LE COLLÈGE DES QUINDÉCEMVIRS S. F
Origine exotique du collège. — Les livres sibyllins.— La commission des Ifviri S., F. y transformée en collège de Xviri 5. F. (367), puis de XVviri S, F, — Revision et iieç-titution des livres sibyllins. — Consultation des livres sibyllins. — Les procurations ordonnées par les livres sibyllins. — Cultes helléniques introduits par les • livres sibyllins. — Les XVviri S^F. chefs administratifs des cultes étrangers. —' Cultes, desservis par les XVviri S. F. — Culte d'Apollon (ludi Apollinares) , — Culte do Cérès (ludi Ceriales) et des divinités souterraines (ludi Terentini ou Sseculares '— ludi Taurii), — Culte de la Grande-Mère : confréries des cannophores et dendrophores. — La légende d*£née et les livres sibyllins. - . . i ,
Le collège dont il nous reste à parler, bien que classé, à la fin de la, République et sous l'Empire, parmi les plus élevés en dignité, est unçj institution anti-nationale, imposée pour ainsi dire aux Romains par u;i^ roi qui n'était peut-être pas de leur race, une première victoire- rem-, portée par la civilisation grecque sur le patriotisme romain. . [,[
Au temps de Tarquin — soit l'Ancien, soit le Superbe — une vieille femme, mii n'était autre, d'après la légende, .que la sibylle de Cume^^^ venue d'Erythrae, vint offrir au roi un recueil de prophéties. Comme elle en brûlait une partie chaque fois que Tarquin lui opposait unrefus, celui-ci finit par acheter les trois livres restants^; il les déposa dans le temple de Jupiter Capitolin et nomma une commission de deux membres {Ilviri sacrorum ou sacris faciundis) chargés de les consulter, pour le compte de l'État exclusivement*, chaque fois que besoin serait. Cette commission était l'ébauche du collège futur. Le collège lui-mém^ fut constitué en 367 par une des lois Liciniennes, composé de cinq patriciens et de cinq plébéiens (Decemviri S. F.), pourvu, comme tous les. collèges, du droit de cooptation, et présidé par un magister^. Le nom-
* A. Bouché-Ledercq, Les interprètes des livres sibyllins (Hist. de la Divinalion^ IV, p. 286-317). Paris, 1882.
1. Dion., IV, 62. Gbll., I, 19. SERv.,-^n., VI, 71, etc. Varron (ap, Lactant., 1, 6, 10) plaçait r incident sous Tarquin TÀncien.
2. Cic, Divin., II, 54. On racontait que Tarquin avait puni de mort le duumvir Atilius pour avoir laissé prendre copie par un ^abin des livres à lui confiés (Dion., IV, 62).
3. Une commission de deux membres ne peut constituer un collège (très faciunt collegium) et ne saurait se perpétuer par cooptation. On ignore sous quel régime elle
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LA RELIGION
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bre des membres fut porté à quinze (Quindecemviri S. F.) au dernier siècle avant notre ère, probablement par Sylla, qui réorganisa les grands collèges ^ Les livres prophétiques s'accrurent aussi en âl3 des <Mirmina Marcianay retirés de la circulation par Fautorité publique*. Brûlés avec.le Capitole en 83, restitués par une commission envoyée à cet effet à Érythrœ, expurgés et transférés dans le temple d*Apollo& Palatin par Auguste, soumis à une nouvelle revision sous Tibère, ils furent brûlés vers 405 par Stilicon, qui anéantit du même coup Toracle et le collège^.
L'office propre du collège, celui d'où sont sorties toutes ses autres attributions, est de consulter, sur Tordre du Sénat, l'oracle dont il a le dépôt. Comment s'opérait cette consultation, on l'ignore : mais, de tous les systèmes proposés^, le plus simple a chance d'être le plus vrai. Il est probable qu'on ouvrait les livres au hasard, c'est-à-dire en laissant agir l'impulsion providentielle, et qu'on cherchait à saisir dans le pas* sage ainsi amené des allusions aux préoccupations du moment.
De toute manière, l'oracle devait répondre, et on ne voit pas qu'il soit jamais resté muet en pareil cas. Ces consultations étaient, da reste, assez rares Le Sénat ne les ordonnait que quand des prodiges particulièrement effrayants (tetra)^ et surtout des épidémies attribuées au courroux divin, avaient alarmé l'opinion publique^. Pour les prodiges ordinaires, on se contentait des procurations pontificales, et l'on demandait aux haruspices d'interpréter les prodiges plus singuliers qu'inquiétants.'Quant aux livres sibyllins, ce qu'on attendait d'eux, c'était moins une interprétation du prodige que les moyens d'en détourner l'effet.
Si les procurations décrétées par les interprètes des livres sibyllins étaient rares, en revanche, elles étaient longues et coûteuses*, ce qui
a vécu de 509 à 367, car on ne connaît pas de- prêtres nommés par les consuls, et le Grand-Pontife ne s'occupait que du culte national. Le nouveau collège n'eut pas de nom propre ; il garda le titre de commission : tant de membres nommés pour tel objet. On rencontre cinq magiêtri à la fois sous Auguste, alors que le collège comptait 15 membres : il se pourrait que ce tdi là une innovation. Plus tard, Fempereur est le seul magister du collège, qu*il fait administrer par un promagister.
i. Le nombre de 15, effectif normal des trois grands collèges, ne paraît pas avoir jamais été dépassé, quoi qu'en dise Servius (jEn,, VI, 73), qui parle de 60 membres. II confond les XVviri avec les haruspices.
«. Serv., i«H., VI, 70. 72.
S. RuTiL., /fin., II, 51. PRUD., Apoth,, 439. Il ne reste pas un mot authentique de ces livres. Le prétendu oracle qui en fut extrait en 56 est en prose (dans Dio Gass., XXIIX, 15), et les contemporains le regardaient comme apocryphe. A en juger par les ChanU sibyUins fabriqués à Alexandrie, la Sibylle avait l'habitude de prédire des malheurs effroyables et d'indiquer les pratiques religieuses qui pouvaient les détouj^ ner. De pareils textes le coUège a pu tirer sans trop d'effort ses procurations.
4. Sur ces procédés, voy.' HUt, de la Divination^ IV, p. 294-295.