LES UNIVERSITÉS
d*abord par lui-même, puis simplement par les appariteurs ou bedeaux de l'Université. Mais la fortune de la Faculté des Arts et de l'institution rectorale s'explique encore par un heureux concours de circonstances qui tiennent à la vie extérieure de l'Université. C'est dans la personne du recteur que fut centralisée la direction de la lutte entreprise, au milieu du xm« siècle, par le corps universitaire contre les professeurs des Ordres mendiants. Ce fut surtout le recteur (fait encore plus important) qui personnifia finalement la résistance de l'Université aux prétentions des chanceliers de l'Église de Paris. Aussi les universitaires comprirent-ils de bonne heure la nécessité de maintenir l'institution rectorale dans les conditions les plus favorables à l'intérêt commun. Le péril fut grand pour eux, en 1249, lorsque la division se mit au sein des Nations, et qu'il se produisit une sorte de schisme, la nation de France ayant élu son recteur, et les autres ayant fait de leur côté un choix différent. La gravité du fait et de ses conséquences n'échappa à personne, et un accord définitif ne tarda pas à se conclure. Il fut convenu qu'il n'y aurait jamais qu'un recteur, élu par les procureurs des quatre nations. La fonction rectorale était considérée comme si importante qu'on en était venu à ne la conférer que pour une durée d'un mois ou de six semaines. L'autorité pontificale réprima cet abus, et, en 1279, décida que l'élection du recleur n'aurait lieu que tous les trois mois. En tous cas, ce haut dignitaire ne pouvait être choisi que parmi les maîtres exerçant réellement dans la Faculté des Arts.
7i . Lutte soutenue par le corps universitaire contre le chancelier de l'Église de Paris. — A mesure que l'autorité rectorale grandissait, celle du chancelier de l'Église de Paris déclinait. Ce fonctionnaire remplissait, dès le wV' siècle, la fonction que les écolâtres exerçaient à Orléans, à Angers, à Reims. C'était à lui qu'appartenaient la collation de la licence et la direction suprême des écoles épiscopales de la Cité. La réunion des professeurs et des étudiants en corps d'Univei^sité ne sembla d'abord apporter au chancelier qu'un accroissement d'autorité et de puissance. 11 était naturellement le chef officiel de la corporation, et bénéficiait de sa renommée et de son développement. L'ordonnance de Philippe Auguste qui fonda en partie l'indépendance de l'association, en décidant que les maîtres et les étudiants seraient désormais soustraits à la juridiction du prévôt de Paris pour être exclusivement soumis à celle de l'ofQcialité, fit du chancelier le juge ordinaire du corps enseignant*.
1. Il est donc inexact d'affirmer que l'Université naquit précisénienf do la lutte engagée avec l'Église de Paris; les maîtres et les étudiants avaient formé leur association antérieui^ment à l'époque où ils commencèrent à faire la guerre au chancelier. Tout au plus pourrait-on dire que la nécessité de se concentrer pour la résistance donna lieu à la formation des corps nationaux. D'autre part, Thurot a\ait sensiblement exagéré en soutenant que, dès 12 15, le chancelier perdit tout pouvoir sur l'Université. M. Dekifle montre qu'en fait ce dignitaire ecclésiastique ccuiserva sa situation
Mais, dès les premières années du xin® siècle, commença la série des attaques dirigées sous toutes les formes, soit par les étudiants, soit par les maîtres, soit par l'Université entière, contre Tautorité du chancelier. Celui-ci, il faut le reconnaître, donnait prise à ses ennemis par certains abus de pouvoir exactement semblables à ceux que commettaient, au moyen âge, les fonctionnaires de tout ordre et de tout grade. Les papes et leurs légats le défendirent quelquefois, mais plus souvent encore accueillirent les dénonciations dont il était Tobjet, et ruinèrent eux-mêmes son pouvoir par les privilèges qu'ils prodiguèrent sans compter aux maîtres et aux étudiants. Les rois complétèrent Tœuvre des papes; et riiostilité continue des recteurs acheva d'enlever au chancelier le peu d'attributions importantes qui lui restait.
Ce qui lui porta le coup le plus sensible, ce fut le déplacement du corps universitaire, la retraite définitive d'un grand nombre de maîtres et d'étudiants sur la rive gauche de la Seine, dans les dépendances des abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Victor*. Alors ce ne fut plus seulement le chancelier de Paris qui accorda la licence. L'abbé de Sainte-Geneviève commença à faire, lui aussi, des licenciés, et l'importance des établissements scolaires de sa montagne devint telle qu'il fallut instituer, pour les régir, un second chancelier, le chancelier de Sainte-Geneviève, dignitaire nouveau qui, dès l'année 4255 au moins, vint partager, dans une certaine mesure, avec le chancelier de Notre-Dame et le recteur des Quatre- Nations, la surveillance du haut enseignement.
72. Les universités provinciales, dans les pajrs de droit coutumier et dans les pays de droit écrit. — Dans la région soumise au droit coutumier, l'Université la plus fréquentée au xni« siècle.
de chef du corps universitaire jusqu'au dernier liei*s du xur siècle, époque où le recteur commença sérieusement à la lui disputer.
1. On a cru longtemps que l'Université s'était foi-raée des éléments scolaires coexistant à la fois dans la Cité et sui' la montagne Ste-Geneviève. La célébrité de l'école libre fondée par Abélai-d sur la rive gauche et la i*éputation de l'école claustrale de St-Victor ont donné lieu à cette erreur, que la critique du P. Demfle a très justement répudiée. U n'est pas douteux que l'Université primitive s'est constituée sur le territoire occupe de toute ancienneté par l'école èpiscopale qui lui a donné naissance, c'est-à-dire dans l'ile de la (Uté. C'est là qu'elle est venue au jour et qu'elle a grandi, à côté de la cathédrale, « sous la protection de Notre-Dame ». S'il est \Tai qu'au xu* siècle un certain noml)re d'arlùttes avaient déjà élu domicile sur la rive gauche, le centre de l'Université, le siège ofliciel de la grande corporation, ne cessa d'être dans la Cité jusqu'au commencement du un* siècle. C'est aloi*s que la lutte entreprise contre le chancelier, la multiplication des chaires, l'afiluence extraordhiaire des étudiants, décidèrent rUnivei'silé à quitter son berceau, devenu pour elle beaucoup trop étroit, et à fixer sa demeure sur le territoh*e qu'avait illustré déjà l'enseignement d'Abélard et de tant d'autres professeui's connus. M. Demfle croit que l'exode de la plus grande partie des artistes sur la montagne Ste-Geneviève eut lieu entre les années 1219 et 1222. Le Droit et la Théologie ne se résolurent à émigrer que plus tard, à partir de 1227. lies maîtres es arts s'installèrent spécialement dans la rue Galande [vicus Garlanditt) et dans la rue du Fouarre [via StraminU]
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après cclle.de Paris, était celle d'Orléans*. Elle formait déjà corps en 1236, et tendit de plus en plus à devenir exclusivement une école de droit civil et canonique. En i306, Clément V la constitua, d'une manière définitive, sur le modèle de l'Université de Toulouse, et Philippe le Bel, en 4312, confirma ses privilèges en les restreignant. Mais, par suite des plaintes des habitants d'Orléans, les docteurs furent obligés de suspendre les cours, et, en 1316, un traité fut conclu entre les habitants deNevers et le recteur pour la translation des écoles d'Orléans à Nevers. Elles n'y restèrent que quatre ans, et l'Université rentra à Orléans en 1320. A cette époque, les écoles orléanaises étaient plus que jamais un centre d'études pour les étrangers. L'Allemagne et les Pays-Bas surtout y formaient une Nation fortement organisée et nombreuse.
La fondation du Studium générale d'Angers** fut due à un incident fortuit : l'émeute des étudiants parisiens, en 1250, émeute que la reine Blanche de Castille réprima avec une sévérité exagérée, et qui amena la cessation des cours de la majorité des professeurs. Un grand nombre d'entre eux se fixèrent à Angers. Au début du xiv« siècle, l'Université angevine était très florissante; sans avoir le caractère international de celle d'Orléans, elle attirait des jeunes gens venus de tous les points de la France. La population scolaire y était répartie entre les nations d'Anjou, de Bretagne, du Maine, de Normandie, d'Aquitaine et de France.
Dans l'Est, le comte de Bourgogne, Othon IV, voulant avoir son Université comme le roi de France avait la sienne, eut la pensée de fonder à Gray une association de maîtres et d'étudiants. Cette idée reçut un commencement d'exécution en 1287; mais les guerres féodales, si fréquentes dans cette région, amenèrent bien vite la chute de l'établissement***.
Le plus ancien centre d'études de la France du Midi se trouve û Montpellier****, qui est mentionné, dès l'an 1137, comme le siège d'une école
*Cif. TiiUROT, Documents relatifs à CUniv. d'Orléans^ dans Bibl. de l'Ér. des Ch., t. XXXII. — M. fouRNiER, Les statuts et privilèges des Universités françaises (1890). t. I. Universités d'Orléans, d Angers, de Toulouse. Voir l'index des ouvrages relatifs à l'Université d'Orléans, p. 2. Le même, La nation allemande à tUniversité d'Orlé-ans au xix*** s. (1888). — Dcmixy, Causes du transfert de l'Université d'Orléans à Nevers et de son retour à Orléans^ dans Bull, de la Soc. nivem. des Sc.^ Lettres et ArtSy t. ï, 358-372. — Luchaire, dans Hevue Intern. de VEnseign.^ n* du 15 avril 1891, 351 suiv.
♦♦Raxgeard, llist. de VUniv. d'Angers, dans Bévue d'Anjou, 1870-1873. — De LE?ts, La Faculté de droit de fane. Univ. d'Angers, dans Bévue d'Anjou. 1878. — M. Four- NiER, Les statuts et privilèges, etc.^ Université d'Angers, I, p. 261 suiv.
♦** Labbey de Bhxy, Hist. de l'Université du comté de Bourgogne. — Beauxe et d'Arbau- MOST, Les Universités de Franche-Comté, 1870. — Yillequbr, Les Écoles de droit en Franche-Comté et en Bourgogne, dans Nouv. Bev. histor. de de, 1872-1874. Cf. Ulysse Robert, Bibl. de l'Ec. des Ch., aimée 1875, p. 126 (article sur Jean Prioral de Besançon). — M. Focrnier, Statuts et Privilèges, t. II, 736, etc.
♦*♦* Germain. Ilist. de la commune de Montpellier, 1861; Étude historique sur V École de droit de Montpellier, 1877 ; La Faculté des arts et t ancien collège de Montpellier, dans Mém. de l'Acad. des Se, et Lettres de Montpellier, t. VII, 1882; Du principe démocratique dans les anciennes écoles de Montpellier (ibid.); Étude sur
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!ii «1.» ^^ml|H'llio^ refusa sa sanction au mo- •s-'f' !•'' prolV'ssiMirs de rÉcolo de médecine et permet à tous de lonir scholas de fisica. Les statuts de lâSO furent la grande chai'le de la Faculté de Médecine de Montpellier, et ceux de iî242 réglèrent la constitution de la Faculté des Arts. D'autre part, les études juridiques prospéraient à Montpellier dés le xu* siècle, bien qu'elles n'aient été régulièrement organisées qu'en 1550. La bulle de Nicolas lY, du 26 octobre 1289, adressée « aux docteui*s et étudiants de l'Université de Montpellier », consacra définitivement l'union des diverses Facultés en un seul groupe.
A Toulouse*, l'Université fut, pour ainsi dire, créée de toutes pièces, au xiii« siècle. A parler rigoureusement, elle n'y fut régulièrement constituée qu'à partir du siècle suivant; son plus ancien statut universitaire date de 1509. Mais, bien longtemps auparavant, les écoliers et les maîtres avaient formé corps, et leur Studium jouait un rôle important. Déjà en 1217, le pape Honorius invitait les professeurs et les étudiants de Paris à venir enseigner et apprendre sur la terre toulousaine. Ce fut seulement en 1229 que l'Université de Toulouse fut installée, grâce à l'activité du pape Grégoire IX, comme un centre d'études orthodoxes destiné à seconder les efforts déployés contre l'hérésie albigeoise par l'ordre des Dominicains. Les études et les examens furent ensuite réglementés par deux bulles (1255 et 1245) de Grégoire IX et d'Innocent IV.
A Avignon**, l'école de théologie est mentionnée dès 1227, les écoles de granmiaire en 12i5. En 1509, le comte de Provence, Charles II, accordait des privilèges à « l'Université des docteurs et écoliers du Studium d'Avignon », lesquels furent confirmés par une bulle de Boniface VllI.