‹ Manuel des institutions romainesChapitre 377 sur 500 · HISTOIRE DU CULTE PUBLIC · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU CULTE PUBLIC

Caractère artificiel et incohérence apparente du culte public. — Lois de formation du culte public. — Le patron de la cité est, à chaque époque, le type divin le plus parfait. — Le couple primordial (Terre et Ciel) dans la théologie naturaliste : les divinités telluriques et célestes. — Assimilation progressive des deux ordres de divinités. — Le Ciel, sous divers noms, considéré comme dieu suprême et patron de la cité. — Conditions historiques qui ont régi le développement du culte public les origines de la cité. — Les trois monts du Palatin et leurs cultes particuliers.

— Fusion des trois bourgades et leur conversion en « curies n de la cité Palatine.

— Culte de la cité Palatine ayant pour patron Mars-Quirinus. — Les trois monts de FEsquilin et leurs cultes particuliers. — Fusion des trois bourgades esquilines et de là Subura en une cité ayant pour patron Janus. — Fédération' des deux cités sous le patronage de Janus ou de Jupiter : le culte fédéral et la fôte des sept monts (Septimontium). — Extension de la cité fédérale du côté du Capitole : annexion de nouvelles curies et de nouveaux cultes. — Conflit entre la cité fédérale et les Sabins de la Colline. — Annexion de la Colline et constitution définitive de la cité romaine.

— Influence des races et des religions étrangères. — La domination étrusque: le Capitole centre du culte officiel ; la Triade capitoline. — Importations helléniques ordonnées par les livres sibyllins : cultes d*ApolIon (4^), d*£sculapc (^3), de la Grande-Mère (20i). — Invasion des cultes exotiques à la fin de la République et sous TËmpirc, à titre de dévotions privées. — Le culte des empereurs divinisés.

— Caractère romain de Tapothéose impériale : les génies des princes adjoints aux Lares et Pénates de la cité.

Le culte public ne se laisse point ramener, comme l'ensemble des cultes privés, à un petit nombre de principes simples d'où sort et où revient l'évolution libre du sentiment religieux. Des tombeaux, un foyer autour desquels se serrent des groupes naturels ou organisés sur le modèle de la famille ; des dieux, ouvriers de la Nature, dont l'action muette se mêle à chaque phase, à chaque crise de l'existence individuelle ; un petit nombre d'entités plus générales dont le patronage s'étend sur les gentes ou les corporations : c'en est assez pour occuper et satisfaire durant des siècles la dévotion privée. Même lorsque les € superstitions » *■ étrangères viennent solliciter de toutes parts la confiance des particuliers et les inviter à de nouvelles expériences, que des confréries se fondent sous des vocables inconnus aux anciens Romains, que l'anarchie semble régner dans le monde des idées et des sentiments, on retrouve toujours, sous la diversité des rites, un fonds invariable, le culte

1. Superstitio signifie un « surcroit » inutile et s'applique à tout ce qui n'est pas le culte national. Cicéron — qui donne du mot une étymologie absurde, mais dérivée aussi de superstare (Nat. Deor., Il, 28) — et Varron (ap. Augustin., Civ. Dei, VI, 9) font déjà de superstitiosus un synonyme de $siaiôa{|Mi)v.

LA RELIGION

[Part, vi

des morts et le souci de la séptilture serrant de lien à toutes les associations.

Le plus artificiel et le plus abstrait, le plus vaste aussi et le plus lentement élaboré des groupes humains, l'État, n'a pu se créer une religion à son usage qu'en agglomérant, pour ainsi dire, et s'appropriant des croyances, des pratiques empruntées soit aux groupes absorbés par lui, soit au dehors. Ce travail de juxtaposition s'est fait non pas précisément au hasard, mais au gré des circonstances, sans plan préconçu, et la ténacité même avec laquelle les Romains conservaient les usages une fois acceptés n'a fait qu'ajouter à l'incohérence d'un mélange où coexistent tant de traditions de provenance diverse. Mon seulement chaque époque a eu ses dieux préférés, mais elle concevait différemment la manière de les honorer. Les anciens dieux n'avaient d'abord ni images ni temples; à mesure que le temps marche, le culte se plaît davantage aux pompes extérieures, et, sous ce rapport, les dieux récents sont généralement les mieux pourvus. Il y a des divinités dont le culte n'est point attaché à un édifice, mais à un sacerdoce vivant; d'autres qui ont un sanctuaire, mais point de prêtres ; d'autres qui ont à la fois un temple et un sacerdoce ; d'autres qui n'ont ni temple ni prêtre et ne sont pas les moins honorées, parce que leur culte, célébré par le peuple luimême, est à la fois privé et public; d'autres, enfin, qui n'ont droit qu'aux hommages d'une fraction du peuple, curie, tribu, quartier, ou dont le culte, valable pour le peuple entier, ne peut être desservi que par une famille déterminée.

Il doit y avoir cependant sous ce chaos apparent quelque chose comme des lois de cristallisation qui en ont déterminé la structure. Si l'on ne peut songer à tout expliquer dans le détail, on doit au moins essayer de saisir les grandes lignes de l'ensemble. Les principes générateurs d'une religion d'État comme celle-ci se ramènent, en somme, à deux : une loi psychologique, d'un caractère général, et une évolution historique, qui résume une série d'incidents locaux et d'habitudes particulières.

La loi psychologique est la nécessité qu'il y a pour une association de se rallier autour de cultes intéressant tous ses membres, par conséquent de choisir pour patrons des dieux d'autant moins bornés dans leur action que la société est elle-même plus large et plus mêlée. La cité, organisée sur le modèle de la famille, aura aussi son foyer, ses Lares et Pénates, ses génies tutélaires ; mais il faut que ces divinités soient de celles qui peuvent protéger tout un peuple. Il n'est pas de dieu trop puissant pour cet office, et, à mesure que le sentiment religieux s'épure, que l'idéal divin s'élève, les patrons de la cité se transforment sans changer de nom, ou même cément la place à des types plus majestueux.

Une cité qui se fonde va donc tout de suite à ce qu'elle conçoit de plus grand, et elle emprunte les objets de son culte à la race d'où elle sort, au fonds ethnique sur lequel elle se développe. Ce que la race pélasgique, en Italie comme en Grèce, avait mis au sommet de la hiérarchie divine, c'est le couple primordial qui donne, reprend, restitue éter-

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