‹ Manuel des eaux minérales naturellesChapitre 14 sur 104 · SUR LES PISCINES · texte numérisé non relu

SUR LES PISCINES

des piscines ; ces deux manières ne sont pas indifférentes 5 ainsi que nous le prouverons dans l’article suivant.

Des Piscines.

On entend par bains collectifs ow. en commun, des bassins plus ou moins vastes remplis d’eau thermale ^ oü un nombre plus ou moins considérable de personnes peu vent se baigner ensemble. Les Romains en faisaient leurs délices , comme le démontrent les grandes piscines qu’ils avaient fondées auprès de la plupart des sources thermales de la Gaule , et dont on a fait, dans plusieurs localités, des bains privés pour se conformer au goût et à la délicatesse modernes. Ces anciens maîtres du monde avaient reconnu sans doute que le bain dans une eau courante et chaude est beaucoup plus salutaire que dans une baignoire. Un de nos plus grands rois, Charlemagne, avait la même opinion, puisqu’il fit construire à Aix-la-Chapelle une piscine oü plus de cent individus pouvaient se baigner à la fois. On voyait autrefois à Plombières un bassin que Camérarius compare à un lac, et dans lequel, au rapport de Toignard (1581), pouvaient tenir à l’aise cinq cents personnes. Plusieurs médecins inspecteurs ont remarqué que les soldats et les indigents qui se baignent dans des piscines guérissent plus vite que les gens riches qui prennent des bains particuliers. M. Bertrand croit que cette différence doit être attribuée à une autre cause. « Les personnes qui se baignent dans les piscines ne sont-elles pas, dit-il, toutes choses égales d’ailleurs, dans des conditions plus favorables à leur rétablissement? C’est l’habitant de la campagne que n’ont énervé ni les travaux du cabinet, ni les tourments de l’ambition, ni les plaisirs, ni les veilles, ni la douilletterie des cités; ses affections, ordinairement simples, ne sont pas aggravées par l’imagination , etc. Baignez le riche dans les piscines et le paysan dans les bains particuliers, et c’est ici qu’il y aura le plus de guérisons. » Mais ce ne sont pas seulement des paysans

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

qui se baignent dans les piscines de Louesche , Luxeuil , Plombières, Bains, Néris, etc. ; on y voit des personnes de toutes les classes en obtenir des résultats très-avantageux. On conçoit en effet que , dans les bains en commun, la masse d’eau , étant considérable, exerce sur la surface du corps une pression bien plus grande que dans une baignoire; elle n’a pas, comme Peau de celle-ci, l’inconvénient de se refroidir aussi vite , étant continuellement renouvelée par des courants d’eau afférents et déférents; les principes minéraux de l’eau doivent , à raison de ce renouvellement continuel, s’y présenter par conséquent en plus grande abondance, être absorbés en plus grande quantité , et exciter d’une manière plus soutenue le système cutané. Dans les piscines, l’eau thermale conserve une grande partie des gaz qui font sa principale vertu , tandis que , dans les baignoires , il faut souvent laisser refroidir ce liquide avant d’y entrer; pendant ce temps, les gaz s’échappent, et l’eau du bain n^a guère d’autre action que celle des bains ordinaires. Dans les maladies nerveuses, dans celles de la peau, où les bains doivent être prolongés et à température peu élevée , t les " bains collectifs sont bien préférables ; les thermes de Louesche , où l’on reste dans l’eau thermale pendant six heures chaque jour, ne doivent -ils pas une partie de leur efficacité à ce séjour prolongé ? et quelle est la personne assez patiente pour demeurer aussi longtemps dans une baignoire, où l’ennui et les idées tristes assiègent ceux qui n’y font pas diversion par la'lecture (1) ? Dans les piscines, la conversation est ordinairement gaie , amusante et variée ; chaque baigneur a, sur une table flottante, un panier dans lequel il tient son mouchoir de poche, sa tabatière, le journal ou ses livres; il y prend son déjeuner ou son goûter; souvent ces

-(1) Pour prévenir cet inconvénient, on peut dans une salle établir plusieurs^ baignoires , ce qui permet à ceux qui les occupent de jouir de la société et de se livrer au plaisir de la conversation.

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