‹ Manuel des institutions françaises, période des Capétiens directsChapitre 251 sur 264 · L'ORGANISATION MILITAIRE · texte numérisé non relu

L'ORGANISATION MILITAIRE

On a affirmé sans raison que les levées générales ne se faisaient que dans les circonstances extraordinaires, que les grands vassaux ne devaient leur concours au roi qu'en cas de guerre nationale et seulement de guerre défensive. Les faits contredisent formellement cette opinion1. Mais il ne faut pas s ; faire illusion sur l'importance de l'appoint que cet élément féodal apportait à l'armée du roi. L'appel adressé par le souverain, si pressante qu'en fût la formule, rencontrait souvent peu d'écho. Non pas qu'il fût licite aux barons de n'en tenir ouvertement aucun compte. On commet une autre erreur grave quand on dit que « le roi ne pouvait semondre les grands vassaux, que leur concours était tout volontaire et le résultat d'une alliance politique plutôt que d'une obligation » -. Mais il y avait pour le haut baron un moyen d'éluder la loi et de rendre la convocation royale à peu prés inefficace: c'était de n'amener avec lui qu'un nombre insignifiant de combattants. Le chiffre de dix chevaliers paraît avoir été le minimum du secours que les grands feudataires étaient tenus de fournir au roi de France pour ne point manquer à la fidélité et encourir la forfaiture. Il est probable que les ducs et les comtes usaient de cet expédient légal toutes les fois que la royauté les convoquait contre leur gré. Les rois du xie et du xne siècle ne pouvaient donc que difficilement compter sur leurs grands vassaux pour se constituer une puissance militaire qui fût en rapport avec leur dignité et les exigences de leur situation. Les milices baronniales étaient d'ailleurs une ressource d'un caractère trop précaire et trop irrégulier. Quand les hauts feudataires n'osaient pas violer ouvertement ou éluder, parles subterfuges légaux, l'obligation du service, ils arrivaient au même but en demandant au roi délai sur délai, en essayant de le dissuader de ses projets de guerre et de l'amener à s'accommoder avec son ennemi. S'ils répondaient à la convocation et s'étaient rendus à l'ost, leur concours, mesuré quant au temps, pouvait faire défaut tout à coup et compromettre ainsi le succès de l'entreprise.

Les ressources militaires que la haute féodalité laïque refuse au souverain capétien ou ne lui accorde qu'avec parcimonie et comme à regret, il les trouve en grande partie dans l'appui de la féodalité ecclésiastique. Non seulement, en effet, les prélats sont astreints comme les autres barons au service de la chevauchée et de l'ost et tenus d'amener au roi les milices des évêchéset des abbayes, mais les contingents qu'ils conduisent ont été longtemps les plus nombreux dont le gouvernement royal pût disposer. Au temps de Henri I,r, l'opinion considérait déjà les évêques et les abbés comme étant la force militaire sur laquelle s'appuyait surtout la royauté. L'institution des associations de paix, régulièrement organisées dans certains diocèses (§§ 125, 208), fournit au monarque des cadres tout formés et des armées toujours prêtes. C'est cette organisation essentielle-

Page 1