LA VILLE NEUVE
245. Définition de la ville neuve. — Parmi les différents espèces de communautés urbaines qui apparaissent, plus ou moins privilégiées, sur le territoire de la France du moyen âge, celles que les contemporains
* Généralités. — L. Cocrajod, Lrs vilirs neuves en France du xi" au xiv* êi^cte^ dans Positiotu des tftèses de CÉe. des Ck.^ an. 1805-1806. (](. du même : compte rendu critique du livre (sans valeui') de E. Nenadlt, Les villes neuves^ dans Uibl. de l'Èc. des Ch., an. 1809. — Curie-Sbimbre , Essai sur les villes fondées dans le Sud- Ouest de In France au xiir siècle sous le nom générique de « bastides». — G:nv, Compte rendu critique de l'ouvrage précédent, dans Bitfl. de CÉc. des Csh., an. 1881, et compte rendu du livre de Brissaud, dans Hevue Jtislor., \. V, p. 420 (sur les bastides de la Guyenne). — Luchairk, Instil. monarch., t. Il, p. 159 suiv. (sur les villes neuves) et p. 195 (sur les pariages). — Bodtaric, St Louis et Alphonse de Poitiers. — A. Molimer, Etude sur C administration de St Louis et d'Alphonse de Poitiers dans le Languedoc (1880).
Monographies. — Chaiacd, Fragments du cartul. de la Chapelle- Aude (1860), inirod. — Rab\ms, Sur les bastides de la Guyenne et sur la charte de Sauveterre^ dans Commission histor. de Bordeaujr^ an. 184fi-47. — I>t'n\^I», Fondation de la ville de Gimont, dans Hevue de Gascogne, 1870. — DEVr;ii>.;iiji, Sur les bastides du Midi de la France, dans Congrès scientif. de Fr., 28* session (Bordeaux), t. II; Les bastides ou villes neuves du Sud-Ouest de la France, dans Actes de VAcad. de Bordeaux, 42" année. — Fédié, Construction d'une bastide au xiu" siècle, dans Mém. de la S(tc. des arts de Carcassonne, t. lY. — Ci.os, Les bastides, fondation de Hevrl, dans Mém. de VAcad. des Se. et Inscr. de Toulouse, \* série, t. V. — Bris- SAUD, Sotice histor. sur Villeneuve-le-lioi, dans Bibl. de la Sue. archéol. de Sens, t. X. — UuMEAU, Monographie de la bastide de Sérou, dans Soc. archéol. de Tarnet-Gar., t. XII, 1884. — I)e?ai.s, Histoire de Montauban, t. I (1855), etc.
i4G LES INSTITUTIONS IHJPILVIUKS.
appelaient (les villes neuves (vilUe novœ) méritent deti*e étudiées à part. A vrai dire, ce qui les distingue de toutes les autres, ce n est pas le caractère spécial des i'ranchises et des libertés dont elles jouissent. Au point de vue de la condition de leurs habitants, les villes neuves n*ont pas une physionomie qui leur soit propre : leur situation à l'égard du pouvoir seigneurial est extrêmement variée; on rencontre chez elles tous les degrés d airranchissement qui correspondent aux diiïéi*ents types de villes franches et même de villes libres que nous avons étudiés précédemment. On peut dire qu'en général toute fondation de ville neuve est accompagnée de la concession d'une certaine somme de franchises, qui est la condition indispensable de la fondation même, puisqu'il s'agit d'attirer les habitants dans la loc«'dité nouvellement créée, d'arriver le plus rapidement possible au peuplement le plus complet. Une ville neuve est donc en même temps une ville franche; ce qui explique pourquoi, dans les textes du moyen î\ge, cette dernière expression est assez communément prise pour Tauli^e. Nais si toute ville neuve est une ville franche, la réciproque n'est pas également vraie. Bien qu'on ait donné plus d'une fois le nom de viila nova à une communauté déjà ancienne, que l'octroi d'une franchise est venu en quelque sorte rajeunir et renouveler, nous ne pensons pas qu'on soit en droit d'attribuer à ce fait un caractère de généralité qu*il n*a pas eu. On ne peut pas dire, avec le savant très estimable qui a étudié la charte de Beaumont en Argonne : « que le terme de ville neuve mai^ que simplement une phase nouvelle dans la vie d'une localité déjà existante, une révolution juridique dans l'état de son sol et de ses habitants ; qu'il exprime la transformation d'une ville assujettie en ville franche ))^ A ce compte, toutes les villes dotées de privilèges auraient le di*oit de s'intituler villes neuves, ce qui est inadmissible. En qualifiant villes fieuvess toutes les conuuunaulés alTi'anchies d'après la loi de Beaumont, on aintroduit, dansTôtude de nos orf^anismes numici|>aux du moyeu Age, un élément de confusion et d'erreur qu'ilim[KH*(e de faire disparaître. Ce (|ui caractérise essentiellement la ville neuve, ce n'est pas le degré de franchise dont elle esl appelée à bénéficier, c'est h» mode particulier (le sa formation. La ville neuve est, ou bien une localité créée de toutes pièces, dans un endroit précédenunent inhabité, ou bien, ce qui revient au même, une localité dt\jà existant en germe, mais agrandie, peuplée en un court espace de temps et dans des proportions considérables. Dans les deux cas, la ville proprement ou improprement dite nouvelle est une communauté constituée d'un seul coup et d'une manière artificielle par le seigneur qui la fonde. Klle a toujours pour point de dè[)arl l'ouverture d'un asile et la publication d'une charte de franchise ou de peuplement. La ville neuve s'oppose ainsi à la ville ancienney dont l'origine remonte à une ('poque plus ou moins reculée du moyen âge et dont la formation s'est faite lentement, p.ir une série d'agrandissements successifs, auxquels