LE COLLÈGE DES QUINDÉGEMVIRS
put bien être un motif de plus de n'y avoir pas recours à tout propos. Elles coûtèrent plus encore à la religion nationale qu'au Trésor public et à la bourse des particuliers. Sans doute, les cultes étrangers se seraient infiltrés à la longue dans une société qui empruntait volontiers à tout venant ce qu'elle jugeait utile ; mais ils n'auraient pas aisément forcé les portes de la cité officielle, si les Décemvirs ne les leur eussent ouvertes. Ainsi entrèrent les dieux helléniques, hôtes exigeants et fastueux, à qui il fallut des temples, des jeux temporaires ou permanents, des banquets, des offrandes de toute sorte : Apollon d'abord, avec sa sœur Ârtémis, qui remplaça la vieille Diana; puis Démèter et Perséphone, sous les noms romains et déjà connus de Gérés et Proserpine ; puis, Hadès ou Pluton, sous le nom de Dis Pater , Hermès sous le nom de Mercure; plus tard, Aphrodite déguisée en Vénus, et enfin Asclépios ouEsculape^ Ce n'était pas assez. Ces dieux helléniques au moins n'étaient ni grossiers ni même tout à fait étrangers : la facilité avec laquelle ils s'assimilaient de vieux types nationaux et s'affublaient de leurs noms en est une preuve. Mais, à l'exemple des Grecs eux-mêmes, les Décemvirs, durant l'affolement qui s'empara un instant des Romains après les victoires d'Hannibal, firent appel aux cultes orientaux. On vit entrer à Rome en 204 la Grande-Mère (Cybèle) sous la forme d'une pierre noire apportée de Pessinonte, et avec elle ces Galles mitres qui se tailladaient les membres au bruit des tambourins. Ceux-ci fondèrent à Rome une confrérie de prêtres mendiants, présidée par un archigalle. Le collège, qui avait le devoir de surveiller les cultes introduits par lui et même de desservir ceux qui n'avaient point de prêtres particuliers, se créa ainsi toute une compétence nouvelle, analogue à celle des Pontifes. Les Décemvirs devinrent en quelque sorte les Pontifes de la religion extra-nationale'. Ils en réglaient les rites, en nommaient les
• il
•Si
jours et plus; ces jeûnes et mortifications qui associaient les matrones aux douleurs maternelles de Gérés ^Déihèter); bref, tout Tappareil des cultes helléniques et orientaux. Us ordonnaient de plus des quêtes publiques (stipem cogère), soit pour couvrir les frais de ces cérémonies, sott pour convertir Targent en ex-voto, soit pour entretenir les desservants des cultes importés (cf. Cic, Legg., II, 16, § 40. Liv., XV, 12, IXII, 1. Màcr., I, 6, 13, etc.}. Le premier lectistemium eut lieu en 399 (Liv., V, 13); la première supplicatio à la mode grecque, dès 436 (Liv., IV, 21). Lejejunium Cereris devient un usage régulier à partir de 191 (Liv., XXXVI, 37). On voit plus tard les Pontifes employer les «supplications » pour procurer les prodiges (Liv., XXYII, 37), ce qui ferait croire qu*il y avait aussi des cérémonies analogues dans le rite romain. A la fin de la République, on se sert des supplications pour suspendre la vie politique, et on les pousse jusqu'à 50 jours! (Gic, Pfiil., XIV, 14).
1. Il est impossible de donner ici les dates et autres détails. Les importations grecques se continuent durant deux siècles. Le premier temple d'Apollon fut < voué » en 433, et celui d'Esculape en 293. Hercule, Salus (Hygie), inventas (Hébé), Flore, furent également transformés par Tinflux hellénique.
9. Ils portent le titre de Pontificts dans un SC. du temps d*Aurélien (Yopisc, Aurel., 19-20), soit abusivement, soit par suite d*une assimilation voulue avec le collège pontifical. Je n'oserais plus soutenir comme autrefois (Les Pontifes de Vancienne Rome, p. 390-394) qu'il y a eu fusion effective entre les deux collèges, du règne d'Alexandre Sévère à celui de Dioclétien*
548 LA RELIGION [Part, vi
prêtres S et tranchaient toutes les questions administratives qui naissaient à ce propos. Ils étaient eux-mêmes les prêtres d'Apollon', et se chargeaient ordinairement d'offrir les sacrifices extraordinaires décrétés par eux en l'honneur de divinités étrangères, à Rome et hors de Rome^.
Dégagées de tout ce qui est accidentel et temporaire, les fonctions sacerdotales des Quindécemvirs peuvent être comprises sous trois chefs principaux : culte d'Apollon; culte de Cérès-Proserpine-Z>t« PaUr (ce dernier type résumant Pluton et le Dionysos Chthonien) ; culte de la Grande-Mère.
Au culte d'Apollon appartiennent les ludi ApollinareSy voués pour la première fois en 21!2, célébrés annuellement à date fixe depuis 208, sous la présidence du préteur urbain. Les Décemvirs y offraient un sacrifice de rite grec.
Gérés avait les ludi CeriaUs, dont l'institution remonte aux premières années de la République (496), présidés par les édiles curules jusqu'en 44, par les édiles cériales depuis. La triade dont Gérés est le personnage principal, associée à Apollon, c'est-à-dire les dieux qui symbolisent l'éternelle succession de la vie et de la mort, des ténèbres et de la lumière, recevaient de siècle en siècle, sur l'ordre des Décemvirs, un ample surcroit de sacrifices et d'hommages^. L'origine desjetAX Sécu^ laires est assez obscure : ils sont faits d'usages étrusques et de rites grecs associés par les scrupules romains. Suivant les devins toscans, un siècle («d^cufum-VjXixCa) était le laps de temps vécu par une génération, et la durée variable en était indiquée par des prodiges exceptionnels qui marquaient le passage d'un siècle à l'autre*. Les Décemvirs, chargés de procurer les prodiges exceptionnels, eurent naturellement la direction des sacrifices et jeux célébrés aux échéances séculaires, quand on s'aperçut que ces € jubilés ]», d'abord solennisés par le culte
* L. Roth, Ueber die rômischen SàcularspUle (Rhcin. Mus., VIII [1853], p. 365-376).
— 6. F Schômann, De Romanorum anno saeculari (Opûsc. Academ., I, p. 50-60).
— A. Hommsen, Die Saecula der Etrusker (Rhein. Mus., \n 11857J, p. 539-550).
— Th. Mommien, Die Saecula (in Rom. Chronologie, p. 172-19<i).
1. Ils nomment, par exemple, les prêtres de la Grande-Mère dans toute Fltalie et leur donnent l'investiture sacerdotale par le collier (occabus) et la couronne (corona). Aussi ces prêtres sont dits sacerdotes quindecemvirales (/. R. xV., 2558, etc.). Il en va de même pour les prôtresses de Cérès (Henzen, 5718) et probablement pour ceux de Bellone, d'£sculape, etc. Les collèges des dendrophores sont aussi sub cura XVvir. 5. F. (/. R. N.y 12559).
2. Liv., X, 8. Plut., Cat. mtn., ^. C. /. G., 6012'. Les Xviri 5- F, ont, comme insignes de leur sacerdoce, la couronne de laurier, le trépied et le dauphin.