Gerbaux, ibid., ch. ni, a Chronologie des décimes
2. D'après Boutaric, la valeur annuelle d'une décime serait de 250 000 livres. Vuitry estime à 525000 livres les décimes perçues sous saint Louis, et à 1 750000 les décimes perçues sous Philippe le Hardi. D'après Ch. V. Unglois {Philippe III, p. 354), M. Gerhaux évaluerait à 182552 livres le produit de la première année de la décime de 1274. Ce qui est certain, c'est que la contribution du seul ordre de Citeaux à la décime de 1284 s'éleva à 60 700 livres de petits tournois pour les abbayes situées en France, et à 81 000 livres pour les abbayes étrangères.
perçu par les collecteurs était remis au bailli royal ou à des agents spéciaux (sergents ou clercs du roi, trésorier du Temple, ou marchands étrangers, généralement banquiers italiens). La sanction du recouvrement était l'excommunication, et, en cas de résistance, la saisie des biens mobiliers.
d. Les emprunts. Aux ressources extraordinaires que nous venons d'énumérer s'ajoutait celle des prêts volontaires ou forcés que faisaient au trésor royal les particuliers, les communautés religieuses et les villes. Dès le début de la monarchie capétienne, on voit les princes obligés de recourir à l'emprunt1. Ce procédé devint usuel à partir du règne de Louis VII, lorsque les expéditions en Terre-Sainte entraînèrent les rois de France à des dépenses hors de proportion avec leurs revenus. Mais dès lors la royauté, sans cesser d'emprunter à des barons, à des prélats ou à des abbayes, prit l'habitude de se faire avancer les sommes dont elle avait besoin par les Templiers2 , qui commençaient à détenir entre leurs mains une grande partie des capitaux de l'Europe. Elle fit d'eux, jusqu'au déclin du xme siècle, ses trésoriers et ses banquiers. D'ailleurs l'ordre du Temple n'était pas le seul créancier des Capétiens. Saint Louis3 et Philippe III 4 empruntèrent à des négociants ou à des sociétés de capi- . talistes d'Italie. Mais ces emprunts n'arrivant pas à couvrir les dépenses ou étant contractés à un taux trop onéreux, les rois du xiue siècle trouvaient encore plus avantageux de demander de l'argent, à titre de prêt, aux villes commerçantes du royaume. Des officiers royaux parcouraient les bailliages pro donis et mutuis procurandis, et quand les villes ne s'exécutaient pas de bonne grâce, on les contraignait au prêt. Des documents irrécusables prouvent que les bourgeois, créanciers de la monarchie, rentraient difficilement dans leurs avances, qu'ils attendaient souvent plus de trente ans avant de se faire rembourser, et que beaucoup de villes se contentaient d'accepter la moitié ou les deux tiers de la somme prêtée, faisant au roi l'abandon du reste5. On remarquera enfin que dans la seconde moitié du xme siècle, grâce aux progrès incessants du pouvoir monarchique, les demandes de prêts s'adressaient non seulement aux villes du domaine royal, mais encore à celles qui étaient comprises dans les grands fiefs indépendants6.
e. Les contributions prélevées sur les Juifs * et les Lombards. Le juif assimilé au serf, considéré même légalement comme ne pouvant rien
* Depping, Les Juifs au moyen âge. — Boiuiquelot, Éludes sur les foires de Champagne. — L. Delisle, Des revenus publics en Normandie. — Vuitry, Etudes, I, 315