‹ Manuel des institutions françaises, période des Capétiens directsChapitre 118 sur 264 · LA CLASSE LIBRE · texte numérisé non relu

LA CLASSE LIBRE

Il va de soi qu'on doit attacher ici au mot « libre » son acception la plus restreinte. L'expression francus ou liber, appliquée aux personnes comme aux terres, veut dire simplement « qui n'est pas de condition servile » ou « qui n'est pas soumis aux charges de la servitude » . La liberté pleine et absolue, consistant dans l'entière disposition de la personne et des biens, dans l'exemption de toute charge pécuniaire et de tout service corporel, n'existe pas dans la classe populaire, où les libres sont soumis comme les serfs à l'exploitation du seigneur. L'homme franc est, avant tout, celui qui, par naissance, n'est pas, ou par prescriplion ou manumission, n'est plus soumis aux obligations caractéristiques du servage, c'est-à-dire à la capitalion, au formariage et. à la mainmorte; celui qui dispose librement de ses enfants et de son héritage, et dont le corps même n'est pas taxé. Il possède sa terre en tenure franche, c'est-à-dire moyennant un cens ou redevance annuelle, qui est le signe caractéristique de la dépendance du roturier à l'égard de son seigneur. Tel est, dans la société populaire, le caractère commun à toutes les personnes de la classe libre : il n'en est pas moins vrai que ces personnes appartiennent à des conditions fort différentes. Depuis Yhôte de dernière catégorie jusqu'au citoyen de la commune ou de la ville consulaire, les liberi s'échelonnent en une longue série, dont les premiers éléments se trouvent, au point de vue social, à une distance considérable des derniers.

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