‹ Manuel des institutions françaises, période des Capétiens directsChapitre 254 sur 264 · Les services auxiliaires. Le commandement. — Les · texte numérisé non relu

Les services auxiliaires. Le commandement. — Les

documents de la seconde moitié du xui° siècle nous montrent les Capétiens préoccupés d'assurer la subsistance des armées nombreuses qu'ils mettaient en mouvement. Les guerres importantes qui se firent sous Philippe le Hardi et Philippe le Bel obligèrent le gouvernement royal, non pas à approvisionner directement les troupes, puisque les compagnies soldées se nourrissaient à leurs frais, mais à accumuler les vivres sur le théâtre des opérations et à faciliter les achats. Les hauts fonctionnaires administratifs, baillis et sénéchaux, étaient chargés de rassembler d'avance, en grandes quantités, les productions alimentaires de leur province et de les diriger sur un point central, voisin du pays où la guerre devait avoir lieu. Le matériel servant aux besoins de l'armée était porté par les charrettes et les chevaux que fournissaient, en nombre considérable, les communautés ecclésiastiques et bourgeoises soumises à l'ost.

Des corps de mineurs (minatores) et d'ingénieurs ou artilleurs, chargés des engins, c'est-à-dire des machines de projection et, de siège (artilliatores ou atliliatores), sont déjà signalés dans les armées des premiers Capétiens. Ils contribuèrent beaucoup aux succès remportés par Philippe Auguste. Mais ce n'est qu'à dater de la fin du xme siècle que le service du génie militaire paraît organisé régulièrement. Un acte de 1521 signale des compagnies de mineurs expédiées sur l'armée de Gascogne, chacune d'elles groupée autour d'une bannière qui portait les armes du roi.

Il semble que le gouvernement de Philippe le Hardi se soit particulièrement occupé du recrutement des chevaux de guerre, point capital dans un temps où la cavalerie jouait le premier rôle. L'ordonnance de 1279,

de jumentis tenendis, ordonnait à tous les chevaliers et roturiers possesseurs d'une certaine fortune d'entretenir une jument poulinière, et à lous les seigneurs de quelque importance d'avoir un haras. Elle réglementait aussi la vente des chevaux de guerre1. Des mesures, d'un protectionnisme souvent mal entendu, prises pour empêcher les chevaux français de passer cà l'étranger, complétèrent ces dispositions. Philippe le Bel continua et accentua, sur ce point, la politique de son père. A partir de 1290, presque toutes ses ordonnances douanières prohibent l'exportation des chevaux, des armures, des armes offensives, et même de la matière première employée à leur fabrication.

Considérée dans son ensemble, l'armée royale, au début de la troisième race, était placée sous les ordres du sénéchal de France (§ 281). Après la suppression effective du dapiférat, à la fin du xue siècle, le rôle militaire du sénéchal fut dévolu en grande partie au connétable (g 285) et à ses subordonnés, les maréchaux (g 280). A partir du règne de saint Louis, les services auxiliaires dépendirent particulièrement du maître des arbalétriers (g 288). A ces chefs ordinaires de l'armée vinrent s'ajouter, sous Philippe le Bel, les lieutenants généraux (§ 285), pris dans la haute noblesse ou parmi les hauts fonctionnaires et investis d'un pouvoir presque absolu, en matière militaire et civile, dans les limites de la province que le roi plaçait sous leur commandement.

355. La marine de guerre*. — Les rois de la troisième race n'ont point eu, à proprement parler, de marine militaire avant les règnes de Philippe le Hardi et de Philippe le Bel. Les prédécesseurs de ces deux souverains étaient obligés, pour leurs croisades, de louer des vaisseaux aux puissances maritimes de l'Italie ou aux cités commerçantes du Languedoc et de la Provence. Sous Philippe Auguste, la guerre contre les Flamands et les Anglais nécessita certaines opérations maritimes dont la direction fut confiée à Eustache le Moine; mais la liste des amiraux de France ne commence véritablement qu'en 1270, avec Florent de Varennes, Le commandement de la flotte royale fut exercé dès lors par des nationaux, conime cetOthon de Touci, qui est intitulé miles et admiratus galeraram domini régis, dans un acte de 1291, et par des étrangers, la plupart Génois, tels que Benoît Zaccaria (generalis navigii régis admiratus, ou admiraldus navium, 1298) etRenerio de Grimaldi, qui fut amiral de 1502 à 1507. Un acte de Philippe le Long (1521) mentionne un Bérenger

* Jal, Archéologie navale (1859), et Glossaire nautique (1848). — Boutabic, La France sous Philippe le Bel, p. 576 suiv., et Notices et extraits des mss, t. XXU. — Rosknt zwëig*, De l'office de l'amiral en France, du sur au xvme siècle, dans Positions des thèses de l'Éc. des Ch., an. 1855, et à part, 1855. — Langlois, Philippe III, p. 573^ 7,74. — Jourdain, Mémoire sur le commencement de la marine militaire sous Phi^ lippe, le Bel, dans Mém. de l'Acad. des Inscrip., t. XXX. — Dufourman-teu.e, La Marine française sous Philippe le Bel (1880).

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