Cat., Re rusL
600 tA RELIGION [Part, vi
Cette énumération, si sommaire et incomplète qu'elle soit, suffit pour
donner une idée assez exacte de la religion populaire. Son horizon est
borné, et les dieux qu'elle révère, même les plus grands, sont toujours
des protecteurs et des pourvoyeurs préoccupés des besoins matériels de
}>i.: leurs clients. Elle n'a besoin ni de temples ni de prêtres : chacun offre
,^'' lui-même les sacrifices et les vœux qui lui vaudront les faveurs divines.
i^V C'est sur le même fonds d'idées que repose la religion officielle^
|fi avec cette différence que l'État, n'étant point une personne, se fait re-
-^' " présenter par ses magistrats et ses prêtres, qu'il substitue, au libre élan
de la dévotion individuelle, une étiquette réglée jusque dans le détail et ^' ' entre en relation avec les dieux par voie diplomatique. Ce qui lui ap-
1^ partient en propre, ce qui la distingue de tout autre mode d'expression
i^r du sentiment religieux, c'est précisément le personnel qui lui sert d'in-
^. termédiaire, l'ensemble de sacerdoces officiels créés ou adoptés par
f';- rÉtat et appropriés par lui à son usage.
^T' La meilleure manière d'étudier le culte officiel est donc de passer en
l^:- '■■'. revue les divers sacerdoces publics.
;^;. / La constitution religieuse de Rome n'a été ni édifiée sur un plan
^^ d'ensemble ni ramenée après coup à l'unité. Les sacerdoces ne sont
à;!, point rattachés les uns aux autres par des liens hiérarchiques, de façon
^^- à constituer un ensemble*. Ce sont comme autant de fonctions spéciales
|Çu et isolées, d'origine et d'importance très diverses, groupées autour du
pouvoir civil qui représente l'État avec mission de l'aider, de l'éclairer, mais surtout avec le devoir de lui obéir. De ces sacerdoces, les uns sont p^- individuels, les autres collectifs' : parmi ces derniers, les uns sont re-
^^ présentés par des € sodalités » ou gentes artificielles, les autres par des
Il * ■ . « collèges » proprement dits. Ce sont là des caractères extérieurs dont
b il faut nécessairement tenir compte dans une classification des sacer-
^/ . doces, car ils répondent à des différences intrinsèques, spécifiques, soit
^% dans l'origine, soit dans les attributions des divers sacerdoces.
/ . ^ L. Meroklin, Ueber die Anordnung and Eintheilung des rômischen Priesterthums
^ (Mél. deTAcad. des sciences de Saint-Pétersbourg, 1 [1853], p. 305-357).
tt.
Ni- « ■-
1. Ce serait une longue et minutieuse étude que de rechercher pourquoi tels cuites sont officiels et non populaires. L'État s'est réservé d'abord le culte de 8*on foyer, de
''j^\, ses Lares et Pénales; puis, le culte des dieux protecteurs de la cité en tant qu'associa-
0\ tion politique, comme, par exemple, la triade capitoline : enlin, il a assumé Tobliga-
^' ' tion de desservir les cultes oniciels des groupes absorbés par lui dans Tintérieur de
ij \ VurbSf comme aussi, par suite de vœux ou d*évocations, ceux de quelques villes con-
'-; quises. Voy. les formules d'évocation dans Macrobe (III, 9, 7-9) et Tite Live (V, 21).
I ^ Ces devoirs religieux ont été répartis par lui entre les divers flamincs ou corps sace^
)\ dotaux.
f i. C'est le caractère que Mercklin prend pour base de sa classification. 11 a cer-
'^^- tainement sa valeur, surtout au point de vue administratif, mais il ne suffit pas pour
^1 classer ensuite les collèges et sodalités. La règle formulée par Mercklin, à savoir que
^A les sacerdoces individuels ne s'ajoutent pas entre eux, tandis que l'on peut être à b
? fois membre de plusieurs collèges, est vraie en thèse générale, bien qu'on conn«'%isse
' ; quelques exceptions (Liv., XXIV, 7. XXIX, 1. /. H. N., 5245 = C. /. £., IX, 2847). H
y% est également rare de trouver un flamine officiel membre d'un collège officiel. Lie
[|.: cumul des sacerdoces corporatifs était, au contraire, des plus fréquents. K\
Chap. 41 CULTES POPULAIRES ET CULTES OPHCIELS 501
Le prêtre qui a reçu individuellement mission de desservir un culte déterminé, le flamine^y est pour ainsi dire l'esclave de sa tâche. Il est prêtre et sacrificateur de profession ; sa personne comme son temps appartient à la divinité ; sa vie de tous les jours est comme encombrée de pratiques et de précautions minutieuses'; enfin, si honorée que soit sa fonction, il n'est jamais qu'un subalterne au service d'une association qui lui confie ou même qui lui impose cet office assujettissant. Toute corporation peut avoir son flamine ^, et ceux de l'État n'ont sur les autres que l'avantage d'une dignité plus haute, compensé par une dépendance plus étroite. Les corporations sacerdotales sont seules autonomes : elles ont, à l'époque historique tout au moins, le droit de se recruter ellesmêmes par libre choix ou cooptation** ; elles appliquent elles-mêmes leur règlement, nomment leur président ou magister, gèrent leur budget particulier ; bref, elles ne diffèrent des corporations ou confréries privées que par le caractère officiel dont elles sont revêtues. Ce caractère lui-même se reconnaît à la valeur légale de leurs actes ou de leurs décisions, et à ce fait que les frais de leur entretien sont à la charge du Trésor public^. Parmi ces corporations, il en est qui, antérieures peutêtre S la constitution définitive de la cité, ont fidèlement conservé le type primitif des associations gentilices ou à forme gentilice : ce sont les sodalités ou confréries vouées à un culte déterminé. D'autres, créées par l'Etat comme autant de conseils spéciaux, pour fixer la tradition religieuse et éclairer l'autorité publique sur ses devoirs envers les dieux, sont plutôt des cénacles de théologiens et de jurisconsultes que des confréries religieuses. On les appelait par excellence les collèges^.
* L. Mercklin, Dit Cooptation der Romer. Mitau et Leipzig, 1848. — ^ A. GemoU, De cooptatione sacerdotum Romanorum, fierolini, 1870. — G. Bardt, Die Prtester der lier groisen Collégien ans rômisch-republikaniscker Zeit (Gymn.-Progr.). Berlin, 1871.
i. Les anciens dérivaient flamen de filum (filamen)^ sous prétexte que, le flamine devait porter constamment soit Vapex {pileus in quo état brevis virga desuper habens lana aliquid. Serv., ^n.^ Vltl, 664), soit au moins un fil autour des cheveux. Les modernes s^accordent à voir dans, le flamine le sacrificateur qui allume et souffle iflaré) le feu sur l'autel.
8. Voy. ci-après (p. 51.^51i) les usages observés par le flamen Dialis.
3. On a déjà dit que les curies avaient leurs flamines * on connaît un flamen Arva^ lis, quantité de flamines Augustales, etc.
4. La cooptation ou recrutement par libre choix est le privilège de toutes les corporations autonomes. Sans cooptation, point de collège proprement dit. On a vu plus haut (p. 117. Cf. ci-après, pp. 530-531) de quelle façon le droit eff'ectif de cooptation a été enlevé aux collèges sacerdotaux, bien qu*ii leur restât en théorie.