Furgeot, Les baillis de Mâcon
L'ADMINISTRATION LOCALE
surveille et contrôle les fonctionnaires inférieurs, qu'il nomme lui-même en grande partie.
Agent de finances et comptable, il institue les prévôts fermiers, centralise les recettes du bailliage, les fait parvenir au Trésor, et rend ses comptes aux gens du roi (§ 319).
Agent militaire et homme d'épée lui-même le plus souvent, il convoque Jes vassaux et arrière-vassaux soumis à l'ost et à la chevauchée, veille au bon état des forteresses, punit les refus de service militaire, exécute à main armée les mesures prises contre les malfaiteurs et les criminels, qu'il poursuit jusque sur le territoire des seigneurs hauts justiciers.
Officier de justice, il est l'intermédiaire naturel entre le Parlement et les justiciables, transmet les ajournements, les arrêts de la cour, et les fait exécuter, juge en appel les causes déjà soumises aux juridictions inférieures, et juge lui-même en première instance.
L'importance du rôle joué par les baillis ne consiste pas seulement dans l'exercice régulier des pouvoirs universels qu'ils détiennent au nom du roi. Elle réside surtout, aux yeux de l'historien, dans les efforts continus qu'ils ont faits, en tous sens, pour accroître l'autorité royale et le domaine du souverain, empiéter sur les justices féodales, ecclésiastiques et municipales par les procédés les plus divers, abolir les privilèges, multiplier les sauvegardes royales, en un mot, pour supprimer ou diminuer, dans les localités, toute autorité capable de porter ombrage à celle du maître. C'est au zèle ardent de ces fonctionnaires, tantôt encouragés, tantôt désavoués par le gouvernement central, que sont dus surtout les progrès rapides accomplis par le principe monarchique sur tous les points du territoire français. On sait que Beaumanoir a tracé du bon bailli un portrait idéal1, exigeant de lui, ou peu s'en faut, toutes les vertus de l'administrateur et de l'homme privé, voulant qu'il fût « sage et aimant Dieu, doux et débonnaire, endurant et écoutant, laissant les parties s'expliquer à leur aise, hardi et vigoureux; sans nulle paresse; large avec modération, sans folle dépense; obéissant au commandement de son seigneur, sans compromettre le salut de son âme; capable de distinguer le bien du mal, le droit du tort, les gens pacifiques des querelleurs, les gens loyaux de ceux qui fraudent ; prompt et actif d'esprit, loyal surtout, car s'il a sagesse et loyauté, il a toutes les vertus en même temps ». En un mot, le bailli modèle doit « accroître la terre de son seigneur, sans faire tort à autrui ». Les deux termes de cette formule étaient si difficiles à concilier, qu'en fait, la vie d'un bailli du xine siècle se passait à empiéter, pour le plus grand profit de la couronne, sur les droits, les privilèges et les propriétés des seigneurs, et que la royauté elle-même se voyait tous les jours obligée de modérer le zèle de ses agents, de réprimer, par blâme officiel ou arrêt de justice, leurs usurpations, et de défendre contre eux cette féodalité dont elle avait intérêt à précipiter la ruine.
I. BfeAUMHOTA, Coutume» de Bcauvoisis (éd. Bcugnot, t. I, p. 17 et suiv., et 2(3).