IIF. XV
L'ABBAYE ET L'ABBÉ
pape qui institue l'abbé. A mesure que le mouvement réformiste eut placé de plus en plus les diocèses et leurs abbayes dans la main des souverains pontifes, la nécessité de la confirmation pontificale s'imposa davantage, môme pour les abbayes de catégorie inférieure. Sur ce point, comme sur tant d'autres, l'autorité de la cour de Rome se substitua insensiblement au pouvoir épiscopal amoindri.
L'élection étant approuvée par les autorités laïques et ecclésiastiques, pour que l'élu puisse jouir pleinement de son pouvoir temporel et spirituel, il faut qu'il ail obtenu du comte ou du roi la délivrance des régales, et que, d'autre part, il ait reçu de l'ôvêque la consécration et ^bénédiction. Les régales se délivrent, pour les abbés comme pour les évêques, sur une requête adressée au pouvoir séculier par le prieur et les religieux, attestant que l'élection a été canonique et que le diocésain l'a approuvée. Souvent même, l'évêque écrit de son côté au souverain pour lui demander délivrance des régales en faveur de l'abbé récemment élu. La bénédiction n'est pas moins nécessaire pour assurer à l'élu la plénitude de son autorité spirituelle : car, en droit, il ne peut se considérer comme autorisé à s'asseoir sur le siège abbatial et à porter la crosse, s'il n'a pas été consacré. Aussi l'évêque profite-t-il généralement de cette cérémonie pour exiger de l'élu la professio ou reconnaissance solennelle de l'autorité épiscopale. L'élu, pourvu de la bénédiction, retourne à son monastère, où il est reçu solennellement par les religieux. L'évêque ou un abbé délégué procède à son intronisation, en le plaçant sur le siège abbatial. Le nouvel abbé entonne alors le Te Deiun et donne à tous les frères le baiser d'usage. Il est désormais en possession de tous ses pouvoirs.