‹ Manuel des maladies des femmes [microforme]Chapitre 36 sur 62 · LM · texte numérisé non relu

LM

LEÇON X

Inflammation chronique du col utérin. — Induration du col. — Traitement. — Potasse caustique. — Déplétion locale, — Endométrite. — Endocervicite.

Inflammation chronique du col. —- Dans ma dernière leçon, je vous ai donné un aperçu du diagnostic et du traitement des formes les plus aiguës de l’inflammation du col, se terminant par la congestion et l'hypertrophie de la muqueuse du canal cervical et de ses follicules, tandis que la partie vaginale, dépouillée de son épithélium, est recouverte de nombreuses papilles vasculaires. Je vous ai dit que ces papilles qui font projection sur une surface dénudée et rude, et qui sécrètent un écoulement muco-purulent abondant, ont été prises quelquefois pour de véritables granulations, et en vous décrivant cet état, souvent désigné sous le nom d’wlcération, j'ai ajouté que le terme était d’une exactitude douteuse, parce qu'il n’y a pas exçavation, mais seulement légère perte de substance superficielle, et que l'écoulement est simplement le produit ordinaire de toute muqueuse enflammée. Aujourd'hui, je vais vous parler d’une affection plus fréquente, de l’inflammation chronique du col.

Dans cette maladie vous rencontrez une hypertrophie considérable, avec induration de tout le parenchyme du col, qui est dur au toucher et souventtrèssensible. L’examen per vaginam et l'introduction du spéculum sont très douloureux, les rapports sexuels intolérables. Cette affection est souvent associée à une flexion utérine, et le

fond devient alors aussi sensible que le col. En découvrant le col avec le spéculum, on trouve souvent sa surface à l’état normal, et s’il y a des érosions, elles sont généralement limitées à un petit espace autour de l’orifice externe, qui est ordinairement dilaté: chez les femmes multipares, le col est quelquefois nodulé et irrégulier, probablement par suite de petites déchirures qui se sont produites pendant le travail; vous voyez aussi s'échapper des lèvres de l'orifice l'écoulement glaireux pathognomonique d'une affection du canal cervical.

Ces cas d’inflammation chronique et d'induration du col avec peu, ou point, d'érosion de la muqueuse, se rencontrent principalement chez les femmes du peuple qui quittent le lit et reprennent leurs occupations peu de jours après un accouchement ou une fausse couche; cependant vous en verrez aussi d'assez nombreux exemples chez des femmes de la classe aisée,

SYMPTOMES. — Je ne crois pas qu'il y ait de maladie plus pénible que l'inflammation chronique du col; les douleurs dans les reins et la région ovarienne, celles qui sont ressenties dans les cuisses, sont plus intenses, sou-

vent, que dans la forme aiguë. La malade paraît souffrir

constamment avec une aggravation quand elle se fatigue, si elle prend froid et à l'approche des époques menstruelles. Joignez l’irritation de la vessie qui se manifeste par des envies d’uriner fréquentes, et qui constitue souvent un symptôme des plus fatigants et des plus insuppor-

“tables.

Ce symptôme, d'après Churchill, est commun à toutes les affections utérines, mais je crois l'avoir constaté plus fréquemment dans l’inflammation chronique du col, l’antéflexion de l’utérus étant exceptée.

En résumé, quoique l’inflammation chronique du col

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n’ait pas par elle-même d'influence sur la durée de la vie, la malade n’en est pas moins une malheureuse infirme pour laquelle l'existence devient un fardeau.

Cette douleur incessante et ces tourments continuels font souvent croire à la malade qu’elle est atteinte d'un cancer ; mais la mobilité de l'utérus, l'absence d’hémorrhagies et d'écoulement fétide vous serviront à faire comprendre à votre cliente que, bien qu’elle soit depuis longtemps en proie à la maladie, elle n’est pas, pour cela, sous l'influence d’une affection maligne. L’induration, qui résulte de l’inflammation chronique du col, est aussi très différente de l’induration produite par le dépôt de matière cancéreuse ; dans le premier cas, la surface est lisse, dans le second, elle est presque toujours irrégulière et présente souvent, en un point, un rebord à pic, qui dénote l’ulcération cancéreuse.

J’ai vu confondre les nodosités qu'on remarque quelquefois sur les lèvres du col des multipares, lorsque le col s'est induré, avec une affection maligne, quoique le toucher des saillies irrégulières, disposées autour de l'orifice externe, donne une sensation bien différente de celle du cancer. D'après le D' Bennett, l'induration qui survient dans les cas d’inflammation chronique du col est due à un épanchement de lymphe plastique dans le tissu même du col.

Je vous ai déjà fait observer que dans l'inflammation chronique, on trouvait rarement des érosions étendues de la surface vaginale du col, et il n’est pas facile d'en donner l'explication ; je serais tenté de croire que la marche de la maladie est tellement lente que, pendant que la lymphe se dépose dans la substance du col, sa muqueuse échappe à l'affection.

La muqueuse du canal cervical, au contraire, est souvent intéressée à un degré plus ou moins grand ; elle n’est

pas vasculaire et engorgée comme dans la forme aiguë ; elle est épaissie el hypertrophiée.

Dans la forme aiguë, le col, mou, tuméfié, à surface dépouillée de son épithélium, sécrète un liquide mucopurulent abondänt; le canal cervical est malade et la menstruation esk beaucoup augmentée,

Dans la forme chronique, le col est résistant, induré, sa muqueuse paraît saine. Du canal s'échappe un liquide abondant et glaireux, qui révèle l’inflammation de la muqueuse cervicale, La menstruation est presque toujours diminuée. Ces cas ont longtemps fait le désespoir des médecins, non parce qu'ils mettent la vie en danger ou qu'ils peuvent l’abréger, mais par l'impuissance des traitements autrefois adoptés.

TRAITEMENT DE L'INFLAMMATION CHRONIQUE DU COL. — Il y a plusieurs traitements proposés contre l'affection qui nous occupe. Le nitrate d'argent, l'acide nitrique, le nitrate de mercure et l’iode ont été tour à tour employés avec le même insuccè$. On a encore soumis les malades à un traitement prolongé à l'iodure de potassium et au bichlorure de mercure, sans bénéfice pour la maladie locale et sans doute au préjudice de la santé générale. D’après mon expérience, les remèdes sont tous plus ou moins sans effet.

Le peu de succès obtenu par les moyens ordinaires a conduit J. Simpson à essayer la potasse caustique, directement appliquée sur le col induré, « en partie dans le but de détruire les tissus indurés par leur mortification directe, en partie pour ramollir ce qui reste, en y déterminant une nouvelle réaction inflammatoire ». Il trouve cette méthode « plus facile, plus expéditive et plus sûre dans ses résultats que les autres ». Personnellement j'ai fait usage de la potasse caustique avec succès et sans ac- 11,

cidents fâcheux après son application. Je ne compte pas d'une façon absolue sur ses effets dans l’inflammation chronique du col, mais je n'hésite pas à l'employer quand tous mes autres moyens habituels ont fuit défaut.

Je vous ai déjà indiqué la manière d'appliquer la potasse caustique, et les précautions à prendre pour prévenir les lésions du vagin; je n’y reviendrai pas, seulement je vous avertirai que si l’induration est très prononcée, une seule application sera rarement suffisante et qu'il faudra la répéter une seconde et même une troisième fois, après un intervalle de deux et trois semaines,

Comme autre mode de traitement de valeur, on applique le cautère actuel sur le col hypertrophié; mais, au lieu d'une pièce métallique, chauffée à blanc, j'emploie généralement le {hermo-cautère ou des crayons de charbon embrasés, et préparés à cet effet (1). Je m'étendrai plus loin sur l’emploi du cautère actuel,

Le D' Greenhalgh traite ses malades avecle coton iodé, qu'il applique sur le col. On sature complètement le coton de glycérine, puis on ajoute une ‘orte solution d'iode qui, par la pression en vase clos, pénètre uniformément; 25 0/0 d'iode peuvent se combiner ainsi avec le coton. Le volume ou le poids du bourdonnet de coton dont on doit se servir, est déterminé par la quantité d'iode requise.

On porte sur le col un bourdonnet du volume nécessaire, et on applique par-dessus un autre bourdonnet de coton saturé de glycérine ; à l’un et à l’autre on a préalablement fixé un fil qui doit faciliter leur extraction. Le coton iodé exerce nne influence certaine sur le col, et

(1) Voir Leçon XVII. — Voici leur composition : Nitrate de po=

tasse, 1 gr. 20 cent.; charbon, 12 grammes; poudre d'acacia,

1 gr. 70; eau en quantité suffisante pour former une pâte que l'on coupe en crayons. (Note de l’auteur.)

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son emploi a été souvent suivi d'une amélioration sensible, mais j'ai trouvé que les malades ne pouvaient supporter le goût iodé qu'elles perçoivent peu après son application, et qui persiste longtemps. Chez quelques-unes, le coton iodé produit aussi une grande irritation vaginale, quoique le plus souvent la glycérine prévienne cette complication.

Quelquefois j'ai obtenu une sensible amélioration, en ponctionnant plusieurs fois le col et soustrayant ainsi localement du sang. Permettez-moi de vous donner, à l’appui, l'observation d'une des malades tout dernièrement traitée dans ce service.

Mme V..., 40 ans ; deux enfants, le second après un intervalle de dix-neuf ans. Ses règles ont toujours été régulières, excepté dans les sept derniers mois, pendant lesquels elles ne parurent que deux fois, la dernière fois il ya trois mois. Elle accuse des douleurs de reins dans le côté droit, s'étendant jusqu'à la hanche. Leucorrhée abondante, Col dans un état exactement semblable à celui que j'ai décrit dans une dernière observation. Entrée à l'hôpital le 22 avril dernier. Ce même jour, ponction du col qui saigne largement,

2 mai. Nouvellescarification du col; la malade dit avoir eu ses règles deux jours après la dernière visite.

Le 3. Les douleurs ont beaucoup diminué, le col est de nouveau scarifié, et l'opération est ensuite renouvelée, chaque semaine, jusqu’au 20 juin. Ce jour-là la malade dit qu’elle se trouve très soulagée, et qu’elle a eu de nouveau ses règles, sans éprouver de douleurs.

27 juin. Les douleurs ont disparu, le col, quoique toujours induré, n’est plus sensible au toucher.

Vaici donc une femme dont la menstruation, avant les déplétions locales, était irrégulière, pauvre et douloureuse, qui souffrait constamment de douleurs de reins et

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