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X LES GUERRES FÉODALES

crime de trahisoî>< que les hauts justiciers seuls peuvent revendiquer. 11 est posVible-ptrtfv les parents d'obtenir la neutralité, à condition pour eux de renier le belligérant et de se faire assurer par son adversaire. Certaines catégories de personnes ont d'ailleurs droit à la sauvegarde et ne peuvent être comprises dans les hostilités : les ecclésiastiques, les femmes, les mineurs, les pèlerins. La guerre se termine : 1° Temporairement par la trêve (treuga), suspension d'armes dont le terme est fixé par l'accord des deux parties. Elle est conclue ou par simple convention devant des tiers amis, ou par jugement de cour, ou par prescription du suzerain. L'infraction à la trêve ou bris de trêve est aussi un crime des plus graves dont la connaissance appartient exclusivement aux hauts justiciei's. 2" Définitivement ^ par la paix. Tous les parents sont compris ipso facto dans le traité de paix : ils ont cependant le dfoit de s'y soustraire, en faisant connaître leur refus aux parties intéressées. Une fois la paix conclue et acceptée par serment, elle doit être observée, sous peine (Vinfractiopacis, forfait toujours sévèrement puni.

125. Tentatives des diverses puissances sociales pour mettre un terme aux guerres privées. Les institutions de paix*. — Si

l'histoire de la société féodale n'est en grande partie que l'histoire même des guerres de toute espèce auxquelles elle n'a jamais cessé d'être en proie, il faut reconnaître qu'à toutes les époques de sérieux efforts ont été tentés pour combattre ce fléau. La partie éclairée de l'opinion finit par comprendre, au sortir de la grande tourmente du x* siècle, qu'un état social ne pouvait être fondé sur la guerre, l'isolement et l'anarchie, lia nécessité de la paix semblait s'imposer d'autant plus qu'au même moment la classe populaire commençait à s'émanciper et que l'instinct du commerce et de l'industrie se réveillait dans les grandes villes. Au XI* siècle, le seul pouvoir assez intelligent et assez respecté pour concevoir cette nécessité de la paix et prendre des mesures en conséquence, c'était l'Église, représentée par son chef suprême, le pape, ses conciles et ses évêques. De l'initiative de l'Église devaient venir et vinrent en effet es premières institutions de paix, la trêve de Dieu, et la paix de Dieu. L'éternel honneur de la société ecclésiastique du moyen âge sera d'avoir

* Consulter, sur les instUutionê de paix, Ducangb, Cwloss. lat.y au mot Treuga Dei, et Dissert, xxix, sur Joinville. — Ratnal, Hi»t. du Berry, t. l, p. 416, et t. Il, p. 513 suiv. — Histor. de Fr.^ X. XI, préf., et XIV, préf. — Kluckohîî, Geschichte de» Goitesfrieden, 1857. — Febr, Der Cottes fneden und die Katholiiche Kirche (1861).

— HéPéLé, Hist. des conciles^ pass. — A. IIoukibr, Administr. féod. du Ixing.j p. 145

— GoiRAUDET, Le commun de paix en Rouergue, dans Mém. de la Soc. des Lettres de tAveyronj t. X. — L. de Gastixes, Essai sur la Trêve de Dieu, dans Mém. de la Soc. archéol. de tOrléanais.i. IX (1866). — Sémichon, La Paix et la Trére de Dieu, 2 vol. in-12, 1869 (cf., pour les critiques adressées à ce dernier ouvrage, Bibt. de rÉc. des Ch., an. 1858, p. 296, et Retme critique, 1870, n» du 30 aviil). Voir en outre : Aro. Thierry, Tableau de Cane. Fr. municipale, p. 235. — Waoters, Les liberté* communales, p. 22. — Luchaire, Les communes françaises, p. 38-44.

tenté cette œuvre de pacification et de s'être dévouée à en obtenir la réussite. Les mesures prises eurent d'abord un caractère loc^l. Leur portée ne devint vraiment générale qu'à dater du concile de Clermont (1095), où le principe fut définitivement fixé.

La trêve de Dieu, qui enlevait certains jours de la semaine à la brutalité des seigneurs, prit naissance dans le Midi, dès les dernières années du X* siècle, et se répandit promptement dans les diocèses des autres régions rançaises, au commencement du siècle suivant. Conciles et évoques obligèrent les barons à en jurer l'observation, mais tous ne s'y soumirent pas, et ceux qui donnèrent leur parole ne se firent pas faute de la violer. La trêve de Dieu ne porta point les fniits que l'Église en attendait, parce qu'elle n'avait d'autre sanction que l'excommunication, et que, bien que l'excommunication fât, àcette époque, une arme très redoutée et souvent efficace, cette arme, purement morale, ne suffisait pourtant pas à arrêter les débordements de la force brutale.

L'Église comprit qu'il lui fallait compléter ce premier essai et donner à rinstitution de paix le caractère de permanence et de régularité qui lui manquait. Dans la seconde moitié du \i^ siècle s*accomplit cette nouvelle phase du mouvement de pacification dirigé par le clei'gé. Chaque diocèse devint le centre d'une véritable association ou ligue de la paix, dirigée par révêque, association munie de statuts réguliers, d'un trésor, d'une magistrature, et, ce qui était le point essentiel, d'une force armée, capable de rétablir Tordre là ou il était troublé et de punir, autrement que par la menace des foudres spirituelles, les seigneurs reconnus coupables d'infraction à la paix jurée. Les infracteurs de la paix étaient traduits devant ceux qu'on appelait les juges de la paix (judices pacis), tribunal constitué et présidé par l'évêque diocésain. Les barons qui ne se soumettaient pas aux arrêts de cette justice et ne se laissaient point intimider par l'excommunication étaient poursuivis et châtiés par Varmée de la paix, composée en gi*ande partie des milices paroissiales enrégimentées sous la bannière de l'évêque. Telle fut, en résumé, cette institution de la paix de Dieu, première manifestation régulière et suivie du principe d'ordre, au milieu d'une société incohérente et troublée. Elle fonctionna assez bien et donna d'heureux résultats dans certaines provinces. Mais, pas plus que la trêve de Dieu, elle ne réussit, dans la grande majorité des cas, à empêcher le déchaînement des guerres privées. L'autorité des évoques ne suffisait pas à obliger les seigneurs, membres cependant de l'association de paix, à entrer en lutte contre leurs pareils pour les punir d'actes que l'opinion féodale ne désapprouvait pas. L'armée de l'association était bien difficile à mettre en branle. L'abstention de la noblesse faisait que cette armée était souvent réduite aux hommes de l'évêque et à quelques milices campagnardes conduites par des curés.

La pacification par les associations de paix ne fut donc que tout à fait partielle. Mais il ne faut pas oublier, en dehors des services directs que ces associations ont pu rendre à la cause de l'ordre, qu'au commencement du xn« siècle elles se sont mises au service de la royauté lorsque celle-ci

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