LA SOCIÉTÉ MARCHANDE
commerciaux les profits de la banque), les marchands portaient différentes dénominations, suivant les villes ou la spécialité de leurs occupalions. On les appelait ici navigateurs ou marchands de Veau, là drapiers^ ailleurs changeurs. Bien qu'ils fussent considérés, dans certains centres, comme constituant aussi un métier^ le plus important et le plus élevé de tous, leur corporation différait cependant profondément des corporations industrielles proprement dites*, lis formaient, en général, une caste fermée, qui se recrutait par hérédité, et constituaient Taristocratie populaire. C'était chez eux que se trouvaient et se transmettaient les capitaux. Or, les négociants de cette catégorie couraient de nombreux risques, dans la cité et encore plus au dehors. Ils ont dû, pour les diminuer, pratiquer de très bonne heure l'association. Il ne s'agit pas seulement ici de la société commerciale conclue entre deux ou plusieurs négociants sous les formes diverses de la commandite, de l'association temporaire ou viagère, institutions que les Français du moyen âge ont certainement connues, puisque Beaumanoir les a décrites dans ses Coutumes. Nous voulons surtout parler de l'association plus étendue dans laquelle entraient tous les gros négociants d'un même centre et qui leur était nécessaire, non seulement pour se défendre contre les violences de la féodalité, mais encore pour s'assurer contre l'incendie ou le naufrage, ou même pour se garantir le monopole du commerce dans une région déterminée.
On vit donc se former, entre bourgeois voués au négoce, ces sociétés de secours mutuels qui apparaissent dans les textes sous les noms de hansiVy gildœ^ conjurationes^ confratria^ amicitin*, fratemitates^ chantâtes. Elles étaient appelées quelquefois aussi convivia, à cause du repas solennel où se réunissaient à époque fixe les membres de l'association. On a quelques raisons de croire que certaines de ces sociétés, par exemple les mercatores aquœ signalés pour la première fois à Paris, dans un document du temps de Louis le Gros*, sont antérieures au moyen âge. Cependant la certitude absolue ne peut exister en pareille matière, puisque le moyen de prouver qu'il y a eu filiation directe entre ces marchands de Veau et les nautes parisiens de l'époque gallo-romaine fait encore défaut. Il est possible aussi que la gdde germanique ait été, au moins pour la France septentrionale, le point de départ d'un certain nombre de sociétés marchandes. Ces questions d'origine ne sont pas toujours d'une solution facile. Deux faits tout au moins sont acquis : i° les associations de marchands se sont constituées de tout temps et dans toutes les régions où le
i. L'antagonisme (poussé parfois jusqu'à la guerre ouverte, jusqu'à la lutte sanglante) qui existait entre les associations de marchands et les corporations industrielles est un fait certain qui se produisit non seulement à la fin du moyen âge (lors des luttes engagées entre l'aristocratie et la démocratie des villes pour la possession des pouvoirs municipaux), mais dès le xi" siècle, antérieurement à la période d'affranchissement (voir AVauters, Les libertés communales^ 585-597). liCS artisans étaient soigneusement exclus des hanses marchandes, à moins de renonciation formelle à leur industrie.