LE CHAPELAIN
congrégations monastiques, des chapitres et des abbayes de chanoines réguliers. L^épiscofiat ne retira de ce mouvement aucun profit : il y perdit même, puisque, dans tous les diocèses, un grand nombre de paroisses échappèrent à sa nomination directe, pour être assujetties à des abbayes qui souvent étaient exemptes de la juridiction épiscopale. D'ailleurs les évéques contribuèrent eux-mêmes à faire passer le clergé paroissial sous la domination des ordres monastiques, en agissant comme les barons, c'est-à-dire en donnant des églises aux. abbayes, pour faire œuvre pieuse et assurer le salut de leur âme. Non contents de recevoir les églises, les chapelles et les autels des mains des laïques et de celles des clercs, les moines en achetèrent eux-mêmes un grand nombre. On ne peut nier que la substitution du patronat monacal au patronat laïque n'ait été à l'avantage des paroisses et que le bas clergé n'y ait gagné en moralité. Les partisans de la réforme et les conciles, en imposant des conditions nouvelles pour le diaconat et la prêtrise, en modifiant le recrutement du sacerdoce, réussirent, dans une certaine mesure, à épurer et à améliorer un personnel qui était presque retourné à l'état laïque.
Mais il resta beaucoup à faire : le clergé paroissial ne parait pas avoir profité partout, pour amender ses mœurs et ses habitudes, des efforts accomplis par les directeurs du mouvement réformiste. Les clercs mariés (clerici uxorati) ne disparaissent qu'à la longue, et ceux qui ont renoncé au mariage, pour obéir au pape, à l'évêque, au concile, s'en dédommagent par le concubinat. Si l'on veut connaître avec précision l'état du bas clergé séculier dans une province française au milieu du xiii® siècle, il faut lire le Journal des Visites pastorales de l'archevêque de Rouen, Eude Rigaud (1248-1269)^ L'influence salutaire des sévérités pontificales n'atteignait pas facilement ces couches profondes de l'Église française. Ici il fallut tout attendre du progrès de l'instruction et de la morale générale, progrès long et peu sensible qui ne se manifesta guère ôhez nous avant la fin du xvi« siècle.^-
i. On y voit des curés [qui entretiennent pendant des années entières une ou plusieurs concubbies, élèvent leurs enfants au presbytèra, fréquentent les maisons suspectes, ne reculent pas devant le viol, l'adultère et l'inceste. D'autres, enclins à la boisson, fréquentent les tavernes et se battent avec leurs paroissiens. 11 n'est pas rare aloi*s de trouver des clercs étendus ivres morts dans les champs. Beaucoup«'adonnent au commerce, placent des fonds et les font valoir, font le commerce du bois, du blé, du vin, dirigent des fermes. 11 en est qui sont débitants de boissons et enivrent leurs paroissiens. Beaucoup de ces cm*és ne sont pas prêtres, ne se préoccupent pas de recevoir les ordres, ne résident pas dans les pai^oisses qui leur sont confiées. L'ignorance de ces prêtres est d'ailleurs à la hauteur de leurs mœurs. On constate que plusieurs curés en exercice ne savent pas dire la messe. D'autres savent la dire, mais ne comprennent pas un mot de ce qu'ils lisent dans leur missel, etc.