L'ORGANISATION MILITAIRE DE LA MONARCHIE
55i . lie service féodal et Tost du roi avant le XIII*^ siècle.
— Les obligations militaires des vassaux nobles (g 106) ont été longtemps une des bases principales de Toi^nisation de rarmêe capétienne. 11 est vrai que ces obligations n'ont guère été remplies à Tégard des premiei^ Capétiens que par les petits vassaux du domaine, sur lesquels ils exerçaient une autorité réelle et directe. On ne pouvait pas songer à en exiger robser>'ation stricte de la part des grands vassaux, surtout des plus éloignés. Du reste, la participation de la féodalité aux expéditions militaires du roi a toujours varié avec le caractère même de ces expéditions et la nature des rapports qui existaient entre le gouvernement royal et les feudataires convoqués à l'ost. Pour les opérations de peu d'importance, (jui ne demandaient point de séjour en pays lointain et n'exigeaient qu'un déplacement minime de forces militaires, le roi marchait seulement avec les chevaliers qui constituaient son entourage habituel : ceux-ci étaient aidés par les châtelains des pays voisins de l'ennemi à combattre. C'était l'armée privée ou domestique du souverain. Les textes la distinguent quelquefois expressément de l'armée publique ou de l'ost féodale. Elle comprenait, outre le corps de cavalerie féodale, un contingent de fantassins et une troupe d'archers, de frondeurs et de lanciers, sans compter les hommes afTeclés au maniement des balisles et des autres machines de guerre. S'il s'agissait d'une expédition plus sérieuse, le Capétien demandait le concours de certains grands feudataires dont les Ktats touchaient son domaine et qui restaient généralement fidèles à l'alliance royale. Knfin, pour les guerres lointaines ou très importantes, le roi s'adressait à tout le corps féodal. La convocation (edictum) était envoyée [)ar les secrétaires royaux (librarii) à chacun des hauts feudataires. Ceuxci devaient se trouver en armes au lieu et au jour fixés, avec leurs pmpres vassaux.
* Dr l\ UoQtK, Traite liu han et dr t'anif*rc-ban hui) . — Daniel, Ilisl. de fti milice /'rançuinr 1721). — (jkrmu. Les routiers (in wv sii'eie, dans Dit»/, de i'Ke. des CJi.j t. 111: Merradier, Les nnttiers au Mil" sii'e/e, ihid. — Houtaric, l^a Franre sous Vliilipiie le lie/ > iSOl , p. .'(iT suiv. ; Insfitulious milifaires de in franre 18<')"»i. — \Valu»>. Sailli Louis, t. II. cli. wii. — LicnviHK. Instil. mouarch.^X. II. I». 40 suiv. — Langi.ois. Philijijie III, p. ."O'J suiv. — ^ViLLKsTO^-^VALREn, Philii» Au(juslus, p. IfO-li.". — l»Ki.iKii. La laetique militaire au xiu" siècle (18X0;. — KtKiii.KH, Die l'Htwiehcluuij des Krieifwrsciis und der KrieijftVirung in der liiltcrzeH ^1SH0-1S8«J\
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On a affirnié sans raison que les levées générales ne se faisaient que dans les circonstances extraordinaires, que les grands vassaux ne devaient leur concours au roi qu'en cas de guerre nationale et seulement de guerre défensive. Les fails contredisent formellement cette opinion*. Mais il ne faut pas s \ faire illusion sur Fimportance de Fappoint que cet élément féodal apportait à l'armée du roi. L'appel adressé par le souverain, si pressante qu'en fut la formule, rencontrait souvent peu d'écho. Non pas qu'il fût licite aux barons de n'en tenir ouvertement aucun compte. On commet une aulre erreur grave quand on dit que i le roi ne pouvait semondre les grands vassaux, que leur concours était tout volontaire et le résultat d'une alliance politique plutôt que d'une obligation » -. Mais il y avait pour le haut baron un moyen d'éluder la loi et de rendre la convocation royale à peu près ineflicace : c'était de n'amener avec lui qu'un nombre insignifiant de combattants. Le chiffre de dix chevaliers parait avoir été le minimum du secours que les grands feudataires étaient tenus de fournir au roi de France pour ne point manquer à la fidélité et encourir la forfaiture. Il est probable que les ducs et les comtes usaient de cet expédient légal toutes les fois que la royauté les convoquait contre leur gré. Les rois du xi* et du xu« siècle ne pouvaient donc que difficilement compter sur leurs grtmds vassaux pour se constituer une puissance militaire qui fût en rapport avec leur dignité et les exigences de leur situation. Les milices baronniales étaient d'ailleurs unj ressource d'un caractère trop précaire et trop irrégulier. Quand les hauts feudataires n'osaient pas violer ouvertement ou éluder, par les subterfuges légaux, l'obligation du service, ils arrivaient au môme but en demandant au roi délai sur délai, en essayant de le dissuader de ses projets de guerre et de l'amener à s'accommoder avec son ennemi. S'ils répondaient à la convocation et s'étaient rendus à l'ost, leur concours, mesuré quant au temps, pouvait faire défaut tout à coup et compromettre ainsi le succès de l'entreprise.
Les ressources militaires que la haute féodalité laïque refuse au souverain capétien ou ne lui accorde qu'avec parcimonie et comme à regret, il les trouve en grande partie dans l'appui de la féodalité ecclésiastique. Non seulement, en effet, les prélats sont astreints comme les autres barons au service de la chevauchée et de l'ost et tenus d'amener au roi les milices des évéchés et des abbayes, mais les contingents qu'ils conduisent ont été longtemps les plus nombreux dont le gouvernement royal pût disposer. Au temps de Henri !• % l'opinion considérait déjà les évéques et les abbés comme étant la force militaire sur laquelle s'appuyait surtout la royauté. L'institution des associations de paix, régulièrement organisées dans certains diocèses (gg 125, 208), fournit au monarque des cadres tout formés et des armées toujours prèles. C'est cette organisation essentielle-