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Les rois restreignent la juridiction ecclésiastique

L'union si étroite qui faisait la force de la royauté en même temps que celle du clergé était aussi une cause permanente de démêlés entre les deux puissances. Les conflits se produisirent principalement sur le terrain de la juridiction. D'une part, les rois ont peu à peu amené les prélats, malgré des résistances fort vives, à reconnaître la compétence de la cour royale et à accepter ses arrêts (§ 301). D'autre part, ils ont essayé de restreindre les privilèges du cléricat et surtout de s'opposer aux empiétements de la justice ecclésiastique. On a vu jusqu'où s'étendait la compétence presque illimitée des tribunaux d'Eglise (§ 65). Les atteintes qu'ils portaient à la justice séculière déterminèrent une réaction dont les effets se manifestèrent dès la première année du règne de Philippe Auguste. En 1180, au témoignage de l'historien Robert d'Auxerre, Philippe Auguste « voulut que les causes séculières fussent exclusivement jugées à sa cour et que le tribunal de l'archevêque de Sens (avec qui il était en démêlé) se réservât seulement la connaissance des causes ecclésiastiques *. » La résistance de l'archevêque l'irrita à un tel point qu'il le mit dans l'alternative de céder ou de quitter son diocèse. En 1206, le même roi, d'accord avec ses barons, promulgua une série d'articles tendant à limiter la juridiction ecclésiastique (en matière de veuvage, de douaire, de parjure, de contrôle sous serment) et le droit d'excommunication3. En 1215, une autre ordonnance rendit les

1. Exemples de tous ces faits dans Luchaire, Instit. monarch., II, 103-105.

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