Caractères généraux de Thistoire des Universités
Bien que constituée pour l'organisation des études et des examens sur le modèle de celle de Paris, l'Université de Toulouse appartient cependant, par d'autres côtés, à ce type d'Universités méridionales dont Bologne était le plus illustre représentant. A Toulouse, comme ailleurs, le pouvoir directeur de la corporation se partage entre l'évoque de la cité, le chance-
l'origine de VVniversité de Montpellier^ daus Ui»L de Long., édit. Privât, VII, p. 609. — M. Croiset, L'ancienne Université de Montpellier, dans Hevue intern. de temeign., 15 juin 18iK). — Cartul. de tVniv. de Montpellier (1890), l. L — Voir la bibliojjrraphie très complète citée par M. Focrnier, au t. II de Les statuts el privilèges, etc., p. 2 (Vniversité de Montpellier).
•L'Université de Toulouse a été l'objet de nombreux travaux qu'on trouvera énumérés dans le tome I de l'ouvrage de M. Fournier, Statuts et privilèges, t. I, p. 459. Il faut citer, entre autres, Gatiex Arxoult, Hist. de VUniv. de Toulouse, dans Mém. de l'Acad. des Sciences, Inscript, et Belles-Lettres de Toulouse (1857- 1881); mais surtout A. Molixier, Etude sur Vorganis. de VVnivers. de Tottlouse, dans Ilist. de Lang., édit. Privai, VU, note 60, et Statuts et privilèges de l'Université de Toulouse {\2ô^-Uô6), ibid., VII, 45i suiv.
♦♦Dexifle, Die Universitâten, 407. — H. Fourxier, Statuts et privilèges^ t. II (voir la bibliograpbie, p. 503). — Lav\l, Cartul. de tUniv, d'Avignon (1884).
LES UNIVERSITÉS. ISS
lier épiscopal et l'Université, c'est-à-dire l'ensemble des maîtres et des professeurs. Mais tandis qu'à Paris et dans les Universités du Nord le gouvernement de la corporation appartient presque exclusivement aux maîtres, à Toulouse comme à Bologne et à Montpellier l'assemblée générale des étudiants joue un rôle considérable, souvent prépondérant, dans la direction des intérêts universitaires.
A tout prendre cependant, nos Universités provinciales, comparées entre elles et à celle de Paris, offrent encore plus de similitudes que de dissemblances. L'évolution de ces corps privilégiés se fait partout suivant les mêmes lois. Tous tendent à rejeter graduellement le joug de l'autorité spirituelle locale, la domination de l'évoque et de son chancelier, pour se placer exclusivement sous la protection de patrons plus éloignés et plus haut placés, le roi et le pape, le pape surtout, car l'autorité royale, devenue l'ennemie de tout privilège qui la gêne, commence de bonne heure à entraver le libre développement des corporations universitaires. Les rois (notamment Philippe le Bel) et leurs agents locaux, encore plus royalistes que le souverain, essayent visiblement de replacer les associations de maîtres et d'étudiants sous le droit commun. Ces corps puissants, comblés de privilèges par une autorité ultramontaine, leur portent ombrage. Au point de vue de la police générale, les agglomérations d'écoliers, si remuantes et si biiiyantes, font scandale et constituent presque un danger permanent pour l'ordre public. D'autre part, le gouvernement central admet difficilement que les Universités échappent à l'impôt et ne supportent pas leur part des charges que subit toute la nation. Ainsi s'expliquent des actes de défiance manifeste, comme cette ordonnance royale de i5i2 qui enlève aux docteurs et aux écoliers d'Orléans le droit de constituer un corps universitaire, prohibe les assemblées des nations, défend le port d'armes aux étudiants et soumet l'École à la surveillance des fonctionnaires locaux. Prévôts et baillis refusent partout, sous des prétextes plus ou moins plausibles, de prêter le serment de garder les privilèges universitaires. Il faut des ordres exprès du roi et du parlement, vingt fois réitérés, pour contraindre les agents de la couronne à faire leur devoir. Mais quand ils ont juré, en théorie, de respecter l'Université et ses privilèges, ils se dédommagent dans la pratique. La guerre, sourde ou déclarée, est permanente, entre le prévôt et l'écolier.
La royauté se croyait tenue de protéger, souvent malgré elle, les corporations de maîtres et d'élèves que beaucoup d'ennemis attaquaient, moins peut-être dans l'intérêt du haut enseignement que pour ne pas déplaire à la cour de Rome et surtout pour gagner à la cause monarchique la puissance morale attachée aux Universités. L'importance politique de ces groupes privilégiés, sortes de petits États scolaires, qui avaient leur organisation indépendante, leurs lois particulières, leur budget, et même, jusqu'à un certain point, leur milice, ne fit que s'accroître à partir du XIV® siècle. Mais cette indépendance même et les abus qu'elle entraînait fatalement étaient moins gênants encore pour le pouvoir central et ses représentants que pour les villes et les corps municipaux avec le^
quels les Univereités se trouvaient sans cesse en contact et en conflit. Les luttes entre bourgeois et écoliers sont, pour ainsi dire, un fait normal de la vie universitaire au moyen âge. On les connaît surtout à Paris, où elles avaient sinon plus de gravité, du moins plus de retentissement que partout ailleurs. Hais la province fut aussi le théâtre de démêlés sanglants, parfois terminés par l'expulsion en masse de la population universitaire.