LA CONFRÉRIE
204. Diverses espèces de confréries. — La confrérie [confratria) est une association religieuse qui a pour but Taccomplissement en commun de certains devoirs de piété et de charité. Les associations de cette nature sont très nombreuses au moyen âge, surtout dans les villes. Considérées au point de vue de leur objet, elles oiïi^ent entre elles des différences appréciables, les unes étant plus particulièrement fondées en vue de la célébration des offices religieux ou de la construction des édifices servant au culte ; d'autres revêtant plus spécialement le caractère d'une société de charité et d'aumône; d'autres enfin, créées uniquement en vue de constituer entre les confrères, sous des dehors religieux, un lien étroit,
* Fag.mkz. Eludes sur i industrie à Paris, etc., p. 32-i'2. — Walters, Les libertés communales y*ll*i-1'è\. — Lamuert, Essai sur le régime municijml en Provence, p. 285 siiiv. — GinY, Les Établ. de fiouen, t. Il, pièces juslif., ii* 98. — Caffiaux, Mtrmoire sur la charte de la frairie de la halle basse de Valenciennes, dans 3/<'m. de la Soc. des anliq. de Fr., t. XXXVUl. — CAex-DunBAN et Pasqdikk, Une ancienne confrérie rurale du Couserans (1315), dans Huit, de la Soc. ariégeoise des sciences, lettres et arls. — Mouynès, La confrérie de N.-I). de Fanjeaujr, dans Mém. de la Soc. des arts de Carcassonne, t. II. Cf. Musée des arch. départ., n^OO. — Statuts de la confrérie de Saiut-Martin du Canigou, dans Bibl, de VÉc. des Ch.
ment donnes, jugent les procès soulevés cnti^e gens de métiers, etc. La nomination des Capita ministeriorum ou capnicstiers donnait lieu souvent à des U*oubles que l'autorité royale, au xnr siècle, se vit obligée de réprimer. Voir Olim, î, 15-14.
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destiné à leur faciliter l'œuvre de leur aiTranchissenient civil ou laéuie de leur émancipation politique. Considérées au point de vue de leur jyersonnely les confréries sont les unes exclusives et fermées, les autres plus ou moins ouvertes. Dans le premier cas, elles ne sont que la forme religieuse d'une association déjà formée et ne comprennent que les membres mômes de cette association; elles se confondent alors avec la paroisse, avec la société marchande, avec la corporation industrielle, quelquefois même avec le corps municipal. Il arrive souvent aussi que la confrérie se distingue de la corporation, soit qu'elle n'admette qu'une partie des gens du métier, soit qu'elle s'étende k des personnes étrangères. Les membres d'une même corporation pouvaient se partager entre plusieurs confréries.
La plupart des confréries urbaines ne nous sont connues que par des documents d'une époque récente : il en est peu dont les statuts soient antérieui's au xiv« siècle. Beaucoup de ces associations, surtout les confiéries d'artisans, n'ont pris naissance, il est vrai, qu'à cette époque. On ne peut nier cependant que, dans les grandes villes, certaines confréries ne remontent à une date ancienne, au xu* et môme au xi<^ siècle : telles sont, en général, celles que forma la classe marchande (par exemple la Charité de Valenciennes) ^ Elles paraissent avoir eu, au moins à l'origine, un caractère aristocratique assez prononcé, et ne comprenaient que les notables et les principaux chefs de famille de la ville [prud'hommes). Certaines confréries de campagne remontent au xn^ siècle : telle était la confrérie de Saint-Martin du Canigou, fondée en iiOo par les moines de Tabbaye avec l'adjonction de quelques laïques.
205. Organisation des confréries. — On ne peut signaler ici que les traits communs à toutes ces associations. Elles ont entre elles d'étroites ressemblances, quelle que soit la diversité de leur origine. En tant qu'institution religieuse, la confrérie est placée sous la protection spéciale d'un saint qui est son patron, et dont le jour de fôte, célébré avec pompe par les confrères, est en môme temps le jour de leur réunion générale. Mais, en dehors de la fôte annuelle, les confrères font célébrer, plus ou moins fréquemment, des offices religieux dans la chapelle ou dans l'église qui est réservée à leur société, et dont ils administrent les biens. Comme les particuliers, les confréries signalent souvent leur piété par des fondations de messes perpétuelles et de chapellenies. Un des devoirs les plus
1. Les statuts de la confrérie de Valcncieuiics ont été publiés dans Wautebs, De l'origine et des premiers développemenU des libertés communales en Belgique^ dans le nord de la France^ etc., Preuves^ p. 251-259; et GRr.LiEn, Recherches sur les instit. polit, de Valcnciennesj p. 285-295. lis remontent a une époque antérieui'e à 1070, mais ils ne nous sont parvenus que sous la forme d'une traduction française de la (in du xni* siècle. 11 est hors de doute que toutes les parties de co règlement ne sont pas du »!• (voir Cafraux, Mémoire^ etc.). Ce qui est caractéristique dans cette charité^ c'est que la direction ne pouvait en appartenir qu'à un marchand, et que les gens de métier ne pouvaient s'y affilier qu'eu renonçant à leur état.
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stricts des membres de l'association est d assister aux obsèques des confrères : celui qui se dérobait à celte obligation était passible d'une amende. Si le confrère mourait dans le dénuement, l'association faisait les frais des funérailles.
L'esprit de charité était très développé dans toutes les corporations marchandes et industrielles, à plus forte raison quand elles se constituaient en confréries. Non seulement les confréries sont, à tous les points de vue, des sociétés de secours mutuels, mais une partie de leur trésor commun est généralement consacrée au soulagement des malheureux. Larges aumônes faites le jour de la fêle patronale, invitation d'un certain nombre de pauvres aux repas de corps, argent fourni aux hôpitaux et maladreries, fondations d'hospices : tels sont les usages bienfaisants qui sont en pratique dans la plupart de ces associations. 11 va de soi que le plaisir a sa large part dans les réunions des confrères, et qu'ici, comme en bien d'autres circonstances, le lien de la communauté est symbolisé par des réjouissances gastronomiques. On est tenu d'assister aux baptêmes et aux mariages qui ont lieu dans la confrérie, et la fêle patronale se termine le plus souvent par un repas de corps, qui, pour les gens du moyeu âge, n'est pas la partie la moins importante des traditions de la société.
Comme toute communauté, la confrérie a sa caisse sociale^ alimentée par les droits d'entrée, les amendes, les cotisations, les donations et les legs ; sa maison commune, où se tiennent les séances générales de l'association, où se jugent les différends entre confrères, où se donnent les banquets et les fêtes; enfin ses administrateurs particuliers. Le directeur de la confrérie, celui qui la représente et gère son trésor, porte des noms différents suivant les régions : prévôt (dans la France du Nord), maître, gouverneur ou bâtonnier (à Paris), recteur, bayle ou prieur (dans le Midi). Il est aidé dans son administration par d'autres fonctionnaires, plus ou moins nombreux suivant l'importance de la confrérie (doi/en, chancelier, aumônier, huissiers, sergents). En général, les administrateurs de confréries sont élus pour un an par les confrères, auxquels ils rendent leurs comptes en sortant de charge*.
20G. Action des confréries sur le développement des institutions municipales. — Ce qui a été dit plus haut du rôle important joué dans les villes par les sociétés de marchands et d'artisans pourrait trouver sa place ici, puisque la plupart de ces sociétés étaient organisées en confréries. Laissant de côté les faits déjà cités, nous insisterons sur le caractère de la confrérie, considérée spécialement connue moyen de réaction contre la domination seigneuriale et comme instrument d'affranchis-
1. A Yalencionncs, le prévôt de la charité était assisté d'un conseil de vin pt -quatre confrères choisis en partie par l'association. f.a confrérie rurale de Fanjoaux était administrée par quatre prud'hommes ou bayles, élus par le commun conseil de fa confrérie.