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LE RÉGIME SEIGNEURIAL

127. — Il est une catégorie de fiefs qui sont des entités politiques et dont les détenteui's, placés au sommet de la hiérarchie féodale, sont investis, dans une mesure variable, des prérogatives de la souveraineté. L'étude de ces fiefs comporte naturellement deux séries d'observations.

a. Les unes sont applicables aux grandes seigneuries ou aux États féodaux. Ces États appartiennent à de puissantes dynasties, solidement établies dans les provinces. Leurs chefs exercent les pouvoirs publics qui constituaient jadis TÉtat sous le bas-empire, et que les rois et empereurs francs ont laissés tomber de leurs mains, et s'éniietter pendant la période carolingienne. Les plus importants d'entre eux, ceux qui possèdent les domaines les plus étendus et l'autorité la plus complète, portent le litre de duc et de comte. Mais il en est qui, sous le titre moins relevé de vicomte ou même de seigneur, ont encore entre les mains un fief considérable, indépendant, où ils jouent le rôle de souverains. Plusieurs de ces chefs d'États sont de véritables rois, moins le titre. Us jouissent presque tous, sur leur domaine, des droits régaliens (pouvoir législatif et administratif suprême, juridiction en dernier ressort, droit de battre monnaie, pouvoir ecclésiastique en matière d'élection, de régale et de garde, droit de paix et de guerre, commandement militaire de toute la province, etc.). Telle est, à des degrés divers, la condition des grands fiefs, qu'on peut répartir en trois catégories : 1° les groupes féodaux laïques de premier ordre * : au nord, comté de Flandre, comté de Champagne, duché de Normandie; au centre, comté de Bretagne, comté d'Anjou (Maine et Touraine), comté de Blois et Chartres, duché de Bourgogne, comté de Bourgogne; au midi, duché d'Aquitaine, comté de Toulouse, et les fiefs les plus considérables qui en dépendent (duché de Gascogne, comté de Barcelone jusqu'à la fin du xii« siècle); cx)mté de Provence, comté de Viennois-Albon ou Dauphiné; 2* les groupes féodaux laïques de second ordre (comtés d'Auvergne, de Nevers, de Forez, de Vermandois, de Ponthieu, de Périgord, d'Angouléme, de Rouergue, de Foix, de Comminges, de Bigorre; vicomtes de Limoges, Turenne, Béziers et Carcas-

1 . Tels qu'on les trouve en France à la fin du régne de Philippe le Bel, indépendants de la royauté, assigettis à des membres de la famille régnante, ou annexés au domaine royal, mais ayant conservé, dans tous les cas, leur existence particulière et leurs institutions propres.

sonne, Béarn; seigneuries de Bourbon, Couci, Beaujeu); o" les grandes seigneuries ecclésiastiques investies, à titre de duché ou de comté, d'un pouvoir temporel étendu (archevêchés ou évêchés de Laon, Reims, Beauvais, Châlons, Langres, le Puy, Mende, Viviers, Lyon, Narbonne)*.

En réalité, la France féodale apparaît divisée en une quarantaine d*États, rattachés simplement entre eux et avec le roi par ce lien vassalique et hiérarchique dont nous connaissons l'inconsistance, c'est-à-dire à peu près indépendants de fait. L'étendue et la puissance de ces dominations politiques ont singulièrement varié suivant les époques. Quelquesunes ont disparu dès le xii« siècle (duché de Gascogne) ; d'autres n'existent plus au commencement du xni« (comté de Vermandois), ou au commencement du XIV* (comté de Toulouse) ; d'autres ont changé de nationalité, soit pour venir à la France capétienne (seigneuries du royaume d'Arles), soit pour l'abandonner (comté de Barcelone). Telles seigneuries qui étaient, à l'origine, au premier rang, sont descendues à une place inférieure, et réciproquement. Les grandes seigneuries de Normandie, d'Aquitaine, de Bourgogne, de Toulouse, de Champagne et de Flandre, hiérarchiquement et territorialement les plus considérables, ont donné naissance, au xiu'' siècle, à autant de duchés ou comtés-jpairies, jouissant de prérogatives qui les mettaient au-dessus des autres Etats. Mais il faut noter que plusieurs d'entre elles ont été englobées de bonne heure dans le domaine royal.

b. Les petites seigneuries, en fort grand nombre, qui, à l'ordinaire, n'ont pas joué de rôle historique, et dont les chefs, réduits à la situation de vassaux très dépendants, possédaient des pouvoirs beaucoup plus limités et beaucoup moins complets, attireront ensuite notre attention. Nous rangeons sous cette rubrique les châtellenies, les vicomtes (de condition inférieure), et les vidamies et avoueries.

I. On peut y joindre quelques riches abbayes, auxquelles était atUchéc une domination temporelle et politique d'une certaine importance (par exemple l'abbaye do Corbie, et la plupart des chefs d'oi'dre).

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