LES OBLIGATIONS FÉODALES PROPREMENT DITES
100. Définition de l'hommage et de la fidélité. — La première et la plus essentielle des obligations que le vassal est tenu de remplir envers son suzerain consiste à lui prêter l'hommage et la fidélité, /tomtnium et fidelitatem. L'acte d'hommage et de fidélité constitue, en effet, le
* Généralités. — Brussel, Usage des fiefs, I, 18 suiv. ,37, 92 suiv., et II, 855-868. — Hislor. de Fr.^ t. XI, préf., p. CLxxin-ctxxvui. — Ladribre, Gloss. du dr. fr. aux mots Faire nomiAGE, Ateu, Bouche et Main, Lige, etc. — GriANTKREAU Le Fèvre, Traité des fiefs (1662). — Salvawg, Traité de tusage des fiefs (1668). —P. Viollet, Ètabl. de saint Louis, III, 323, 345; IV, 14 suiv., 159-161; Pré^ns de dr. fr., 555. — Lcchairr, Instit. monarch., II, 45 suiv. — J. Fucu, Les orig. de Vanc. Fr., I, 231 suiv. — A. Hounier, Étude sur tadministr. féod. en Languedoc, 134 suiv., 166 suiv. — BouTARic, Institutions militaires de la France, 116 suiv.; Le régime féodal, p. 545, 360 suiv. — Imbart de la Todr, Les élections épiscopales, 556-557. — Bracdodin, Homme lige, dans Nouv. Rev. hist. de dr. fr. et étr., t. VII. — Beaune, La condition des biens (1886). — Bonnassieu, Des souffrances féodales au moyen âge, dans Bibl. de CÉc. des Ch., t. XXXVII. — Glassok, Hist. du dr. et des instit. de la Fr., IV, 289-514.
Monographies. — De Bellefeu, De Chommage dans la vicomte de Turenne, dans Bull, de la Soc. hist. et archéol. de la Corrèze, t. IV. — A. Barbau, Introd, au Recueil d'hommages, aveux et dénombrements de fiefs relevant du comté de Forez, du nnv au xvi* s., dans Mém. de la Soc. de la Diana, t. Vill (1885). Voir surtout, p. 28 suiv. — Mellevii.le, Charte où une femme vassale dun seigneur est appelée « homo mea », dans Bull, de la Soc. acad. de Laon, t. IV. — Qua!«tix, Préface au Car tut. de V Yonne, I, xni, etc.
Pour ce chapitre et les suivants, l'étudiant consultera les principaux recueils de documents féodaux : Tedlet, Layettes du Trésor des Chartes, surtout t. II et III, pass. — LoNGsoN, Rôles des fiefs du comté de Champagne sous le règne de Thibaud de Champagne (1249-1252). — D'Arbois dk Jdbaixville, Hist. des comtes de Champ., t. II et V; — Historiens de Fr., t. XXIII : Scripta de Feodis ad regem spectantibus et de militibus ad exercitum evocandis, 605 suiv.; Feoda Normannie,10î} suiv. — Marchegay, Arch. d\Anjou{ann. 1845), hommages rendus par les vassaux de l'abbaye de St-Maur-sur-Loire ; — Arch. histor. de la Gironde, pass. — A. IUrdonnet, Le terrier du grand fief (VAunis, texte français de 1246, dans Mém. de la Soc. des Antiq. de l'Ouest (ann. 1874) ; Registre des comptes d'Alphonse, comte de Poitiers, dans Arch. histor. du Poitou, t. IV, VII et VIII. — Warnkœkig et Gheujolf, Hist. des instit. de la FI., I, preuves. — De Witasse, Catalogue des aveux et dénombrements relatifs à la Picardie (1884), etc.
lien féodal par excellence, le Irait d*union entre le propriétaire virtuel et le détenteur du fief. C'est évidemment la recommandalion des temps carolingiens qui a donné naissance à la foi et hommage des temps féodaux : mais les dénominations ont changé. Aux termes de beneficium, vassus, senior y correspondent les mots feodum, homo, dominus. Les relations, au fond, sont restées de même nature.
Les mots hominium et fidelitasy dans les actes du xn* et du xni« siècle, apparaissent généralement ensemble et comme ne faisant qu'un. II est même arrivé qu'on les considéra comme synonymes et qu'on les prit l'un pour l'autre. Cela tient à ce que, d'ordinaire, la foi et l'hommage se prêtaient au même moment et dans la même cérémonie. Hais ces deux termes n'en marquent pas moins deux actes distincts, deux manifestations particulières du lien féodal, qu'il importe de ne pas confondre.
Au sens strict du mot, l'hommage est proprement l'acte de vassalité, celui qui exprime l'état de subordination où le vassal place la terre qu'il détient, la terre dominée, par rapport à la terre du suzerain ou terre dominante. Comme l'a très bien dit Brussel, l'hommage est Vengagement de vasseUige, Primitivement, il n'a eu pour objet que la terre; plus tard il s'est appliqué à toute espèce de valeur, notamment au fief-office et au fief-argent. Dans tous les cas, il est caractéristique de la personne noble et de la terre noble. La forme de l'hommage est restée, à peu de chose près, celle de l'ancienne recommandation. Le vassal vient trouver son seigneur, qui l'attend debout ou assis. Il se met à genoux devant lui, place ses mains jointes dans les siennes et se déclare son homme pour tel fief. Le seigneur lui donne le baiser de paix, sur la bouche, et le relève. Les relations féodales entre les deux personnes et les deux terres sont établies'. Par cela même que le vassal se reconnaît l'homme de son seigneur, il contracte envers lui un engagement, des devoirs. Ces devoirs, il faut qu'il en jure solennellement l'observation. Tel est l'objet de la foi [fuies, fidelitas), ou serment de fidélité, prononcé par le vassal après l'hommage. Ce serment se prête sur l'évangile ou sur des reliques, la main de celui qui jure posée sur l'objet sacré.
Le plus ancien document de l'époque capétienne qui nous fasse connaître avec précision les devoirs compris sous le nom de fidélité, est la lettre souvent citée de Fulbert de Chartres au duc d'Aquitaine : elle nous reporte au commencement du xi^ siècle ^ Les obligations du fidèle sont résumées par le célèbre évêque dans les mots incolume, tutum, honestum, utile, facile, possibile. Les Bénédictins ont donné de ces expressions, qui ne sont pas toutes claires, l'interprétation que voici : « Le vassal doit ne porter aucune atteinte à la personne de son seigneur, ne point révéler son secret, ni préjudicier à la sûreté de ses forteresses, ne point lui faire de tort du
1. Sur cette cérémonie de l'hommage, d'où est sortie l'expression homme de bouche et de mairie, loir V. VioLLETf Établ, de saint Louis, IV, 251, et les textes cités.