‹ Manuel des institutions françaisesChapitre 112 sur 262 · HF. XI · texte numérisé non relu

HF. XI

d'un contrat librement consenti par les communautés monastiques, ces abbés laïques {defensores, abbacomiies, abbates laïcU abbates milites, abbâtes sœculares ou irreligiosiy abbatiarii, quelquefois même abbates tout simplement) furent conduits partout à saisir l'administration des abbayes, à se substituera labbé régulier, à faire ainsi disparaître, ou peu s'en faut, le caractère spirituel de l'institution*. A ce point de vue, l'histoire des abbés chevaliers de Moissac et celle des abbés laïques de Beaulieu en Limousin sont particulièrement intéressantes à étudier*. L'abbaye inféodée entrait, comme tous les autres iiefs, dans le cadre de la hiérarchie féodale. Le haut suzerain avait le droit de la transmettre à un vassal, qui pouvait la donner de son côté à un arrière-vassal, et ainsi de suite jusqu'à celui qui l'administrait directement.

Cette inféodation des abbayes ne s'accomplit pas partout au même degi'é ni sous les mêmes formes. Ici les moines tombèrent directement sous la domination de l'abbé laïque, qui remplaça le chef régulier de la communauté. Là, le haut baron, titulaire de l'abbaye, déléguait sous ses ordres, pour diriger la vie monastique, un ecclésiastique généralement nommé doyen {decanus). Quelquefois ce délégué prenait, lui aussi, le titre d'abbé, qu'il portait concurremment avec le titulaire ; mais on le distinguait par des épi thé tes : legitimus, înonasticus, regularis. Le doyen ou l'abbé régulier était nommé par le propriétaire de l'abbaye et dépendait uniquement de son bon plaisir. C'est ainsi que les comtes de Paris, ducs de France, déléguèrent pour administrer l'abbaye de St-Germain-des- Prés, dont ils étaient abbés, toute une série de doyens^. Cet usage remontait d'ailleurs au commencement même de l'époque carolingienne. Quand la réforme du xi« siècle eut mis fin au pouvoir réel et immédiat exercé par l'abbé laïque sur le monastère, certains princes féodaux conservèrent, jusqu'au xur siècle et au delà, le titre d'aWe, devenu simplement hono-

1. Sur les abbés laïques en général, Dccange, Gloss. lat., v* Abbacomites. Voir Deloche, Cartul. de Beaulieu, /ii^ro</.,xix, lxxi; deHozièrEj Le pariage de Pamier$y dans Bihl. de i'Ér, des Ch., an. 1874, p. 3.

3. Chrott. Moissiac. ad. an. 1042 : < Ob malitiam hominum abbas Petrus prsefecit abbatem railitem sive saïcularcm, ut tueretur villam Moissiaci et membra abbatiae, et villas et territorium. » Cet abbé séculier reçut en bénéfice, c captennium in quibusdam locis et in villa Moissiaci certam partem : pro quo captennio dictns abbas miles promisit hoinagium et fidelitatein abbati et conventui rcgulaiû ». — Sur les abbés chevaliers de Moissac, voir Vaisskte, HUt. de Lang., éd. Privât, II, 118; Laguèze- FossAT, Études histor. sur Moissac, t. I et II (1870-72) ; L. Limayrac, Histoire d'une commune et d'une baronnie du Quercy (1885), p. 80-85 (histoire de Gausbert I*', de Gordon de Castelnau, abbé-cbevalier de Moissac : pouvoir de l'abbé-chevalier). — Sur les abbés laïques de Beaulieu, Deloche, Cartui. de Beaulieu, Introd., p. xx (usurpation de l'abbaye par Hugues de Castelnau, abbé laïque ; son procès avec les moines jugé par le concile de Limoges en 1031), p. xxx (sur les seigneurs de Turenne, abbés laïques de Beaulieu). — On trouvera, pour la France du nord, d'autres exemples d'abbayes possédées par des laïques à titre héréditaire, dans IIF. XI, 114, 130, 274, 360, 582, 567, 590, etc.

Page 1