Gell., VII |VI], 7, 8. Plin., XVIÏI, g
8. C'est évidemment un sacerdoce archaïque, né sur le Palatin (cf. ci-dessus, p. 483), et il n*est pas aisé de dire quand ou pourquoi il a déplacé son foyer. Gomme le lucus De» Dise était sur la rive droite du Tibre, Hoffmann suppose que c'était là le sanctuaire fédéral d'une amphictyonie tusco-latine.
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nous avaient rendu quatre-vingt-seize procès-verbaux qui nous renseignent sur les faits et gestes de la confrérie depuis l'an 14 jusqu'à l'an 241 de notre ère^ Nous nous bornerons à donner un aperçu sommaire de ce qu'ils nous ont appris.
La confrérie, tombée en décadence sous la République, comme celle des Luperques, et comme elle réorganisée par Auguste, était présidée par un magister annuel, suppléé au besoin par un promagister : elle avait un flamine et un proflamine pour offrir ses sacrifices, quatre enfants de chœur pour les assister, et des subalternes (cafatores — s^ditui — servi publici) au service soit des frères pris individuellement, soit de la corporation.
Les Ârvales ont surchargé, sous l'Empire, leur calendrier de fêtes votives et d'anniversaires empruntés au culte des empereurs. Ils étaient, pour ainsi dire, de la famille des princes, comme ils avaient été jadis les € frères i^ de Romulus, et c'était là leur plus grande utilité aux yeux du pouvoir: mais leur fonction propre était de célébrer tous les ans la fête de leur patronne anonyme Dea Dia.
Cette fête tombait en mai, mais elle était «indictive», c'est-à-dire que la date en était fixée tous les ans, au mois de janvier, et elle l'était par le magister de la confrérie. Le programme en était assez chargé : elle durait quatre jours et prenait trois journées, dont les deux premières devaient être de quantième impair. Le premier jour, réunion chez le magister ou au Palatin, dans le temple des empereurs; offrande de prémices, devin, d'encens à Z>éa Z>ta ; puis banquet somptueux, et, après le dessert, distribution des sportules' et couronnes de roses aux c frères». Le surlendemain ou deuxième journée, réunion in lucoDese Dix : purification très minutieuse du bois, des chapelles, autels, instruments du culte ; toilette de la déesse, et exécution du chant des Arvales* avec danse appropriée, à la mode des Saliens^; puis, élection des digni-
*H. Klausen, De carminé fratrum i4rva/tttm. Bonnae, 1836. — Th. Bergk, Dos Lied der ArvalbrMer (Z. f. Alt., 1856, p. 129-150). — M. Bréal, Le chant des Arvales (Mém. Soc. de Linguistique, IV [1881], p. 373-381). — 6. Edon, Nouvelle étude sur le chant Lémural : les frères Arvales et V écriture cursive des Latins. Paris, 1884.
1. Ces textes, gravés sur le marbre, ont été trouvés sur remplacement du lucus Dea Dise, à 5 milles de Rome, près de la Via Campana. Les premiers ont été découverts en 1570. La publication magistrale de Marini contient 67 procès-verbaux annuels; les 29 autres ont été exhumés de 1867 à 1869 — plus un fragment de quelques lignes en 1882 — par les fouilles de l'Institut de correspondance archéologique de Rome.
2. Cette somme, destinée à payer Técot de chaque convive, était d*abord de 100 deniers (107 francs environ): elle s'abaissa plus t'ird à 25 deniers.
3. Voici le texte de ce chant archaïque : | EnoSy LaseSy juvate \ Neve lue rue (ou Ne vel verve) Marmar sins incurrere in pleores | Satur fu fereMarSy limen sali, sta berber \ Semunis altemei advocapit conctos \ Enos, Marmor, iuvato \ triumpe {C. I. L., I, n** 28, p. 9-10). Chaque vers était répété 3 fois, et triumpe 5 fois. Les érudits se sont exercés à l'envi sur ce texte : il est impossible d'indiquer ici, même sommairement, les divergences des interprétations. Une des plus imprévues est celle de G. Edon, qui y retrouve l'imprécation aux Lémures (ci-dessus, p. 460). 11 est probable que )a ligne Semunis altemei, etc., est une indication du rituel adressée au magister et ne fait pas partie du texte chanté.
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tâires de la confrérie, banquet et nouvelle distribution de sportules et couronnes. Le lendemain, troisième et dernière journée, banquet chez le magisteVy comme le premier jour, et retraite aux flambeaux.
La moindre réparation à faire aux stations et chapelles du lucuSy une simple branche à émonder dans le bois, nécessitait des expiations préalables ou consécutives analogfues aux cérémonies relatées ci-dessus. Avec ces divers sujets de délibération, les cooptations de membres nouveaux, les vœux ordinaires et extraordinaires pour la famille impériale, les Arvales parvenaient à multiplier et à occuper leurs séances, tenues le plus souvent sur le Gapitole. La confrérie ne disparut probablement qu'avec le culte national tout entier, au temps de Théodose.
III. Salii. — La première confrérie des Saliens, celle du Palatin, est une institution de même caractère et de même origine que celle des frères Arvales. Elles avaient même nombre de membres, et étaient pour ainsi dire complémentaires Tune de l'autre, celle-ci appelant sur la cité la paix et Tabondance, celle-là priant Mars de l'aider à défendre sa prospérité.
Les Saliens avaient pour lieu de réunion et dépôt de leurs objets sacrés la c curie des Saliens», où se trouvait le bâton augurai de Romulus, et probablement aussi les douze boucliers échancrés {ancilia)^ symboles des douze étapes solaires qui composent Tannée ^ Le collège du Quirinal {Salii Collini - Agonales^ Agonenses) éiaiii une copie exacte du premier : il avait aussi ses ancilia, conservés dans une sacristie (sacrarium) particulière sur la c Colline». Du reste, les deux confréries jumelles étaient organisées de la même manière. Chacune avait son président (magister), son coryphée ou premier danseur (prœsul) et son chantre (vates). Les patriciens seuls y étaient admis ', et, la règle exigeant que les récipiendaires eussent encore leur père et leur mère, on y entrait jeune. Les Saliens représentent la jeunesse armée, et leurs exercices ne sont pas faits pour des vieillards. Cependant, le règlement n'imposait pas ou n'imposait plus aux Saliens l'obligation de sortir de la confrérie à un certain âge, comme on sortait des centuries équestres;
1. La curia Sàliorum ou sacrarium Saliorum (Val. Max., I, 8, 11) doit être identique au sacrarium Martis où se trouvaient les anctiia(SERY.,^n., VII, 603. VIII, 3). Quant aux anctiûi, ils avaient la forme d'un double disque (le soleil et la lune?) avec une partie moyenne plus étroite. Anciiia dicta ab ambecisu (Varr., L. laL; VII, 43. Cf. Dion., II, 70. Plot., Numa, 13).
%. C'était la règle pour les confréries qui, comnie les Arvales et les Saliens, avaient conservé leur caractère primitif. On signale des exceptions pour les Arvales, mais il n*est pas prouvé que les plébéiens admis n'eussent pas reçu de l'empereur la qualité de patriciens. Il règne d'ailleurs une grande incertitude sur le mode de recrutement du collège. La fonction périodique des Saliens était considérée comme une corvée, imposée de préférence aux jeunes gens, et dont on dispensait ordinairement les hommes faits, surtout les magistrats (Cf. Val. Max., I, i, 9). Si les Saliens étaient chorsis par le magister ou nommés par le Grand-Pontife, comme le veut Mohmsen (Staatsrechty I', p. 25), il n'y a plus de cooptation et partant plus de sodalité.
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mais l'incompatibilité établie par l'usage tout au moins ^ faisait que de temps à autre des Salions avaient recours à l'exauguration et quittaient la confrérie.
Les Saliens étaient voués au culte de Mars, appelé Oradivus sur le Palatin, Quirinus sur la Colline. Les deux confréries collaboraient à la célébration des fêtes de leur dieu, prenant une part égale aux processions et danses armées, au chant du carmen Saliare^* et aux sacrifices qui en constituaient le cérémonial.
Ces fêtes occupaient presque tout le mois de mars. Du l"au 24 mars, les Saliens, en costume guerrier^, promenaient par toute la ville leurs chants et leurs danses, déposant à la fin de la journée les ancilia dans des reposoirs (mansiones) construits exprès et s'attablant à des banquets dont la réputation était proverbiale *. On ne connaît de leur itinéraire que quelques points isolés, la Regia^ où ils se faisaient assister par des Saliœ virgineSy chœur de jeunes filles louées pour la circonstance^, le Comitium, le Capitole, et peut-être le pont Sublicius. Tous les jours pendant lesquels les € anciles étaient en mouvement » (ancilia morenf) passaient pour € religieux » et amenaient comme une suspension des affaires profanes. Les Saliens assistent à toutes les fêtes et cérémonies du mois de mars, aux courses de chars du 14 (Equirria- Mamuralia) dans le Champ de Mars, aux Agonia ou concours de danse entre les deux confréries le 17, à la purification des boucliers (Qutnguatrus) le 19, à la purification des trompettes (tubilustriumy le 23. Après la revue du 24, passée sur le Comitium par le c roi » ((?. R, C. P.), les Saliens rapportaient leurs boucliers dans leur curie, et le culte de Mars
* E. Egaer, Laiini sermonis vettutioris reUqui» selecia (p. 72-77). Paris, 1843.— Th. Bergk, De carminum Saliorum reliquiis, (Ind. lect.). Marburg, 1847.
i. Pour prouver que le sacerdoce des Saliens était compatible, à la rigueur, avec Tâge et les dignités, il suRit de citer l'exemple d'Appius Glaudius, vir triumphalU qui Salins ad usque senecluiem fuit (Macrob., 111, 14, 14).
3. Lescarmina SaliorumyVix sacerdotibus suis satis intellecta (Qointil., 1, 6, 40), ne nous ont pas été conservés. On sait que c'était une sorte de litanie, où figuraient quantité de noms divins et où Ton faisait entrer aussi les noms des hommes que TËtat voulait particulièrement honorer (cf. Dio Gass., LI, 20. Tac, Annal,, II, 83. Capitolin., M, Anton., 21).
3. Ce costume se composait d'une tunique brodée ou rayée de pourpre, une cuirasse, le paludamentum ou manteau de guerre, un casque à pointe (apex), une épée, Vancile au bras gauche, et, dans la main droite, un bâton avec lequel les Saliens frappaient en cadence leur bouclier.
4 Fkst., p. 329, s. v. Salios.
5. Salias virgines Cincius ail esse conducticias, quse ad Salios adhibeantur, etc. (Fest., ibid.). 11 est possible que les jeunes filles aient joué le rôle de prêtresses de Nerio ou Nerine, l'épouse de Mars, qui aurait été représentée dans la Regia. Les jeunes filles portaient le même costume que les Saliens.
6. La purification avait lieu in atrio Sutorio (Varr., L. lat., VI, 14) par le ministère d'une confrérie d'ordre secondaire, les tubicines sacrorum populi Homani, qu'il ne faut pas confondre avec la corporation des tibicines et fidicines employés dans les cérémonies et sacrifices ordinaires, celle qui voulut un jour se mettre en grève et se retirer à Tibur (Liv., IX, 30).
S06 LA RELIGION |Pakt. ti
chômait jnsqa^an mois d'octobre. Le 19 octobre, pour clore Tannée miiitaire, avait lieu la parification des armes {armilusthum) sur l'ancien Champ de Mars', avec le concours des Salîens, après quoi les c armes » du dieu reposaient jasqa*au mois de mars suivant.
Comme les Arvales, auxquels on peut les comparer de tout point, les Saliens ajoutèrent au culte suranné de leur patron le culte des empereurs. Ils se montrèrent même si dévots aux Césars, qu'on les confondait presque avec les desservants du culte gouvernemental*. La confrérie existait encore au quatrième siècle de notre ère : elle atteignit probablement sans encombre le moment où tout l'ancien culte disparut pour faire place au christianisme.
IV. Sodales Titii. — En iiaiit d'anciennes confréries officielles, il ne reste plus à mentionner que celles des Sodales Titiiy dont nous ne connaissons guère que le nom. Elle passait pour avoir été instituée par le roi Tatius «pour conserver le culte des Sabins-^», et l'on sait, par Varron *, qu'elle pratiquait en effet certaines méthodes augurales que n'avait pas acceptées le collège des Augures. Elle était sur le point de disparaître quand Auguste la réorganisa et en fit une confrérie aristocratique dont il voulut lui-même être membre. Son but. Tacite le fait pressentir : la confrérie devait servir de modèle à celle des AugustaleSy qui allait faire revivre les souvenirs d'Albe (Bovilles) et ériger en dogme la filiation des Julii, descendants authentiques des Troyens.
V. Sodales Augustales *. — La confrérie officielle des Augustales, qu'il faut se garder de confondre avec les innombrables corporations d'Augustales organisées dans les municipes ^, fut instituée en Tan 14, aussitôt après la mort d'Auguste. La sodalité, composée de 21 membres pris dans l'ordre sénatorial et présidée par trois magistri, était purement et simplement substituée à la gens Julia comme dépositaire du culte gentilice des Jules, qui avaient leur sacra à Bovilles. C'est à Bovilles qu'étaient ses archives et qu'elle célébrait, une fois l'an, des jeux en l'honneur du divin Auguste. Pour les autres cérémonies et anniversaires, elle n'avait pas besoin de quitter Rome, Auguste ayant sur le Palatin un temple bâti par Tibère et dédié par Caligula. Lorsque Claude prit rang parmi les Divi à côté d'Auguste, les sodales suffirent égale-
* H. Detsau, De êodalibut et flaminibus Augwtalibus (Ephem. Epigr.. III [1877], p. Î05-217).
1. VarmiUutrium avait lieu près de rAventin (Varr., L. lat.^ VI, 22), c'est-à-dire dans le Champ de Mars de la Rome du Palatin.
2. On rencontre dans les inscriptions des Saliens décorés des surnoms de HadrianaleSf Anioniniani, etc., et, dans les glossaires, le moi Salius traduit par Upeuç Kaiaapoç,
3. Tac, Ann.f I, 54. Sur les sodalités analogues, destinées à conserver des cultes archaïques, voy. ci-après, p. 516, 2 On ne les fait pas figurer ici, parce qu'elles sont en dehors des sacerdoces romains proprement dits.
4. Sodales Titii dicti ab Tittis avibus quas in auguriis certis observare soient (Varr., L. lat., V, 85). Sur Vavis sanqtuilis, voy. ci-dessus, p. 490, 1.