LES UNIVERSITÉS
69. Formation et organisation de l'université de Paris**. — ^
Dès la fin du xii^ siècle, les scholœ épiscopales, les plus fréquentées, tendent à devenir, grâce aux liens plus étroits établis entre les maîtres et les étudiants, des corps privilégiés chargés de conférer des grades reconnus officiellement par TÉglise et les pouvoirs laïques; comme telles, elles prennent le nom de sttidia generalia puis d'universitates magtstrorum et scholarium, La plus importante de ces universités, et aussi la plus ancienne, celle qui fut la grande école de théologie du moyen âge, et qui servit de modèle non seulement aux autres universités françaises, mais aux plus célèbres universités d*Europe, se constitua par Tassociation de la population scolaire de Paris.
On ignore et on ignorera vraisemblablement toiyours la date précise de la constitution primordiale du corps universitaire parisien. Il est question pour la première fois de Tassocialion des maîtres {consortium, socielas, universitas magistrorum) dans la vie de Jean 1*^'', abbé de Saint- Alban (1165-1214), et dans un acte dlnnocent 111 (1208-1209). L'association des écoliei's (communilas scholarium) est signalée dans une
*Di>:mfle, Die Universiiâten des Miitelalierê bis 1400 (1885). — Ao. Tardif, Hisf. des sources du droit français, origines romaines (1890) (chap. ii : f^s Universités et les grandes Écoles).
**Sur rUnivei^sité de Paris» consulter, outre l'ouvrage général du P. Desifle, Dr Boulât, Hist. Univers. Paris (1665-1670). — Ch. Jourdain, Index ckronol. chart. pert. ad Hist. Univers. Paris. 1862 (voir le Proxmium). — Ch. Tbvrot, De t organisation de renseignement dans VUniv. de Paris au moyen âge (1850). — Demfle, Documents relatifs à la fondation de tUniv. de Paris^ dans Mém. de la Soc. de Vhist. de Paris, t. X. — Denifle el CiiATELAnr, Chartularium Universitatis Paris. t. I (1889) et II (189!) (voir les introductions). — A. hJimssKi, Les étrangers à tUniversité de Paris au moyen âge, dans Positions des t/ièses des élèves de TÉcdes Ch., an. 1808-1869. Cf. le même. Die Universitât Paris und die Fremden an derselben im Mittelalter (1876).
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charte d'Eude, évêque de Paris, eu 1207. Enfin V Association généi^aJe des maitres et des écoliers apparaît pour la première fois, comme une personnalité véritable, dans la donation de 1221 aux Frères prêcheurs de Saint-Jacques. Universitas magistrorum et scholarium Parisierisium : tel est le nom officiel de hi puissante corporation, celui qui sera inscrit en légende autour du sceau universitiiire, dont le plus ancien exemplaire connu est appendu au bas d'un acte de 1292. Mais l'usage de ce sceau, signe matériel de la constitution définitive de l'association, paraît remonter à Tannée 1221. Le plus ancien privilège officiellement concédé aux écoliers de Paris est l'acte de Philippe Auguste, daté de 1200.
La division du corps universitaire en FactUtés se dessine déjà dans un acte de 1213, mais le mot même de Faculté n'apparaît qu'en 1219, dans les bulles d'Honorius lïl, avec le sens général de « matière scientifique, branche d'enseignement ». On ne le trouve, avec sa signification étroite de a corps particuUer » pour les Arts, la Théologie, le Droit et la Médecine, que dans le statut des maîtres es arts ou artistes, de 1255. Mais on ne saurait douter que l'existence des quatre Facultés ne remontât à une époque bien antérieure. On les voit clairement désignées dans une bulle de Grégoire IX, de 1231 . Elles sont nommées explicitement dans un acte solennel émané de l'Université elle-même, en 1254. Les doyens des Facultés existaient déjà depuis longtemps en 1264. Le doyen était le chef officiel des Facultés de Théologie, de Droit et de Médecine. Celui de la Faculté des iVrts était le recteur, qui devint, à une époque postérieure, le représentant élu de tout le corps universitaire. On ne pourrait indiquer avec précision l'époque où chaque Faculté, constituée en corps, commença à se servir d'un sceau particulier. La première mention du sceau de la Faculté de Droit est de 1271. Le sceau de la Faculté de Médecine apparaît en 1274. Les quatre nations dont se composait la Faculté des Arts, avaient, bien antérieurement, leur sceau particulier. Quant à la Théologie, elle ne paraît pas avoir encore possédé son sceau en 1253.
Le corps universitaire n'éUiit pas seulement divisé en Facultés, mais en Hâtions. Les étudiants se répartissaient entre les quatre nations d'Angleterre, de France, de Normandie et de Picardie. On a cru longtemps que cette dernière division était fort ancienne, qu'elle préexistait non seulement à l'institution des Facultés, mais à celle de l'Université elle-même, que celle-ci s'était formée primitivement de la réunion des quatre nations. Il est certain que la présence des étudiants étrangers dans les écoles parisiennes remonte aux premiers temps du xii'^ siècle; mais ils ne se montrent réunis en corps de nation qu'à une époque bien plus tardive. D'après des recherches récentes, les quatre nations et leurs procureiHes auraient été constituées sous le pontificat d'Honorius III, entre 1215 et 1222, et leur constitution serait postérieure à celle des Facultés. 11 est pour la première fois question des nations dans une bulle d'Honorius III, de 1222, et des quatre nations dans un acte de 1249.
Cette répartition en nations était, à l'origine, indépendante de la division en facultés, en ce sens que les corps nationaux eurent leur vie propre, à
INSTlTUnO!lS FRANAISES. U
côté de la Faculté des Arts. Plus tard cependant, on put considérer les quatre nations comme autant de divisions de cette Faculté. Les nations, en effet, se composaient des maîtres es arts et de Tensemble des écoliers qui passaient par la Faculté dos Arts avant de se répartir entre les trois autres Facultés. Pendant longtemps la Faculté des Arts n*eut pas de sceau qui lui fût propre ; elle se servait de ceux des nations, lesquels sont mentionnés pour la première fois dans un document de 1249. Il est question du sceau d'une nation particulière (celle d'Angleterre) dans un document de 1252.
70. Les procureurs des Nations. Le recteur. — Chaque nation était représentée par un procureur qu'elle élisait parmi les maîtres es arts. Il est question pour la première fois des « procureurs des maîtres es arts » dans une bulle d'Honorius III, de 4219; mais les quatre procureui*s des écoliers, c'est-à-dire des nations, n'apparaissent qu'en 1237 et ils ne sont nommés avec le recteur qu'en 1245. C'est à cette dernière date que se place, en effet, la première mention certaine du recteur, considéré comme le représentant officiel des quatre nations et le chef de la Faculté des Arts. Il n'est pas sûr qu'il soit question de ce haut fonctionnaire dans le privilège de Philippe Auguste, où il est parlé seulement, en termes vagues, du capitale icholarium Parisiensium. Mais il est probable cependant qu'il existait avant 12 i5. Il est désigné pour la première fois, dans un acte de 1259, sous le titre de: « Recteur de l'Univereité des maîtres et des écoliers de Paris ». Sa suprématie ne fut établie définitivement qu'à la un du xm* siècle. En 12 89, l'ordre de préséance pour les différents organes universitaires est déjà fixé comme il suit : le recteur, les doyens des Facultés, les procureurs des Nations, les professeurs des quatre Facultés. Mais ce ne fut pas sans contestations ni sans peine que le recteur parvint à faire accepter la supériorité de son pouvoir. La Faculté de Théologie, la plus célèbre de toutes, résistai longtemps. Le recteur, qui avait soumis à son autorité les dovens du Droit et de la Médecine avant la clôture du xni*^ siècle, ne triompha définitivement du doyen de la Théologie qu'au milieu du siècle suivant.
L'association des étudiants et des maîtres es arts réussit donc à se placer peu à peu au premier plan, en reléguant dans l'ombre toutes les autres, et à faire de son recteur le chef même de l'Université entière. Ce fait s'explique par l'importance toute particulière du groupe des artistes, qui était comme la hase de l'institution univei*sitaire et surpassait de beaucoup par le nombre les trois autres groupes de Facultés. Le maître es arts, qui, par son titre de recteur, était le chef de toute la population scolaire, se trouva naturellement appelé, en vertu de sa fonction même, à intervenir dans la vie des trois Facultés supérieures : car il avait le droit de prendre des mesures appliciibles à la collectivité des étudiants. Comme ces mesures intéressaient plus ou moins directement les professeui*s de tous ordres, il en vint à réunir des assemblées générales de maîtres et d'élèves, et à convoquer les membres des autres Facultés,