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St Beim., Épist

exercer ce pouvoir plus librement, puisqu'il n*y avait plus un centre d*autorité laïque capable de le limiter. Mais les premiers Capétiens n'y renoncèrent pas. La royauté intervenait surtout lorsqu'il s'agissait de diocèses situés sur les frontières du territoire qui lui obéissait. On comprend en cfTet qu'en ce cas les modifications introduites dans les évécliés pouvaient avoir des conséquences importantes au point de vue politique et national.

Soit que des diocèses fussent trop étendus poui* que l'autorité épiscopale pût s'y exercer avec efficacité, soit qu'il parût nécessaire d'établir une correspondance rigoureuse entre les circonscriptions féodales et les ressorts ecclésiastiques, lorsqu'il s'agissait d'un diocèse partagé entre deux souverainetés et deux nationalités différentes, l'autorité ecclésiastique exerçait le droit de division. Dans certains cas, la force des choses imposait presque la division du diocèse ^ Ailleurs, il fallait que la papauté

1. a. Au XI* siècle, rattcntion de l'historien est particulièrement appelée sur la division des diocèses de Cambrai et de Noyon. Du premier devait se détacher Tévêché d'Arras; Ju second, révéché de Tournai. Le trait commun à ces deux diocèses, c'est qu'ils étaient l'un et l'autre inclinés vers deux suzerains, deux nations différentes, et partagés par suite entre des intérêts et des tendances contradictoh'es. Arras, cité française, subissait avec peine le joug de Cambrai, qui repoussait la domination des comtes de Flandre et de leur suzerain direct, le roi de France, pour se tourner vers l'Allemagne. C'était le contraire pour Noyon, diocèse tout français, qui avait comme annexe le pays de Tournai, lequel féodalcment se rattachait plutôt au Hainaut et à l'Empire germanique. La division s'imposait dans les deux cas. Elle ne se Ût pas sans difficultés, Urbain II créa l'évéché indépendant d'Arras en 1092. Mais l'évéque de Cambrai résista longtemps, et continua à revendiquer ses droits sur le ten'itoire perdu. Le premier évoque d'Arras, le célèbre Laml>ert, eut fort à faire pour vaincre la mauvaise volonté des archevêques de Reims et des évêqucs de Cambrai. Ici la royauté française ne pouvait qu'applaudir à la décision pontificale, puisque Arras appartenait maintenant tout entier au territoire national. [Sur le conflit Cambrai-Arras, voir Baluze, A#ûc«//.,Y, 237-i42.) Il n'en fut pas de même en ce qui concernait Noyon. Le roi de France voulait conserver Tournai sous la domination d'un évêque français. Les Tournaisiens, au contraii^e, s'efforçaient constamment de s'en détacher. De là une lutte fort vive et fort longue. Les papes infusèrent de diviser le diocèse jusqu'au commencement du xu* siècle; mais leur politique varia alors singulièrement. Pascal II donna à Tournai un évéque particulier (illi). Calixtc II, cédant au contiaire aux instances et même, on peut le dire, aux menaces do Louis le Gros, rattacha Tournai à Noyon (1121). Eugène III les sépara définitivement en 1140. (Sur l'affaire de Noyoïi-Tournai, Luchaire, Louis K/, Inlrod. cxxv suiv. cxxxni.) — b. La division du diocèse de Toulouse qui commença à la fin du xni" siècle et se compléta au commencement du xn-*, eut heu pour de tout autres raisons. L'étendue même de ce diocèse rendait nécessaire le démembrement. Le 16 septembre 1295, Boniface YIII érigeait en évèclié l'abbaye de St-Antonin de Paniiers, en le détachant complètement du diocèse de Toulouse pour l'annexer, comme suffragant, à celui de Narbonne. L'évéque de Toulouse, qui n'avait pas été consulté, protesta et obtint, à force d'instances, un sursis d'exécution de la bulle pontificale. Ce ne fut qu'en 1297, après la mort de Louis d'Ai^jou, évêque de Toulouse, que le siège épiscopal de Pamiers fut pourvu de son premier titulaire, Bernard Saisset. On connaît d'ailleurs le rôle que joua cet évêque dans la lutte de Boniface VIII et de Philippe le Bel (Hisf. de Laug.y éd. Privât, X, note ix, sur Cérection de Vahbaye de Pamiers en étféché). En 1317,yean XXII érigeant l'évôché de Toulouse en archevêché, l'évéché de Pamiers fut distrait de la métropole de Narbonne pour devenir le premier suffragant de la métropole

L'ÉVÊQUE. 4i

résistât aux demandes peu justiGées des villes qui voulaient avoir un évoque particulier*. Pendant que certains diocèses se démembrent et donnent naissance à de nouveaux évêchés, d'autres au contraire, par Texercice du droit d^unioriy disparaissent et leur territoire est annexé à Tévéché voisin. Il en est eflectivemcnt qui ont un ressort trop peu étendu ou dont le siège est ti*op rapproché de celui du diocèse immédiatement contigu pour que leur existence soit justifiée'. Mais il arriva parfois que la cité à laquelle on voulait enlever son siège épiscopal, vestige d*une ancienne organisation religieuse qui n'avait plus raison d'être, ne se'résignait pas et résistait'

d. LE POUVOIR TEMPOREL DE l'ÉVÉQUE*

27. L'évècpie, propriétaire, La mense épiscopale. — Comme chef spirituel d'un diocèse, l'évoque, avons-nous dit, possède et exerce à

*OénôraUtô8. — Thomassim, III [Biens temporels de l'Église, leur distribution, leur usage) ; — HF. XI, préface, clxxxiii. — Iuubt db la Toub, Les élections épiscopales dans t Église de France^ du ix* au xu* «., pass. — Warnkœnig, Sur t étendue des droits temporels des évêques dans C ancienne France^ dans Congrès scientif.^ X* session (Strasbourg), t. I. Cf. les ouvrages cités, p. 29.

Monographies. — Gv^rabb, Car lui. de N.-D. de Paris, Préface, lxui-lxxxvii. — y. MoRTET, Maurice de Sully, p. 83 suiv. — C Port, Le livre de Guillaume

toulousaine. Les évêchés^de Montauban, Mirepoiz, Lavaur, Rieux, Lombes et St-Papou furent crées à la même époque. La même année, Jean XXII transformait aussi en évêchés les abbayes de Luçon et de Maillezais, dont les moines devinrent chanoines des nouvelles cathédrales [Chamaro, St Martin et son monastère de Ligugé, 205), et démembrait ainsi le vaste diocèse de Poitiers. Ailleurs il enlevait au diocèse d'Albi le territoire de l'évêché de Castres, jusqu'ici abbaye bénédictine; au diocèse de Rodez celui de Yabi^s, autre abbaye, dépendante de St-Yictor de Marseille, pour en former deux évêchés suCTragants de l'archevêché de Bourges. Enfin, pour dédommager l'arche- Tèché de Narbonne des pertes que lui faisait subir l'érection de Toulouse en métropole, il érigeait en évêchés les abbayes de St-Pons de Tomières et d'Alet (1318). Voir Hist. de Long., édit. Pnvat, X, note sur quelques évêchés érigés dans le Languedoc et la Guyenne par le pape Jean XXIL

1. Les clercs de Boulogne demandaient, à leur profit, le démembrement de l'évêché de Térouanne, sous prétexte que Boulogne avait eu, dans les temps anciens, le rang de cité épiscopale. Ici, la division n'aurait eu aucune raison d'ôti*e et ne se fit pas. [HF. XIII, 304, année 1158.)

2. En 1276, le pape Grégoire X prononce l'miion de l'évêché de Die avec celui de Valence, union qui devait durer jusqu'en 1687. Amédée I*' de Roussillon, évèque de Valence, prit le titre d'évôque de Valence et de Die, que conservèrent ses 8uccesseui*s. Ici, l'union se fit sans obstacle. [HF. XXI, 785; Valronnais, Hist. du Dauphiné, I, 227.)

3. Les efforts des papes réformateurs de la fin du xr* siècle pour unir définitivement l'évêché d'Orange à celui de St-Paul-Trois-Chàteaux, se hem*térent toujours contre l'obstination des habitants et des comtes d'Orange, qui finit par l'emporter. Rien de plus curieux à étudier que l'histoire de cette querelle, plusieurs fois séculaire, entre les deux cités, querelle entretenue d'ailleurs jpar les variations'souvent étranges de la politique pontificale, qui tantôt unissait, tantôt séparait les deux diocèses, suivant les circonstances et l'intérét de la cour de Rome. Orange finit néanmoins par garder ses évêques particuliers. (HF. XIY, 546 et note b; ibid. 712 et note c; XV, 21, 22; JaitiS- LŒWE!fFEU>, n<*« 5296, 5561.)

12 LES INSTITUTIONS ECCLESUSTIQIJES.

pou près partout les mêmes pouvoirs. L*inégalité commence quand on l'envisage comme propriétaire temporel et en tant que baron occupant une place détenninée dans la hiérarchie des seigneurs. L'autorité temporelle attachée à Tépiscopat, résultat de Tétcndue variable du domaine propre et de la suzeraineté féodale affectés à l'évôché, diffère profondément d'un diocèse à l'autre.

Le domaine assigné particulièrement à la fonction épiscopale constitue ce qu'on appelle la mense de Vévêque (mensa episcopalis). Pendant longtemps les biens et revenus diocésains étaient restés indivis entre Tévèque et le chapitre catliédral. Au début du xi« siècle, la séparation de la mense épiscopale et de la mense capitulaire est partout (sauf quelques exceptions relatives au Midi)* un fait accompli. L'évéque a son domaine particulier, administré par des officiei*s spéciaux. Notons cependant que, dans certains diocèses la séparation est moins absolue qu'ailleurs, et que dans tous existe un terrain conmiun sur lequel les intérêts et les droits de l'évéque et ceux du chapitre restent presque confondus : la cathédrale. Dans quelques évêchés, une partie considérable des revenus épiscopaux est absorbée par les frais d'entretien de la cathédrale, les pensions faites aux chanoines, la fourniture des ornements et des accessoires du culte. Sur d'autres points, on a procédé à un partage.

Les biens qui constituent la mense épiscopale se composent d'abord de terrains et de maisons formant, dans leur ensemble, une partie plus ou moins grande de la ville qui est le centre du diocèse. Aux propriétés urbaines de l'évéque s'ajoutent :

a. Les possessions rurales plus ou moins disséminées dans l'étendue

Le Maire^ évéque d Angers. — Matton, Essai hist. sur l'autorité des évéques de Laon au moyen âge, dans Bull, de la Soc. Acad. de Laon^ t. V, Vil et XI. — Li^oN Maître, La Seigneurie des évéqucs de Nantes dans Bull, de la Soc. arc/ufol. de Nantes, t. XXI (1882)» et Introd. à l' Invent. somm. de la Loire-Infér.^ séries (J et II. — Lépinois et Merlet, Cartul. de N.-D. de Chartres, Introd. (ch. i, l' Evéque et son temporel). — De Forxeville, Notice hist or. sur V ancien évéché" comté de Lisieux, dans Mém. de la Soc. des antiqu. de Norm., t. XXVIII. — De&izars, Les évéques d'AlOi aux xu* et xni* s.; origines et progrès de leur puissance temporelle et de leurs revenus ecclésiastiques. — Leglàt, Cameraeum christianum, Introd. (Hist. du développement de l'évCilié de Cambrai). — A. Lascombes, Bépertoire général des hommages de l'évéché du Puy (1882). — A. Bourgeois, Etude sur l'organisation du domaine des évéques de Metz, dans Positions des thè8e4t de CEc. des Ch., an. 1888 (2« partie : le Domaine). — De Taillas, Étude histor. sur le pouvoir temporel des évéques de Gap dans Mém. de tAcad. Delphinale, t. XIY. — R. de Lespixasse, Registre terrier de l'évéché de Nevers, rédigé en 1287 (voir V Introd.). — Desiardins et Rendu, Invent. somm. des areh, de l'Oise, t. I (série G), Introd. — Germain, Le temporel des évéques de Maguelone et de Montpellier (1879). — Laurent, Le Livre vert de l'archevêché de Narbonne (1886), Introd., etc.

i. Ce n'est qu'en 1115 que l'évéque de Bazas procéda au partage des biens diocésains, en présence de l'archevêque d'Aucli et des évéques d'Aire, Tarbes, Oloron et Bayonnc : partage qui dut être renouvelé ou complété en 1126 et 1127 [Arch, hiêtor. de la Gironde, XV, 26, 61, 64).

du diocèse, administrées par des prévôts et des maires dans le Nord, par des bailes dans le Midi.

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