Ch. V. Lvn'glois, Philippe III, p
5. Voir un compte de la ville de Noyon, dans Lay. du Tr. des Ch., III, n° 4598. G. Ch. V. Langlois, Philippe] III, p. 557.
LES FINANCES AVANT PHILIPPE LE BEL. 583
posséder en propre, et comme appartenant corps et biens à son seigneur, fut exploité par les premiers Capétiens dans les mêmes conditions où il l'était partout ailleurs sur le territoire des grands fiefs. Soumis à une taille ou cens annuel, aux taxes dues pour exploits judiciaires et aux droits de sceau, assujetti en outre aux tailles extraordinaires ou réquisitions d'argent que l'autorité seigneuriale pouvait exiger de lui en toutes circonstances, il constituait un produit ou un revenu qui rentra, jusqu'au règne de Philippe Auguste, dans les ressources ordinaires du
budget royal. . . ,
Philippe Auguste paraît avoir été le premier souverain qui prit a l égara des juifs des mesures générales, uniquement inspirées par un intérêt de fiscalité et tendant à faire de cette exploitation une ressource spéciale développée dans des proportions considérables. 11 conçut tout d'abord cette exploitation sous la forme impolitique d'une dépossession partielle (1180), suivie bientôt d'une expulsion en masse (H 82) des juifs établis sur le domaine royal. Converti ensuite à des idées plus conformes aux vrais intérêts de son trésor, il laissa revenir les juifs (1198) et ne se préoccupa plus, comme le faisaient déjà les comtes de Champagne et d'autres barons, que de faire tourner au profit de ses finances la présence des commerçants et banquiers israélites sur son territoire et même leurs opérations usuraires. Par là s'expliquent non seulement les traités conclus par Philippe Auguste avec les hauts feudataires de son voisinage pour se garantir la pleine propriété de ses juifs, mais encore les ordonnances (septembre 1206 et février 1219) qui avaient pour but de faciliter et de développer les opérations de banque et de prêts faites par les juifs, movennant certaines restrictions et garanties. Philippe, de concert avec ses barons, essaya même de réagir contre les tendances ecclésiastiques et populaires, si défavorables aux juifs, en interdisant au clergé l'excommunication des chrétiens qui entraient en rapports de commerce avec les usuriers de la race maudite.
Cette politique habile, mais contraire à l'opinion dominante, ne fut pas suivie par Louis VIII, qui tendit au contraire, par l'ordonnance de 1223, à restreindre et même à supprimer les opérations des juifs. Louis IX, convaincu, comme tous les canonistes, que la doctrine de l'Église condamnait le prêt à intérêt et que l'usure offensait Dieu, exagéra naturellement les mesures prises par son père. Les ordonnances de 1230, de 1234 et de 1254 achevèrent de proscrire le prêt à intérêt et décrétèrent la spoliation, au moins partielle, des créanciers juifs, au profit de la couronne et des débiteurs chrétiens. En 1249, en 1257, en 1268, eurent lieu des confiscations et des expulsions générales1. Ce n'était pas seulement comme usuriers,
et suiy. —I'. Violleï, Établ. de St Louis, IV, 150-134, et surtout, L. Lazard, Essai sur la condition des juifs dans le domaine royal au xm° siècle (1887). Cf. diverses monographies insérées dans la Revue des études juives, pass. 1. F. Faure, Hist. de St Louis, II, p. 295. - Wallon, Hist. de St Louis, II, 162, 165. — Langlois, St Louis, p. 151, 152.
mais comme appartenant à la religion réprouvée, que les juifs subirent les rigueurs de la politique de saint Louis : les ordres donnés pour faire brûler les livres talmudiques et l'ordonnance du 18 juin 1269 sur le port obligatoire de la rouelle de drap jaune, le prouvent surabondamment1. D'ailleurs, à la même époque, l'administration royale, conséquente cette fois avec elle-même, proscrivait les opérations usuraires et décrétait l'expulsion des autres financiers établis en France et presque tous d'origine italienne. Ces Lombards et Gahorsins, à qui la royauté recourait dansées moments de gêne, furent chassés du royaume, et tout au moins obligés de se racheter, en 1268-1269 sous saint Louis2, et en 1274 et 1277 sous Philippe le Hardi3. Dans le midi de la France, le gouvernement d'Alphonse de Poitiers se montra aussi intolérant contre les usuriers juifs, par intérêt fiscal il est vrai, beaucoup plus que par scrupule religieux' mais il éprouva quelque difficulté à faire exécuter des mesures de rigueur que la population languedocienne et provençale, habituée à traiter plus doucement les israélites, n'approuvait que par exception ».