‹ Manuel des institutions romainesChapitre 380 sur 500 · BB^^À · texte numérisé non relu

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482 LA RELIGION . [Part, vi

la hutte de Faustulus ou cabane de Romulus (tugurium Faustuli-casa Romuli)y à côté du cornouiller sacré qui avait été, disait-on, la lance de Romulus; enfin, Téglise du village, la curia Saliorum, dite aussi auguratoriuntj sanctuaire du dieu Mars, où Ton conservait le bâton augurai (lituus) de Romulus ^ Mars y était peut-être associé avec une divinité qui était le génie protecteur de la localité. Diva Palatua ou Pafe^, dotée d'un flamine spécial (flamen Palatttalis)*. Au pied du mont s'étendaient les champs labourés, avec un bois sacré abritant les tombeaux : c'est là que l'on vénérait de temps immémorial la Terre nourricière, douce aux vivants, douce aux morts {Murcia)j et la vertu vivifiante cachée dans son sein. L'époux symbolique de la Terre, ConsuSy avait un autel souterrain que l'on découvrait trois fois l'an (7 juillet — 21 août — 15 décembre) et où venaient sacrifier, aux temps historiques, les Vestales, les Pontifes et le flamine de Quirinus. Murcia était honorée tous les ans, en même temps que son autre aspect, Libitina^ aux Vinalia rustiea (19 août)^.

Les souvenirs du petit bourg palatin tenaient, comme on voit, une grande place dans le culte romain. On en peut dire autant du bourg voisin, celui du € mont^ Germale. Au pied de la hauteur, du côté du Vélabre, se trouvaient la « grotte de la louve » (Lupercal) et le figuier Ruminai, marquant l'endroit où avait abordé le berceau miraculeux de Romulus ou Romus ; à côté, le sacellum Ruminss, la curia Acculeiay sanctuaire où Acca (Larentia), mère des Lares, était honorée conjointement avec deux autres divinités telluriques, Volupia eiDiva Angerona^'y

<? ^n,, VIII, 190), est le feu qui de destructeur devient bienfaisant (Cf. M. Bréal, ^er-

- ' , cule et Cacus, Paris, 1863;. Gacia est une des formes de Vesta, et, à Tépoque histo-

rique, son culte était confié aux Vestales (Serv., ibid. Mythoge. Vat., II, 153). Uara ^ ' Larum PrSMtUum (Ovid., Fast., V, 129 sqq.), dont on ignore remplacement exact,

devait être tout près.

1. Le lituus étant conservé dans la curie des Salions, il n^est pas probable qu'il y ait eu un auguratorium distinct de la curie.

2. Le sacrifice offert à la déesse lors de la fête du Septimontium s'appelait Palatuar (Fest., p. 348).

3. Le culte de Consus passait pour avoir été fondé à Tépoque pélasgique, au temps de r « Arcadien 1 Evandre et par ce « brave homme » (£^'^dvi^p),qui doit être le Faunvs (cf. faveo) latin, identique lui-même avec le Faustulus de la légende. Le nom de la Terre, Murcia, dérive de mulcere et ressemble par le sens à Fauna : le nom de Consus est identique soit à {abs)consus, soit à Consivius, deux mots qui peuvent avoir même racine. Murcia fut, comme Fauna, Flora et tous les symboles de la fécondité, assimilée à Venus, la déesse au myrte. De là la forme Murtea pour Murcia. D*autre part, Venus Murcia est à peine distincte de Libitina, déesse de la concupiscence et de la mort. U. Jordan repousse Tassimilation de Murtea k Murcia, et traduit Murcia par « marécageuse », épithètetran8portée,'6uivantlui, de la vallée à la déesse.

4. Que Acca Larentia « mère des Lares » soit la grande mère, la Terre, il n'y a pas à en douter, surtout si Ton considère que, comme mère des frères Arvales, elle est identique à Dea Dia. Le symbolisme erotique de la légende d'Acca se retrouve dans les récits qui concernent Fauna, Flora, Libéra, Murcia, Libitina, etc. Volupia et Angerona (qu'on appelait aussi Diva tout court), ne sont que d'autres aspects de la même divinité. Bien q\x*Angerona fût assez inconnue des Romains à l'époque historique, les Pontifes venaient lui offrir un sacrifice le 21 décembre dans la curie Accu-

Chap. 3] HISTOIRE DU CULTE PUBLIC 483

plus loin, le champ des Morts, sanctifié par le < tombeau d'Acca » (sepulcrum Accœ) et peut-être une chapelle de Jupiter Ruminus. C'est en ce lieu que tous les ans, le 23 décembre, se célébrait la fête des Larentaliay cérémonie funèbre à laquelle le flamine de Quirinus et les Pontifes prêtaient plus tard leur cpncours. Le bourg du Cermale possédait aussi une <r maison de Romulus » (mdes Romuli), avec les traditions accoutumées sur Faustulus et son épouse Acca, parents adoptifs de Romulus^ En somme, les usages religieux de^ deux bourgades voisines offrent des analogies évidentes et reposent sur un même fonds traditionnel.

Une association survenant entre ces communautés jumelles a dû produire tout d'abord une juxtaposition des cultes et des sacerdoces. Au lieu d'un Lare, ancêtre et éponyme d'un groupe, la nouvelle cité en eut deux, Romulus et Romus ou Rémus*, qui devinrent des frères «jumeaux»'; au lieu d'une confrérie de Luperques, il y en eut deux, les Fabiani du côté du Palatin, les Quinctiliani du côté du Cermale. De même, le sacerdoce d'Hercule — dieu importé probablement par les marchands étrangers et dont le « grand autel » (ara niaxima) servait de centré au marché — fut doublé, les Potitii du Palatin et les Pinarii du Cermale en étant investis au même titre. Cependant, la bourgade du Cermale paraît avoir été subordonnée à l'autre dans une certaine mesure, car la légende voulait que Romus eût été tué par Romulus, et les Quinctilii comme les Pinarii n'avaient que le second rang par rapport à leurs émules. Peut-être même la confrérie des Arvales, fils d'Acca Larentia, resta-t-elle à l'époque en dehors du culte public. D'autre part, l'unité de l'association devait être- représentée aussi. Elle le fut par la création d'un culte fédéral qui s'adressait à Mars-Romulus, le patron ou ancêtre divin de la race latine, adoré comme Quirinus ou « dieu des curies » — c'est-à-dire des deux groupes composant la cité — et par l'institution d'un sacerdoce fédéral, le flaminat de Quirinus.

L'annexion de la tierce partie du Palatin, la Vélia, sous forme de troisième curie, paraît n'avoir pas exercé d'influence sensible sur le culte. On ne connaît, en fait de divinités appartenant en propre à la Vélia, que Vica-Pota et Mutunus-Tutunus, deux types qui ont pris place

* Th. Hommsen, Die echte und die falsche Acca Larentia (Rom. Forsch., II [1879], p. t-22). — Die liemuslegende (Herme», XVI [1881], p. 1-23).

leia. Le foyer du Cermale devait être dans ladite curie et avoir pour Vesta Acca ellemême. De là le rôle de la Vestale Rliea Silvia, mère de Romulus, et Tassociation d'Acca avec la Vestale Gaia Taracia (Gell., VII [VI], 7. Plin., XXXIV, 25).

1. Le document officiel concernant les Argces [Gerinalense quinticeps apud aedem Homuli) distingue formcUement cette demeure de Tautre. 0. Gilbert propose de la placer à S. Teodoro, qui passait naguère pour avoir été le T. de Vesta.

3. C'est ainsi que 0. Gilbert explique la dualité des œkistes de Rome. Cette explication me -parait plus naturelle que celle de Mohmsen, qui suppose le couple Romulus-Rénms inventé après l'expulsion des rois pour symboliser le consulat ou le principe de collégialité par opposition à la monarchie.

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dans le recueil des Indigitamentay mais non «dans le culte public. On en pourrait conclure que la troisième curie n'entra pas dans l'association sur le pied d'égalité et à la suite d'une entente amicale.

Le Palatin ainsi unifié forma ce que l'on peut appeler la cité des Ramnes, ou le c peuple romain des curies » (poptUus Romanus Quirites ou Quiritium) ^ La cité se bâtit une acropole {Roma quadrata) el traça au pied du mont son périmètre inauguré ou pomerium, qui avait pour centre le mundus^. Tout ce qui était en dedans du pomerium îwi considéré comme le domaine indivis des trois fractions du peuple et leur refuge commun en cas de guerre^. Tous les ans, les deux confréries de Luperques^, comme des loups tournant autour du troupeau, suivaient à tour de rôle le tracé de la ligne protectrice. Le culte fédéral de Mars, lien de la communauté, prit une importance plus grande : il est à supposer que le collège des Salions Palatins fut institué à cette époque, avec mission de sanctifier par des cérémonies guerrières les armes de la cité.

Voici comment on peut établir le calendrier religieux de la cité Palatine, à ce stade de son développement. Les fêtes se répartissaient en trois groupes, correspondant aux trois saisons des peuples agricoles : le printemps. Tété, l'hiver. Le premier et le dernier mois de l'année, mars et février, sont spécialement voués à des exercices religieux. Les fêtes tombent toujours — sauf exception — aux Jours impairs et dans la dernière moitié du mois.

En mars, les Salions mettent en mouvement les boucliers sacrés {ancilia)y symboles des douze mois de l'année. Le i9, fête de purification {Quinquatrûs)^ probablement sur la place d'armes^ : le 23, lustration

i. 0. GiLBKRT entend par curta Foriensis le bourg du Palatium, à cause du Forum Boarium qui y était inclus ; par curia Velitia, le bourg du Cermale-Vélabre ; par curia Veliay celui de la Véiia. La curia Rapta, enlevée ou conquise plus tard, serait la Subura. La curie est un groupe qui cesse d'être un tout pour se subordonner à un ensemble : c'est une « paroisse » dans une ville qui en compte plusieurs.

S. Le mundus est. un trou creusé au centre d'une urbs et consacré suivant un rite qu'on donne pour étrusque : il établissait une communication entre le monde vivant et celui des Trépassés; on levait à certains jours (^ août, 5 oct., 8 nov.)Ia pierre qui le fermait (lapis manalis) pour laisser les Mânes libres de sortir (Fest., p. 15i, s. v. Mundus. Paul., p. 128, s. v. ManaUm). Rome avait deux mundi : un ancien sur le Palatin, un plus récent sur le Comitium. Celui du Palatin s'appelait Roma quadrata (Fest., p. 258 s. v.), comme la citade^e (Varr. ap. Solin., I, 17-18. Dion., II, 6ô) de là des confusions.-

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