Ibid.. IV
480 LES INSTITUIONS MONARCHIQUES.
deux reprises une reine mère se remarier avec un simple baron S fait singulier, qui s*explique en pcirtie par la situation des douairières, désireuses de ne point l'ester isolées au milieu des crises qu*amenait régulièrement tout changement de règne et intéressées, comme toute héritière féodale, à choisir le plus tôt possible un mari capable de défendre les domaines composant leur dolalitium. La bonne intelligence ne régnait pas toujours entre la reine mère et son fils. On le vit clairement sous Louis VII et sous Philippe Auguste. Celui-ci n'était pas encore roi en titre qu'il entrait en hitte ouverte avec sa mère Adèle de (iham|)agne, saisissait ses châteaux et l'empêchait de jouir de son douaire. Il fallut la médiation toute-puissante du roi d'Angleterre Henri II pour éviter que la querelle ne devînt plus grave et pour amener une réconciliation, au moins officielle, entre la mère et l'héritier pn*somptif. IMus tard la reine douairière rentra en grâce aupn's de son fils, qui confirma ses donations et lui confia même la régence, dans les conditions que nous connaissons* au moment de la troisième croisade. Après le retour du roi, Adèle ne parait pas avoir conservé la moindre participation aux affaires publiques, mais vécut dès lors assez obscurt>ment, du moins avec tranquillité, des revenus de son douaire».
A la mort de Philippe Auguste, Ingeburge, devenue reine douairièi'e, conclut avec le nouveau roi, Louis VIH, un traité qui lui assurait la libiv possession d(*s domaines que son mari lui avait laissés'. Elle conservait d'ailleurs le droit de s'intituler Dei gratta Francorum regina et d'employer dans ses lettres les fornniles propres aux personnes souveraines. I^ situation faite à Hlanche de Castille pendant ses deux régences fut véritablement exceptionnelle : elle la dut aux circonstances et aussi à des qualités rares chez une femme. Du reste, saint Louis ne cessa jamais de lui laisser mie [»art considérable dans la direction des afîain»s. Par piété filiale autant (jue par intérêt politique, il la consulta toujours, lui cédant h' pas dans l«»s assemblées et permet tant parfois qu'on s'adivssàt î\ elle plutôt ([u'à lui-mérne pour les rapp(^rts concernant des faits de guerre''. i,e douaire qu'on lui avait constitué était particulièrement important*. Sous Philippe le llaidi, la reine mère, Mar^nierile de Provence, so dédoinniagea d(» la contrainte où l'avait réduite si lonj^^temps l'ascendant de Hlanebe de (lastille. Profitant de la docilité de son fils, elle se fit Tinspiratrice d'un parti ([ui avait pour mot d'ordre l'alliance avec l'Angleterre et riiostililé contre Charles d'Anjou, et réussit eu effet à exercer uiu; certaine inOuiMice sur la politique extérieure du régne.
\. LcciiAinF, Imlit. mnnnrrh., I, l'ii el siiiv.
*2. Sur ce trait»' publié dans Baluze. Misrell., t. VH, p. 2i(», dans IIF, XIX, p, 32i, voir les corrodions de Davii»soii>, p. 3*23.