‹ Manuel des institutions françaisesChapitre 85 sur 262 · IIF. XXIIL · texte numérisé non relu

IIF. XXIIL

rants: on ne saurait affirmer qu'elles aient toujours été acceptées des hauts suzerains ; mais il est néanmoins hors de doute que la condition militaire des vassaux différait non seulement de seigneurie à seigneurie, mais de fief à fief.

107. Le service militaire proprement dit. — 11 consiste dans la nécessité où est le vassal de se rendre à Vost (exercitus, hostis) ou à la chevauchée (cavakata, expédition equitatio, equitatus) sur Tordre du suzerain.

Il n*est pas très facile de définir exactement Tost et la chevauchée, bans nombre de cas, les deux mots sont tellement liés Tun à Tautreque les auteurs ne semblent pas avoir voulu les distinguer et qu*ilsont simplement le sens vague et général d* expédition militaire. Dans d'autres textes, au contraire, il y a distinction : Vost est la grande expédition, Tarmée régulière, réunie pour une guerre importante, destinée à faire le siège en règle d'une place forte ; la chevauchée, une expédition de peu d'importance et de peu de durée, une course militaire en pays ennemi. Ailleurs, le suzerain réunit Tost quand il s'agit de défendre le pays entier menacé par une invasion, tandis que le vassal se rend à la chevauchée, quand il doit simplement défendre son seigneur direct. Enfin, dans beaucoup de passages (surtout quand il s'agit des services dus par les bourgeois ou les paysans), Tost et la chevauchée (exercitus et equitatus) signifient, non le service militaire proprement dit, mais la redevance pécuniaire qui en est Téquivalent. Si Ton se reporte d'ailleurs à Tétymologie du mot, il est certain que chevauchée a désigné originairement les expéditions militaires dont faisaient partie les seuls nobles, les chevaliers assez riches pour être montés. Hais, de très bonne heure, le mot a été détourné de son acception primitive pour s'appliquer aux gens de pied fournis par les villes aussi bien qu'aux cavaliers. Au xm® siècle, dans certaines provinces, le mot chevauchée est pris couramment pour le mot ost*.

Pour les expéditions ordinaires, le suzerain s'adresse surtout aux nobles, et encore seulement à ceux qui sont le moins éloignés de sa résidence. Il ne convoque l'ensemble du corps vassalique que pour les guerres importantes. Les terres étant, beaucoup plus que les personnes, la base de toutes les relations féodales, le taux de l'apport militaire varie essentiellement avec l'étendue ou la condition du fief. Une baronnie de premier ordre doit au suzerain plusieurs centaines de chevaliers; tel autre fief n'en doit qu'un, tel autre n'en doit pas même un. Il arrive souvent que dix ou douze tenanciers ne doivent tous ensemble que le service d'un homme d'armes. Ils fournissent donc cet homme par indivis; mais, dans ce cas, l'un des codébiteurs est toujours responsable pour tous. Le suzerain admet

i. Ainsi les statuts promulgués, en 1255, par le comte de Provence, définissent la chevauchée : un service militaire de quarante jours que le comte exige tous les ans de ses vassaux.

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