‹ Manuel des maladies des femmes [microforme]Chapitre 25 sur 62 · IS · texte numérisé non relu

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POLYPES FIRBREUX. 119

Voici une forme de polype tout à fait remarquable. Tel que vous le voyez, il était attaché à l'utérus par un double pédicule. La malade qui le portait fut admise à l'hôpital pour cause de menstruation excessive. À l'examen vaginal on découvrit une vaste tumeur, dure et faisant projection dans le vagin à travers l'orifice utérin. A la partie antérieure et surtout du côté droit, on pouvait suivre cette tumeur jusqu’à l’orifice externe dont la lèvre antérieure se continuait avec elle ; elle présentait l'apparence d’un polype sessile, émergeant du bord de l’orifice utérin et du segment inférieur du canal cervical. En passant le doigt à la face postérieure du polype et en le portant aussi haut que possible, on ne pouvait pas atteindre la partie supérieure de son point d'attache. La sonde pénétrait à trois pouces plus loin que le doigt ne pouvait aller dans cette direction.

Après avoir anesthésié la malade, j'attirai en bas la tumeur au moyen d’une pince-érigne et après quelque difficulté je réussis à passer au-dessous de la face postérieure du polype un fil d'acier attaché à un long écraseur. Le fil cassa avant que la constriction fût bien avancée, ce qui démontrait l'extrême densité et l'épaisseur du pédicule. Je passai de la même manière autour de la tumeur un autre fil d'acier très fort, mais sans plus de succès : le fil céda de nouveau; une troisième tentative avec une forte corde de piano eut pour résultat de briser l'écraseur. N'ayant pu réussir avec l'écraseur, je résolus d’exciser la tumeur, si c'était possible, avec une paire de ciseaux courbes. L’extrême densité du tissu occasionna beaucoup de difficulté, et après une perte de temps considérable, je parvins à couper la partie qui se trouvait attachée à la lèvre antérieure, Mon désappointement fut grand lorsque, ceci fait, je constatai que je n'avais pas atteint le véritable pédicule et que la tumeur s’implantait beau-

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coup plus haut. La section du pédicule antérieur me donnait alors plus d'espace, j'attirai la tumeur aussi bas que possible avec la pince-érigne et je complétai l'opération, qui fut faite à l'aide des ciseaux et du bistouri, Il s’ensuivit une hémorrhagie considérable, dont je ne pus venir à bout en appliquant îe cautère actuel, et je dus porter dans l’orifice une mèche de coton saturée de perchlorure de fer et de glycérine, puis tamponner le vagin avec de la charpie. Quelques heures après survint un vomissement violent et incessant. Je l'attribuai à l'irritation causée par le tampon, je l’enlevai et le vomissement cessa. Il ne survint pas d'autre symptôme défavorable et la malade se rétablit promptement et complètement.

L'examen de la tumeur démontra que c'était un polype fibreux. Il pesait 250 grammes et sa plus grande circonférence mesurait 19 centimètres; celle du véritable pédicule était d’au moins 10 centimètres. Ce qu'il y a de plus remarquable à noter dans cette observation, c'est que le polype avait deux pédicules. Il semblerait que la tumeur se soit complètement repliée sur ellemême et que son extrémité libre se soit intimement réunie au côté droit de l'orifice utérin de ma-

Fie, 19. nière à constituer avec le col Tumeur fibreuse un tout uniforme. C'est ce que avec double attache. représente la figure 19. Je présume que cette réunion a été provoquée par quelque poussée inflammatoire survenue au moment où l'extrémité libre du polype arrivait à l'orifice utérin ; mais la tumeur

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ayant continué à se développer et sa descente se trouvant arrêtée par cette réunion accidentelle de son extrémité libre avec la lèvre antérieure, la partie centrale fut forcée de descendre et devint ainsi la partie libre et pendante. La longueur du polype dans l'utérus même mesurait 13 centimètres depuis le pédicule jusqu'à la pointe; enlevée et déplite, elle mesurait 18 centimètres.

L'état d'anémie chez cette femme était prononcé, l'action du cœur extrêmement faible; c'est ce qui m'engagea à choisir l’éther comme anesthésique ; le résultat fut satisfaisant, il n’y eut pas de période d’excitation et d'agitation, ni de vomissement, Le pouls s’est maintenu pendant toute l'opération, qui a duré près d’une heure et quart, sans qu'on fût obligé de discontinuer l’éther. Le vomissement qu'elle eut ensuite, et dont j'ai donné la cause ne peut être mis sur le compte de l’anesthésique,

Outre les deux variétés de polypes dont je viens de parler, et qui sont certainernent développés aux dépens de quelque partie de la substance utérine, il en est deux autres admises par les pathologistes et que je dois mentionner: L'une, comprenant les polypes fibrineuæ, est regardée par quelques auteurs comme étant le résultat d'un avortement: « Après que l'embryon a été expulsé, ce qui reste de l'œuf forme avec le sang extravasé la base d'un polype fibrineux », d’autres prétendent que «ces tumeurs sont le produit de caillots de sang menstruel retenus, métamorphoséset devenus adhérents », La seconde variété de polypes serait constitue par des restes de placenta qui auraient la proprieté de donner naissance à des polypes utérins; cette opinion a surtout été sontenue par le Dr Stadfedt (de Copenhague). C’est dans son travail, traduit par feu le D' W. de Moore dans le Dublin Quarterly Journal, novembre 1863, que j'ai puiséles citations que j'ai faites plus haut, et je le recommande à

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ceux qui voudraient acquérir des connaissances plus étendues sur ce sujet. Le D' Stadfeldt ne croit pas que les débris insignifiants de placenta, qui restent presque toujours dans la matrice après l'accouchement et plus tard sont expulsés avec les lochies, soient capables, s’ils sont retenus, de donner naissance aux « polypes placentlaires »; il est d'avis « qu'il faut que ces parties de placenta aient au moins la grosseur d’un œuf d'oie, qu’elles renferment un ou deux cotylédons », et qu’elles soient fortement attachées à la paroi utérine.

Malgré l'argumentation habile du D' Stadfeldt, je ne pense pas que son opinion soit suffisamment corroborée par les faits sur lesquels il s'appuie, et qui se réduisent à ceci : il cite quatre cas où il fut trouvé, après la mort, de larges portions de placenta adhérentes à l'utérus,chez des femmes qui étaient accouchées récemment. Le plus long intervalle écoulé entre la délivrance et la mort ne dépassait pas quatre semaines; dans les autres observations ce laps de. temps n’est que de quelques jours. Il n'est pas d’accoucheur qui n’ait rencontré des cas semblables.

Chez la femme dont je vous ai parlé à la fin de ma dernière lecon, j'enlevai une portion de placenta qui avait été retenue dans la matrice pendant, au moins, dix semaines après l'accouchement ; il n’y a pas de doute que pendant ce temps les adhérences qui la retenaient attachée à la paroi utérine ont été graduellement détruites, mais que c'est par la traction que j’exerçai qu’elles furent complètement brisées. Ce qui rend très probable l'adhérence à l'utérus, c’est que la partie que j'enlevai ne présentait aucun signe de décomposition ; cependant, il y a loin de la persistance de la vitalité dans une partie de placenta restée aühérente à l'utérus à la possibilité de sa transformation en polype.

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