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HISTOIRE DU CULTE PUBLIC

nelleroent la vie à tous les êtres, la Terre et le Ciel ^ Évidemment, ces divinités ne portaient pas partout les mômes noms et, dans un même pays, n'avaient pas chacune qu'un seul nom*. La Terre surtout ne pou^ vait guère être conçue par l'imagination que fractionnée en aspects divers', et sa personnalité ainsi dispersée n'apparaissait nulle part avec le caractère de grandeur qui semble lui convenir. De là le peu de notoriété des divinités telluriques, comme Tellus Mater yFaunay FatuayOps Consivia, Flora^ CereSy Bona Dea, Dea Dia. On ne retrouve la Terre au rang de divinité primordiale, mère et « support » de toutes les autres, que dans la Fortuna Primigenia de Préneste, que l'on représentait allaitant Jupiter et Junon ^. II n'en a pas été de même de l'élément fécondant, l'atmosphère ou Ciel qui, avec ses nuages, ses pluies, ses foudres, sa lumière, a pris et gardé partout la première place dans le symbolisme religieux. Ce type divin s'est affiné peu à peu. Il fut un temps où ce n'était encore que le souffle tiède et vivifiant qui ranime la végétation et éveille dans le règne animal l'instinct générateur, ceFaunus dont la tradition avait fait le premier roi du Latium . Sous une forme plus concrète et rapproché de son épouse, il était la Terre mâle (Tellumo), la vertu cachée du sol (Constis), la richesse souterraine {Dis Pater\ le

* E. Spangenberg, De, veterisLatii religionibus domeiticû. Gœtting., 1806. — Jftckel, De diis domesticis priscorum Italorum. Berlin, 1830. — Ghr. wali, De religione Romanorum antiquissima, Tubin^ae, 1845. — A. Ziniow, De peliugicis Romanorum sacrU. Berolini, 1851. — H. Jordan, Symbolae ad historiam religionum italicarum. Regiomont., 1883; alterae, ibid., Iw5.

1. Le prétendu mono(/»êt3me péiasgique est un dogme moderne, affirmé sans preuves par les partisans de la révélation primordiale, accepté depuis comme chose acquise, et qu*il faut rayer de la liste des faits constatés. Les cultes pélasgiques ne peuvent se ramener à une forme plus simple que l'adoration d'un couple divin. A Dodone, Zeus Naïos avait pour parèdre Dia Naïa ou Dioné: le Zeus lumineux (Lycœos) de rArcadie s'unissait sur les hauts sommets avec la Terre son épouse, et l'épopée hésiodique a conservé le souvenir des' grands dieux d'un âge antérieur, qu'elle appelle Gœa et Ouranos, réservant les titres divins de Zeus et Hôra pour le couple adoré par les Hellènes. Ouranos et Gœa sont le Zeus et la Hôra ou Démôter des Pélasges. A Rome, le souvenir du couple pélasgique s'est conservé dans la formule populaire du serment. Tellus Maier, teque Jupiter obtestor (Varr., Re nui., l, 1, 5. Macros., III, 9, 12).

S. TaXoL, iroXX(5v 6vo|AiTa>v (lop^^ |i(a (yfisCHYL., Prometh., 210).

3. Cic, Divin.y II, 41. Fortuna ou Fors Fortuna parait];bien venir du radical fer et signifier « support » ou « apport » ; par analogie, a abondance d ou « richesse n (Cf. Ops). La Fortuna italique, non adultérée par identification avec la TiSxv) grecque, est bien la Terre. On la retrouve encore sous le nom de Ferentina au pied du mont Albain, sur laquelle trône le Jupiter Latin ; sous le nom de Feronia, associée à Jupiter, dans la vieille ville volsque d'Anxur ; sur le Soracte, où l'époux céleste portait à l'époque historique le nom d'Apollon Soranus, et en divers autres lieux. Le picus Feronius était une des voix de la Terre qui, en Italie comme en Grèce, est la source première de la révélation (Cf. T^ icpoiroi&ivTic. iËscHYL., Eumen.y 1). Feronia et Fortuna Primigenia figurent toutes deux le môme jour (14 nov.) dans le calendrier des Arvales. A Antium, le couple était devenu un groupe de deux Fortunes, l'une d'allure virile, l'autre gardant son caractère de matrone. Sous l'Empire, le culte de la Fortune redevient populaire, mais en s'écartant de son sens originel. C'est une sorte de Providence universelle, décomposée en une foule d^ Providences particulières à l'usage des individus, des familles, des corporations et professions, sans compter les Fortufm salutares, balneares, etc.

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dieu des semailles, Saturne, roi de Tâge d'or. Enfin, considéré comme source de lumière, Tépoux céleste était devenu le c brillant », le € dieu » proprement dit*. De ce nom sont dérivées les formes à peine distinctes de Dianus ou Janus Pater, Diovis, Diespiter ou Jupiter.

Dans les couples divins aussi, la femme suit la condition du mari. Il se produit de l'un à l'autre une assimilation qui pervertit le symbolisme primitif et fait perdre de vue la nature originelle de l'élément subordonné. Fauna, épouse de Faunus, et OpSj toujours associée à Saturne, ont encore un caractère tellurique bien accentué ; mais l'épouse de Janus, Jana ou Diana, Diutuma (Jutuma), Diuno (Juno), devient, elle aussi, une divinité lumineuse. Le dernier terme de cette évolution fut l'identification de Janus avec le soleil et de Diana avec la lune. Janus, rOuranos latin', s'approchait ainsi du type dont les Grecs ont fait leur Apollon^. Hais, en se surchargeant ainsi d'attributs solaires, il cessait de représenter l'éther chargé de lumière et de pluies fécondes ; il perdait en ampleur ce qu'il gagnait en précision. Se préciser, c'est se limiter, et se limiter, c'est déchoir. Aussi, le rang suprême resta ou revint à la forme la plus vague et la plus générale du dieu céleste* au mot dont le sens n'avait point subi cette limitation, à Jupiter^.

i. Divus, diwt, deus vient de la racine aryenne div, et tous les noms signalés oi-dessus dérivent certainement du môme radical, ainsi que le Tinta étrusque, identique quant au nom au Janus latin.

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