‹ Manuel des eaux minérales naturellesChapitre 15 sur 104 · SUR LES PISCINES · texte numérisé non relu

SUR LES PISCINES

tables sont ornées de fleurs. Les malades guérissent en passant leur temps agréablement. Quant à la décence la publicité de ces bains , autour desquels tout le monde peut circuler, en est une garantie ; ibne se passe rien de contraire aux bienséances à Luxeuil, Plombières, Néris, Louesche. Avant d’entrer dans le bain , chacun se couvre d’une longue robe en flanelle ou de grosse toile grise qui ne dessine pas trop les formes et qui enveloppe le corps depuis le cou jusqu’aux pieds. On peut d’ailleurs fixer des heures différentes pour les bains de chaque sexe, ou bien établir des piscines séparées et à différents degrés de température, comme cela se pratique à Plombières. Que les riches surmontent donc un vain préjugé ; qu’ils se plongent dans les piscines ; ils sont assurés de guérir plus vite et plus agréablement que dans des baignoires.

D’après ce qui précède, il nous paraît essentiel que, dans toutes les localités où les eaux thermales sont très-abondantes , comme à Ghaiides-Aigues , Bagnère-de-Bigorre , Néris, Bourbon -Lancy, Bains - près - Arles , etc., on creuse de vastes bassins où les malades pourront se baigner, se promener, à l’aide de cordes tendues d’un côté à l’autre des bassins, et même s’exercer à la natation , comme on le fait à Aix en Savoie. Nous avons vu des jeunes gens scrofuleux se féliciter de cet exercice agréable et salutaire ; si le bain de rivière ou de mer doit une partie de ses bons effets à la succussion qu’exerce l’eau sur la surface du corps, il n’est pas douteux que la faculté de nager dans une eau thermale doit ajouter à son efficacité. Nous sommes convaincus que les thermes où seront établis de semblables bassins attireront un grand concours de' visiteurs.

Si les piscines rendent de grands services dans les localités riches en eau thermale , elles sont indispensables dans les établissements dont l’eau minérale n’est pas assez abondante pour fournir à un grand nombre de bains ; il faut en effet un

CONSIDIÊRATIONS GÉNÉRALES

volume d’eau moins considérable pour alimenter une piscine , qui peut contenir k la fois vingt à trente baigneurs^ que pour fournir l’eau nécessaire à un même nombre de baignoires. Il est encore un autre motif pour créer partout des piscines ; c’est que le prix élevé des bains isolés empêche beaucoup de malades de prolonger leur" séjour aux eaux^ et probablement d’y aller. En voyant que les bains d’eau thermale , lesquels n’ont pour toute dépense que les premiers frais d’établissement, se paient plus cher qu’à Paris, où il y a en plus l’achat de l’eau, du combustible , les malades, même les plus aisés, se récrient avec raison sur une différence qui devrait être tout entière en faveur des eaux naturellement chaudes , tandis que c’est le contraire. L’intérêt bien entendu des localités thermales étant d’y voir affluer jun grand nombre d’étrangers pour faciliter la consommation de leurs produits , il est utile de fonder, à l’instar des Romains, de vastes bassins communs qui sont à la fois plus salutaires , plus récréatifs > et moins chers que les bains privés.

Refroidissement des eaux trop chaudes.

Il y a des eaux thermales dont la température est si élevée , qu’il serait dangereux d’en faire usage en bains sans opérer leur refroidissement. Pour obtenir ce résultat, on suit dans les établissements thermaux différents procédés. 1” On mélange l’eau thermale avec de l’eau commune; ce moyen, qui diminue l’énergie de l’eau minérale, est cependant le moins défectueux. T On expose à l’air libre le bassin ou la baignoire pendant un espace de temps déterminé; ce procédé prive les eaux de leurs gaz , qui sont souvent les principes les plus actifs. Les malades ne prennent alors qu’un bain presque sans action médicamenteuse. 3° Pour prévenir le dégagement des gaz , on peut laisser refroidir les eaux thermales dans un réservoir couvert, à l’abri du contact de l’air, ou bien laisser refroidir

SUR LES BOUES xWNÉRALES.

une portion d’eau thermale , dont on se sert ensuite pour tempérer la chaleur du bain. 4*" Enfin on peut refroidir l’eau thermale en la conduisant par des canaux bien fermés , à travers l’eau froide, pendant un trajet calculé, de manière à la faire arriver dans les baignoires ou les piscines à la température fixée par le médecin. L’eau thermale ainsi refroidie conserve avec elle toutes ses substances fixes et volatiles , et par conséquent son efficacité thérapeutique.

Caléfaction artificielle des Eaux minérales.

S’il est beaucoup de sources thermales dont on est obligé d’opérer le refroidissement , il existe plusieurs eaux minérales dont la température trop basse a besoin d’être élevée pour les employer en bains. Pour augmenter la température , on a l’habitude dans quelques établissements de faire chauffer dans un vase découvert l’eau minérale, qui alors laisse dégager promptement ses gaz sous l’influence de la chaleur, et perd ainsi une grande partie de ses propriétés. Pour éviter ce grave inconvénient, on peut chauffer l’eau minérale à l’aide de la vapeur, qu’on distribue par le moyen de canaux conducteurs qu’on fait serpenter à travers la masse du liquide contenu dans un grand cuvier en bois; c’est ce qu’on fait à Enghien et à Uriage.

Des Boues minérales.

Les boues minérales sont des substances épaisses, formées de terres molles , argileuses et imprégnées de matières minérales, que les eaux entraînent avec elles. Elles forment des espèces de bains qui ne diffèrent des bains minéro-thermaiix que par la consistance et les matières qui les composent. Leurs propriétés sont en général plus actives, probablement parce que les principes minéralisateurs des eaux sont plus concentrés avec les matières terreuses , et que la terre molle exerce une

CONSIDÉIIA.TTONS GÉNÉRALES

pression plus considérable , en raison de sa consistance, sur le corps ou la partie du corps qu’on y plonge. C’est pour cela qu’on obtient des effets souvent plus marqués des boues de Saint- Amand et de Barbotan que des eaux minérales ; on les recommande comme toniques dans les tumeurs indolentes, les rhumatismes froids, les ulcères atoniques, la faiblesse des membres , la sciatique, l’ankylose fausse. On les emploie sous forme de cataplasme sur la partie malade , et en y plongeant un membre ou le corps tout entier. On y reste aussi longtemps que dans un bain ordinaire ; en sortant des boues , on se lave dans un bain thermal, et on se repose ensuite dans un lit.

On se sert aussi en topique, 1° de la glairme , de cette matière végéto-animale que déposent en grande quantité les eaux sulfureuses ; 2" du sédiment des eaux, et du limon qui, formé par les conferves, est si abondant àNéris.

Des Douches. — Des Injections.

La douche est une colonne d’eau qui vient frapper avec une vitesse déterminée une partie quelconque du corps. Le réservoir qui contient le liquide de la douche peut être la source minérale , ou bien peut être construit par l’art ; dans ce dernier cas, l’eau y est élevée au moyen d’une pompe, ce qui a lieu dans la plupart des établissements thermaux.

Lorsque la colonne du liquide tombe verticalement et arrive directement dans ce sens à la partie sur laquelle elle doit agir, la douche se nomme descendante ; si la colonne du liquide est dirigée horizontalement, elle constitue la douche latérale ; enfin, lorsque l’eau jaillit de bas en haut, c’est la douche ascendante.

L’eau qui sert à la douche peut être chaude , tempérée ou froide , et à tous les degrés de température intermédiaires ; la hauteur du réservoir varie depuis quatre pieds Jusqu’à soixante (Enghien) au-dessus du sol. L’action de la douche est en raison directe de la hauteur de la chute, du diamètre du tuyau.

Page 1