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L'ergot employé de cette manière a pour effet, suivant lui, dans presque tous les cas, de régulariser la menstruation, de la rendre moins abondante et surtout moins douloureuse, Comme le remarque le D' Hildebrandt, il est vrai qu'il est difficile de s'expliquer au juste comment agit l’ergot; mais, ajoute-t-il, par suite des contractions que provoque cet agent sur les vaisseaux nourriciers de la tumeur et par suite de la compression uniforme qu’exercent de tous côtés ces mêmes contractions des parois utérines, il est probable que la nutrition de la tumeur se trouve entravée et qu'avec le temps la dégénérescence graisseuse et la résorption en sont les conséquences.
Il est probable aussi que ce traitement réussira mieux pour les fibroïdes interstitiels que pour les tumeurs fibreuses sous-péritonéales.
Voici la formule dont se sert le D'Hildebrandt: Extrait aqueuæ d’ergot (P. B.), 3 parties ; glycérine, T parties; eau distillée, 1 parties.
D'après lui, cette solution est préférable à la solution alcoolique, parce qu’elle occasionne moins de douleur, et qu'à la suite de son emploi on observe rarement la formation d'abcès. Il recommande de faire l'injection à la partie inférieure de l’abdomen, entre l’ombilic et le pubis, et dit qu'après l'opération on peut permettre à la malade de retourner à pied chez elle.
Il n'y a pas à douter que la solution aqueuse ne soit moins propre que la solution alcoolique à faire naître des complications regrettables,
Je me suis servi d’abord de la formule du Dr Hilde« brandt et j'ai injecté chaque fois de 15 à 25 centigrammes de l'extrait liquide d'ergot. Encouragé par l'expérience de mon confrère, j'injectai, comme vous vous le rappelez, à peu près 15 centigrammes d'extrait liquide d’ergot sous la peau de l'abdomen, chez deux de nos malades, il y a
quelques jours, et je leur permis de marcher pour se rendre chez elles. Toutes deux ont beaucoup souffert : l’une dut rester au lit pendant trois jours à cause de l’intensité de ses douleurs et de l’inflammation considérable qui s’est développée. Je vous recommande donc de ne pas prescrire d'injection hypodermique d’ergot si votre malade ne peut garder le repos.
Je n'hésite pas à dire que l’addition de la giycerine est des plus inutiles. Depuis que j’ai cessé de l’employer dans la solution je n’ai remarqué aucun accident fàcheux.
J’ai fait un essai complet et consciencieux, tant à l’hôpital que dans ma cientèle privée, de l'injection hypodermique d’ergot, et après l'exposé des observations suivantes, vous déciderez par vous-mêmes ce que l’on peut attendre de ce mode de traitement appliqué aux fibroïdes. Leur nombre n’est sans doute pas suffisant pour permettre de conclure d’une manière absolue, mais je crois qu'ils établissent deux faits :
1° Que l'injection hypodermique d'ergot est très effcace pour diminuer l’hémorrhagie que provoque la présence d'une tumeur fibreuse ;
2° Que ce traitement présente des inconvénients graves, J'ai eu, tôt ou tard, des abcès très ennuyeux chez trois de mes malades ; chez deux d’entre elles, il s’en est suivi des troubles corstitutionnels sérieux, et chez une quatrième je fus forcé, à cause de la douleur excessive qu’il occasionnait, d'interrompre le traitement,
On doit noter particulièrement qu'après avoir renoncé à l'addition de la glycerine je n’ai pas vu d’abcès ni de plaie survenir après l'injection.
O8s. I. — M" H..., 41 ans, était affectée d'unemenstruation très abondante; les règles s'annonçaient invariablement par des douleurs si pénibles que longtemps avant
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Le cas me semblait être tout indiqué pour l'essai des injections hypodermiques d’ergot; je commençai le traitement en me servant de l'extrait liquide d'ergot (P.B.), dans la proportion de 3 parties d'extrait, pour 7 de glycérine et 7 d'eau, formule du professeur Hildebrandt. 20 gouttes, ou 1 gr. 15 de cette solution, contenant à peu près 15 centigrammes d’ergot, furent injectées pour la première fois le 1° novembre au moment des règles, qui étaient très abondantes.
L'écoulement se trouva considérablement diminué au bout de trois heures, mais la douleur fut si forte que je n'osai renouveler l'injection pendant plusieurs jours; je* dois ajouter que l’hémorrhagie avait cessé complètement le second jour après l'injection, qui fut faite, cette fois comme les autres, en arrière du grand trochanter. L’'aiguille fut plongée dans la substance du muscle glutœus; de chaque côté alternativement, à la profondeur de
2 millimètres; mon expérience antérieure m'avait démontré l'exactitude de l'observation faite par le Dr Keating dans l'American Journal ofmedical science, que la tendance à l'inflammation consécutive à l'injection ergotée était considérablement diminuée si l'aiguille traversait le tissu cellulaire et pénétrait jusqu'à la substance musculaire.
La seconde injection fut faite le 4 novembre, la troisième le 16, Depuis cette date on les répéta tous les deux ou trois jours, et uné ou deux fois deux jours de suite, suivant l'intensité et la durée de la douleur produite par
l'opération ; 15 injections en tout furent pratiquées, Il se forma au siège des deux dernières injections deux abcès qui devinrent si douloureux et si difficiles à traiter, que l'on dut interrompre le traitement pendant trois semaines.
Les effets constatés jusqu'alors étaient les suivants : 1° douleur très forte et longtemps prolongée à la suite de chaque injection. La durée de la douleur varie de cinq à douze heures, après ce temps elle disparaît graduellement, laissant la malade épuisée. Tant que durait la douleur, absence de sommeil, Hormis deux fois, je fus obligé de laisser un intervalle de quarante-huit heures au moins entre chaque injection. 2° La durée des règles, qui était de quatorze jours au moment de l'admission à l'hôpital, fut, après l'administration sous-cutanée de l’ergot, réduite à quatre jours à leur premier retour, réduite à deux jours à leur seconde apparition, puis ensuite à un seul jour. 3 Il n’y eut pas de douleur pendant les règles, tandis qu’autrefois, la souffrance était très intense chaque mois. Dois-je ajouter que les deux dernières injections ne furent pas faites suivant cette règle que j'ai prescrite : « que l'aiguille doit pénétrer profondément dans la substance musculaire », car pendant mon absence on fit une injection au-dessus de la tête du fémur et une autre près de la crête iliaque.
Le traitement des abcès et des plaies qui survinrent interrompit les injections ergotées jusqu'au 5 janvier 1874. Lorsque je les repris, je résolus d'employer une autre préparation d'ergot et je me procurai l’ergotine pure de Wigger. Cette préparation, au lieu d'être liquide, est une substance granulaire, très insoluble. J'injectai 12 centigrammes le 5 janvier, deux jours après l'apparition des règles ; l'écoulement se prolongea quatre jours sans douleurs et je crus voir dans cet état satisfaisant un effet
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Je me décidai à essayer l’ergotine Bonjean, liquide épais qui se mélange facilement avec l’eau. J'en injectai 20 centigrammes dissous dans 1 gramme d’eau. Il y eut de la douleur, moindre toutefois que celle causée par la préparation anglaise. Depuis cette date, les injections furent continuées régulièrement tous les deux jours à la dose de 20 centigrammes d’ergotine.
11 mars. Apparition des règles, après vingt-quatre jours d'intervalle, et douleur intense qui ne fut adoucie que par les injections hypodermiques de morphine. L'écoulement cessa le septième jour. Je crois l'ergotine de Bonjean moins efficace que la préparation anglaise ; d’un autre côté elle est bien moins irritante.
Peu de temps après, la malade fut obligée de retourner chez elle dans une partie très reculée de l'Irlande et il m'a été impossible de m'informer de son état actuel.
Ogs. II. — Cette observation n’a pas grande valeur pratique, mais elle montre combien il est difficile de traiter les tumeurs fibreuses au moyen des injections hypodermiques d’ergot.
A. M..., âgée de 25 ans, est une femme d'aspect maladif, mariée depuis six mois, et qui s'est présentée à l'hôpital Adélaïde en se plaignant d’être depuis quelque temps affectée d’une hémorrhagie abondante et presque
continuelle qui l’épuise. Son apparence extérieure con-
firmait pleinement son dire : elle était manifestement anémiée et d’une santé misérable, On diagnostiqua à l’examen une tumeur fibreuse interstitielle considérable. Je commençai le traitement en injectant 20 centigrammes d'ergotine Bonjean, dissous dans 75 centigrammes d’eau. La cinquième injection fut suivie d’un abcès très douloureux et qui occasionna de nombreux troubles, Aussitôt cet abcès guéri, la malade quitta l'hôpital, ne voulant à aucun prix continuer les injections. Son état de maigreur et le délabrement complet de sa santé ont été cause, évidemment, dela rapidité avec laquelle les abcès se sont développés chez elle,
Os. IIT. — Après une période menstruelle, très abondarte, une femme non mariée, âgée de 48 ans, vint réclamer mes soins en février 1874, Elle me dit que huit ans avant elle avait découvert qu’elle portait dans l’abdomen une tumeur, qui avait atteint graduellement le volume auquel elle était parvenue. La menstruation, abondante depuis des années, l'était beaucoup plus encore depuis deux ans; il y avait eu plusieurs hémorrhagies dans les intervalles, jamais assez fortes néanmoins, à part les dernières, pour alarmer la malade. Elle avait toujours traîné une vie languissante et était atteinte d’une affection du cœur très avancée. La dimension de la tumeur était considérable, car elle atteignait presque l'ombilie. La sonde pénétrait à 12 centimètres de profondeur. On diagnostiqua une tumeur fibreuse, Lorsque je vis cette femme pour la première fois, le danger était imminent. La perte de sang l'avait réduite à une faiblesse si grande qu’elle était dans un état de syncope presque continuel ; le pouls était petit, faible, intermittent. Le traitement améliora graduellement son état, mais convaincu que j'étais qu’une nouvelle hémorrhagie
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abondante pourrait être fatale, je me décidai à pratiquer les injections hypodermiques d’ergot. J'avais toutefois beaucoup hésité, car mon expérience m'avertissait que l'extrême débilité de la malade rendrait redoutable la formation des abcès auxquels elle ne se trouvait que trop prédisposée.
Je devrais ajouter qu'à ce moment l'intervalle entre les périodes menstruelles n’était que de quatorze jours, et que même pendant ces intervalles elle perdait presque continuellement un peu en rougé.
La première injection , contenant 10 centigrammes d’ergotine Bonjean, préparée d’après la formule indiquée dans l'observation précédente, fut faite le 20 février. On introduisit l’aiguille en arrière du grand trochanter à la profondeur de 2 centimètres 1/2 au moins. Les injections furent continuées assez régulièrement tous les deux jours, depuis cette époque jusqu’au 20 mars ; elles furent quelquefois interrompues lorsque l'extrême débilité de la malade et l’irrégularité inquiétante du cœur semblaient la mettre hors d'état de supporter la douleur la plus légère. Les injections d'ergotine furent portées chaque fois à 25 centigrammes. L’hémorrhagie reprit le 20 mars et fut tellement abondante que je dus tamponner le vagin ; toutefois l'intervalle s'était légèrement accru.
Trois semaines plus tard je repris les injections. Sous leur influence on put constater, après quelques jours, une amélioration: l'écoulement sanguinolent qui avait été presque continuel, cessa ; l'intervalle avait encore augmenté, l'écoulement ne s'étant manifesté que le 8 mai, ce qui faisait plus d'un mois de répit.
Le 10 mai la perte fut considérable, mais la période ne dura que cinq jours. Jusque-là j'étais très satisfait du résultat lorsque la dernière injection fut suivie d’inflammation à l'endroit où elle avait été pratiquée; après beau-
coup de souffrances il se forma un abcès dont l'ouverture, pratiquée à temps,ne put empêcher l'établissement d'une plaie fistuleuse, quine guérit que très lentement. Le traitement fut nécessairement suspendu.
Le 22 mai la malade prit froid et eut une attaque de fièvre rhumatismale. Cette dernière én ‘ruve épuisa considérablement ses forces et peu de temps après elle mourait presque subitement en présentant les symptômes ordinaires à la fo:aation d'un caillot dans l'artère pulmonaire.
Il n’y à pas de doute que l’ergotine de Bonjean produisit dans ce cas beaucoup de bien. L'écoulement sanguin ininterrompu, qui datait de si loin, avait disparu; l'intervalle qui séparait chaque période avait été reculé de 14 à 24 jours et la dernière avait diminué comme importance; malheureusement, en dépit de toutes les précautions possibles, il s'était formé un abcès,
Devant les résultats obtenus jusqu'alors je fus pris de découragement et je renonçai pendant quelque temps au traitement des fibroïdes par les injections hypodermiques d’ergot. Plus tard, le D' Hildebrandt publia ses observations sur ce sujet et le succès continu qu'il annoncait m'engagea à tenter un nouvel essai, Je mis de côté la glycérine qui faisait partie de la solution et j'employai l'extrait aqueux d'ergot (P. B.), dissous simplement dans l’eau; depuis lors je n’eus plus à déplorer une seule fois la formation des abcès et de ces plaies qui avaient été dans mes observations précédentes une source de douleur et de souffrances pour mes malades. Voici en quelques mots l'observation de l’un des derniers cas que j'ai traités :
Os. IV. — Mme ***, veuve, 38 ans aiseu d'enfants , souffrait d’un fibroïde | idéra-
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ble ; elle accusait une sensation de pesanteur, ses règles étaient prolongées, mais peu abondantes, et dans l'intervalle se montrait un écoulement qui durait deux ou trois jours. Je lui injectai trois fois par semaine, pendant quinze semaines, 25 centigrammes d'extrait d'ergot dans 50 centigrammes d’eau, avec le résultat suivant : suppression totale de l'écoulement sanguin inter-menstruel; période menstruelle diminuée de trente-six heures à peu près; après l'injection aucune douleur dans la tumeur, ni au siège de l'injection, qui fut pratiquée en arrière du trochanter, de chaque côté alternativement.
Os, V.— M. G..., âgée de 48 ans, fille, admise le G janvier, était dans un état de faiblesse extrême par suite d'hémorrhagie utérinelongtemps prolongée. Elle était pâle et exsangue ; elle portait un énorme fibroïde interstitiel de consistance très résistante qu'on percevait facilement à travers les parois abdominales. Cette tumeur remontait à 3 centimètres de l’ombilie et plongeait profondément dans le bassin, La menstruation durait à peu près quatorze jours, mais on peut dire que pendant la dernière année elle avait perdu presque continuellement en rouge, Ses souffrances étaient aussi continuelles.
14 janvier. Injection dans la substance même du muscle de 25 centigrammes d'extrait liquide d’ergot dans 50 centigrammes d’eau; injection renouvelée le 19 et le 20 janvier. A la suite et pendant une heure, douleur dans la tumeur,
On continue ainsi tous les deux jours et la malade accuse, immédiatement après l'injection, de fortes douleurs qui se prolongent pendant cinq à six heures, Peu de douleur et de sensibilité au siège de l'injection qui était faite dans le muscle même, de chaque côté alternativement, l'aiguille étant toujours enfoncée à la profondeur
de 2 centimètres 1/2, au moins. Les règles commencent le 22 janvier et durent jusqu'au 28.
7 février. Forte douleur dans le dos et l'estomac, suivie de vomissements et qui est soulagée par l'injection sous-cutanée de morphine. L'administration de l’ergot est suspendue,
Le 9. On reprend les injections ergotées.
13 mars. Drpuis le 9 février, les injections ont été pratiquées régulièrement tous les deux jours; la malade se plaint actuellement de vives douleurs qui surviennent dans la région rectale après la défécation. Règles le 18, après un intervalle de trois semaines ; la malade est plus forte et si ce n'étaient les douleurs qui sont grandes, elle serait décidément mieux.
On prescrit 25 centigrammes d'iodoforme en suppositoire, tous les soirs, et tous les jours une injection contenant 35 centigrammes d'extrait d’'ergot dans un poids égal d'eau.
Le 18. Le suppositoire d’iodoforme a beaucoup soulagé les douleurs rectales et les douleurs ressenties dans la tumeur; il agit aussi bien que le suppositoire de morphine sans occasionner de malaise.
3 avril, Menstruution parue le 1° a duré deux jours seulement; la tumeur paraît plus petite.
21 mai. Les règles viennent de finir, elles ont duré quatre jours. Douleur incessante et très fatigante, quelquefois très aiguë et réclamant des injections souscutanées de morphine répétées ; plus d’appétit; la malade est confinée au lit par ses souffrances,
Les injections ergotées ont été pratiquées continuellement pendart plus de quatre mois et dépassent le nombre de soixante, mais si l'hémorrhagie a été enrayée, l’état de ma malade ne s’est aucunement modifié et j'ai cru devoir renoncer au traitement. La conséquence en a été
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