‹ Manuel des institutions romainesChapitre 379 sur 500 · Cf. Varr. ap. Ltd., Mens,, IV · texte numérisé non relu

Cf. Varr. ap. Ltd., Mens,, IV

3. Le dieu céleste associé à Fcronia sur le Soracte reçut en effet le nom grec d'Apollon. Le caractère solaire de Janus aux deux visages, Patulcius et Clusius (le soleil levant et le soleil couchant), ne fait doute pour personne. Janus était invoqué tous les matins comme Pater ^fatutinusJ aspect sous lequel il a pour pendant Maler Matuta; comme régulateur de Tannée, il était honoré le premier jour de chaque mois, de compte à demi avec Junon, sous le titre de Janus Junonius, et le premier mois de Tannée, Januarius, lui éta>it consacré.

4. Ainsi s'explique, ce semble, un problème mythologique qui préoccupait déjà les érudits de Tnntiquité, et que les modernes n'ont guère éclairci. On comprend mal comment à Rome, où Jupiter était le plus puissant des dieux, celui qui trônait sur le Capitole comme sur le mont Albain, et Janus un dieu de carrefour, Janus avait cependant le pas sur Jupiter. Janus était invoqué le premier dans toutes les prières et dans les sacrifices (cf. Cic, Nat. Deor., 11,27) ; son nom figurait en tête des Indigitamenta (Macr., I, 9, 16); le premier jour de chaque mois lui appartenait, tandis que Jupiter n'avait que les ides ; son culte était desservi par le roi lui-même, le Rex sacrorum sous la République ; il portait dans le chant des Salions le nom de « dieu des dieux • (divum deum)t et les poètes Tont appelé de tout temps le plus ancien, le plus vénérable des dieux. Enfin Janus était, aussi bien que Jupiter, l'époux de Junon. Il portait le titre de Junonius ; au lieu dit le Tigillum Sororium, deux autels étaient consacrés Tun à Janus Curiatius, l'autre à Juno Sororia^ etc. Varron constatait cette juxtaposition bizarre des deux chefs de la hiérarchie céleste plutôt qu'il n'en donnait la raison, en disant : pênes Janum sunt primoy pênes Jovem summa (ap. Augustin., Civ. Deiy VII, 9). Le caractère solaire de Janus ne devait pas non plus rendre compte de Tépithète de Consivius, qui rappelle Tépoux de la Terre. De même, Tépouse de «anus, déesse lunaire sous la forme Diana t était restée une déesse des sources sous la forme Diutuma {Jutuma). Ces débris de traditions défigurées et transposées étaient encore disjoints par des étymologics intempestive^ ; on dérivait, par exemple, Juluma de juvare. Il est probable qu'il n'y a pas de différence essentielle entre Janus et /«-

Chap. 3] HISTOIRE DU CULTE PUBLIC 481

Mais une substitution comme celle-là ne se fait point par une simple opération psychologique; il y faut le concoui*s de circonstances extérieures, et c'est ici que nous devons aborder la partie délicate de notre tâche, essayer de retrouver la série de faits historiques, démontrés ou probables, qui expliquent la formation du culte public dans la cité roniaine. Cette histoire se confond avec celle des origines de la cité : la recherche des causes dont les institutions religieuses sont le résultat est même la seule méthode qui permette de ressaisir quelques traces des vicissitudes éprouvées par la Rome primitive. Il ne faut pas dédaigner ici les menus détails. La grandeur de Rome adulte fait illusion sur ses humbles débuts. A Faide des traditions religieuses, on peut remonter à une époque où il y avait place sur le Palatin pour plusieurs villages, et atteindre les premiers éléments dont l'agrégation progressive a fait la cité des Ramnes, ébauche de la cité future^.

Au point de vue religieux, le Palatin se divisait en trois « monts > : le Palatin proprement dit (ou plutôt Palatium) au S'.-O.; le Cermalus au N.-O.; la Velia à TE. Cette distinction, sans utilité et sans raison apparente à l'époque historique, datait sans doute d'une époque où ces trois monts correspondaient à autant de bourgades distinctes. Chacune de ces bourgades devait être une cité minuscule, ayant un foyer, des Lares, des Pénates, un patron divin, une maison commune ou € curie » pour les réunions et fêtes religieuses. Qu'on suppose ces villages voisins s'associant soit spontanément, soit à la suite d'un conflit; il se formera une cité plus grande, qui pourra se donner un nouveau foyer et honorer de nouveaux patrons, mais sera tenue de conserver les coutumes antérieures, un culte étant un échange de services stipulés entre les hommes et les dieux par un contrat à jamais valable. On retrouve, en effet, dans le calendrier religieux de Rome, dans la liste de ses fêtes, de ses divinités, de ses lieux sacrés, des legs faits à la grande cité par ces humbles bourgades.

A l'angle S.-O. du Palatin, à Tendroit par où l'on descendait dans la vallis Murcia qui sépare le Palatin de l'Aventin, se trouvaient, resserrées sur un étroit espace, un groupe de constructions et de reliques datant des anciens âges : le sacellum Cadm^j foyer du village Palatin ;

'-iV

* J. A. Ambrosch, Studien und Andeutungen im Gebiet des altrômischen Bodens und CuUus. Breslau, 1839. — H. Jordan, Topographie der Stadt Rom im Allerthum. Berlin, 1, 1, 1878. II, 1871. — 0. Gilbert, Geschichte und Topographie der Sladi Rom im Alterlhum. Leipzig, 1883-1885. i- y /'

piler; que le grand dieu latin, celui qui avait son sanctuaire sur le mont Albain, 8*ap> pelait Janus Pater^ son épouse, à laquelle ^ervius TuUius bàlit un autre sanctuaire fédéral sur TAventin, s*appelant Diana; que Janus fut aussi le dieu supr<îme à Rome jusqu'au temps des Tarquins, lesquels installèrent sur le Gapitole un nouveau patron de la cité agrandie, caractérisé par des vocables aussi indéfinis que possible Dies Paler {Jupiler) Oplimus Maximus, et que, du même coup, la confédération également transformée prit pour patron Jupiler Laliaris au lieu de Janus. Tarquin passe, en effet, pour avoir réorganisé les « fériés latines » (Dion., IV, 41). Cf., VI, 95). 1. Gacia, sœur du dieu volcanique Cacus et liguée contre lui avec HercuU (Serv..

IMSTIT. ROM. 31

Page 1