La visite archiépiscopale. Les synodes provinciaux
Parmi les droits qu'exerce le métropolitain sur les évéques suffragants, il en est deux qui appellent particulièrement l'attention : i^ le droit d'enquête et de visite ; 2<* le droit de synode.
Le premier consiste pour l'archevêque à venir au chef-lieu du diocèse et à s'enquérir auprès des personnes compétentes (notamment auprès des chanoines de l'église cathédrale) sur la manière dont l'évoque i*emplit ses fonctions. Il demande si l'évéque s'acquitte de ses devoirs spirituels (célébration des offices, consécration d'églises, ordinations, bénédiction des religieux et religieuses, etc.) ; s'il prêche et s'il visite les paroisses diocésaines; comment et à qui il confère les bénéfices; s'il conserve, comme il convient, les droits et les biens de l'Église ; enfin si sa conduite privée et celle des personnes de sa maison ne donnent pas prise au scandale. Ce droit d'enquête a pour corollaire le droit de coercition, exercé par l'archevêque sous toutes ses formes, depuis la simple réprimande jusqu'à l'excommunication.
Quand le métropolitain se trouve servi par les circonstances ou i)ar son ascendant pei*sonnel, et surtout s'il peut compter sur Tappui du roi et sur la protection du pape, il arrive encore facilement, même au xui« siècle, à jouir dans sa province d'une autorité des plus étendues. Il lui suffit d'exercer dans toute sa rigueur le droit qui lui est reconnu parles canons, de visiter les diocèses suffragants, de les parcourir, village par village, de réunir partout doyens et curés, et d'inspecter tous les établissements religieux*.
Dans les synodes provinciaux, le métropolitain réunit non seulement
1. Tels sont les pouvoirs de l'évoque d'Autun dans la province de Lyon, de l'évéque du Mans dans la province de Tours, de l'évéque de Soissons dans la province de Reims, de l'évéque de Clermont dans la province de Bourges, elc. C'est surtout dans les synodes provinciaux que chaque évéclié apparaît au rang qui lui est assigné par la tradition et la coutume. Quand l'archevêque de Ueims préside son synode, on voit assis à sa droite d'abord son premier suiïi*agant, l'évéque de Soissons, puis les évéques de fieauvais, de Noyon, de Tournai, de Sentis; à sa gauche, les évéques de Laon, de Cbftlons, d*Amicns, de Térouanne, d'Arras. L'évéque de Cambrai siège en face de l'aithevéque. De même l'archevêque de Rouen fait asseoir à sa droite son pi'emier suiTragant, l'évéque de Baycux, puis ceux d'Évreux et de Lisieux ; à sa gauche, les évéques d'Avranches, de Séez et de Coutances, etc.
2. Telle fut la tâche à laquelle se voua le réformateur Ëudc Rigaud, archevêque de Rouen. A cet égard, coimnc à tant d'autres, le Journal où il a consigné si minutieusement les résultats de son inspection et de ses enquêtes est un texte des plus instructifs. Les rares documents du môme genre qui nous sont panenus (tels que les Actes des visites de l'archevêque de Bourges^ Simon de Beaulieu^ et le Jounml des visites de l'archevêque de Bordeaux, Bertrand de Goth) sont loin d'offrir le même intérêt. Voir Bihl. de l'Éc. des Ch., t. XXXVI, p. 322.
ÉgH '■ "Il il
les évoques suffragants, mais les chefs des principaux établissements religieux delà province*. Le synode s'ouvre par la messe du Saint-Esprit, célébrée par l'archevêque qu'entourent ses suffragants ; puis tous s'installent solennellement sur une estrade, prés de la porte de l'église, dans l'ordre fixé par la hiérarchie des évéchés. Après l'évangile et le sermon, on donne lecture de la lettre de convocation, des réponses faites par les personnes convoquées* et des procurations données par les chapitres cathédraux à ceux qui sont chargés de les représenter. L'assemblée ainsi légalement constituée, on procède non à la discussion, mais à la lecture à haute voix des statuts qui sont l'objet principal de la réunion, et qui ont été généralement élaborés d'avance. Un Te Deum et des oraisons dites par le métropolitain marquent la clôture de l'assemblée. Mais le synode n'est pas toujours purement et simplement un concile occupé d'affaires religieuses, c'est aussi le tribunal où l'archevêque, assisté de ses suffragants, juge les causes soumises à sa juridiction'. Quand le siège métropolitain est vacant, le synode provincial peut être convoqué et tenu par le chapitre de l'église archiépiscopale *.
17. Conflits entre métropolitains et suffragants. — L'autorité exercée par le métropolitain dans les diocèses suffragants dépend essentiellement de la situation personnelle de l'archevêque et du caractère plus ou moins ombrageux des évêques soumis à la métropole. Il s'en faut que les rapports entre évêques et métropolitain soient toujours pacifiques. Là comme ailleurs, régnent les désobéissances voulues, les empiétements, les résistances, parfois même la guerre avec toutes ses violences. Les conflits sont fréquents et se prolongent pendant de longues années. Une cause habituelle de discorde est que les suffragants refusent de déférer aux appels portés en cour archiépiscopale, et reçoivent dans leurs diocèses les personnes que l'archevêque a excommuniées. Tantôt la papauté encourage cette attitude des évoques, tantôt au contraire elle est obligée de les rappeler à l'obéissance. Ailleurs, c'est l'archevêque qui empiète sur les droits épiscopaux. Il traite les évêques comme de simples clercs, s'ingère dans les affaires de leurs diocèses, évoque à son tribunal, en première instance, les causes de leurs diocésains^. Au total, la période qui
1. Voir le procès-verbal du synode provincial de Vemon, tenu par Eude Rigaud, archevêque de Rouen, eu 1203 (Bonmn, p. 481-483), et celui du synode de St-Quentin, dans la province de Reims, tenu en 1231 (Varin, Arch. administr. de HeimSy I, 2* partie, 548-551).
2. Comme spécimen des lettres par lesquelles les évêques s'excusent auprès du métropolitain de ne pouvoir assister au synode provincial, voir celle de l'évèque de Térouanne, adressée à Henri, archevêque de Reims, en 1235 [Varin, Arch. administr. de Reims, I, 2* pai'lie, p. 564).