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L'ADMINISTRATION CENTRALE

L'administration centrale a pour organe la curia régis. En dehors de la famille régnante et des membres de la classe féodale, ecclésiastique et bourgeoise appelés à participer accidentellement aux assemblées générales, la cour du roi se compose surtout de deux éléments permanents : 4° les grands officiers de la couronne; 2° les curiales ou palatins, laïques et clercs qui sont pourvus des offices inférieurs du palatium ou n'ont d'autre situation officielle que celle de conseillers.

a. LES GRANDS OFFICES.

280. Généralités. — Sous les premiers Capétiens, comme sous les Carolingiens, les grands officiers de la couronne sont à la tête du minislerium regale. Le palais et l'Etat ne faisant qu'un, à l'origine, leur fonction comprend à la fois un service de haute domesticité auprès de la personne royale et l'exercice de l'administration publique. Mais les grands officiers de l'époque capétienne diffèrent de leurs prédécesseurs carolingiens en ce qu'ils ne sont plus de simples fonctionnaires. Les charges du palais ne pouvaient échapper au mouvement général qui tendait à transformer toute fonction publique et toute délégation du pouvoir en une tenure féodale. Elles prirent donc le caractère de fiefs auxquels étaient attachés des droits utiles et des domaines1. On peut considérer ce fait comme la cause principale des vicissitudes subies par l'institution des grands offices pendant les trois siècles qui ont suivi l'avènement de Hugues Capet. Leur histoire durant celte période résulte à la fois des efforts tentés par les maisons seigneuriales, qui étaient en possession de ces charges-fiefs, pour en faire des fiefs véritables et complets, c'est-à-dire héréditaires, et de la résistance de plus en plus marquée que la royauté opposa à leurs prétentions. Trois phases sont à signaler.

1° Onzième siècle. L'institution des grands offices est peu définie, mal

l. Nous avons cité [Instit. monarch., I, 195, note 1), des textes où le caractère féodal de l'office est formellement mentionné.

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réglée, d'essence plus féodale que monarchique. D'une part, les officiers sont le plus souvent confondus avec les grands de l'ordre laïque et ecclésiastique qui se trouvent réunis au palais pour prendre part au gouvernement. Les noms du sénéchal, du bouteiller, du chambrier, du connétable, finissent par apparaître, à l'époque de Henri Ier, sur les diplômes royaux, mais généralement sans ordre et comme perdus au milieu des souscriptions desévêques et des comtes. De plus, la distinction hiérarchique entre les officiers supérieurs et les officiers inférieurs ne paraît pas encore bien établie en ce sens que les uns et les autres souscrivent les diplômes royaux1. Il semble aussi que les attributions des grands officiers soient à peu près indistinctes ; du moins la détermination de leurs fonctions respectives est moins facilement saisissable qu'au siècle suivant. Enfin la tradition qui attachait l'investiture de certains grands offices à la possession de telle haute seigneurie ecclésiastique ou laïque, par exemple Y archicancellariat à l'archevêché de Reims2 et la fonction de comte ■palatin* au comté de Blois et de Chartres, demeure encore assez longtemps vivace et conserve à ces dignitaires une petite part d'autorité effective qui. plus tard, disparaîtra.

2° Douzième siècle. Dès la fin du règne de Philippe IRr, l'institution tend à se régulariser. Sous leur forme normale, les diplômes royaux ne sont plus guère souscrits que par les cinq grands officiers énumérés dans un certain ordre, qui ne tarde pas à être fixe 3. Une formule spéciale, inconnue avant le règne de Louis le Gros, dénote la situation de l'office qui se trouve dépourvu de titulaire*. L'importance des grands officiers, surtout du sénéchal et du chancelier, est considérable ; elle tient, pendant cette période, à la nature même de leurs fonctions et au titre dont ils sont pourvus. Mais en même temps les prétentions de ces hauts fonctionnaires à l'hérédité ou à l'indépendance complète s'accusent tous les jours avec plus de vivacité. Elles finissent par éveiller les défiances et l'hostilité des souverains. Louis YI, Louis Vil et Philippe Auguste entrent en lutte avec leurs officiers et emploient divers procédés pour écarter le danger dont l'autorité royale est menacée : 1° dépossession violente de certains titulaires; 2° usage de plus en plus fréquent et prolongé des vacances d'offices; 5° attribution du pouvoir effectif, de l'influence réelle, aux officiers inférieurs placés sous les ordres des grands dignitaires, ces derniers ne conservant plus guère de leur fonction, que le côté honori-

* Sur cet te dignité à l'époque [capétienne, voir Brussel, Usage des fiefs, I, 373. — D'àbbois de Jubainvii.le, Ilist. des comtes de Champagne, II, 412. — Tardif, Des comtes du palais, dans Positions des thèses des élèves des Éc. des Ch., an. 1848. — Duc asge, Dissertation XIV sur Vhist. de St Louis: des comtes palatins de France, p. 61 suiv. Il est certain que les comtes de Toulouse se sont qualifiés aussi quelquefois comités palatini.

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