LA CORPORATION INDUSTRIELLE
telles à cette époque qu*il lui était infiniment plus facile de s'établir et de devenir patron à son tour. De plus, lantagonisme systématique qui divise aujourd'hui les ouvriers et les patrons existait alors à un bien moindre degré : vu l'absence de grande industrie, il y avait beaucoup moins de distance entre le fabricant et ses salariés.
Z^ Los chefs d'industrie (maîtres, magislri). Les conditions exigées pour l'obtention delà maîtrise ne sont ni très onéreuses ni très difficiles à remplir. Les unes sont destinées à constater la capacité et la solvabilité du candidat: 1*» Yexameny qui porte sur la théorie du métier; 2° le cAe/'d'œuvre, déjà exigé pour certaines corporations au temps d*Ëtienne Boileau ; il permet de contrôler l'habileté pratique de l'ouvrier ; 5" la caution, exigible seulement pour certains métiers. Les autres conditions sont des charges pécuniaires : \^ achat du métier : l'obligation de payer un droit au seigneur pour exercer la maîtrise (reste évident de l'ancien servage industriel) n'est particulière, à la fin du xm'» siècle, qu'à un petit nombre de corporations ; elle s'étend au siècle suivant ; 2" droits d'entrée payés à la corporation : argent, collation ou dîner {past, aboivrement et gratification aux gaulesjurés). Enfin le récipiendaire garantit sa fidélité aux statuts par le serment professionnel, qu'il prête sur les reliques ou sur l'Évangile, devant le prévôt de Paris ou les gardes-jurés. — a Si l'on considère le rôle économique du chef d'industrie, nous dirons que c*est à la fois un capitaliste et un ouvrier, et que ses bénéfices représentent en même temps l'intérêt de son capital et le salaire de son travail : mais nous ajouterons que le peu d'importance des frais généraux et la rareté des associations en faisaient un artisan beaucoup plus qu'un capitaliste et assignaient au travail une part prépondérante dans la production*. »
V^ Les gardes on jurés (ailleurs estvards, prud'hommes), membres de la corporation chargés de veiller à l'observation des règlements. Ils sont élus par tous les maîtres et par eux seuls, et institués par le prévôt de Paris. En général, ils sont au nombre de deux et nommés pour un an. Leur principale fonction consiste à rechercher et à signaler les infractions aux statuts ; mais, en outre, ils placent les apprentis, interviennent entre les patrons et les ouvriers, font passer l'examen de maîtrise et jugent le chefd'œuvre, reçoivent le serment des maîtres, représentent la corporation dans ses transactions et ses procès. Ils perçoivent une partie des amendes payées par les contrevenants et trouvent une source de bénéfices pécuniaires dans Texelrcice môme de la plupart de leurs attributions.
Dans certaines corporations parisiennes, les gardes-jurés ont au-dessus d'eux un maître, personnage particulièrement puissant chez les bouchers, qui jouissaient d'une organisation et d'une juridiction spéciales. Tel est l'usage suivi dans beaucoup de villes de France, où la direction suprême du groupe corporatif appartient à un maire ou mayeur de bannière, dans le Nord, à un capmestier [caput ministerii), dans le Midi.