d*une expression rassurante, un parti -pris de réaction qui n*exclut pas la violence.
Quand le principe démocratique triomphe, les abso* lutistes, les monarchistes deviennent des modérés, jusqu'à ce qu'ils puissent renverser et briser par la force, au lieu d^entraver à petit bruit. Les terroristes de 1816 avaient fait partie des modérés de Tan III.
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Parmi les modérés se l'angent les gens à vue courte, les esprits inconséquents ou timides, les âmes sans convictions.
Ce terme ne se prend qu'en mauvaise part, et signale les partisans des demi-mesures, qui compromettent tout en pensant tout concilier.
Espérons que le mot modérantisme ne renaîtra pas, et que les démocrates intelligents et sincères useront du pouvoir avec assez de modération, pour ne point justifier les entreprises, ni fortifier les espérances des modérés.
Quand le pouvoir est assez libéral pour ne donner aucun prétexte à une opposition démagogique, le parti des modérés est condamné à Timpuissance.
GXWiRAUX WABXÈm.
La première des aptitudes à exercer le commandement militaire, c'est la jeunesse. Vivacité du coup d'œil, activité de l'esprit, vigueur corporelle, audace à concevoir, promptitude à exécuter, confiance enthousiaste, cœur ardent, telles sont les facultés qui font les victorieux ; elles sont, en général, incompatibles avec la caducité de Page.
Dans Télat actuel de nos institulfons, un soldat ne parvient au commandement des armées qu'aux approches de la vieillesse. C'est lorsqu'il est accablé de fatigues qu'il est élevé à un poste qui veut des hommes infatigables. C'est lorsque les ans ont glacé son courage, énervé sa vigueur et abattu son imagination, qu*il est
BICTIONflAIBB 1>«HOCtATIQUB. tS7
appelé à transmeltre une énergie qui lui manque, et à donner un élan qu'il a perdu.
L'équité est la base d'une telle organisation, qui iiii<plique la consécration de ce principe évidemment erronné : les emplois sont créés au profit des individus, et leur obtention constitue un droit personnel.
Fausse et préjudiciable interprétation de la doctrine de Tégalité. Que le plus expérimenté, que le plus pru« dent dirige une retraite, élabore les opérations d*un siège, rien de plus convenable; mais que la jeunesse monte à Tassant et vole à la victoire.
An commencement de la révolution, quelques vieux généraux mirent la France à deux doigts de sa perte. Elle fat sauvée par des adolescents : Marceau, Jou« bert, floche, Bonaparte, Moreau, Desaix, les plus grands noms de nos modernes annales, étaient immortels à vingt-cinq ans. Ils avaient vaincu tous les tacticiens décrépits, tous les généraux célèbres et expérimentés de TEurope.
Suivant Tavis des théoriciens, l'ordonnance de la bataille de Waterloo est le chef-d'œuvre de Napoléon, ce génie des batailles. Il avait tout prévu, tout calculé» comme un vieux capitaine. Des généraux sur le retour, époux surannés de la victoire, exécutaient ses ordres ; ils firent de leur mieux pour ne pas être vaincus, ils ne firent point assez pour vaincre : leur chef lui-même était las ; la grande armée avait les bras enchaînés par ses triples chevrons. Cette bataille fut jouée à froid comme une partie d'échecs, et perdue par Pabscnce d'un pion.
tS8 filCTIOnrAIU DtVOCtÀTIQCS.
Que 4e fois, en leur verte jeunesse, Napoléon, Ney, Soult même, avaient triomphé par leur audace intrépide, avep un échiquier dégarni !
Remontez les degrés de l^histoire et alignez les noms des combats fameux ; si vous en avez oublié Tissue, ouvrez les biographies et vérifiez l'âge des généraux en ebef dd Tune et de Tautfe armée : le plqs jeune aura presque fionstaqnipeat battu son rival. '
D'Achille, d'Alexandre, d'Octave, de Cbarles-le-Téméraire, de Condé jusqu'à Napoléon, vous verrez la victoire courtiser la jeunesse, et les Nicias enchaînés aux pieds des Alcibiade.
La plupart des guerriers illustres furent des jeunes gens, et parmi ceux que la fortune des camps favorisa très-tard, vous observerez que les plus beaux faits d'armes marquent l'époque de leurs débuts. Tels furent Annibal, César, Mithridate, Pompée, Charlemagne, saint Louis, François I", Bayard, Henri III, Condé, le prince Eugène, Charles XII, le régent d'Orléans et tant d'autres.
Des généraux consommés conservent parfois jusqu'à cinquante ans, comme Turenne, l'énergie de l'âge printanier; mais l'histoire n'offre pas d'exemple d'hommes de guerre devenus généraux à l'approche de leur automne, qui aient illustré leur vieillesse.
Chez nous, un officier parvient au premier grade vers la soixantaine. Faut-il commander en chef? les destinées de l'empire seront confiées à un homme de soixante-six ou sept ans, et, l'année suivante, vous constatez son incapacité en le mettant en retraite...
DICriOftKAnii VtSOCâATIQOB. SM
Toute position qui nécessite un gënie rare et parti* culier est iùcompatible avec ces conditions d'égalité qui supposent le nivellement des intelligences. Décréter que parmi les officiers il est des conditions indépendantes du mérite, en vertu desquelles on doit être fait général à son tour, et recevoir des épaulettes étoilées cotnme on reçoit son brevet d'admission aux Invalides, c'est établir une chose aussi absurde que si Ton posait ce principe : Les poètes, les grands peintres seront choisis à l'ancienneté.
Personne, fût-ce un colonel de l'âge de Matbiisalem, n'aie droit d'être général : il n'y a pas plus de gêné* raux légitimes que de rois légitimes.
La guerre est une folie sublime, les cheveut blancs invitent à la sagesse. En nous rendant débiles et craintif^ sut nos derniers jours, la nature nous tracé une mission pacifique. Le vieillard vit dans le passé ; son expérience, traduite en conseils salutaires, doit servir à modérer l'essor des passions juvéniles. Il n'» ^ius de passions : U passion est l'ftme de la vertu guerrière^
Loin donc de blâmer le gouvernement, qtii, pottt ^elques généraux, vient d'avancer l'heure de la retraite, nous pensons qu'il serait, en outre, fort salutaire de créei* des généfatii capables de cotntnander, de se faire obéir, de relever le moral des troupes et de les électriser par leur exemple.
Le choix imposé pat l'âncienhëté est tifie Concession faite à la médiocrité; fc'est un appât offert âiit arhbitions vulgaires, et une cause {Progressive Aë ctécëriâidé-^ ration pour des chefs qu'il faudrait, âti llett dé Ui criti-
quer et de les tourner en moquerie, suivre avec Textase de la foi et Taveuglement de la superstition. Grâce à cette organisation mécanique de TaYancement, nous possédons en France une armée formidable dépourvue de généraux. Le corps des maréchaux de France, si brillant sous TEmpire, est totalement annihilé.
Sachant qu'à moins de circonstances exceptionnelles il n'atteindra pas les grades supérieurs, ou qu'il ne les touchera qu'un moment, à la fin de sa carrière, TofEcier perd toute émulation, et sa profession n'est plus à ses yeux qu'un métier sans prestige. II est temps de mettre fin à un mal causé par la corruption des anciens gouvernements, à la partialité desquels on a imposé de si funestes entraves, pour lutter contre le favoritisme et le privilège.
Il est indispensable de re viser les lois qui règlent l'avancement, et peut-être d'y introduire, sous certaines réserves, le principe démocratique de Félection.
Les Hoche, les Marceau, les Bonaparte font la puissance des armées, que réduisent à néant les Villeroy, les Luckner et les Menou.
ImIXUTXNANTS GÉN^aAUX, MABXCHAUZ BJS GAIOP, MAXLÉOHAUX PJB FRANCS, STC.
Les grands emplois, sous la monarchie, étaient si bien assimilés à des privilèges, à des dignités constituées au profit des individus, que certaines charges portaient ombre aux souverains et à leur famille.
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Nos rois avaient supprime le titre de général^ pensant que le commandement des troupes leur appartenait exclusivement. De là ces qualifications de lieutenanti généraux^ de maréchaux de camp^ substituées par la Restauration à celles de généraux de divisionf de généraux de brigade. La République a réintégré la réalité à la place de ces fictions dynastiques.
Observons que, dans Tordre militaire, les titres qui indiquent une autorité supérieure, ont été successivement abaissés, tandis que c'est à la faveur de la modes* tie de leur titre que les fonctions subalternes se sont peu à peu élevées à tenir le premier rang. Les mots commandant^ capitaine^ brigadier^ qui, primitivement, exprimaient Tidée de suprématie et d'autorité supé* rieure, sont descendus à de simples officiers ou même à des sous-officiers; le connétable, le maréchal, comte des étables^ chef des chevaux (îwore, en langue tudes* que, signifie yufneyi/), se sont peu à peu élevés au faite de la hiérarchie militaire, à la faveur du signe de vassa* lité inhérent à leur titre.
La féodalité a érigé les qualifications propres à dési« gner primitivement les hautes dignités militaires, en^ privilèges de races; les gouverneurs de frontières, les généraux qui' suivaient les rois aux armées, les généraux en chef, ont inféodé .à leurs dynasties les grades de marquis, de comtes et de ducs.
Toutes les inconséquences, toutes les anomalies littérales, toutes les variations que Ton signale dans les termes employés à marquer les degrés de la hiérarchie militaire, sont les stygmates de nos chaînes, et retracent des souvenirs de servitude.