LES ORDRES MILITAIRES
Les ordres militaires institués pour la défense de la Terre-Sainte ont eu de bonne heure, dans la France du moyen âge, leurs représentants permanents et leurs possessions territoriales. Vordre Tetttonique luimême*, au commencement du xni* siècle, possédait des terres et des commanderies réparties dans les diocèses de Toul, de Nevei's, de Troyes et de Chartres. Mais les deux ordres de beaucoup les plus importants par rétendue de leurs domaines et la place qulls occupent dans l'organisation sociale et politique du royaume capétien, étaient ceux de Tllôpital de Saint-Jean de Jérusalem et du Temple.
60. Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérosalem *. — Fondé bien avant l'ordre du Temple, au cours du xi« siècle, celui de THôpital eut d*abord pour mission exclusive de secourir les pèlerins malades
*OénôralitÔB. — Vertot, Hiêt. des chevaliers hospitaliers de St-Jean de Jéntsaletn, 1761. — Falkensteih, Gesch. d. Johann. Ord. 1835. — Yox Ortexberg, Der Hitterord. des heiL Joh. von Jerus., 1866. — Ulhorn, Die An fange des Johanniter Ordens, dans Zeitschrifl fur Kirchengeschichle VI, 46 suiv. — Saige, De t ancienneté de Vhôpital St-Jean de Jérusalem^ dans Bibl. de CÉc. des Ch.j t. XXY. — K. IIerquet, Chronologie der Grossmeister des Hospital-ordens^ wàhrend der Kreuzzftge (1880). — Dklaville le Roclx, Les archives^ la bibliothèque et le trésor de l'ordre de St-Jean de Malte, dans Bibl. des Écoles fr. d'Ath. et de Home, 32« fasc, 1889; le mt^me. De prima origine Ilospitalariomm Hierosolymitanorum, 1885.
Monographies. — E. Manmer, Les commanderies du grand prieuré de France (1872). — DuBouRG, Hist. du grand prieuré de Toulouse et de diverses jfossessions de l'ordre de St-Jean dans le sud-ouest de la France (1883). — De Grasset, Essai sur le grand prieuré de Si-Gilles (1869). — Chassaikg, Cartulaire des Hospitaliers du Velay, Introd. (1888). — Leciiaudé d'Asist, Dor. hist. touchant les Hospitaliers et les Templiers en Normandie, dans Mém. de la Soc. des antiq. de Nonn., t. XIV. — De Màrquessac, Les Hospitaliers de St-Jean de Jérusalem en Guyenne (1866). — NiKPCE, Le grand prieuré d'Auvergne (1883). — Vkchox, Sur les commanderies du Temple et de Jérusalem dans le Laonnais, dans Bull, de la Soc. acad. de Laon, t. VI. — Delà ville le Roclx, La commanderie de Gap^ dans Bibl. de l'Éc. des Ch., t. XLIII; le même, Trow chartes du xif siècle concernant tordre de St-Jean de Jérusalem^ 1881. — Gcillaune, Origine des chevaliers de Malte et rôle des donations de la commanderie de Gap (xi-xii*s.), dans Bull, d'hist. ecclés. et d'archéol. relig. des dioc. de Valence, etc., t. I. — U. Chevalier, Cartul. des Hospitaliers et Templiers en Dauphiné [i^lb), etc.
1. D'ÂHiiois de JiTBAiNviLLE, L'ordrc Teutonique en France, dans Bibl. de CÉc. des Ch., t. XXXII, p. 63-83 (étudie surtout l'organisation de la commanderie de Beauvoir, en Champagne).
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et les chevaliers blessés. Après la créatioD des Templiers, les Hospitaliers, sans renoncer à leurs occupations primitives, se vouèrent aussi à la vie militaire et rendirent les plus grands services au royaume de Jérusalem et aux croisés. La faveur dont ils jouirent en France, surtout dans la partie méridionale du pays, se traduisit de bonne heure par des donations considérables et nécessita Tinstitution de nombreux établissements (commanderiez) administrés par des représentants de l'ordre. Leurs grande maîtres {magUtri), choisis dans toutes les nationalités européennes, étaient de véritables souverains, qui siégèrent successivement à Jérusalem (1099- 1187), à Mai^at (1187-1191), à Saint-Jean-d'Acre (1191-1291), dans l'île de Chypre jusqu'en 1509, et ensuite à Rliodes. L'abolition de Tordre du Temple, en 1513, eut pour résultat la fusion en un seul corps des deux grands États militaires et religieux, dont l'organisme se superposait en France, comme partout ailleurs, à celui du clergé séculier, régulier et mendiant.
L'ensemble des possessions de l'Hôpital était divisé en huit provinces ou langues^ dont trois occupaient la région française : celles de France, d'Auvergne et de Provence. Chaque langue était représentée auprès du grand maître par un grand-croix ou pilier, et la réunion de ces derniers fonctionnaires constituait le chapitre de l'ordre, chacun d'eux exerçant une fonction spéciale dans le gouvernement général de l'État hospitalier. Chaque langue était subdivisée en grands prieurés, qu'administrait un grand prieur avec le concours d'un chapitre provincial composé des commandeurs de la circonscription. Le grand prieuré se divisait à son tour en commanderies, dirigées par im commendaior (dans les pays de langue d'oc, comanair). Les commanderies étaient presque toujours données à des frères de l'ordre qui ne pouvaient jouer un rôle actif dans le service d'Orient. Mais il n'était pas nécessaire que le commandeur fût un chevalier de l'ordre, ou Hospitalier de plein exercice : on pouvait confîer la commanderie à des frères servants, occupant une situation inférieure dans la communauté. Dans la commanderie, et sous l'autorité de son chef, se trouvait un chapelain ou prieur de Véglise, assisté d'un plus ou moins grand nombre de clercs, et chargé du service spirituel de la maison. Les circonscriptions domaniales plus petites que la commanderie étaient appelées membres,
61. Les Templiers*. — L'ordre du Temple fut fondé en illSetcon-
*GfrénéraUtéB. — Wilcke, Gesch. des Tempel Ordens, 2* éd. 1800. — Dk Ccnzos, RègU de tordre du Temple, publiée pour la Soc. de Ihist. de Fr. (1886). — Article Tempuebs dans VEncycl. des Se. relig., t. XII. — Delaville le Roclx, Documents concernant les Templiers ; le même, Un nouveau manuscrit de la règle du Temple^ dans Ann. bull. de la Soc. de l'hist. de Fr., an. 1880. — PnuTz, Die Templerregel, dsiDS Konigsberger Studien, I, 147-180; le même, Entwicklung und Undergang des Tempelherren Ordens, 1888. Ajouter les nombreux ouvrages (lui ont trait à l'histoire du procès des Templiers et que nous n'avons point à citer ici.
Monographies. •— De Curzon, La maison du Temple de Paris (1888). — Trupon
sacré spécialement à la défense de la Terre-Sainte. Les Templiers suivirent d*abord, au moins partiellement, l'ensemble de prescriptions qu'on appelait la régie de Saint-Augustin; puis, en 1128, au concile de Troyes, ils reçurent une constitution spéciale, à la rédaction de laquelle participa saint Bernard (règle latine, en 72 articles, que développèrent ensuite les établissements et la règle française de l'ordre). Les chevaliers du Temple (milites Templi Hierosolymitani, fratres religiosi militiœ Templi, fralres Templi y etc. <, dans les textes du xn« siècle) groupèrent bientôt autour d'eux des servientes, chargés de les aider dans les opérations militaires, et des capellaniy investis du soin de célébrer les offices religieux dans leurs maisons. Après la ruine définitive des chrétiens d'Orient en 1291, les Templiers, qui ne s'étaient pas constitué, conune les Hospitaliers, un siège indépendant, furent rejetés en Europe et n'eurent plus d'autre occupation que la gestion des immenses domaines que la piété des fidèles avait accumulés à leur profit, en France comme dans les autres provinces de la chrétienté.
L'organisation de l'ordre du Temple ressemblait singulièrement à celle de l'Hôpital, à part la différence de quelques dénominations. A la tête de l'État se trouvait un maître ou grand maître dont les actes étaient contrôlés par le chapitre de Vordre, D'autres hauts dignitaires prenaient part, à côté du grand maître, au gouvernement général de Tordre : le sénéchaly qui le suppléait en cas d'absence; le maréchal, qui présidait à l'organisation militaire; le chapelain du couvent, chef du clergé attaché à Tordre. Les dix grandes i*égions ou provinces (bailliviœ et plus tard provinciœ) de Tordre (dont deux en France : France et Poitou) étaient administrées par des fonctionnaires qui sont appelés, dans les textes les plus anciens, magistri, ministri, prœceptores, procuralores, quelquefois visitatores, postérieurement grands commandeurs. Les provinces étaient subdivisées en préceptoreries à la tête desquelles était placé un prœceptor. Il y eut d'aboi*d un précepteur par diocèse (xn« siècle), et plus tard un précepteur par bailliage (xhi« siècle) . Un des offices du précepteur était de faire parvenir à la maison centrale de la province les revenus des commanderies
DES Ormes, Étude sur les possessions de l'ordre du Temple en Picardie^ dans Positions des thèses des élèves de VÉc. des Ch. (1890). — De Charmasse, Étal des possessions des Templiers et des Hospitaliers en Maronnais, Charolaiê, Lyonnais, Forez et partie de la Bourgogne (1878). — Boutiot, Les Templiers et leurs établies, dans la Champagne méridionale^ dans Ann. administr, de VAuhe (1866). — Guious, Les établies, des Templiers et des Hospitaliers dans l'Ain, dans Bévue de la Soc. litt. de CAin, 1. 1. — De l\ Rocbebrochard, Les commanderies du Temple en Poitou, dans Positions des thèses des élèves de l'Éc. des Ch. (1877). — Bourquilot, Notice 9ur le cartvlaire des Templiers de Provins, dans Bibl. de VEc. des Ch., t. XIX. — E. de Barthélémy, Notes sur les établ. du Temple, de St-Jean et de St-Antoine dan* t ancien archidiocèse de Bcims, dans Travaux de tAcad. de Beims (1882). — Chassawc, Cartul. des Templiers du Puy en Velay (1881), introd. — De Ratmoxd, L'ordre du Temple et la séi'ie de ses commanderies en Boussillon, dans Positions des thèses, etc. (1876). Ajouter un certain nombre des ouvrages relatifs aux Hospitaliers.