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LORGANISATION POLITIQUE DE LA MONARCHIE

d. CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU POUVOIR ROYAL*

À l'autorité particulière que le chef de la race capétienne possédait comme grand propriétaire féodal, investi de plusieurs comtés, et au pouvoir plus étendu qu'il tenait de son titre de duc de France, s'ajouta, en 987, le pouvoir général qu'il acquit en qualité de roi, comme successeur et héritier de fait du dernier Carolingien. Etablie sur cette triple base, l'autorité dévolue au fondateur de la troisième dynastie se compliquait encore de la diversité des prérogatives et des rôles qui lui incombaient en raison de la seule dignité royale. La royauté capétienne offre en effet le double caractère : 1° d'une monarchie traditionnelle de droit divin; 2° d'une suzeraineté générale d'ordre féodal. Mais ce dernier aspect de l'institution ne se dessina pas, dès l'origine, aussi nettement que le premier. Les rois n'ont jamais cessé de parler et d'agir au nom du droit monarchique qui était leur droit propre et essentiel, tandis que leur action, comme chefs de l'édifice féodal, appelés à bénéficier de leur haute suzeraineté, en vertu des principes purement féodaux, ne s'est guère manifestée dans les faits avant le commencement du xme siècle.

249. La royauté de droit divin. Le sacre**. Les couronnements. — Les premiers Capétiens se sont considérés comme n'ayant fait que continuer les Carolingiens. Leur royauté est toujours la royauté

* Luciiaire, Instit. monarch., I (livre I, ch. i), et II (livre IY, ch. î). — Pfistur, Éludes

sur le règne de Roberl le Pieux, livre II, voir surtout p. 150 suiv. et 206. — Boutaric, La France sous Philippe le Bel, p. 3 suiv. — F. Fadre, Hist. de St Louis, II, 260 suiv. — Ch. V. La.nglois, St Louis, 25-27, et Le règne de Philippe III, 189 et 289. — Ch. Jourdain, Mém. sur la royauté française et le droit populaire d'après les écrivains du moyen âge.

* Sur le sacre des rois de France, pour notre période et les suivantes, voir les

ouvrages cités dans la Bibliothèque historique du P. Lelong, t. II, chap. iv, art. 2, et dans le Catal. des imprimés de la Bibl. nat., t. VII, chap. x, section 9. — GoDEFRoy, Le cérémonial français (\649). — Histor. de Fr., t. XI,prél'.— Hist. littér. de la Fr., XIV, 22 suiv. — Lekoble, Hist. du sacre et du couronnement des rois et reines de France (1825). — Li'chaire, Instit. monarch., I, 69-72, et II, 310-311. — Williston-Walker, On the increqse of royal power in France under Philip Augustus (1888), p. 10-11.

franque, reproduction affaiblie delà monarchie impériale, absolue en principe, faisant de celui qui la possède la source unique de tous les pouvoirs sociaux, concentrant et confondant dans une seule main les prérogative les plus diverses, tendant à ramener tout à elle-même, et n'agissant le plus souvent que sous l'impulsion des idées d'unité et de centralisation à outrance qui sont le propre du génie romain et l'empreinte même laissée par lui sur la Gaule latinisée. A un autre point de vue, la monarchie de Hugues Capet est encore, et plus que jamais, la royauté de caractère ecclésiastique, fondée sur l'union intime du pouvoir civil et du clergé, appuyée sur les évêques et les moines, qu'elle est obligée, en retour, de défendre et d'enrichir. Cette royauté est naturellement et avant tout une puissance de droit divin. Tenant ses pouvoirs d'en haut, le roi est luimême un ministre de Dieu et revêt en quelque sorte le caractère sacerdotal. La fonction royale estime mission divine. Dans les formules capétiennes, les souvenirs de la Bible et de l'empire romain viennent à chaque instant se heurter et se mêler aux traditions du christianisme.

Le caractère sacerdotal de la royauté capétienne est dû à la vertu du sacre. Suger l'indique en termes formels, lorsqu'il nous montre Louis le Gros, à son couronnement, « délaissant l'épôe, la milice séculière, et ceignant le glaive ecclésiastique pour la punition des méchants 1 » . Ailleurs il représente le même roi comme « le vicaire de Dieu dont il porte la vivante image en lui-même ». — « Nous savons, dit Louis VIT, que d'après l'autorité de l'Ancien Testament, et de notre temps encore, les rois et les prêtres sont les seuls qui, par l'institution ecclésiastique, soient consacrés par l'onction des saintes huiles2. » Il n'y a donc pas de roi véritable et légitime sans le sacre, et le sacre est une cérémonie complexe où l'élément religieux tient la première place. Au xie et au xne siècle, l'élévation d'un roi se composait en réalité de deux opérations distinctes : Yunctio et la coronatio, auxquelles se joint quelquefois ïelectio, mais cette troisième opération pouvait se faire à un autre moment et dans une autre assemblée que les deux autres.

Une antique tradition voulait que le couronnement eût lieu à Reims, et par les mains de l'archevêque. Cette double condition fut habituellement remplie, bien qu'il n'y eût pas là de règle absolue. La cérémonie avait lieu d'ordinaire dans l'église métropolitaine de Reims, devant l'autel de Notre-Dame. L'archevêque commençait à dire la messe; puis, avant la lecture de l'épître, il se tournait vers le roi, lui exposait le symbole de la foi catholique et lui demandait s'il y croyait et s'il était disposé à la défendre. Sur sa réponse affirmative, on apportait la formule du serment royal [professio] : il la lisait et y apposait son seing. Elle était ainsi conçue au temps de Philippe Ier : « Moi, au moment d'être ordonné, par une grâce particulière de Dieu, roi des Français, je promets au jour de mon

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