‹ Manuel des institutions françaisesChapitre 164 sur 262 · L\ VILLE CONSULAIRE · texte numérisé non relu

L\ VILLE CONSULAIRE

consulaire. Quoique bizarre que soit le fait, il faut bien constater que ce dernier régime a subsisté, et qu'on se borna à instituer Talternance des deux procédés gouvernementaux*. Le consulat et la podestatie se sont succédé tour à tour dans les républiques provençales, pendant une période de trente ans, jusqu'au moment où la conquête de la Provence par Charles d'Anjou vint mettre d'accord les partisans des deux régimes en supprimant toute liberté municipale. Il est vrai qu'à cette même époque l'institution consulaire n'avait pu conserver son caractère primitif : elle s'était compliquée de l'adjonction de magistrats particuliers appelés recteui*s {redores). A Arles, en 1246, on trouve l'administration nmnicipale exercée par les douze consuls traditionnels, et, en outre, par cinq recteurs. Ces fonctionnaires étaient probablement des chefs de confréries ou de corporations d'arts et métiers et représentaient, dans le gouvernement de la cité, la part faite à la population inférieure.

Au demeurant, la raison d'être du mouvement podestatique en Provence reste obscure, et il faut attendre que de nouveaux documents et de nouvelles études permettent d'élucider ce point si intéressant de notre histoire municipale. Deux explications ont ét^ principalement mises en avant :

a, La nécessité de mettre fin aux dissensions qui agitaient souvent le corps consulaire et, par répercussion, toute la ville. On y pourvut en créant un gouvernement placé en dehoredes partis, et fondé sur le principe de l'unité du pouvoir exécutif. Nice se donna un podestat pour se défendre contre les attaques de Gènes, jugeant nécessaire, pour sa sécurité, que toutes ses forces fussent concentrées entre les mains d'un seul homme. Arles créa de son côté la podestatie, pour mettre un terme aux émeutes sanglantes que les démêlés entre consuls provoquaient et que le régime consulaire ne pouvait empêcher.

b, La pression exercée sur l'aristocratie bourgeoise par l'élément démocratique, jusqu'alors exclu des charges municipales, et qui trouva dans la suppression du corps consulaire et l'institution d'un [régime nouveau un commencement de satisfaction. Il semble bien en effet que l'importation de la podestatie à Avignon ait été la conséquence de la guerre civile de 1225, et une sorte de victoire de la population ouvrière, réunie en confrérie, sur la noblesse locale et l'évêque, attachés à l'ancienne constitution. Le iiiit curieux de l'alternance plus ou moins irrégulière des deux modes de gouvernement pendant la période qui suivit, ne serait que la résultante

1. D'après Lambert (p. 550], Ja podestatie prévalut à Arles de 1221 à 1255; le consulat reparaît en 1250, la podestatie en 1257 ; puis vient, en 1258, une sorte de gouvernement révolutionnaire composé de 12 bayles; de 1245 à 1247, le consulat est de nouveau rétabli; enfin, en 1247, jusqu'en 1251, c'est la podestatie qui a de nouveau prévalu. Des vicissitudes analogues ont été signalées à Marseille et à Avignon. Dans cette dcrniérd ville, le statut de 1245 laisse au conseil général le soin de décider tous les ans si les administrateurs de la république pour l'année suivante seraient les consuls ou le podestat.

dos flucluations politiques aiixqiioUos les républiques provençales auraient été soumises, le signe extérieur de la prépondérance momentanée obtenue tour à tour par les deux partis qui se disputaient Tautorité.

241. Décadence et disparition du régime consulaire. — Pour les villes libres du Midi comme pour celles du Nord, le xui* siècle a été Tépoque de la décadence et même de la ruine absolue. Les mêmes causes ont amené, dans les deux régions, les mômes ertels. Le régime consulaire a dû les altérations pi*ofondes qu'il a subies progressivement et sa chute finale : 1" aux excès mêmes de la liberté, aux abus de pouvoir et aux dissensions de Taristocratie dominante; 2^ aux soulèvements de la population inférieure et aux efforts qu'elle a tentés pour abolir ou dénatui*er un état politique où elle n'avait pas trouvé place; 5" au travail de centralisation accompli dans la Provence et le Lmguedoc par les bauts suzerains féodaux, par les rois de France et les empereui^s allemands, et surtout par les princes apanages de la maison capétienne.

En ce qui concerne la ri^gion du Languedoc, la guérite des Albigeois n'a pas eu seulement pour effet de détruire la civilisation méridionale* de décimer et de ruiner la féodalité indigène au profit des envahisseurs étrangei*s. En introduisant à Toulouse la domination des rois de Paris et celle des princes de leur famille, elle y a implanté, du même coup, les traditions absolutistes et des procédés de gouvernement qui pouvaient difficilement se concilier avec les libertés municipales. Déjà Simon de Montfort avait remplacé le consulat toulousain par une commission de prud'hommes nommés par lui et révocables à volonté*. Louis VIII, après avoir soumis Beaucaire, en changea la constitution au profit du pouvoir seigneurial*. Le comte Raymond VU profita, à son tour, des quei*elles qui divisaient les villes consulaires de son fief, pour se faire donner le droit d'administrer directement certaines comnmnautés el d'v nonuner luimême les consuls. On peut dire que l'administration d'Alphonse de Poitiers ne fut qu'une lutte continue contre l'indépendance urbaine, qu'il attaqua par tous les moyens. Les mesures violentes et radicales qu'il prit tout d'abord ayant soulevé contre lui toutes les classes de la population, il eut recours à des procédés plus habiles, qui n'étaient pas moins dangereux pour les libertés des municipes languedociens. Sa politique, identique? à relie dc^s l'ois et des hauts barons de la France du Nord, consista à défendre en toute occasion l'élément démocratique contre la haute bourgeoisie qui détenait les gouvernements consulaires, à recevoir el h provoquer les doléances de la population inférieure, à obliger les consuls à rendre compte, devant le peuple, de leur gestion financière et administrative. Philippe le Hardi, qui recueiillit l'héritage d'Alphonse, se montra moins intolérant et restitua aux Toulousains une partie de leurs anciennes

\. A. Moi.iMER, Hist. de Laug., t. X, p. Ii7.

ï. U y remplaça les consuls par des syndics élus en présence du sénéchal. (Etsskttr IJint. admhmtr. de Beaucaire depuis le im' sièrfe, 1889.)

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