PoLYB., VI, 24. C/ES., B, Gall., V, 30. VI
4. Avec le système manipulaire, il est probable que Favancement régulier pour les centurions aurait consisté à parcourir d'abord tous Jes seconds postes dans les 30 manipules de hastatif principes et pt/t, puis à recommencer la série ascendante dans les premiers postes. La seule loi concernant la matière qui ait été portée sous la République a eu pour but d'assurer jusqu'à un certain point aux officiers les avantages du grade une fois obtenu. Cotte loi Valeria militaris(^'i), après avoir défendu aux généraux de congédier malgré eux les soldats une fois enrôlés {ne cujus militis scripti nomen nisi ipso volente deleretur)^ interdisait également défaire descendre les anciens tribuns militaires au grade de centurion (ne quisy ubi tribunus militum fuissety postea ordinumductoresset. Liv., Vil, 41. Zonab., Yll, 25). Le premier article donnait satisfaction aux prolétaires pour qui le métier militaire était un gagne-pain, le second, à l'aristocratie. Sous Tempire, on voit des ofQciers pourvus, de grades supérieurs revenir par libre choix au primipilat.
Chap. 1, § 3J L\\RMÉE sous LA RÉPUBLIQUE 285
Le régime des armées permanentes pouvait seul créer aussi une administration financière adaptée à des besoins constants et prévus. Sous la République, il n'y a ni caisse militaire ni fonctionnaires spécialement préposés à l'entretien et à l'approvisionnement des armées*. Jusqu'à l'institution de la solde au temps de Camille, les soldats devaient s'équiper et se nourrir à leurs frais*, les cavaliers recevant seuls une indemnité fixe pour l'achat de leur monture et son entretien en temps de paix^. Il n'est plus possible de savoir jusqu'à quel point la pratique correspondait ici à la théorie, qui ne pouvait guère être appliquée à la lettre^. Il est probable que la tribu supportait collectivement les frais nécessités par l'armement et l'entretien de son contingent, et que les « curateurs » des tribus {curatores tribuum - tribuni xrarii) employaient à cet usage, sous leur propre responsabilité, le € tribut y^ levé par eux sur les citoyens^. Ce système supprimait déjà, dans une certaine
* K. Sonklar, Ueber die Heeresverwaltung der alten Hômer im Frieden und Krieg. Innsbruck, 18^7. — Zander, Andeutungen iur GeschicMe des rômischen Kriegswesens. Il (Schulprogr.). Ratzcburg, 18i9. — A. Langen, Die Heeresverpflegung der Rômer im letiien Jahrhundert der Hepublik (Gyma.-Progr. L IL 111). Brieg (en Silésic), 1878-1880-1882.
i. Liv.y IV, 59, 11 ; 60, A. Privaio sumptu se alehant mili{tes Romaniy antequam stipendia] mererentur (Fest., p. 234, s. v.).
S. La cavalerie equo publico étant un corps permanent, la tribu — plus tard, TËtat — allouait à chaque « chevalier » un cheval, ou plutôt le prix d^achat d'une a paire » de chevaux {sm équestre - pararium) destinés, l'un au chevalier, Tautre à son écuycr (Fest., Epit.f p. 221., s. V. Paribus equis). Cette somme s'élevait à 10 000 as (scxtantaircs?) ou 2000 livres (Liv., 1, AS. Cf. Vakr., L. lat.y VllI, 71) : on ne sait si elle était payée une fois pour toutes ou renouvelée à chaque recensement, commue le ferait croire
un texte peu explicite (censores equiii ses abnegabant. Fest., Epit., p. 108, s. v.
ImpoUlias). Outre Vses eqtiestrey le chevalier recevait encore « pour l'orge » {ms hordearium) une somme annuelle de 2000 as sextantaires ou 400 Uvres (Liv., I, 43. Fest., Epit., 102, s. V. Hordiarium. Gaius, IV, 27). Vœs hordearium était imputé sur un tribut payé par les veuves et les orphelins, c'est-à-dire par des propriétaires exempts du service militaire en raison de leur sexe ou de leur âge. On ignore si la taxe {œs uxorium) frappée par Camille sur les célibataires (Plct., Cam. 2. Val. Max., II, 9,1. Fest., Epit,, p. 379, s. v. Uxorium) était destinée à subvenir aux dépenses de l'année.
3. Tite Livc suppose qu'au temps de Servius, les citoyens devaient se procurer euxmêmes leurs armes (arma imperata. Liv., I, 43): mais TËtat ne pouvait évidemment laisser ce soin aux individus. On le voit plus tard fournir des armes et avoir des arsenaux (Liv., III, 15. IX, 29. XKVIII,45. Cf. ci-dessus, p. 275, 5). Obligeait-il les citoyens à lui acheter les armes, ou les leur prôlait-il pour la campagne, on Tignorc. L'antique cérémonie de Varmilustrium n'est un argument ni pour ni contre.
4. C'est l'opinion do Niebuhr, Mommsën, Lange, etc., établie sur des textes qu'on ne peut pas récuser sans motif comme autant d'anachronismes. Tite Live (I, 43. II, 9) parle de tribut levé avant 406, et on sait que le tribut était impôt de guerre. Le môme Tite Livc, qui croit la solde inventée en 406 et malgré l'opposition des tribuns, dit plus haut (IV, 36) qu'en VU les tribuns songent à prélever sur les fermages du domaine l'argent in stipendium militum. Dcnys d'Halicarnassc précise. En 503, on rembourse aux* citoyens sCoçopÂç aTç SoreiXav xovç orpaiianaç (Dion., V, 47) ; en 486, les Hcrniqucs vaincus versent dpyTjptov B xaV^v^pa toTç mçxxxitaxaiç sic év{;(t}via<T{iov ëOoç ^jv î^ |A7)vîôv diôooOai (VIII, 68); en 467, le consul Q. Fabius donne ù ses soldats, au moment du départ, deux mois de vivres, deux tuniques par hommes et six mois de solde (IX, 59). Les fournitures — en nature et en argent — devaient ôtre faites par les curateurs
lu
286 L^VKMÉE [Part, iv
mesure, rinconvénient — pour ne pas dire, l'injustice — qu'il y aurait eu à imposer aux grosses et aux petites fortunes des charges à peu près égales; mais il était insuffisant pour organiser autre chose que de courtes campagnes, menées dans le voisinage immédiat de Rome.
Le long siège de Véîes (406-395) obligea le gouvernement à s'occuper lui-même de ces questions administratives et à faire supporter la dépense par le Trésor public. La solde fut donc fournie par le Trésor et distribuée par les soins des questeurs, depuis 406 pour les fantassins ^, depuis 403 pour les cavaliers'. Elle paraît avoir été payée par semestre, toute campagne donnant droit à un sUpendium semestre quand elle ne durait pas plus de six mois, à nnstipendium annuum quand elle se prolongeait davantage^. Polybe évalue la solde du fantassin à 2 oboles par jour^. Il a pris évidemment pour base de son calcul une somme de 120 drachmes ou deniers, autrement dit 1200 as, pour l'année de 360 jours. La solde des centurions était double et celle des cavaliers triple. On ignore quels avantages pécuniaires pouvaient être attachés aux divers grades. Les tribuns, élus ou non, servaient sans solde.
La solde représentait l'indemnité totale allouée par l'État au soldat citoyen : aussi les fournitures en blé, vêtements, armes, faites par l'État, entraient en décompte de ta solde ^. Sur ce point, l'usage ne fut pas modifié par la suite. C. Gracchus put bien faire voter une loi qui mettait l'habillement du soldat à la charge du Trésor*, mais cette loi fut abrogée après lui. Au temps de Tibère, le soldat payait encore ses habits, ses armes et ses objets de campements On a déjà eu occasion de dire que Rome ne devait point de solde aux troupes alliées, mais seulement des rations en nature, à savoir, 2 boisseaux de blé par mois pour le fan-
des tribus, car les soldats pouvaient recourir à la pignoris capio en cas de non-paiement (Gaius, IV, 27), ce qui n'eût pas été admis contre un magistrat comme le consul ou son subordonné, le questeur; et on dérivait a tribuendo mre (Fest., Epit.y p. 2, s. v. Aerarii) le nom des tribuni xrarii [tribuni seris dans Pline, XXXIII, p^ 31], que nous supposons identiques avec les curatores iribuum (Cf., ci-dessus, p. 25, 2). La réforme de 406 a donc consisté à rejeter la dépense sur le Trésor public, qui percevait les vectigalia et portoria, et à alléger d'autant le tribut.
1. Liv., IV, 59. La solde du fantassin s'appelait aussi «« ordinarium (Fest., p. 371, s. v. Vectigal)yde ordo, synonyme de centurie ou de manipule (ci-dessus, p. 283, 5).
S. Liv., V, 7. Le système de la solde fut-il étendu aux equiles equo publicOf avec déduction de quelqu'une de leurs indemnités traditionnelles, on l'ignore (cf., ci-dessus, p. 268, 4).
3. Varr., ap. Non., s. v. sere diruti. C. /. L., I, p. 121 {Lex Julia municip., lig. 91). Il est souvent question dans Tite Livc de sUpendium annuum (V, 27. 32. IX, 41. VIII, 2. X, 46. XL, 41. XLV, 2): dans la dernière édition du Tite Live de Weissenborn (coll. Teubner, 1880), la leçon aemestri stipendio a été substituée à bimestri (IX, 43).