Liv., IV
3. Un incident montre bien jusqu*oii allait en cos matières l'autorité du Sénat. Le eonsul Lutatius Gerco ayant voulut en ^il consulter l'oracle de la Fortune de Préncsle, Je Sénat le lui interdit formellement (Nepotian., I, 3, 'i).
Chap. i, § 3] LE SÉNAT 407
considère cette fonction comme la partie la plus importante des attributions du Sénats
En principe, le Trésor public et le domaine de l'État sont à la disposition du chef de l'État, roi ou consul. Les consuls avaient comme auxiliaires et agents comptables les questeurs. L'institution de la censure en 4i3 les déchargea du soin de gérer les propriétés de l'État, tout en leur laissant la faculté de lever l'impôt de guerre {imperare tributum) et de puiser dans Vœrariumj par Tintermédiaire des questeurs, .quand ils étaient présents à Rome. Les censeurs pouvaient bien dresser le budget des recettes, passer des baux et contrats et prévoir certaines dépenses, comme celles exigées par la construction ou la réfection des bâtiments, aqueducs, routes et autres ouvrages d'utilité publique, mais ils ne restaient que peu de temps en fonctions; il s'écoulait des années entre leur abdication et l'entrée en charge de leurs successeurs, et l'effet des dispositions prises par eux ne s'étendait pas au-delà d'un € lustre >. Le Sénat était le recours permanent de tous les fonctionnaires qui avaient à manier des fonds publics, le juge naturel de toutes les questions intéressant les fmances de l'État. Il est inutile de dénombrer toutes les occasions qu'avait le Sénat d'intervenir; on peut dire qu'en règle générale, aucun crédit n'était ouvert, aucune taxe levée sans ordre du Sénat. Les lois agraires, qui ordonnaient des aliénations de terres domaniales, les lois fru'mentaires et quelques plébiscites concernant les douanes et octrois (portoria), sont les seuls empiétements que le peuple se soit permis sur la compétence économique du Sénat.
3"" Du reste, la gestion des finances se trouvait en rapport étroit avec l'administration des provinces et la politique extérieure, qui étaient placées sous la direction à peu près exclusive du Sénat. Chaque année, le Sénat répartissait les provinces entre les magistrats et promagistrats; il assignait à chacune d'elles sa dotation (omare provinciam) en hommes, en argent, en prestations et fournitures. Les statuts provinciaux, la condition des villes libres ou fédérées, leur degré d'autonomie, tout cela avait été réglé par des sénatusconsultes que les gouverneurs étaient tenus d'observer.
Nous touchons ici à la politique extérieure, aux rapports de l'Étal romain avec ses sujets, ses amis et ses ennemis. C'est le Sénat qui, des siècles durant, a dirigé avec une habileté incomparable l'œuvre de conquête et d'assimilation à laquelle Rome doit sa gloire. Il recevait les ambassadeurs, écoutait les griefs, pesait les prétentions, tranchait les différends, nouait et rompait les négociations diplomatiques, ne consultant le peuple que dans les grandes occasions, au moment opportun, et usant en toute liberté du droit de faire la guerre ou la paix, droit qui appartenait théoriquement aux comices populaires.