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556 LA RELIGION IPart. vi

dans l'empire romain* : il signifiait attachement au grand corps dont le prince était la tête, foi en la primauté de Rome et l'éternité de son œnVre, subordination du patriotisme local au sentiment de solidarité que développait de jour en jour parmi les peuples l'habitude d'obéir aux mêmes maîtres. Encouragé par le pouvoir, qui traitait volontiers les tièdes en suspects^, il tendait à devenir la religion universelle du monde civilisé, religion tout extérieure, si l'on veut, mais partout présente, attirant à elle les hommages des € conciles provinciaux », des muai— cipes, pénétrant enfin par la propagande active des sociétés d'Augustaies jusque dans les couches profondes de 1^ société, où elle devint autre chose qu'un programme de cérémonies ponctuellement exécutées.

Le culte provincial**, le plus solennel et aussi le plus stérile au point de vue religieux, fut sans doute celui auquel le pouvoir central slntéressait davantage et le premier qui reçut une organisation régulière. Dès l'an 15 de notre ère, l'Espagne Tarraconaise et la Narbonaise^ quatre ans plus tard, la province d'Asie, prirent l'habitude détenir chaque année une assemblée provinciale (concilium-xonéy) analogue aux anciennes panégyries grecques, pour fêter le couple divinisé d'Auguste et Rome. Ces réunions — convoquées soit au chef-lieu, soit dans une autre ville possédant un temple d'Auguste — permettaient par surcroît aux délégués des différentes villes (/^(/a^t-cnjvEdpoi-xoivoôouXoi) de se concerter, de mettre en commun leurs doléances et de les faire parvenir directement à l'empereur, qui voyait là un moyen commode de contrôler la gestion de ses fonctionnaires'. Peu à peu, ce système de réunions annuelles fut régularisé et étendu à toutes les provinces, qui se trouvaient ainsi pourvues, grâce à la religion impériale, d'un privilège refusé à l'Italie ^.

Les diètes provinciales n'oubliaient pas que le culte des empereurs était leur raison d'être, et elles s'occupaient avant tout de le doter en

* E. Deijardins, Le culte des Divi et le culte de Rome et d'Auguste (Rev. de Philologie, III [18791, p. 33-63). — V. Dumy, Formation d*une religion officielle dans CEmpire romain (G. R. de TAcad. des se. mor., XIV 11880], p. 328-347).

** Kranse, Nccoxôpo;. Lips., 1844. — G. Menn Cci-dessus, p. 201). — J. Manniardt, (ci-dessus, p. 201). — G. Fallu de Lessert, Les assemblées provinciales et le culte provincial dans l'Afrique romaine (Bull, des Anliq. africaines, 1884, p. 1-67. 321- 344).

i. Objecta publiée Cyiicenis incuria cserimoniamm divi Augusti.,. et amisere libertatem (Tac, Ann., IV, 36). Cf. Dio Cass., LVI, 46.

2. Il existe un certain nombre de resr.rits impériaux adressés directement aux assemblées provinciales (Dig.. XLVH, 14, 1. XLVIII, 6, 5, § 1. XLIX, 1, 1, etc.) : on en peut conclure que les pétitions auxquelles ils répondent étaient parvenues à la chancellerie impériale sans passer par les bureaux du gouverneur, qui autrement aurait pu arrêter les plaintes le concernant (Plin., Epist., 111, 4, 2). Il y a cependant des exemples de pétitions autorisées par le gouverneur (Phil. Jud., In Place, y 12. Leg. ad Caium, 32. Joseph., Anl. Jud,, XX, 1, 1). Cf. ci-dessus, p. 201-202.

3. Les ennemis du régime impérial à Rome se plaignent de la nova provincialium superbia (Tac, Ann,y XV, 20-21).

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